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Extrait de Je vous écris du Vél'd'Hiv ajouté par siegrid 2011-11-13T20:47:01+01:00

Préface

J'ai écrit Elle s'appelait Sarah avec le cœur, pour qu'on se souvienne de ces enfants, dont la plupart étaient français, car nés en France. J'ai écrit ce roman pour transmettre l'horreur et l'indignation que j'ai ressenties en découvrant le sort de ces petits. J'ai écrit ce livre pour que l'on se rappelle ce qui s'est passé le 16 juillet 1942, en plein Paris. Dans mon cœur de femme, de mère, d'être humain, il y a désormais une petite Sarah à l'étoile jaune.

Née en France au début des années 1960, je fais partie de cette génération qui a appris tardivement les détails exacts de la rafle du Vél'd'Hiv, le rôle précis de la police française, ainsi que l'existence des camps de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers où les enfants ont été arrachés à leurs parents. Lors de la rafle, pour la première fois, des enfants ont été arrêtés. Des enfants que les nazis n'avaient pas demandés. C'est la police française, on le sait, qui a procédé aux arrestations. Je ne savais pas non plus que sur l'ancien emplacement du Vél'd'Hiv, rue Nélaton à Paris, on trouve désormais une annexe du ministère de l'intérieur.

Je n'aurais jamais imaginé, en commençant ce roman, comment il allait bouleverser ma vie. Il y a d'abord eu ma rencontre avec Suzy C. Alors que ce livre allait enfin être publié, un couple âgé a emménagé dans mon immeuble, juste au-dessus de chez moi. Je venais de perdre ma grand-mère, que j'adorais, et il y avait chez Suzy un je-ne-sais-quoi de slave qui me rappelait ma Mamou, qui a fui la révolution russe. Un jour, au supermarché en bas de ma rue, je croise Suzy. Elle était déjà venue avec son mari Maurice à plusieurs de mes signatures, elle-même était l'auteur de quelques ouvrages. Je l'aide à faire ses courses, et je bavarde un peu avec elle. Elle me demande si je vais bientôt publier un nouveau roman. Je lui réponds que oui, et je lui parle de Sarah. Son visage change dès que je prononce le mot « Vél'd'Hiv ». Sa main cherche la mienne. Sa peau est glacée. Nous sommes comme seules tout à coup dans ce magasin bruyant. Une bulle de silence autour de nous. Elle me dit : « Tatiana, le 16 juillet 1942, j'avais l'âge de votre Charlotte. La police est venue nous chercher, dans le XXe arrondissement. Ils ont pris ma mère. Je ne l'ai plus jamais revue. » Pour une raison qu'elle ignore, un policier refuse d'embarquer Suzy, qui le supplie de rejoindre sa mère. « Je ne le savais pas, mais cet homme m'a sauvé la vie. » Je suis devenue proche de Suzy, et de Maurice, son mari. Lorsqu'elle a fini de lire mon roman, elle m'a serrée dans ses bras en me disant : « Merci d'avoir écrit ce livre. Les gens doivent savoir. » Et nous avons pleuré toutes les deux.

En 2008, j'ai fait une autre rencontre. Je me suis retrouvée dans un collège, en Picardie, devant une classe de troisième, et il y avait là une rescapée de la rafle, Arlette T. Un professeur d'histoire avait pensé à nous réunir suite à la publication d'Elle s'appelait Sarah. Arlette T. a raconté son 16 juillet 1942 et, devant la classe, elle m'a dit ces mots : « Vous avez écrit le roman qui dévoile ma vie. Je suis de descendance polonaise. Je suis née à Paris. Je vivais dans le Marais. Comme Sarah. J'ai connu l'enfer du Vél'd'Hiv. Je me suis échappée de Beaune-la- Rolande. Comme Sarah. Tout ce que Sarah ressent, je l'ai ressenti. Comment avez-vous fait pour vous mettre dans ma tête ? » Arlette est aussi devenue une amie chère. C'est une femme extraordinaire, véritable boule d'énergie et de charisme. Et, chaque fois que je la vois, chaque fois que je lui prends la main, je ne puis m'empêcher de penser que cette femme, lorsqu'elle était enfant, a été enfermée dans le Vél'd'Hiv.

Troisième rencontre aux États-Unis, à Saint Louis, dans le Missouri. Obama vient d'être élu. Je donne une conférence pour le Jewish Book Festival devant plusieurs centaines de personnes. Je leur explique pourquoi et comment j'ai écrit Elle s'appelait Sarah. Je m'exprime dans ma langue maternelle, l'anglais. À la fin de la conférence, les mains se lèvent pour me poser des questions. Et c'est alors qu'une femme me parle en français, d'une voix sourde d'émotion. Cette femme digne et belle, aux cheveux blancs, au regard las, s'appelle Rachel M. et elle veut juste me dire merci. Merci d'avoir écrit son histoire. Comme Sarah, après avoir perdu toute sa famille le 16 juillet 42, après avoir été cachée, après la guerre, elle a choisi de s'exiler aux États-Unis pour refaire sa vie. Elle n'est jamais retournée en Europe. Et elle a mis trente ans à pouvoir parler du Vél'd'Hiv à son mari et ses enfants.

Il me revient la tâche d'écrire la préface de ce recueil de lettres toutes écrites dans le Vél'd'Hiv et sorties clandestinement. Chacune reflète une vérité, une intimité, un passé, des croyances. Derrière chaque lettre, il y a une personne, un regard, un parfum, un être. Une vie. En lisant ces lettres, ces lettres simples qui montrent l'existence de tous les jours par mille détails infimes, nous mesurons l'abîme de tout ce qui aurait pu être. De tout ce qui a été broyé.

Clara, seize ans, écrit à ses oncles et cousins : « Je ne sais pas si on pourra supporter longtemps ceci. Maman n'en peut plus. [...] Jeannot pleure tout le temps parce qu'il veut retourner à la maison. » Jean, son petit frère, a trois ans. Arraché fin juillet à sa mère et à sa sœur dans les camps du Loiret, et comme tous les enfants du Vél'd'Hiv déportés dans les camps de la mort, il ne reviendra pas. Clara et son autre frère Henri non plus.

Rose écrit à sa sœur Berthe : « Tu sais le malheur qui m'est arrivé. » Rose est prisonnière du Vél'd'Hiv, alors que sa petite Clairette, sa fille, est à la campagne, à l'abri. Clairette ne reverra jamais sa maman.

Maurice écrit à Flora, son épouse enceinte qu'il ne reverra jamais non plus : « La nuit je n'ai pas fermé les yeux. [...] Chaque femme et ses enfants est un monde de misère. Jamais on aurait pu imaginer pareille chose. »

Rachel, dans une lettre à sa voisine, se permet un humour grinçant, empreint de douleur. « Quelques mots pour vous dire que nous sommes tous au Vél'd'Hiv. Nous sommes tous assis tout autour, sur les fauteuils, comme au spectacle, mais ce sont nous, les artistes. »

Antonina, elle, supplie ses voisins de prendre soin de son enfant. « Je suis au Vélodrome d'Hiver. Je ne sais pas ce qu'est devenu mon mari. Je vous en supplie, prenez mon enfant chez vous. »

Rosette, du haut de ses quatorze ans, annonce courageusement à ses amis : « Vous ne pouvez malheureusement pas nous répondre. »

Édith, à la fois poétique et amère, se confie à son ami Roland : « Je ne fais rien, aussi j'ai tout mon temps pour méditer sur tout le bonheur perdu. Forget me not. »

Dans cette poignée de lettres, l'horreur du Vél'd'Hiv. La chaleur, la puanteur, la soif, la poussière, le manque de sanitaires, le désespoir et la peur. 4 051 enfants, 5 802 femmes, 3 031 hommes, parqués là dans des conditions inhumaines par le gouvernement français de Vichy sous l'ordre des nazis.

Des lettres sur papier chiffonné, griffonnées à la hâte dans le cœur noir de la rafle, au petit matin du 16 juillet 1942, puis lors des quatre jours dans l'enfer poisseux de la rue Nélaton. Des lettres qui sont miraculeusement parvenues à leurs destinataires, grâce à quelques mains bienveillantes, celles des infirmières, des pompiers, des passants.

Dix-huit lettres. Dix-huit lettres clandestines qui ont pu sortir du Vél'd'Hiv, fermé, gardé, clos, barricadé.

Dix-huit lettres qui se retrouvent aujourd'hui dans ce recueil, infiniment précieuses, fragiles messages d'amour et d'espoir, d'angoisse et de doute. Lettres qui témoignent avec force, et malgré elles, d'une des pages les plus sombres de l'histoire de France.

Ces dix-huit lettres miraculées témoignent de l'horreur du Vél'd'Hiv. C'est un livre extrêmement important qui voit le jour, un recueil qui pourra être lu par toutes les générations, et je suis particulièrement émue de participer à sa publication.

Ces dix-huit lettres sont tout ce qui nous reste.

Tout ce qui nous reste de l'abomination du Vél'd'Hiv.

Tatiana de Rosnay

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Extrait de Je vous écris du Vél'd'Hiv ajouté par Jolin 2017-06-12T18:45:39+02:00

Pavillon, le 16 à 4 heures du matin

Mes chers Roland, Annie et Paule,

Il est 4 heures du matin. Ils sont venus nous chercher.

Je vous dit adieu, je regrette tout le mal que j'aurais pu vous faire et les soucis que je vous ai occasionnés.

Sachez que je vous ai aimés par-dessus tout même si je n'ai pas pu vous le prouver.

Mes bons amis, je vous embrasse tous. Priez pour moi. A bientôt.

Votre Edith.

P.-S. : Mon souvenir à Gérard, Armand, Mme Lotz et Mme Fresnoy. En cette minute, je pense à vous tous. Pardonnez-moi...

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Extrait de Je vous écris du Vél'd'Hiv ajouté par Jolin 2017-06-12T18:39:17+02:00

Chacune reflète une vérité, une intimité, un passé, des croyances. Derrière chaque lettre, il y a une personne, un regard, un parfum, un être. Une vie. En lisant ces lettres, ces lettres simples qui montrent l'existence de tous les jours par mille détails infimes, nous mesurons l'abîme de tout ce qui aurait pu être. De tout ce qui a été broyé.

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