Livres
469 743
Membres
437 432

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Jean Racine : Phèdre



Description ajoutée par brotox 2012-06-13T17:17:28+02:00

Résumé

Quoi de plus tragique qu'aimer sans être aimé ? Aimer celui qui nous est à jamais interdit : un membre de sa propre famille. C'est bien là le malheur de Phèdre, qui aime son beau-fils, qui se déteste pour cela, qui hait jusqu'à son amour même, mais qui ne peut s'en défaire. Elle l'aime à se rendre folle, et elle le deviendra, elle l'aime à mourir, et en mourra... La tempête qui a emporté son mari Thésée a balayé les derniers remparts de sa raison : qui pourrait l'empêcher à présent de consacrer toute son énergie à son amour pour Hyppolite, le fils de Thésée ? Hyppolite lui-même n'y pourra rien : ses tentatives pour la ramener à la raison ne feront qu'envenimer les choses. Et le retour inopiné de Thésée ne pourra qu'accélérer le dénouement tragique de cette situation inextricable.

Une fois de plus, Racine plonge sa plume dans un malheur qui donne de si beaux désespoirs : rien de plus misérable en effet que le personnage de Phèdre, rien de plus tragique, mais rien de plus sublime.

Afficher en entier

Classement en biblio - 101 lecteurs

Extrait

Extrait ajouté par annabethjackson9277 2017-07-28T19:16:28+02:00

PHÈDRE (à Œnone)

Le voici. Vers mon cœur tout mon sang se retire.

J'oublie, en le voyant, ce que je viens lui dire.

ŒNONE

Souvenez-vous d'un fils qui n'espère qu'en vous.

PHÈDRE

On dit qu'un prompt départ vous éloigne de nous,

Seigneur. A vos douleurs je viens joindre mes larmes ;

Je vous viens pour un fils expliquer mes alarmes.

Mon fils n'a plus de père, et le jour n'est pas loin

Qui de ma mort encor doit le rendre témoin.

Déjà mille ennemis attaquent son enfance ;

Vous seul pouvez contre eux embrasser sa défense.

Mais un secret remords agite mes esprits :

Je crains d'avoir fermé votre oreille à ses cris ;

Je tremble que sur lui votre juste colère

Ne poursuive bientôt une odieuse mère.

HIPPOLYTE

Madame, je n'ai point des sentiments si bas.

PHÈDRE

Quand vous me haïriez, je ne m'en plaindrais pas,

Seigneur. Vous m'avez vue attachée à vous nuire ;

Dans le fond de mon cœur vous ne pouviez pas lire.

A votre inimitié j'ai pris soin de m'offrir ;

Aux bords que j'habitais je n'ai pu vous souffrir ;

En public, en secret, contre vous déclarée,

J'ai voulu par des mers en être séparée ;

J'ai même défendu, par une expresse loi,

Qu'on osât prononcer votre nom devant moi.

Si pourtant à l'offense on mesure la peine,

Si la haine peut seule attirer votre haine,

Jamais femme ne fut plus digne de pitié,

Et moins digne, Seigneur, de votre inimitié.

HIPPOLYTE

Des droits de ses enfants une mère jalouse

Pardonne rarement au fils d'une autre épouse,

Madame, je le sais. Les soupçons importuns

Sont d'un second hymen les fruits les plus communs.

Tout autre aurait pour moi pris les mêmes ombrages,

Et j'en aurais peut-être essuyé plus d'outrages.

PHÈDRE

Ah ! Seigneur, que le ciel, j'ose ici l'attester,

De cette loi commune a voulu m'excepter !

Qu'un soin bien différent me trouble et me dévore !

HIPPOLYTE

Madame, il n'est pas temps de vous troubler encore.

Peut-être votre époux voit encore le jour ;

Le ciel peut à nos pleurs accorder son retour.

Neptune le protège, et ce dieu tutélaire

Ne sera pas en vain imploré par mon père.

PHÈDRE

On ne voit point deux fois le rivage des morts,

Seigneur. Puisque Thésée a vu les sombres bords,

En vain vous espérez qu'un dieu vous le renvoie,

Et l'avare Achéron ne lâche point sa proie.

Que dis-je ? Il n'est point mort, puisqu'il respire en vous.

Toujours devant mes yeux je crois voir mon époux.

Je le vois, je lui parle, et mon cœur… je m'égare,

Seigneur ; ma folle ardeur malgré moi se déclare.

HIPPOLYTE

Je vois de votre amour l'effet prodigieux.

Tout mort qu'il est, Thésée est présent à vos yeux,

Toujours de son amour votre âme est embrasée.

PHÈDRE

Oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée.

Je l'aime, non point tel que l'ont vu les enfers,

Volage adorateur de mille objets divers,

Qui va du dieu des morts déshonorer la couche,

Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche,

Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi,

Tel qu'on dépeint nos dieux, ou tel que je vous vois.

Il avait votre port, vos yeux, votre langage,

Cette noble pudeur colorait son visage,

Lorsque de notre Crète il traversa les flots,

Digne sujet des vœux des filles de Minos.

Que faisiez-vous alors ? Pourquoi, sans Hippolyte,

Des héros de la Grèce assembla-t-il l'élite ?

Pourquoi, trop jeune encor, ne pûtes-vous alors

Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords ?

Par vous aurait péri le monstre de la Crète,

Malgré tous les détours de sa vaste retraite.

Pour en développer l'embarras incertain,

Ma sœur du fil fatal eût armé votre main.

Mais non, dans ce dessein je l'aurais devancée.

L'amour m'en eût d'abord inspiré la pensée.

C'est moi, Prince, c'est moi, dont l'utile secours

Vous eût du Labyrinthe enseigné les détours.

Que de soins m'eût coûtés cette tête charmante !

Un fil n'eût point assez rassuré votre amante :

Compagne du péril qu'il vous fallait chercher,

Moi-même devant vous j'aurais voulu marcher,

Et Phèdre au labyrinthe avec vous descendue

Se serait avec vous retrouvée ou perdue.

HIPPOLYTE

Dieux ! qu'est-ce que j'entends ? Madame, oubliez-vous

Que Thésée est mon père, et qu'il est votre époux ?

PHÈDRE

Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire,

Prince ? Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire ?

HIPPOLYTE

Madame, pardonnez. J'avoue, en rougissant,

Que j'accusais à tort un discours innocent.

Ma honte ne peut plus soutenir votre vue,

Et je vais…

PHÈDRE

Ah ! cruel, tu m'as trop entendue !

Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.

Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur.

J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,

Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même,

Ni que du fol amour qui trouble ma raison,

Ma lâche complaisance ait nourri le poison.

Objet infortuné des vengeances célestes,

Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.

Les dieux m'en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc

Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;

Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle

De séduire le cœur d'une faible mortelle.

Toi-même en ton esprit rappelle le passé.

C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé :

J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine,

Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.

De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?

Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins.

Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.

J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larmes.

Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,

Si tes yeux un moment pouvaient me regarder.

Que dis-je ? Cet aveu que je te viens de faire,

Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?

Tremblante pour un fils que je n'osais trahir,

Je te venais prier de ne le point haïr.

Faibles projets d'un cœur trop plein de ce qu'il aime !

Hélas ! je ne t'ai pu parler que de toi-même !

Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour ;

Digne fils du héros qui t'a donné le jour,

Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.

La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !

Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper.

Voilà mon cœur : c'est là que ta main doit frapper.

Impatient déjà d'expier son offense,

Au-devant de ton bras je le sens qui s'avance.

Frappe. Ou si tu le crois indigne de tes coups,

Si ta haine m'envie un supplice si doux,

Ou si d'un sang trop vil ta main serait trempée,

Au défaut de ton bras prête-moi ton épée.

Donne.

ŒNONE

Que faites-vous, Madame ? Justes dieux !

Mais on vient. Évitez des témoins odieux ;

Venez, rentrez, fuyez une honte certaine.

Afficher en entier

Ajoutez votre commentaire

Ajoutez votre commentaire

Commentaires récents

Commentaire ajouté par mamaille 2017-07-30T16:37:02+02:00
Diamant

Un classique, un chef d'oeuvre. Phèdre est le personnage tragique par excellence, elle suscite la peur et inspiré la pitié. Phèdre est victime d'une malédiction quiz touchée toutes les femmes de sa famille, sa mere et sa soeur, c'est à son tour de subir les tourments de Vénus. Pour les adeptes du tragique ! Foncez !

Afficher en entier
Commentaire ajouté par fantastique27 2017-05-02T21:47:53+02:00
Lu aussi

Magnifique ! Le tragique dans toute sa splendeur. Cette pièce est un monument. Il FAUT la lire, tout simplement parce que ne pas le faire serait se priver d'un chef d'œuvre de Racine, se priver de la beauté, de la profondeur, de l'émotion magique de la littérature.

Afficher en entier
Commentaire ajouté par binetambaye 2016-03-15T18:42:12+01:00
Envies

bien qu il nous donne de la connaissance mais il reflet les faits qui se passe dans notre monde actuel sa ma beaucoup toucher lorsque phedre a decide de se suicider je vous conseille de le lire et a le relire

Afficher en entier
Commentaire ajouté par ori96 2015-06-26T17:37:23+02:00
Bronze

Une pièce magnifique bien que j'ai un peu de mal avec l'écriture. Racine nous dépeint des personnages tellement complexe que s'en ai dans un certain sens magnifique...

Bref à lire au moins une fois dans sa vie!

Afficher en entier
Or

Absolument magnifique ! Les alexandrins sont très bien construit et l'histoire est bien rythmé. A lire et relire jusqu'à plus soif :)

Afficher en entier
Commentaire ajouté par queenregina 2014-05-26T16:33:00+02:00
Lu aussi

Une superbe pièce de Racine qui m'a marquée, et reste l'une des meilleures tragédies de l'auteur.

Les personnages sont tellement captivants, et chacun à une vraie personnalité. Phedre reste avec Andromaque mes deux pièces préférées de l'auteur. Une excellente tragédie que j'ai adoré lire puis étudier.

Afficher en entier
Commentaire ajouté par Anduril 2013-10-29T19:33:43+01:00
Diamant

Racine a fait de nombreuses pièces et de très belles pièces, mais Phèdre est, je trouve la plus belle de toutes. Dans aucune des autres, la passion n'est montrée avec autant de force, d'horreur et de beauté qu'à travers cette oeuvre.

Le style de Racine est d'une pureté sublime, les monologues de cette pauvre reine sont certains des plus beaux textes du théâtre mondial, passionnés, lyriques.

Les personnages sont magnifiques, l'histoire au combien tragique et misérable... C'est une des plus belles créations de la littérature française. La reine de Thèbes est le modèle incontournable, avec Oedipe, du héros de la Tragédie tel que le définissait Aristote : elle émeut et elle horrifie, aussi pure que fautive, aussi belle que laide.

Cette pièce est le summum du génie de Racine.

Afficher en entier

Activité récente

Megara1 l'ajoute dans sa biblio or
2017-11-24T11:41:41+01:00

Les chiffres

Lecteurs 101
Commentaires 7
Extraits 1
Evaluations 11
Note globale 7.5 / 10

Évaluations

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode