Livres
564 530
Membres
616 836

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

Extrait ajouté par ilovelire 2016-02-10T01:52:05+01:00

Il observa le géant visser un chapeau à large bord sur sa tête avant de quitter la tiédeur de la boutique pour le froid intense de la rue. Avec amusement, l'Irlandais évoqua le souvenir d’un ouvrage qu’il avait récemment lu. L’auteur, un ethnologue de réputation mondiale, y expliquait comment l’environnement provoquait l’adaptation des populations qui y étaient soumises. En pensant aux conditions extérieures de cette région de la Sibérie, le médecin sourit et admit que le livre avait certainement raison sur ce point. Puis, chassant cet incident de sa tête, il s’enferma dans les toilettes où, étrangement, flottait une forte odeur d’eau de toilette raffinée.

Une fois les provisions chargées à l’arrière du pick-up, les deux Britanniques reprirent leur route. Par cette nuit sans lune, les phares peinaient à percer l’obscurité aussi épaisse que de l’encre de Chine. Aucun lampadaire n’éclairait la voie, les maisons branlantes et décrépies de Domestria restaient tapies dans l’ombre, recroquevillées sur elles-mêmes pour conserver le peu de chaleur dégagée par de vieux poêles à bois dont la fumée stagnait au-dessus des toitures affaissées. La dernière bâtisse dépassée, un grand cabanon de planches prêt à s’écrouler sous son propre poids, la forêt dense et obscure les engloutit aussitôt. De gros flocons de neige se mirent bientôt à tomber, réduisant encore la visibilité. Entre le froid et la noirceur de la nuit, jamais O’Leary ne s’était senti aussi fragile et isolé. Il commençait presque à regretter ce voyage, mais sa curiosité naturelle et la promesse d'une découverte fantastique le réconfortaient quelque peu.

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-02-10T01:51:57+01:00

O'Leary repoussa la remarque ironique d'un soupir abattu et enfonça un peu plus son bonnet de laine noire sur sa tête. Johnson bifurqua et gara leur véhicule en face de la devanture défraîchie de l’unique magasin local. Il précisa qu'il avait une commande de vivres et de matériel à y récupérer. Laissant là son collègue, il disparut derrière une vitre sale où s’alignait dans le plus parfait désordre une multitude d’objets hétéroclites.

O’Leary gelait sur place dans l’habitacle sombre. Il décida de sortir se dégourdir les jambes et, n’y tenant plus, peut-être de dégoter des toilettes dans la boutique.

À peine avait-il claqué la portière grinçante derrière lui qu’une rafale de vent glacé balaya la rue, soulevant de part et d’autre des nuages de flocons gris et sales. Ronald O’Leary remonta le col doublé de fourrure de sa parka devant son nez et resserra les cordons de sa capuche. Il réajusta encore une fois son bonnet, mais sentait toujours la morsure cruelle du froid sur ses joues et dans tout son corps. Impossible de rester dehors. En quatre grandes enjambées, il rejoignit l’entrée du bâtiment à travers laquelle Johnson s’était engouffré.

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-02-10T01:51:43+01:00

Johnson tira une nouvelle cigarette du paquet posé sur le tableau de bord et l'alluma maladroitement avant de la tendre à son passager, puis d'en prendre une autre pour lui. L'odeur âcre du tabac se répandit rapidement dans l'habitacle offrant aux deux hommes une brève illusion de chaleur. L'historien se lança alors dans un long cours didactique sur l’histoire de la Révolution d’Octobre et le grand changement qui affecta à cette époque le « colosse aux pieds d’argile ». Son collègue médecin l’en remercia mentalement, ses connaissances sur le sujet restaient plutôt succinctes et il n’avait pas ouvert un livre d’Histoire moderne depuis la fin de ses études. Tout en suivant l’interminable route large et droite menant à leur destination finale, son chauffeur lui rappela donc comment la guerre civile avait embrasé l’empire. Avec la précision qui lui était coutumière, Everett Johnson détailla longuement tous les éléments importants de cette période trouble. Les rouges, les blancs, mais aussi toutes les minorités, tous les territoires sous contrôle russe qui avaient été impliqués dans cette crise. Même la lointaine Sibérie, sillonnée par les trains blindés des chefs de guerre, n’avait pas pu échapper au conflit. Le long des lignes, des villages isolés avaient servi de bases arrières aux armées en marche. C’est vers l’un d’eux qu’ils se dirigeaient maintenant. L’historien avait rejoint son homologue russe, le professeur Andrenova, afin de fouiller les décombres d’un manoir du XVIIe siècle. Des archives retrouvées récemment dans les caves de l’université de Bérezov indiquaient que celui-ci aurait abrité le quartier général d’un officier impérial en exil. Selon ces textes, le bâtiment avait été détruit à l’automne 1918 et ils donnaient de nombreuses informations sur ses occupants. Événements et personnalités pour lesquels Elena Andrenova n’avait retrouvé aucune autre mention, ni à Moscou, ni ailleurs. Cet épisode oublié l’avait profondément intriguée et, après trois ans de démarches administratives, elle avait enfin obtenu le droit de mener une enquête de terrain. Correspondante régulière d’Everett Johnson, les deux universitaires étant également amis, elle l’avait invité à participer à ces fouilles. Leur équipe se trouvait à pied d’œuvre depuis le début de l’été dernier. Le temps leur étant compté, les crédits également, ils avaient décidé de passer l’hiver sur place. Le village proche de Domestria assurait leur intendance et subvenait à leurs besoins. Les deux Britanniques atteignirent les faubourgs vers dix-huit heures. La nuit était tombée depuis déjà de longues minutes.

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-02-10T01:51:35+01:00

Aussi, sans hésiter, surtout qu’il se trouvait actuellement en période de vacances scolaires, le médecin légiste avait sauté dans le premier avion pour Moscou. Puis de là, vers la Sibérie et, au mois de février, ses –32°C nocturne.

Depuis Bérezov, la vieille camionnette fatiguée avait roulé presque trois cents kilomètres vers l’est, vers la nuit qui venait à leur rencontre. Tout le long du trajet, accroché à son volant, Johnson était resté très évasif au sujet de sa « trouvaille». O’Leary avait l’impression d’être assis à côté d’un gamin ouvrant ses jouets au pied du sapin de Noël. L’archéologue parlait sans arrêt depuis leur départ. Son débit rapide et décousu trahissait son excitation. Pourtant, lorsque l’Irlandais avait essayé d’aborder le sujet de cette fameuse « découverte sensationnelle », le visage de Johnson s’était refermé une fraction de seconde. Après un court silence, il s’était contenté, en guise de réponse, d’un mystérieux : « C’est trop incroyable. Il faut que tu voies ça par toi-même. »

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-02-10T01:51:29+01:00

Cependant, c’était la première fois que le médecin s’aventurait aussi loin que le cœur de la Russie. Son vol, après un voyage abominablement inconfortable, l’avait conduit jusqu’à Bérezov. Everett Johnson l’attendait à l’aéroport devant un pick-up antique et cabossé où la rouille le disputait à la couleur rouge originelle de la carrosserie. C’est lui qui avait demandé à O’Leary de le rejoindre, lui et son équipe. Trois jours plus tôt, cet expert de l’histoire de la Russie lui était apparu très excité au téléphone. « Une découverte incroyable ! » hurlait le professeur anglais au bout du fil. Il n’avait pas voulu en dire plus, mais tenait visiblement à ce qu’O’Leary voie cela par lui-même.

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-02-10T01:51:13+01:00

— Quitte à mourir gelé, j'espère que ça en vaut vraiment le coup !

Assis du côté passager, Ronald O’Leary ne reçut pour toute réponse qu'un sourire amusé de la part du conducteur qui désigna le tableau de bord pour montrer que le chauffage était déjà poussé au maximum. Résigné, il s’enfonça un peu plus dans le siège usé de la camionnette et souffla sur ses doigts gourds. Il ne se souvenait pas avoir jamais eu aussi froid de sa vie. Ce quadragénaire irlandais à la carrure de joueur de rugby se vantait pourtant de jouir d’une incroyable résistance, qu’il s’agisse de basses températures ou de litres de bière avalés dans les pubs londoniens. Au grand étonnement de tous, on le voyait souvent arpenter les salles de dissection de la morgue vêtu d’un simple T-shirt aux couleurs du club des London Irish dont il ne ratait aucun match. La silhouette débonnaire d’O’Leary hantait les couloirs de l’université où il enseignait la médecine légale à des étudiants fascinés par les « serial killers » et les épisodes des « Experts ».

Afficher en entier
Extrait ajouté par GabrielleViszs 2014-11-11T22:29:40+01:00

« Tour à tour, les deux vampires disparaissaient dans une nuée d'ombres évanescente pour se matérialiser un peu plus loin. Ils se suivaient pas à pas dans ce ballet macabre, dansé à la vitesse d'un cyclone. À chacune de leur réapparition, le choc du métal faisait trembler les parois séculaires.

Les rampes de néons illuminant la salle s'éteignirent brusquement, la plongeant dans une semi obscurité que seuls les éclairages de sécurité venaient très légèrement tempérer. Les recoins s'effacèrent dans les ténèbres. La mêlée furieuse cessa presque aussitôt.

Au centre de la pièce, Donovan cherchait Kath. Cette fois, elle avait vraiment disparu.

Il ne la voyait pas, mais continuait à sentir sa présence... quelque part. Tous ses sens en éveil, il tentait de percevoir un souffle, un battement de cœur, quelque chose pour repérer la position de son adversaire. Rien.

Il ferma les yeux, se concentra. L'obscurité qui l'entourait lui parut peu à peu plus dense, presque palpable. Il se remémora alors cette vieille légende : dans un cantique ancien, un chroniqueur à l'âme de poète avait mis en scène un premier-né capable de se fondre dans les ombres. Il n'avait jamais vu Kath réaliser un tel prodige. Pourtant, à cet instant, il se demandait à quel point tout cela relevait seulement du mythe des vampires. »

Afficher en entier
Extrait ajouté par GabrielleViszs 2014-11-11T22:28:07+01:00

« — Assez !

Kath avait à peine haussé le ton, mais les nuances autoritaires et menaçantes dans sa voix suffirent à couper court à la conversation.

— Tu me conduis chez Jess Andrews parce que je te l’ordonne. Point !

La première-née s’installa plus confortablement dans son fauteuil recouvert de tissu duveteux. Elle restait fascinée devant le spectacle incroyable des rues de la grande ville américaine défilant devant elle. Soldek, recroquevillé à sa place, grimaçait. Un mélange de crainte et de frustration, un peu de colère également. Il essayait de se concentrer sur la conduite, mais il jetait fréquemment des regards vers la pendule du tableau de bord. Ils avaient encore du temps, mais l’aube se rapprochait inexorablement. Et il n’aimait pas du tout cette période de la journée.

Kath remonta un peu le chauffage et s’étira d’aise. Ses traits détendus témoignaient d’un certain amusement. À voix basse, juste pour être sûre d’être entendue, elle murmura :

— N’oublie jamais quelle est ta place, Anthon. Ni qui je suis ! »

Afficher en entier

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode