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Commentaires de livres faits par Krysaline

Extraits de livres par Krysaline

Commentaires de livres appréciés par Krysaline

Extraits de livres appréciés par Krysaline

Il s’agit là du premier opus d’Isabelle Villain qu’il m’est donné de lire. Ça ne sera certainement pas le dernier ! Je remercie l’auteur pour l’envoi de son thriller (à la suite d’un concours gagné sur Twitter) et à la dédicace qui l’accompagne. J’ai tardé malheureusement à publier ma chronique pour des raisons indépendantes de ma volonté et je lui présente toutes mes excuses.

Nous avons ici un bon polar mené tambour-battant sans aucuns temps morts ni descriptions inutiles. On va à l’essentiel et ça n’est pas pour me déplaire. Ça démarre d’ailleurs très fort dès le prologue, avec une scène de violence conjugale des plus brutale. On rentre de plain-pied dans l’ambiance !... Puis, c’est immédiatement suivi par la description un crime odieux qui se passe vingt-trois ans plus tard. Apparemment aucun rapport entre les deux… pourtant…

C’est là que le commandant Rebecca de Lost entre en scène… avec son équipe de choc, elle va mener une enquête sur ce crime et surtout être amenés à décortiquer menu le passé de la victime pour tenter d’y trouver des indices, qui les amèneront, l’espèrent-il à mettre la main sur un coupable...

Mais rapidement, ils vont voir refaire surface une affaire vieille de sept ans qu’ils croyaient bel et bien close, avec un coupable ayant avoué à l’ombre pour un long moment. On repart alors, sur les chapeaux de roues sur tout autre chose.

Grosse remise en question du coup pour cette femme de tête qu’est Rebecca…

Puis, il y a bien aussi ces lettres et appels anonymes qu’elle reçoit et auxquels elle n’attache que peu d’importance. Bref, des pistes à suivre et des remue-méninges à tout va ! On a droit à un vrai festival et j’ai trouvé ça intéressant. Pourquoi ? parce que on nous présente souvent les policiers suivant une enquête à la fois, un peu « plan-plan » finalement. alors que bien souvent plusieurs affaires leur tombent dessus simultanément et ils se retrouvent à bosser sur plusieurs enquêtes en même temps. Ça donne donc au roman une force réaliste certaine. J’ai trouvé ça assez adroit. D’ailleurs on a aussi une belle évocation de la cohésion d’une équipe et de l’esprit d’entraide et de stimulation qui va avec. Ici on n’a pas affaire à un(s) chef(fe) flanqué(e) d’un(e) coéquipier(e) ou d’un loup solitaire. Non, il s’agit bien d’un « collectif » qui avance, soudé, sur le même front. Et même si chacun à sa part de secrets, c’est une petite bande sympathique à laquelle ont peut s’attacher et s’identifier.

Le style est simple mais concis voir brutal. Les scènes violentes de nous sont pas épargnés et pourtant nous ne tombons pas dans le « gore ». C’est un bel exploit qui mérite d’être souligné ! Les sujets abordés sont d’actualité mais encore tabou dans la plupart des cas. Ils sont évoqués ici de manière subtile, sans jugements et sans langue de bois.

Passons au niveau résolution de(s) enquête(s). J’avoue avoir inventé mille possibilités, plusieurs coupables, des mobiles en veux-tu en voilà. Mais j’ai finalement été battue à plate couture avec une fin que je n’ai pas vu venir. Et j’avoue aussi ne pas avoir tout compris sur cette fin là… je reste à me poser des questions…

Et puis, on comprend aussi que toutes les enquêtes n’ont pas de résolution dans ce tome-là. D’ailleurs, il y a eu deux romans auparavant consacrés au Commandant Rebecca de Lost, il y en aura donc aussi après… pas de problème, au contraire !

En revanche, ce qui m’a un peu déçue et ennuyée c’est que malheureusement trop de détails sur les précédentes enquêtes sont donnés et que du coup, je n’irai pas les découvrir, à mon grand regret, ayant déjà les tenants et aboutissants dans ce roman.

Voilà, c’est le seul bémol pour moi, mineur, puisque l’avenir s’ouvre sur de nouvelles aventures de notre héroïne. Et on attend la suite impatiemment…

Je voudrais juste ajouter un mot sur le titre et la couverture. « Mauvais genre » me semble particulièrement bien trouvé. Au départ j’avais compris le titre dans le sens « avoir mauvais genre » c'est-à-dire mauvaise réputation, mauvaise fréquentation… mais ça n’est pas exactement ce sens qui est donné ici. Et le double visage en miroir évoque très bien « le double », la dualité, dont l'un aux contours flous illustrant le sujet à merveille. C’est donc une belle présentation soignée que j’ai beaucoup aimée.
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date : 14-02-2020
J’ai dévoré ce polar en une journée ! C’est un fait assez rare chez moi pour être souligné.

Pas tant par l’enquête policière en elle-même (même si je l’ai trouvée originale et bien menée). Non, c’est surtout le côté « documentaire » instructif qui m’a séduite. Ici, l’auteure nous emmène dans le Grand Nord, aux confins de l’Arctique Canadien. Elle nous balade en terrain Inuits comme si c’était chez elle. Du coup, on est là-bas et c’est dépaysant, c’est passionnant, c’est fascinant.

Les us et coutumes des Inuits y sont très bien décrits, le problème de l’alcoolisme dans cette communauté (problème commun aux communautés des Indiens d’Amérique également) est souligné et rend l’héroïne, Edie Kiglatuk, plus touchante. Contrairement à ce que j’ai pu lire par ailleurs, j’ai ressenti de l’empathie pour elle et de l’admiration devant son acharnement à trouver une vérité que personne ne semble vouloir reconnaitre.

Elle va s’opposer aux conseils des anciens qui avaient classé l’affaire du touriste tué comme un accident. Elle met en miroir ancestralité et modernité, ce qui lui vaut des pressions et des inimitiés. Elle n’aura de cesse pourtant, de rechercher la vérité, envers et contre tout.

Personnellement, même si le côté documentaire a pris le pas sur l’intrigue policière, cela ne m’a pas dérangée. J’adore vraiment les récits du Grand Nord à l’instar d’écrivains comme B. Clavel (surtout lui), Frison-Roche, N. Vanier et tant d’autres (ce sont, effectivement, que des romans ou récits de voyages sans prétentions policières).

Evidemment, si on ne choisit ce livre que pour le côté policier, je comprends qu’on puisse être un peu déçu. Pourtant le suspense est bien là, même si le temps s’étire et semble s’enliser. Je pense que c’est complètement voulu, pour que, nous, lecteur nous ressentions le rythme imposé par l’immensité des glaces et de la neige, où tout en comme « ouaté », en apesanteur.

En effet, le temps ne s’y écoule pas au rythme de nos vies plutôt citadines et les évènements ne sont pas perçus de la même manière. Il y a comme un fatalisme sous-jacent, où les épisodes de la vie (les malheurs comme les bonheurs) sont « subit » d’une certaine manière. C’est la Nature qui rythme leur vie ; ils n’ont pas de prise dessus. C’est cela qu’a voulu retranscrire l’auteur à mon sens.

On est loin d’un James Bond, ça c’est sûr, mais c’est bien cela qui m’a embarquée loin justement, très loin, au rythme des Inuits et de leurs traditions.

Un premier roman très concluant pour moi, à prendre en dehors de tous les critères d’un polar classique, ce qui en fait son originalité.

Merci infiniment Mrs McGrath pour ce moment d’évasion extraordinaire. J’en redemande !
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Toujours sur les conseils très avisés de ma chère Lydie, je me suis lancée dans la lecture des "Douze tribus d'Hattie".

Alors, ce livre est scindé en douze chapitres (un pour chacun des enfants qu'a eu Hattie) formant le portrait de cette mère incapable d’affection, dépressive, agressive, froide et au cœur sec parce que trop éprouvée par la vie.

D’ailleurs le premier chapitre nous met immédiatement dans l’ambiance : Hattie a fui avec sa famille de Géorgie en raison d’une ségrégation raciale trop présente en raison des lois Jim Crow, avec l’espoir d’une vie meilleure et plus égalitaire à Philadelphie.

Mariée à 16 ans, elle a ses deux premiers enfants, des jumeaux, à 17 ans et ceux-ci connaissent un destin tragique puisqu’ils meurent de pneumonie à 7 mois. Ce chapitre est déchirant et franchement j’ai hésité à continuer ma lecture tant ça m’a marquée et j’ai trouvé ça dur.

Puis, j’ai continué à tourner les pages et je ne le regrette pas. L’amertume est prégnante dans ce récit rythmé par la vie d’Hattie marquée par les déceptions successives.

Elle aura donc douze enfants et le récit de sa vie va se dérouler de 1925 à 1980 : Il y aura Floyd, le musicien de Jazz), Six, le prédicateur, Billups, Bell qui fera des études, Ruthie, , fruit d’une liaison extra-conjugale, Cassie avec sa maladie mentale, Sala, Ella, Franklin qui va s’engager dans l’armée et « faire » le Viet-Nam et la dernière, Alice, née alors qu’Hattie avait 46 ans et qui sera en quelque sorte « sacrifiée ».

Son manque d’amour manifeste ou du moins son incapacité à l’exprimer nous amène à nous poser la question suivante : l’instinct maternel existe-t-il ? Moi, je dirai oui, car si Hattie est avare de démonstration sentiments elle n’en jette pas moins toutes ses forces dans la survie des siens et n’a plus ni amour, ni tendresse à donner, comme pour ne plus se brûler aux émotions. Mais c'est une vraie combattante car elle n’oublie pas ses devoirs envers ses enfants.

Mais à mon avis, on peut donner à ce récit une autre dimension et une interprétation un peu différente :

Ces douze histoires représenteraient toute la mosaïque du peuple noir en Amérique symboliquement rassemblées en un livre et fait d’Hattie une mère universelle et/ou qu’elle représente la « mère patrie » soit les États-Unis… donnant peu d’amour (c’est-à-dire pas d’attention ou du moins inégale à son peuple démuni…

Toutes ses histoires seraient le condensé de tous les malheurs subit et justifierait l’accumulation de catastrophes et d’histoires tristes et sordides.
Dans cette optique, douze devrait être aussi un symbole donc… J'avais pensé aux premières étoiles sur la bannière américaine, mais elles étaient au nombre de treize… peut-être douze enfants plus Hattie la fédératrice = treize !

D’accord, c’est capillotracté… donc, là du coup, je sèche. Enfin tout cela n’est que supputation et peut-être que je m’égare !

Cela étant dit, j’ai beaucoup aimé cette histoire pleine de désespoir et qui résonne comme une complainte des minorités défavorisées.
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date : 29-01-2020
Ce roman noir, basé sur une histoire vraie, va nous emmener dans le Londres de la fin des années cinquante, jusqu'au milieu des années 60, prélude aux « Swinging Sixties ».

C'est une période de grand boum artistique. L'émergence de la culture de « masse » où l'on voit fleurir le Pop Art d'Andy Warhol, le rock n'roll, les couleurs bigarrées, le style beatnik etc…

Les jeunes se saoulent de fêtes et de rencontres hasardeuses d'où naissent des espoirs immenses. Ils y cassent les codes et le carcan puritain Britannique. On n'échappe pas non plus au revers de la médaille : attraction malsaine de l'argent, perversion, corruption…

Dans ce polar, on va suivre deux histoires qui vont se dérouler en parallèle sans pour autant se rencontrer :

La vie de quelques jeunes artistes bohèmes un peu marginaux mais ambitieux qui vont surfer sur la vague du succès avec des idées avant-gardistes qu'ils débattent le jour, du matin au soir et du soir au matin. Artistes peintres-créateurs, musiciens, mode, styliste. On y croise muses et artistes. Parmi eux, l'une d'elle va devenir styliste de mode mais ce n'est pas ce qui la caractérise le plus en fait.

Ce sont plutôt ses rêves prémonitoires de crimes perpétrés sur des filles de la rue dans son quartier sur fond de musique discordante, cacophonique et lancinante, qu'elle fait régulièrement, mais surtout qui se concrétisent ! Elle est dans la peau des victimes, elle voit ce qu'elles voient…

En parallèle, nous suivons Pete Bradley, le flic qui a découvert la première victime, la fille à la robe rayée, en 59. A l'époque, il avait relevé certains détails et fait quelques déductions qui avait impressionné un Inspecteur du CID venu prendre la relève du dossier. Puis, Pete, a poursuivi son chemin, apparemment « suivi » de loin par le fameux inspecteur Bell du CID (Criminal Investigation Department) ; Pete passera brillamment l'examen de Sergent et se retrouve stagiaire au CID où il fera ses preuves, pour finalement accepter une « mission » plutôt « confidentielle » dans le West End.

L'écriture imagée fait « vivre » l'époque, on y est, on s'y croit, on "ressent" les choses. Certes l'intrigue se déroule tranquillement sans accélérations sur les chapeaux de roue. Ici pas la peine d'y chercher de l'action « fracassante », des courses-poursuites haletantes, des revirements à 190°C à toutes les pages.

Non ! Ici, on parle d'un polar « d'ambiance » et d'atmosphère qui prend le temps de dérouler l'histoire, de poser les personnages, d'y apporter toute l'attention nécessaire, sans qu'aucune longueur ne puisse être relevée. On vogue doucement, tranquillement dans un univers temporel parfois onirique et terriblement mélancolique.

Le décor aussi s'installe tranquillement. Nous avons de belles descriptions de Londres (nocturnes principalement). Elles nous entrainent dans des bas-fonds, des quartiers mal famés et quelques « beaux quartiers » également. C'est très « visuel » à la limite du « cinématographique » (il a fait d'ailleurs l'objet d'une adaptation au cinéma il me semble). Je dirais que ce roman est typiquement d'atmosphère anglaise (et pourrait même être « américaine » aussi … je pense au Dahlia Noir autant dans la forme que sur le fond).

Ce que j'ai particulièrement aimé dans ce roman ? C'est incontestablement son originalité non dans le récit par lui-même mais par ses références parfaitement maitrisées au Jazz, ses repères bibliographiques et musicaux. le fait d'avoir utilisé en entrée de chapitre des « tubes » de l'époque qui caracolaient en tête des hit-parades follement « fashion » à l'époque.

« le titre lui-même est celui d'un morceau de jazz traditionnel composé en 1956 par Humphrey Lyttelton. Ce fut le premier disque de jazz britannique à entrer dans le Top Twenty et y resta six semaines. Son succès est dû en grande partie au riff de piano boogie très accrocheur, joué par Johnny Parker et mis en avant par le producteur Joe Meek. Paul McCartney a basé sa partie de piano pour la chanson des Beatles " Lady Madonna " sur ce riff » [source Wiki].

Cette auteure nous révèle une culture musicale impressionnante. le récit tient là sa particularité.

Petit détail aussi qui m'a fait sourire : la perception pour le moins « exotique » de la France et de ses habitants, assez « stéréotypée » mais pas « baguette, Beret et bouteille de rouge », non plutôt ce qui se rapproche de ce qu'on dirait nous, le style « Italien » ! :-)

La littérature anglaise du genre est ici bien représentée. Elle est radicalement différente du style français actuel. Je ne me hasarderai pas faire des parallèles car on ne compare que ce qui est comparable… Mais je ne suis pas déçue de ce tempo soft, mesuré et nonchalant, reposant et feutré… qui me plait plus finalement, qu'un thriller qui dépote et qui vous laisse étourdie et parfois insatisfaite.

Vous l'avez compris, je suis « emballée » par le style de l'auteure et je vais plonger dans un autre de ses romans, intitulé « Zarbi » (« le chanteur » suivra certainement) !!!!
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Apparemment ce n’est pas la première enquête de Pascal Guilbert dit « Tonton » et de Guilhem Lanternier, dit « Beau Gosse », policiers de leur état au 36… mais pas Quai des Orfèvres, hein ! C’est fini, ils ont pliés bagages… non c’est maintenant au 36 aussi, mais… rue du Bastion, dans le 17ème à Paris que la P.J. a planté son QG.

Il s’agit donc du cinquième tome de leurs aventures. Mais, pas de panique : les épisodes n’ont rien à voir les uns avec les autres, donc pas de craintes à ce niveau. Ils récidivent ici, mais moi, je découvre avec intérêt et gourmandise…

J’avoue sans réserve avoir été « appâtée » par un titre que j’ai trouvé original et actuel. Allait-il tenir ses promesses ? Quel lien avec l’histoire (ça m’amuse toujours de chercher le « pourquoi » du titre – plus à la limite que la recherche « du » ou de « la » coupable !!)

Ici, un certain Charles Maillard, homme d’affaires en perte de vitesse est retrouvé noyé dans le canal de l’Ourcq, par une belle nuit étoilée et par deux adolescents dont on se demande ce qu’ils font là à une heure aussi avancée ! Suicide ? Alors étoilée, la nuit, ça je ne sais pas en fait mais qu’il s’agit en fait d’un meurtre, on le découvre assez rapidement. Et puis, qui est ce Maillard au fait ? Est-il réellement ce qu’il a l’air d’être ?

Bref, l’histoire n’est pas gagnée d’avance pour nos deux enquêteurs qui vont enchaîner les recherches fastidieuses et surtout infructueuses. Ils ont beau éplucher toutes les infos qu’ils ont pu glaner, rien, ils ne trouvent rien de « louche »… donc, rien ? C’est forcément « suspect » !!

Humm, ce Maillard doit bien avoir des choses à cacher pour que son ordinateur, saisie en perquisition ne recèle rien de rien, nada, aucune info, aucun historique, tout a été écrasé. Et bien comme il faut en plus! Car enfin tout le monde sait que même si l'on croit ses données "effacées" il en reste toujours des traces qui ne résistent pas au plus futé des informaticiens (ce qui ne manque pas à la PJ). Or là, vraiment que dalle... louche je vous dis!

Et, de fait, leurs recherches vont les emmener vers d’autres pistes parallèles et ils ne sont pas au bout de leurs surprises. L’affaire va prendre finalement une autre dimension à l’opposé de ce qu’ils croyaient au tout début.

On se retrouve à naviguer dans le milieu trouble des sites de rencontres sur internet, développés par notre ami « Charles » et un associé ; avec tout ce que cela peut impliquer comme dérives malsaines (et hop bingo! on comprend dès lors la référence au titre! Internet, un meurtre etc... :-)).

Alors c'est vrai que les chapitres se suivent de façon linéaire, pas de changement de temporalité brusque entre eux. On suit donc avec aisance le fil de l’histoire. Pas besoin de gymnastique abracadabrantesque, pas d’à-coups renversants, pas d’effets de surprise majeure. Cela peut paraitre monotone à certains mais …

L’histoire est simple mais plaisante, on n’y trouve pas de longueurs inutiles. Pas de violence à outrance, pas d'effets "gore", de l’humour (grandement appréciable car pas toujours le cas dans des thrillers bien glauque), des personnages facilement identifiables. ça donne un rythme plutôt lent mais constant. Pas de suspens débordant non plus. Pas d’actions trépidantes. On devra l’aboutissement de l’enquête à beaucoup d’auditions de témoins et de « voisinage ». Alors, quoi ?

Alors... Moi qui suis une fervente adepte des livres glauques aux atmosphères étouffantes, oppressantes et stressantes, là ça n’est pas le cas. On reste bien dans le genre « policier » plutôt que « thriller » (pas de sang à toutes les pages, pas trop glauque, quoi que…ça se discute). C’est « soft » mais ça fait du bien parfois. Une enquête tranquille, sans prise de tête, pour « souffler » entre deux Grangé, Thilliez et autre Stephen King !!

Les scènes sont parlantes comme au cinéma, bien scénarisée, on « visionne » facilement les personnages, les situations… ça n’est pas « abstrait », on vit le truc quoi et ça ce n’est pas donné à tout le monde d'écrire de façon fluide et clair, comme un script!

Bon, juste un bémol mineur, J’ai trouvé que le personnage de « la folle infanticide » quasi catatonique n’a pas été assez creusé et aurait gagné à être étoffé un peu plus.L'auteur aurait pu accentuer le trait pour augmenter le suspense et inclure la Belle parmi les coupables potentiels. Elle reste néanmoins un personnage secondaire et donc, pour rester dans l’optique d’éviter le bla-bla inutile, ça se comprend.

La fin se tient, pas d’extravagance, mais je ne l’ai pas vu venir (A force, pourtant de lire ce genre de littérature, il me semble être devenu exigeante, trop d’ailleurs. J’ai du mal à être « surprise » désormais). Du coup c’est plutôt un bon point pour Enzo Bartoli !

Mais je suis quand même un peu restée sur ma faim… J’ai cependant l’intention de « persévérer » avec cet auteur et ça tombe bien puisque j’ai à portée de PAL « Six mois à tuer » qui d’après les critiques, semble encore plus versé dans le polar humoristique. Autant dire, une bouffée d’air frais dans le monde sordide des thrillers et autre polars noirs.

Je remercie les éditions Amazon Publishing / Thomas & Mercer et la plateforme NetGalley France pour cette agréable lecture. Je précise que ma note de 3/5 peut sembler peu mais ça reste pour moi une note « haute » [ramenée à 6/10, c’est plus qu’honorable). J’aurais d’ailleurs plutôt mis 3.5 mais certains sites n’offre pas l’option de demi… :-)
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date : 28-01-2020
J’ai enchainé ce polar directement après un autre roman noir « d’atmosphère » d’une auteure anglaise également. Le sujet est différent, mais on y retrouve la même ambiance sombre et déprimée. Si bien qu’à la faveur d’une inattention temporaire, j’ai fini par mélanger les deux histoires !! Mais bon, le premier m’ayant bien emballé, je n’ai pas été « dépaysée », je suis restée sur la lancée !! L’un aurait pu être la continuation de l’autre malgré la différence de style. Rien de carrément original mais l’écriture est agréable.

Déjà la première de couverture avait attiré mon attention. Je la trouvais attrayante et très esthétique. Elle évoque, le mystère, le monde de la nuit et peut-être, l’étincelle de lumière et d’espoir au bout du tunnel ?

Ici, nous avons l’anti-héros classique en la personne d’Aidan Waits, inspecteur déchu, à deux doigts de la révocation, accro aux amphètes et accessoirement au sky également. Un looser en somme qui traine ses désillusions comme un boulet ; un être « à plat » et au creux de la vague. Aussi n’a-t-il d’autre choix que d’accepter la mission d’infiltration que lui confie son supérieur auprès d’un gang local donnant dans le trafic de drogues. Au départ, il ne s’agit que de localiser les « sirènes » et les pister de bars en bars lors de leurs collectes du bénéfice des ventes de came. Il s’agissait de débusquer la taupe au sein de leur brigade qui renseigne le caïd, Zain Carver.

Ça se corse, avec l’entrée en scène d’un député qui voudrait bien faire rentrer sa fille mineure et fugueuse au bercail. Celle-ci a trouvé refuge…. chez Zain, le fameux dealer. L’heure n’est donc plus à l’observation « de loin » mais à l’infiltration. Mission très dangereuse car « officieuse » ce qui veut dire « sans filets », pas de couverture officielle en cas d’échec. Une sorte de mission « suicide » en quelque sorte. Ça passe ou ça casse !

Va s’ensuivre une série de « sacs de nœuds » imbriqués les uns dans les autres où tout le monde manipule tout le monde. A tel point qu’on en perd un peu son latin ! Mais de fil en aiguille avec une lecture attentive, tout se tient parfaitement et chaque situation trouve son explication. Rien de capillotracté, tout s’emboite et a une explication logique.

L’atmosphère des bas-fonds de Manchester, comme des endroits plus cossus est retranscrite à merveille ; on « visionne » tout comme dans un film. C’est « parlant ». C’est triste, noir, mélancolique, démoralisant ; les personnages ont l’air tous au bout du rouleau, leurs vies retenues par un fil invisible qui menace de rompre à tout moment. Tout à l’air si glauque et terriblement fragile. On trouve peu d’espoir dans ce roman. Même le superintendant Parrs ne semble pas si « recommandable » …

Le personnage d’Aidan n’évite pas les poncifs du genre mais, je l’ai trouvé « attachant » tout de même dans sa détresse. On apprend peu sur le personnage qui donnera surement naissance à une saga où on en apprendra un peu plus sur lui à chaque aventure.

Un roman noir très réussi qui en appellera donc d’autres je l’espère. Je suivrai avec le plus grand intérêt l’évolution du personnage principal… le suivant « chambre 413 » est déjà paru fin 2019 et je vais me le procurer sans hésitation.

Merci aux Éditions Le Masque pour leur confiance et la plateforme NetGalley France.

Détail de ma notation : Mon intérêt en début de lecture : 3.5/5 – milieu de lecture : 4/5 – dernier quart et final : 4.5/5
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Terrific !... Dirait-on en anglais ; c'est-à-dire formidable ! Donc sans s’enthousiasmer outre mesure non plus, j’avoue que ce thriller psychologique a été habilement mené.

D'abord, une mention spéciale pour la couverture très élégante, esthétique et évocatrice. Elle résume bien l’ensemble du roman. Une femme de dos, le haut d’un escalier et le titre « jusqu’à ce que TA mort nous sépare » écrit à l’intérieur de la silhouette de la femme…. Tout un programme !

Après, on retrouve, cette femme à l’hôpital… elle a atterri violemment au pied de ce fameux escalier on ne sait encore comment. Elle en ressort avec beaucoup de contusions et surtout une mémoire complètement fragmentée.

Elle trouve son mari « aux petits soins » pour elle, mais elle a une impression étrange sans pouvoir cerner le pourquoi. D’ailleurs très vite, sa vigilance tourne à l’omniprésence qui créée une ambiance étouffante et pesante à souhait. Mais pas que lui…

Même ses enfants lui paraissent « louches ». Ils ont l’air de réciter une leçon apprise par cœur, attendant des directives de leur père. Jo ne comprend pas leur attitude. Mais elle a beau se torturer les méninges, rien, rien ne vient. Ça reste « tapi » dans sa mémoire, à portée de mots mais, non, elle ne se souvient pas.

Après, on n’échappe pas au stéréotype de la famille parfaite, que s’efforce de donner le mari. Mais derrière ce bonheur sans nuages se devinent des fêlures, des imperfections, des non-dits.

Alors, après le premier tiers du livre, on a l’impression de faire faire du « sur place » due à l’amnésie partielle de Jo où l’on ressent ses hésitations, ses craintes, ses interrogations. On suit pas à pas les méandres capricieux de sa mémoire. Ce sentiment de « tourner en rond » à ressasser sans arrêts les mêmes doutes, les mêmes questions aurait pu être fastidieux et ennuyeux, mais il fait partie de la « mise en scène » du thriller je pense. C’est voulu pour retranscrire et amplifier l’effet de vertige et d’angoisse ressenti par Jo.

Elle cherche la lumière alors que le soleil n’arrive pas à percer et déchirer les ténèbres. Tout reste flou, à portée de souvenirs pourtant puis lointains tout à coup. Quelques-uns trouveront que cela constitue des longueurs alors qu'à mon sens, ça retranscris seulement le côté obsessionnel du ressenti de Jo.

Elle redécouvre sa vie lentement ou par de brusques « à coups », des sauts de puces ou des pas de géant; d’autres personnages vont venir en appoint de l’histoire, tous plus troubles et inquiétants les uns que les autres. Elle ne comprend pas non plus l’attitude de ceux qui se disent ses « ami(e)s ».

Toutes ses rencontres lui apparaissent comme décalées, pas à leur place. Elle ne peut se départir de cette impression de « bizarrerie » et va finir même par se remettre en question elle-même, faire de l’auto-soupçon…

Pour la compréhension de l’histoire, on a une alternance de temps avant la chute et après. « L’avant » s’égrène doucement vers l’accident et « l’après » remonte le fils des souvenirs épars jusqu’à l’accident. Il y aura la jonction, le moment ou l’avant rejoindra l’après : la rencontre de tous les dangers ! Un an sépare ces deux temporalités.

J’ai beaucoup aimé ce suspense larvé, cette lenteur simulée, ce cheminement tortueux vers la vérité. Petit twist final bienvenu, c’est pour moi une belle découverte.

J’en remercie les Éditions Fayard/Mazarine et la plateforme NetGalley France. C’est le premier roman de l’auteur a être traduit en français. D’autres ont été édités en Grande-Bretagne. J’espère qu’ils seront rapidement disponibles dans l’Hexagone, car je vais suivre son parcours.

Retrouvez d'autres chroniques sur mon site: Bouquinista.net
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On démarre rapidement avec le premier chapitre sur une tentative de meurtre. Puis boum, on passe direct à autre chose. Une entrée en matière propre au thriller et alors, par réflexe, de se répéter comme un « mantra » : se souvenir de ce premier chapitre, ne pas perdre de vue ce premier chapitre »… surtout, se souvenir de….

Pour la suite, nous voilà donc projetés brusquement dans un hôpital, un service de soins intensifs [ou plutôt pour des personnes en coma prolongé], où trois protagonistes vont se disputer le devant de la scène dans un huis-clos étouffant. Trois « héros (ine) » pour le prix d’un !!!

Nous avons, Alice d’une part, infirmière en chef de l’unité de soins 9B. Elle a beaucoup de conscience professionnelle et s’investit énormément auprès de ses patients, trop peut-être et s’occupe plus personnellement de certains d’entre eux. Je dirais même qu’elle les « materne »… En effet, Alice s’épanche parce qu’elle désespère d’enfanter un jour suite à des fausses-couches à répétition et cet état de fait l’affecte énormément.

C’est le cas pour Franck qui est là depuis de longs mois, souffrant du locked-in syndrome ou syndrome d’enfermement. C’est-à-dire qu’il est tout à fait conscient. Qu’il entend ce qui se passe autour de lui et qu’il voit dans la mesure où cela se passe dans son champ de vision. Cloué dans son lit quasi à l’état végétatif, il n’en ressent pas moins toutes les sensations décuplées, la douleur notamment, du fait de son immobilité.

Ainsi, Alice n’est pas de l’avis de ses supérieurs ; à l’inverse de tous, elle pense que Franck est bel et bien conscient et qu’il n’arrive pas à s’exprimer de quelques manières que ce soit. Elle lui raconte donc régulièrement son quotidien, ses problèmes qu’elle doit taire par ailleurs, ses peurs et ses supputations sur le cas de Cassie.

En effet, Alice va s’occuper aussi tout particulièrement de Cassie, une patiente arrivée en urgence suite à un accident qui n’en est pas un…

Elle est dans le coma suite à une commotion cérébrale. Les médecins s’aperçoivent très vite, sidérés que non seulement elle est enceinte, mais que l’enfant a survécu. Il semble que la famille ne soit au courant de rien… Cassie elle-même le savait-elle ?

On va alors assister à un balai entre ces personnages, inconscients (ou pas), l’infirmière et tous les personnages qui gravitent autour, de Cassie surtout : Jack, son mari, désespéré (l’est-il réellement ?), Charlotte, la mère de son mari qui a une relation fusionnelle avec son fils mais qui s’entend néanmoins parfaitement avec sa belle-fille.

Ensuite nous avons, le mari de sa mère décédée plus tôt d’un cancer du sein. On constate chez lui un comportement pour le moins étrange… Enfin La fille de Franck, qui passe en coup de vent, mais qui passe quand même envers et contre tout.

Alice va jouer le rôle de l’enquêteur et de fausses pistes en doutes et autres soupçons on arrivera à un dénouement que personnellement j’avais un peu vu venir sans en cerner les motivations. Je n’en reste pas moins satisfaite de l’ensemble de l’intrigue, et de la psychologie des personnages fouillée pour les trois principaux acteurs mais aussi bien travaillé pour les personnages périphériques qui restent jusqu’à la fin bien mystérieux.

Toute l’originalité de ce récit tient à ses protagonistes et à l’angle définitivement différent et atypique sous lequel est présentée l’histoire. Les personnages ne sont pas dans l’action mais dans l’analyse, dans la déduction et surtout sous les regards croisés d’Alice et de Franck, les choses sont considérées de façon inhabituelle . Une vision de « l’intérieur » assez oppressante et frustrante et cela confère une ambiance très particulière à ce thriller qui mise tout sur le côté psychologique.

Un premier roman [Thriller] réussi et dont le talent d’Emily ELGAR ne demande qu’à être confirmé par d’autres aventures qui prendront vie sous sa plume et que je découvrirai avec la plus vive curiosité !

Merci donc aux éditions Belfond et la plateforme NetGalley pour cette belle lecture.
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Zora Neale-Hurston est une anthropologue et une « folkloriste » afro-américaine aujourd’hui reconnue mondialement. L’essai qu’elle écrit en 1925 (qui donnera lieu dans un premier temps à une publication sous forme d’article en 1927), son premier ouvrage, est resté inédit pendant 90 ans, du fait du langage utilisé, peu commode à la compréhension et aussi, par peur d’accusations racistes : Le fait que les africains aient participé activement à la traite négrière est un fait que les esclaves et globalement la population noire née en exil n’ont jamais pu comprendre et qu’à l’intérieur même du continent africain, la ségrégation existait elle aussi bel et bien du fait des guerres de clan et des dissensions tribales.

Pour cet ouvrage, il s’agit de la transcription des conversations qu’elle a eu avec Cudjo Lewis (de son nom africain, Oluale Kossola, il choisira « Cudjo » pour sa signification en yoruba qui veut dire « lundi ») considéré alors comme le dernier survivant de la traite transatlantique aux Etats-Unis (Redoshi fut « découverte » bien plus tard, en 2019) qui fut convoyé illégalement sur le « Clotilda », dernier navire négrier à aborder en terre américaine en 1860.

Pour conserver la véracité de ce témoignage, l’auteure choisit d’employer le langage dit « vernaculaire » (définition Larousse : Langue locale parlée à l’intérieur d’une communauté, par opposition au langage « véhiculaire » qui sert à communiquer dans le monde – Vernaculus = indigène et Verna = esclave).

Elle transcrit fidèlement ces entretiens, pour en garantir l’authenticité en se défendant de toutes interprétations personnelles qui pourraient interférer avec les déclarations de Cudjo. Elle le présente comme un texte « brut », factuel et impartial pour ce qui la concerne.

De la parole directe de Kassola, il en ressort un récit puissant et parlant qui retrace le cauchemar collectif vécu par des millions d’Africains déracinés et déportés vers l’Europe ou l’Amérique. Tout y est dit de façon subtile mais sans détour. La simplicité de Kossola est touchante ; il « raconte » naturellement, avec fatalisme, sans haine ni rancœur : il constate.

Alors âgé de 86 ans, Cudjo livre une histoire somme toute très parcellaire qui engendre des « raccourcis » sur des choses, soit dont il ne se rappelle pas bien, soit qu’il ne comprend pas (comme la mort de sa femme par exemple où l’on déduis qu’il n’en a pas saisi la raison, qu’il n’appréhende pas vraiment ce qu’il lui est arrivée – il évoque vaguement une « maladie »…) ; une mémoire hésitante qui laisse apparaitre des « trous » et des approximations.

Plus tard, il raconte que les esclaves libérés fonderont Africatown USA et Plateau (endroit nommé Magazine Point autour de Mobile, Alabama) lorsqu’ils comprendront que malgré toutes les « économies » qu’ils pourront rassembler ne suffiront pas pour retourner en Afrique. Cette ville constituera un dernier « rempart » contre les américains : les blancs, mais aussi les noirs de deuxième ou troisième générations qui considèrent leurs frères africains comme des « sauvages ». La ségrégation raciale bat alors son plein même après l’abolition de l’esclavage en 1865.

Le livre est non seulement composé du (court) témoignage livré par Zora Neal-Hurston mais il est étoffé par une préface d’Alice Walker (précieuse pour ses précisions et explications nécessaires à la compréhension du texte qui suit) et des notes en fin de récit écrites par son biographe Robert E. Hemenway.

Emma Langdon Roche, Zora y fait brièvement allusion lorsqu’elle cite ses sources. Emma est une écrivaine et artiste américaine qui a été en fait la première à interviewer les habitants d’Africatown et à avoir rencontré Kazoola (Kossola, bref, Cudjo ). Elle fut la première à écrire sur l’Histoire de ces anciens esclaves. Son livre « Historic Sketches of the South » n’a à ce jour, pas été traduit en français. Zora rencontrera elle aussi Cudjo par la suite ainsi que différents habitants de la région de Mobile.

Spoiler(cliquez pour révéler)
Cela va donner lieu à une grande polémique. En effet, à la fin de « Barracoon », Hemenway fait quand même un procès d’intention à Zora où il souligne qu’elle aurait tout bonnement plagié la majeure partie des recherches et écrits d’Emma Langdon Roche tout en lui cherchant néanmoins quelques excuses vaseuses. C’est fâcheux car finalement cela minimise fortement l’impact du témoignage. Présenté comme un énorme travail de reconstitution, de mémoire, de transcription minutieuse, le récit est gravement relativisé par les accusations portées sur l’oeuvre de Zora.

Pour ma part, j’ai beaucoup aimé le récit de Kossola en lui-même avec son langage particulier par contre les commentaires après beaucoup moins. Si comme le présente la couverture, il s’agit bien du témoignage de Cudjo Lewis, « Barracoon » écrit par Zora Neale-Hurston, les commentaires de fin de livre sont tout à fait superflus. Il aurait eu sa place dans un autre livre consacré exclusivement à la biographie de l’anthropologue [Il existe je crois]. La préface d’Alice Walker suffit largement.

Cependant comme le travail d’Emma Langdon Roche n’est pas encore parvenu en France, celui de Zora Neale-Hurston reste très précieux et n’enlève rien à l’authenticité du témoignage de Cudjo. C’est cela qui me semble important.

Je remercie infiniment les Editions J.C. Lattès pour avoir fait traduire et éditer l’ouvrage ainsi que la plateforme NetGalley pour m’avoir permis de découvrir l’histoire de Kossola et de m’avoir interpellée sur le parcours de Zora Neale-Hurston.
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Sébastien Lepetit nous met en scène ici, un commissaire « à l’ancienne », un peu bourru, un peu ringard, un peu balourd mais « bon vivant », ne lésinant ni sur les spécialités Franc-Comtoise, ni sur les bons vins du Jura. Aussi, tellement attendrissant et touchant avec son ours en peluche, incongru dans le contexte et totalement en décalage avec le personnage (en plus de sa bluette avec la propriétaire de l’auberge où ils séjournent pour l’enquête) !! C’est assez original, mais on n’échappe quand même pas à certains stéréotypes : flic à problèmes, séparation douloureuse, alcool...
En fait, je me suis rendu compte qu’il s’agit là de la quatrième enquête du commissaire Morteau, mais pour moi, c’est une découverte. [Noter que cela ne gêne en rien la lecture et la bonne compréhension de l’histoire, même si c’est toujours mieux de lire dans l’ordre afin de suivre le cheminement des personnages récurrents].
Alors, d’aucuns diront que l’histoire « se traine » et qu’elle manque de rythme. D’un côté oui pour les fanas du genre « Fast and Furious ». Sinon, je ne suis pas d’accord [C’est mon avis propre et n’engage que moi !]. C’est un véritable roman policier posé à la Simenon. C'est-à-dire que l’histoire « prend son temps », elle se développe à son rythme, tranquille mais offre néanmoins un suspense et une tension toujours présente, lancinante même.
Il y a un vrai travail de mise en scène d’une « atmosphère », avec des descriptions minutieuses qui peuvent être considérées comme des digressions pour certains lecteurs mais qui contribuent à poser un contexte, une ambiance. C’est presque un « scénario » qu’on visualise sans mal.
Dans cet épisode, notre ami le commissaire est appelé par une ancienne connaissance d’enfance, Michel Pupillin, qui lui demande d’enquêter sur une histoire de menaces anonymes par téléphone. Ces appels mentionne le fait qu’«il y aura du sang sur la neige » à l’occasion de la Trans Jurassienne, course de fond réunissant des participants du monde entier.
A partir de ça, nous suivons les tribulations de Morteau et son collègue, l’inspecteur Fabien Monceau pour retrouver un assassin. Car en effet, il y a bien eu mise à exécution des menaces téléphoniques puisque le favori de la course est abattu alors qu’il s’entrainait.
Nous suivrons donc le duo dans leur enquête et leurs déductions trop hâtives parfois pour Monceau qui a l’impétuosité de la jeunesse et qui trouve Morteau trop lent, trop « has been » et pas suffisamment efficace selon lui. Le conflit générationnel est évoqué, effleuré mais pas vraiment creusé (-là n’était pas l’essentiel du sujet).
Monceau privilégie l’évidence, les apparences et la vitesse (qui se confond là avec précipitation) par contraste avec le calme, la méthode, la sagesse de Morteau (le vieux singe…). L’auteur insiste avec humour sur les divergences de technique d’investigation et sur la notion « d’apprentissage » pour l’inspecteur.
D’ailleurs l’enquête semble à priori très simple, le(s) mobile(s) le coupable tout désignés… Trop simple ! et cela s’avèrera en fait beaucoup plus « tordu » que ça n’en avait l’air au premier abord.
L’auteur saupoudre les indices et le suspense tout au long du récit. Nous avons de magnifiques descriptions de la montagne, de la neige et des courses de fond. N’étant pas une adepte de la course de fond (mais plutôt du ski alpin) j’ai eu un peu peur de m’ennuyer mais fi de cette impression !
Nous suivons la course de « l’intérieur » avec le ressenti de l’un des coureurs, à l’occasion des chapitres écrits en italique. On ressent bien l’engagement physique, les efforts fournis et la finesse de la stratégie nécessaire pour être le vainqueur. On y découvre la beauté des paysages mais aussi la douleur, la difficulté de la montagne, la rigueur du ski de fond, la fatigue… la dureté et l’exigence de la compétition.
Les dialogues sont sympas et bien structurés. J’ai aimé cette plongée en milieu naturel et cette immersion totale dans le milieu du sport et des fondeurs, cette course si belle est bien décrite.
La lecture est agréable, facile d’accès sans construction biscornue. Les mots coulent naturellement, les sentiments s’entremêlent, les doutes et interrogations émaillent le récit et au détour d’un chapitre, nous arrive la solution, l’explication et le coupable.
Pour ma part, j’avoue que bercée par le récit, l’écriture, je n’y ai vu que du feu (mais je n’ai pas vraiment cherché non plus, non). L’enquête passe presque au second plan à la limite. Elle est prétexte à chanter les louanges du Jura, de la Franche-Comté, du Doubs. On est pantois devant la virtuosité des descriptions qui nous fait ressentir réellement la montagne comme s’y on y était.
Un grand merci donc aux Editions Flamand noir et à la plateforme NetGalley France pour cette lecture. Et je vais me mettre en quête des 4 précédents pour parfaire ma connaissance du personnage si attachant du Commissaire Morteau.
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date : 11-11-2019
Tout commence au fin fond de l’Afrique du Sud, dans un laboratoire clandestin (l'est-il vraiment ?) à Malela où un incident inconnu a fait fuir les chercheurs qui s’y trouvaient ; ceux-ci ont d'ailleurs laissé les portes ouvertes dans l’affolement de la fuite.

Puis l'apparition pour le moins "étrange" dans le parc Krüger d'un éléphanteau qui arbore soudainement 4 défenses comme ses ancêtres les gomphotheriums du temps de la Préhistoire, il y a quelques poussières de millions d’années…

Et soudain apparait un virus follement contagieux, à propagation rapide qui va toucher d’abord les animaux puis les végétaux et enfin l’homme.

Tous les ingrédients sont ici réunis pour réaliser un excellent blockbuster avec force effets spéciaux etc…

Pour ce qui me concerne, je ne suis pas très fan des romans scientifiques que je trouve souvent trop alambiqués et trop compliqués à suivre. Mais dans ce cas précis l’auteur n’est pas rentré dans un pensum et c’est tant mieux !

Comme vous l'avez compris n’étant pas une adepte inconditionnelle des romans de science-fiction car trop éloigné pour moi d’une réalité possible, je suis en revanche "fana" de thriller, si ! Et puis, d’esprit « aventureux » et curieux, attirée par la 4ème de couvre, j’ai quand même postulé pour la lecture de ce livre.

Pour la forme, c’est un roman d’anticipation avec une fiction bien « ficelée » où l’action et le suspense laissent peu de temps mort, ce qui en fait un excellent thriller rythmé. Les personnages principaux sont attachant et on suit leurs différents cheminements avec intérêt.

Au début, l’auteur met un peu de temps à installer l’histoire mais c’est nécessaire à la compréhension de ce qui suivra. On a besoin de se familiariser avec ce sujet scientifique un peu complexe.

Ensuite pour le sujet : des éléments scientifiques sur la recherche et la manipulation génétique sont à l’honneur ainsi que le monde de la politique. C’est là que le bât blesse pour moi car c’est l’entrée en scène de la Sci-fi rend ce qui était plausible auparavant, improbable avec ce virus dit « Kruger » (du lieu de sa découverte). Mais le roman d'anticipation se soucie-t-il par définition de la réalité ? Du moment que cela soulève un doute "raisonnable » : Et, si ... ?

Alors, pas trop détaillé scientifiquement (voir même approximatif, je trouve que pour un Docteur Es Science, l’auteur reste superficiel sur cet aspect, mais le but de l’ouvrage n’est pas d’en faire un manuel de vulgarisation scientifique, donc je comprends la démarche).

Donc, suffisamment détaillé quand même pour séduire les aficionados du genre, de l’action pour séduire les adeptes, du suspense pour les mordus de thriller, une belle histoire d’amour, un tout petit zeste de « sexe » … Bref, tout y est pour plaire à un public le plus large possible.

Eh oui, désolée, j’y vois-là encore une stratégie marketing…. C’est décidément une obsession chez moi !), je suis parano, je la débusque partout !!! Mais fort heureusement je ne fonde pas mon avis sur ce seul critère !

Qu’importe donc « l’emballage » du moment que l’histoire se tient et est originale. Pour moi, un livre est réussi s’il m’apprend quelque chose de neuf et s’il me donne l’envie d’aller « creuser » le sujet et de faire des recherches complémentaires. En ce sens, le livre fut pour moi un véritable « page-turner » puisque j’ai égrené les pages beaucoup plus vite qu’à mon habitude.

A propos donc d’apprendre quelque chose et toujours sur le fond, l’auteur soulève finalement des questions philosophiques et éthiques (les Homo sapiens devenus Homo Erectus peuvent-ils être toujours considérés comme des Humains ou non ? Faut-il les protéger ou les tuer ? L’évolution est-elle toujours « positive » ? Ne peut-elle pas être régressive ?).

Remettre en question la théorie de l’évolution de Darwin, ok, pourquoi pas. D’ailleurs l’évolution constitue-t-elle forcément un progrès ? l’évolution régressive n’est est-elle pas un antagonisme ?

La définition de l’évolution selon le Larousse : Passage progressif d’un passage à l’autre (progressif, pas en 1 nuit). Là on parle d’inversion totale du processus, qui semble déjà d’ailleurs scientifiquement constatée de nos jours, selon les notes de l'auteur en fin de livre) et pas toujours en positif (qui tend vers un mieux) : la progression, l’évolution d’une maladie n’induit pas toujours une « amélioration » par exemple…

J’ai bien aimé l’introduction d’internet avec un échange sur les réseaux sociaux où s’affichent propagation de rumeurs, fondées ou non, déformées sur fond de bêtise humaine.

Au milieu du récit je trouve que ça perd de son intensité et cela piétine un peu (notamment au niveau des "négociations entre états). Mais on enchaîne rapidement au rythme de la propagation du virus sur un thriller d’action, pas trop de flottements donc...

Cependant, la solution imaginée pour mettre tout le monde d’accord me semble capillotractée, un peu sortie de nulle part, comme un « joker ». En effet, si la communauté internationale ne s’accordent déjà pas sur le sort des victimes comment s’accorderaient-elles pour unir et coordonner l’effort de ses chercheurs pour trouver un remède, un vaccin ? Cela me semble tellement improbable !

Peut-on, d’une part, à la fois chercher l’origine du virus (nécessaire pour en étudier la souche et fabriquer l’antidote) et être efficace sur la mise au point d’un remède sans solidarité internationale (dont il n’est pas question dans ce livre) ?

De même que le « qui », le « comment » et « qui finance » reste flou (surtout quand on connait la concurrence féroce que se livrent les lobbies pharmaceutiques occupés qu’ils sont à tirer la couverture à eux).

Enfin, les trois quarts du livre amène à se poser des questions, puis dans le dernier quart, les réponses (et pas toutes) sont balancées en bloc, d’un coup, en vrac comme s’il était urgent d’apposer le mot FIN.

Le postulat soudain d’Anna, mettant fin à la polémique me parait se baser sur rien, comme un lapin sorti d’un chapeau de magicien. Bref, cela m’a laissée un peu « perplexe » et j’en ai conçu une très légère déception ; comme s’il me manquait des éléments.

J’ai relevé la touche légèrement optimiste vers la fin comme pour permettre d’amorcer une suite.

Je recommande donc, malgré tout (mon avis est globalement positif, juste un tout petit peu tempéré mais c’est tout à fait subjectif) cette lecture au rythme haletant et plein de rebondissements. Une réussite dans le genre. Je vais d’ailleurs me procurer d’autres ouvrages de l’auteur pour confirmer mon intérêt (nouveau pour moi) pour ce sujet.

Un grand merci aux Éditions XO et à #NetGalleyFrance de m’avoir permis de découvrir cet univers.

Mes autres critiques: https://www.bouquinista.net
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date : 06-11-2019
J'ai découvert que j'avais commencé par le tome 3 de la série des aventures d'Eddie Flynn mais ça n'a gêné en rien ma lecture et la bonne compréhension de l'histoire.

Nous voilà donc embarqués dans un procès mené autour d'un coupable tout désigné, une jeune étoile montante du cinéma, qui aurait tué sa femme et son garde du corps qui aurait été accessoirement aussi son amant… Évidemment Bobby, l'acteur, n'a pas d'alibi. Trop simple pour être vrai tout ça !!

Eddie Flynn, ancienne petite crapule reconvertie en avocat aux méthodes un peu « particulières » (c'est le moins que l'on puisse dire !) va assurer sa défense à la demande d'un as du barreau qui l'embauche pour servir de « bélier » contre les flics du NYPD avec option « éjectable » en cas d'échec !

Eddie accepte néanmoins, non pas à cause de l'offre alléchante qui lui est faite, entre promesse de gloire et « matelas douillet » mais parce qu'il est convaincu de l'innocence de Bobby. En effet, on apprend qu'à la suite d'une erreur de jugement antérieure, Eddie ne défend plus que ceux dont il a l'intime conviction qu'ils ne sont pas répréhensibles.

On suit moins les détails du procès (un peu quand même, juste ce qu'il faut) que l'enquête que mène en parallèle notre ami Flynn pour découvrir un autre coupable et amener, au moins, un « doute raisonnable » sur la culpabilité de Bobby dans l'esprit des jurés. C'est sans compter que le vers est déjà dans la pomme !

Les chapitres alternent entre procès, enquête mais aussi point de vue du « tueur » qui va se révéler au fur et à mesure être un véritable psychopathe et ce depuis plus longtemps qu'on a pu le penser!

Alors c'est vrai qu'on connait rapidement l'identité du tueur. Son nom : Richard Penna…

Connaitre son nom, c'est bien, mais sans qu'une histoire s'y rattache, finalement ça ne nous avance pas beaucoup… Et c'est donc l'écheveau de cette histoire que notre valeureux avocat va dévider [sous nos yeux ébahis :-)] (nous, nous sommes un peu aidés par les observations de l'assassin). En fait, l'identité du tueur est moins importante que la façon dont il sera démasqué.

Je trouve que c'est une approche assez intéressante qui démarque complètement du genre même si on n'évite pas les poncifs du détective au profil convenu : alcoolo, divorcé, traumatisé par une ancienne affaire, aux prises avec ses démons intérieurs. Malgré tout cela, on s'attache à ce héros au passé un peu « miteux ».

Le suspense ne se dément pas et le rythme est nerveux et assez soutenu avec peu de temps mort. D'ailleurs la forme et le récit éclipse un peu le style, qui passe au second plan. On ne s'ennuie pas une seconde. L'intrigue est adroitement menée et tout s'imbrique bien, sans incohérences. On est, là, plus dans le thriller psychologique que dans le polar d'action (quoique...).

Habituée aux thrillers judiciaires de John Grisham et de Marcia Clarck (entre autres) qui me plaisent beaucoup, j'avoue avoir trouvé avec Steve Cavanagh un autre très bon « filon » sur le sujet ! Je m'en vais donc acquérir les deux premiers tomes de la série au plus vite et me délecter des aventures de notre héros malmené par l'existence.

Un grand bravo à l'auteur et merci aux #Éditions Bragelone ainsi que #Netgalley de m'avoir permis cette découverte.
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Qui aujourd’hui, parmi la jeune génération, en France ou même en Europe, sur le « vieux continent » a une idée de qui était « Jimmy Hoffa » ? … avec le livre de Charles Brandt, ils vont découvrir son existence. Avec le film qui sortira très bientôt, avec le nom de Scorcese, de De Niro et celui d’Al Pacino, la popularité de l’histoire va remonter en flèche et tous réapprendront à connaitre ce personnage d’une envergure et d’un charisme extraordinaire.

Pour ma part, je m’étais déjà penchée sur l’histoire « Hoffa » bien avant, à la suite d’un reportage qui était passé sur une chaine française il y a une dizaine d’année et aussi à la suite d’un film de Dany De Vito, sorti en 1993 avec Jack Nicholson.

Ici, il est question de la confession d’un certain Franck Sheeran dit « L’Irlandais », un tueur à gages de la Mafia à Philadelphie (entre autres). Il confie son histoire à Charles Brandt, au crépuscule de sa vie et s’attribue l’enlèvement et l’assassinat de Jimmy Hoffa, ex-leader syndical des Teamsters (le puissant syndicat des camionneurs aux US).

Bien d’autres hypothèses ont été avancées. Celle-ci en est une parmi d’autres, mais elle semble si plausible qu’on en viendrait presque à prendre « pour argent comptant » cette seule possibilité. Ce qui prouve l’adresse de l’auteur !

Je ne vais pas me lancer dans un énième résumé pour relayer l’histoire. Non, je vous invite à le découvrir par vous-même, sans curiosité morbide, mais bien comme un « documentaire » d’une « tranche » d’Histoire des États-Unis. On apprend beaucoup de choses ; des phares de l’actualité d’alors aux agissements de l’ombre et des coulisses de la Mafia italo-américaine. Instructif !

Alors, je le concède, ce livre est long, très long car riche en détails et en anecdotes. Chaque personnage est décortiqué et les rapports des uns aux autres très détaillés. L'auteur explique aussi certains rouages de la Mafia, son histoire. On effleure, sans s’y engager, la piste savonneuse de l’assassinat de JFK, mais brièvement. Il se concentre surtout sur les liens entre Franck Sheeran et Jimmy Hoffa. En effet seul un proche, un très proche membre de l’entourage de Hoffa aurait pu le convaincre de monter dans une voiture conduite par des hommes de main mafieux…

Car qui mieux que lui connait leurs méthodes ? C'est lui qui les a introduits dans le syndicat à ses tout débuts pour prêter main forte aux piquets de grève et aux affrontements avec les autres syndicats. Le combat syndical ne se faisait pas avec des fleurs …
Mais aussi et surtout, par la suite, il prendra part au blanchiment d’argent de la mafia italo-américaine de Chicago via les fonds de pensions créés par lui.

Puis, rattrapé par ses « combines » il finira par devenir l’ennemi juré de Bobby Kennedy, alors Ministre de la Justice. Celui n’aura alors de cesse de le faire « tomber ». Il parviendra d'ailleurs à ses fins avant que l’Histoire n’assombrisse complètement le ciel Américain.

Donc, pour conclure, ce livre ne se lit pas d’une traite (en tous cas pour moi), j’y ai passé un mois et demi. Oui, oui c’est beaucoup, mais c’est qu’il me fallait pour saisir tous les tenants et les aboutissants et je ne me suis pas ennuyée une seule seconde.

J’imagine bien ce qu’il va rendre au cinéma avec Scorcèse à la manœuvre !!! J’en salive d’avance !!... Je kiffe les livres (et films) de gangsters… Mon côté « Bad Girl » sans doute (Scarface reste une référence pour moi). Livre noir pour les aficionados du genre bien sûr...

Je remercie infiniment #Netgalley et les #Editions du Masque, pour la redécouverte de cette histoire, de ce combat, de ce personnage plus qu’intéressant. Et je souhaite aux futurs lecteurs, autant de plaisir que j’en ai eu à le lire.

Mes autres critiques: www.bouquinista.net
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date : 29-10-2019
Un mot « fort » me vient immédiatement et spontanément à l'esprit en refermant la dernière page de ce livre : SUBLIME !

J'exagère peut-être un chouïa mais si peu… Pour moi, un ouvrage indispensable et précieux à la mémoire mais un témoignage d'amour plus qu'un récit historique.

Regardant très peu le petit écran, J'ai malheureusement « raté » l'émission la « Grande Libraire » où Robert Badinter, invité pour la sortie de son livre, y évoquait le souvenir de sa grand-mère avec beaucoup d'émotion. Je me promets donc de le regarder en replay aussitôt que possible…

Mais, autant le dire tout de suite, je ne vais pas être vraiment « objective » car je nourris une immense admiration pour l'auteur qui est entré dans les premières places au panthéon de ma mémoire le 18 septembre 1981 lors de l'abrogation de la peine de mort en France dont il est l'un des artisans principaux.

A la lecture de cet ouvrage, on mesure pleinement la force de cet homme qui a connu les pires atrocités de la seconde guerre mondiale au travers de l'histoire de ses parents et grands-parents et qui a trouvé malgré tout la force immense et le pouvoir de résilience suffisant pour livrer avec conviction ce combat en faveur de l'abolition de la peine capitale. Pour cela, entre autre, je lui voue le plus profond respect.

Aujourd'hui, à l'aube de ses 91 ans, il nous livre le récit de son affection incommensurable pour « Idiss », sa grand-mère maternelle. Un portait absolument touchant de cette mère courage, qui affronta nombre de situations dramatiques qui entraineront sa famille vers d'autres patries, d'autres horizons fait de volonté et d'espoirs inébranlables.

Un destin, Des destinées, toutes hors-normes, qui englobent cette partie d'Histoire dont nous ne sommes pas vraiment ressortis tout à fait glorieux, même si nous mettons plus volontiers l'accent (mérité pour tous les compagnons de la "résistance" et de toutes les forces engagées) sur la « libération » et la bravoure de nos combattants revenus en vainqueurs grâce à l'Angleterre et aux États-Unis (et aussi la Russie accessoirement). Cette France dans laquelle ils avaient une confiance aveugle et absolue. Croyant dur comme fer à ses idéaux perçus comme le pays, gardien d'une Liberté inaltérable.

En effet, pour ces juifs ashkénazes, venus d'Europe Centrale essentiellement, fuyant les pogroms de la Russie Tsariste de 1903 & 1905 la France représentait un Eldorado absolu. Ces espoirs les jetant sur les chemins de l'exil pour tenter de se soustraire à la terreur des heures sombres et leur quotidien de misère ; échapper à la montée xénophobe et antisémite qui a connu son apogée en 40-45 avec le régime nazi et l'extermination programmée non seulement de tous les juifs, mais aussi des roms, des homosexuels, des fous, des faibles, des vieillards, des handicapés et de tous ceux réputés comme non Aryens… bref le plus grand génocide de tous les temps avec un pic de six millions pour les plus touchés par la « solution finale » imaginée par Hitler : les juifs.

Avant cette extrémité, ils passeront par toute la gamme des stigmatisations possibles, connaitront la spoliation de leurs biens, les persécutions de plus en plus prononcées, les restrictions drastiques sur le droit des juifs, les lois et les décrets qui en découlent (interdiction de participer à des réunions, d'entrer dans certains magasins, de s'alimenter … de vivre tout simplement … en prélude au port de l'étoile jaune et des futurs déportations).

Cette histoire là n'est qu'une longue déchirure où l'histoire au niveau personnel et individuel se confond finalement avec l'Histoire avec un grand « H » et du mécanisme implacable qui s'est inexorablement mis en place au niveau collectif dès le début de la guerre en Europe.

Cette histoire primordiale pour l'auteur, pour les membres de sa famille, plus globalement pour eux, pour tous est un exemple fondamental car il est écrit sans acrimonie et sans colère. Il est posé là comme un constat sans jugement sur l'Histoire. Les faits, les souvenirs d'enfant et la figure emblématique d'Idiss constitue l'essentiel de ce texte.

Dans toute ces horreurs quelques touches de bonheur éclatent néanmoins: le temps des chocolats chauds, des jeudi-ciné avec deux films et les actualités.

Robert B. redevient un enfant pour célébrer cet hommage tendre et délicat. Il y met toute la mesure et la retenue nécessaire. Il nous livre un hymne à sa famille où ses souvenirs d'enfant sont parfois un peu vagues, un peu biaisés, mais souligne les plus important : L'amour filial, maternel, paternel (il reste sur la réserve pour parler de Simon – mais il livre quand même quelques bribes de bonheur dont a bénéficié Charlotte aux temps « heureux »).

Les photos en annexe et en fin de livre, anime le récit, donne un visage, une représentation concrète des personnages (on réalise que ce n'est vraiment pas une fiction – Même si on le savait déjà) l'humanise et le rend plus émouvant encore s'il est possible.

Une déferlante d'émotions m'ont assaillies à la lecture de ce bouleversant hommage à sa grand-mère disparue.

Le choix Cornélien auquel devra se livrer Charlotte n'est pas sans me faire penser au « Choix de Sophie » de William Styron. Choix déchirant qui se fera obligatoirement au détriment de quelqu'un…

Une bien belle écriture pour un récit à la fois triste mais quand même empreint d'immenses espoirs. Robert B. met en lumière une partie de sa vie, de ses souvenirs, du personnage de sa grand-mère et de son épopée à travers l'Europe simplement avec une véritable tendresse pour l''histoire d'une femme, son histoire.

Beau tout simplement. Merci M. Badinter…

Merci également aux éditions Fayard et @Netgalley pour cette lecture.
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J’ai attendu que la surexposition médiatique autour de la sortie de ce livre retombe un peu pour tenter de produire un avis plus objectif loin de l’effervescence provoquée par d’éventuels détails croustillants que le fils Delon aurait pu révéler. Il est vrai que j’ai postulé pour la lecture de ce livre sur la foi du nom affiché ; non pas pour en apprendre plus sur le père, non, mais pour découvrir ce que le fils avait à dire justement. Aucune déception de ce côté-là.

Ce premier roman d’Alain-Fabien est donc une fiction [revendiquée haut et fort] et toute ressemblance avec des personnages ayant existé serait évidemment fortuite…blablabla. J’ai dû néanmoins me faire violence absolue pour éviter les parallèles et les raccourcis et réussir à m’extraire du contexte particulier de cette famille archi-connue! D’ailleurs, Alex Delval (A.D…) ne fait rien pour nous aider à nous déconnecter de la réalité. Est-ce un jeu, volontaire ?

Pour le récit, l’auteur raconte son histoire à un psy qui l’a emmené à son cabinet à la suite d’une bagarre dans une soirée entre ami(e)s d’où découlera de graves conséquences. En parallèle l’auteur doit passer un bout d’essai, un casting de rêve pour un premier grand rôle au cinéma. Il s’interroge sur sa légitimité à le faire à travers une réflexion intérieure qui doit aboutir à une prise de décision (et de conscience). Peut-il marcher dans le sillage de sa « star de père » aux reflets si aveuglants, sans se brûler les ailes, tel Icare ? Saura-t-il s’en détacher, se singulariser ? Pourra-t-il « crever l’écran » ? Telle est la question centrale de ce livre où « oui/non » s’affrontent violemment et les doutes sont légions. Pourrait-il supporter un échec cinématographique en fait?

Pour ce qui est du contenu, un torrent de sentiments bruts se déverse dans cette œuvre : un déchainement de haine, d’exaspération, on y perçoit intensément la peur de l’ire paternelle, des menaces de représailles, des querelles. L’auteur apparait très en colère et en conçoit de l’aigreur. On perçoit l’irritation, l’agitation, le dépit ; il est furieux, il fulmine, il a du ressentiment, de la hargne, de l’animosité, un courroux immense contre son père surtout, mais aussi la mère, les amis, sa petite amie, le monde entier !

Tout s’accumule, indignation, rage, désir de vengeance. On ressent son agressivité de plein fouet, sa rancœur, son emportement. Il est en rupture totale avec son entourage. Il perçoit la défection des parents comme un reniement. Son sentiment d’abandon est criant. Il en conçoit un profond désarroi et une solitude difficile à supporter à un tel âge, induisant un sentiment de vide abyssal et d’insécurité l’amenant à commettre des incartades et des extravagances de plus en plus conséquentes. Une grande fuite en avant dans les abus "classiques", amenant folies, débordements et outrances, mêlant divers alcools, drogues et autres médicaments engendrant une violence devenue "ordinaire".

Le vrai sujet c’est « comment parvenir à exister » à l’ombre de cette silhouette imposante et écrasante que représente sa « star de père », d’un monument, d’un mythe ? Ce livre relate les difficultés à se positionner par rapport à un père qui occupe au sens propre comme au figuré, tout le devant de la scène ! L’auteur exprime son ambivalence totale, à la fois l’admiration, le rejet, la haine. Cri de haine teinté d’amour et appel à l’aide.

Tout le livre illustre juste cette interrogation en donnant des exemples concrets de faits amenant tous les excès, les doutes, les égarements, les manquements… Comment « tuer le père » comme on dit en psychanalyse, s’en détacher sans sombrer ? Vous savez cet être que vous admirez mais qui prend toute la place, qui est tellement exigeant et intransigeant, autoritaire, intraitable, implacable à donner le vertige, qui vous fait douter de vous-même surtout à 18 ans…

Il s’agit d’un véritable récit cathartique, un défoulement qui se veut libérateur voire rédempteur. C'est l'histoire d'un "écorché vif" à la sensibilité exacerbée. Un être sur la défensive, à fleur de peau, en quête d’amour et de respect de son ainé.

Sur la forme, la stratégie de l’éditeur me pose problème : Pourquoi avoir écrit « DELON » en aussi gros caractères sur la couverture puisque le fils rêve « d’exister » par lui-même et pour lui-même ?
Pourquoi donc « user » de la notoriété d’un nom qui est apparemment si difficile à porter. Je soupçonne une stratégie marketing soigneusement « pensée et orchestrée ».

Mettre en avant le titre et non pas le nom eut été peut-être moins « vendeur » mais plus authentique. Cet artifice décrédibilise le contenu à mon sens et c’est dommage. Pourquoi mettre une photo qui ressemble au père s’il veut tant se démarquer ? Difficile de s’affranchir de la célébrité familiale, mais elle peut quand même servir… il est difficile de faire la part des choses entre réalité et fiction ; ambigüité savamment entretenue tout en niant toute similitude. Peut-on parler de bio-fiction ?

Pourtant le fils a un véritable, talent d’écriture, certes jeune mais indéniable. Son écriture est vive, saccadée mais néanmoins fluide ; son style dépouillé à l'extrême, aéré et délié voire télégraphique confine à l'essentiel; le tout sans artifices ni exercice de style inutile. Le débit des phrases est pourtant haché, donnant une structure de phrase heurtée, fracturée. Cela évoque un style enfiévré, très direct et rapide jusqu'à la névrose, une intensité bouillonnante.

Cette spontanéité brutale, impulsive et nerveuse est finalement désarmante. L'écriture frénétique semble "jetée" sur les pages dans l’urgence tel un attelage dont les chevaux seraient devenus fous; On sent affleurer l’impatience et l’instabilité de la jeunesse, un maelstrom d'émotions, tumultueux, incommensurable. Un talent certain pour la narration et un style incisif, un beau coup de plume ! Merci Monsieur.

Pour finir, je referme ce livre sur une excellente impression du talent littéraire du fils. Reste pour moi à visionner son film tourné en 2013, voir ce qu’il en ressort. Mais je recommande avec enthousiasme cette lecture et je remercie Les éditions Stock et la plateforme numérique NetGalley pour cette découverte très intéressante et prometteuse.
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C'est bien connu : on désire toujours le contraire de ce qu'on a, c'est le syndrome de « l'herbe plus verte dans le pré d'à côté » : les cheveux frisés rêvent d'être raides et vice et versa, les yeux bruns voudraient être bleus ou verts mais surtout pas bruns. le pauvre envie le riche (rarement le contraire cependant !!) en pensant qu'il a forcément une meilleure vie (plus confortable matériellement c'est sûr, mais il y a toujours des conditions suspensives) suscitant, jalousie et obsessions.

Dans ce cas précis, il est question de deux jumelles à la vie et aux caractères diamétralement opposés :

Alice, a fait de brillante études et est devenue professeure (de philo). Belle, émancipée, rebelle à tout et à l'autorité, sure d'elle jusqu'à l'arrogance, elle manie volontiers le cynisme, le sarcasme et l'humour cinglant. Elle a fait de Nietzsche son « maître à penser », c'est peu dire!!

Élève laborieuse, Célia, a quant à elle, suivi l'école de la vie » en faisant ce qu'on attendait d'elle : se marier tôt, avoir des enfants et mener une vie de famille calme et sans histoires. de caractère plus réservé, Célia a vécu sous l'emprise et la dépendance de sa mère, puis sous celle de son mari.

Alors Célia, la sage mère au foyer, versus Alice, la rebelle, l'insoumise ? Y-a-t-il matière à devoir faire un choix ?

Deux parties distinctes se dégage dans le livre :

La première partie avec le présent ; c'est le point de vue d'Alice sur sa soeur et sa vie. Alice pense que Célia mène une vie « facile », une vie de rêve : entourée et aimée et surtout sans contraintes matérielles.

On s'aperçoit, contre toutes attentes, qu'Alice jalouse de manière compulsive la vie de sa soeur. Jalousie qui confine à la haine. La libre et frondeuse Alice, en quête éperdue de reconnaissance de sa mère, rêve d'un cadre de vie aisé, mais rêve-t-elle vraiment pour autant des responsabilités qu'une vie de famille imposent ?

Convaincue de la nécessité de détruire « l'autre » pour pouvoir exister, que « la raison de plus fort » fait loi, se substituer à son doute pour être « révélée », elle affiche une réelle volonté d'être « mieux » voire « unique ». Usurper l'identité de l'autre, prendre sa vie. Pour « exister » faut-il « tuer » « l'autre » et prendre sa place ?

En psychanalyse, on en parle mais de façon abstraite. Dans ce roman, on passe à du « concret » et alors Alice nous apparait rapidement insupportable, détestable, égoïste et sans aucuns scrupules.

La seconde partie avec le passé sur la vie de Célia, vu par Célia au travers de son journal intime où l'on découvre « l'envers du décor ». Celle-ci voyait la gémellité en termes de complémentarité, comme les moitiés formant un tout.

Spoiler(cliquez pour révéler)
La pauvre Célia n'est entourée que de gens mesquins et subit la goujaterie de son mari, mais aussi de la « bande d'amis » qui les entourent. Dédain et sarcasmes de la part de la belle-mère et belle-sœur, les rebuffades sont son lot quotidien. Elles ne perdent aucunes occasions de la rabaisser. Tout n'est qu'hypocrisie et faux-semblants.

Alice réalise alors, qu'elle a « idéalisé » la vie de son « autre » elle-même…. On est toujours attiré par son contraire, comme je le disais au début.

Le livre fait de fréquentes références à « Alice au pays des merveilles » et à l'autre côté du miroir, au fait de devenir l'autre, de se fondre en elle. Devenir les deux à la fois… le reflet l'une de l'autre ou son ombre comme le titre en fait référence.

En psychanalyse et selon Carl Gustav Jung « L'ombre peut être définie comme notre double inversé, celui ou celle que nous aurions pu être, mais que nous ne sommes pas. C'est notre face obscure, elle contient l'ensemble des traits de caractère qui n'ont pas pu se développer dans notre personnalité. Elle symbolise en quelque sorte notre frère jumeau opposé qui est caché dans les profondeurs de notre inconscient” [Réf.: Wikipédia].

Ici, les jumeaux sont réels et la dualité intériorisée dont parle Jung, se traduit par le meurtre réel de l'une d'elle. de plus, le « crime », même s'il est accidentel, est aggravé par le fait qu'Alice jette le corps de la falaise et prend la place de sa sœur. Alors qu'en psychanalyse on parle de s'affranchir symboliquement de son autre, dans le livre on passe de l'empirique au réel.

On pourrait aussi trouver matière à moult réflexions transcendantales sur le thème du « miroir » et du « double » … mais trêve de psychanalyse !!! le tout dernier chapitre est « étonnant » sans être renversant mais c'est un excellent thriller domestique dans la veine des Shari Lapena, AB Paris et autre B. Abel…

Un grand merci aux éditions de l'Archipel et @NetGalley pour la découverte de ce thriller psychologiquement bien travaillé!
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Ce livre est arrivé sur ma liseuse quasiment en même temps (à quinze jours d’intervalle) que l’on apprenait la mort de Karl Lagerfeld. Opportunisme ? Certes non, puisque l’ouvrage avait été préparé bien en amont. L’auteur avait d’ailleurs consacré auparavant un documentaire sur le couturier : « être et paraître » pour l’émission de Laurent Delahousse « un jour, un destin » que je vais tenter de visionner au plus vite, tant le sujet a piqué ma curiosité !

Ce travail remarquablement bien documenté est essentiellement composé de témoignages d’amis et de proches qui l’ont côtoyé d’assez près pour donner quelques détails sur sa vie personnelle et intime. L’auteur se livre à une interprétation de certaine de ses « poses », ces « attitudes » et nous invite à entrer dans les coulisses de la Légende…

Alors, comme tout un chacun j’imagine, j’ai bien sûr entendu parler du « Pape » du prêt-à-porter de luxe. J’ai en tête son look particulier avec son catogan poudré, son accent typé au débit d’enfer, et son aura dans le milieu de la mode. Mais je ne me suis jamais intéressée de près à cette personnalité ni vraiment documentée à son sujet. C’était donc le moment de combler cette lacune ! Le livre qui « tombe à pic », quoi !

On apprend beaucoup de détails dans ce livre de Laurent Allen-Caron sur le personnage de Lagerfeld et sur sa vie. L’auteur ne fait pas de « révélations » fracassantes et ne donne pas dans le « sensationnel » à la « Voici » mais aborde les principaux évènements « factuels » qui ont jalonnés la vie de ce styliste et dessinateur de génie. Son enfance en Allemagne, ses parents, sa mère surtout (Il donnait une image de sa mère, stricte à l’extrême, égoïste et dure mais qu’il respectait et admirait profondément. Une image que l’on suppose trop exagérée, une description dont il aurait forcé le trait à l’extrême), sa venue à Paris, ses débuts, son ascension dans le milieu de la mode, Chloé, Chanel donc il était le directeur artistique, Fendi puis sa marque « KL » et bien d’autres (une vingtaine de marques en tout).

Mais l’auteur s’attache surtout à nous décrire l’homme qu’était Karl, ses peurs, ses obsessions, ses antagonismes, son amour et sa fidélité pour Jacques de Bascher, son amitié avec YSL qui s’est tournée en concurrence et presque à l’affrontement puisque ce dernier était tombé amoureux de l’amant de Lagerfeld… Et Bergé n’appréciait pas, mais alors pas du tout !

L’auteur souligne la rigueur extrême dont faisait preuve le couturier, la solitude de ce « bucheur » infatigable. Cet homme qui s’enfermait dans sa tour d’ivoire même s’il se mêlait volontiers à la vie turbulente et « tape-à-l’œil » de sa bande d’amis dans le milieu interlope de la Jet-Set. On note qu’à l’abri de ses lunettes noires il était plus spectateur qu’interprète.

En se servant des détails de la vie du couturier, l’auteur nous raconte comment Lagerfeld a entièrement « construit » son image avec divers accessoires (les célèbres lunettes noires, l’éventail, les bagues, les mitaines en cuir) et entretenu par des propos très vagues et volontairement énigmatique (comme sa date de naissance, toujours inconnue - ses biographies commencent toutes par : « probablement né… ») et le mystère entretenu autour de son enfance en Allemagne nazie.

Cet homme à la créativité débordante, voulait vivre constamment dans le présent mais dans un décor du passé, dans une époque qui n’existait plus, une époque à jamais perdue. Il s’est d’ailleurs attaché à reconstituer dans ses différentes propriétés, l’atmosphère de l’entre-deux-guerres dont il semblait être nostalgique. Une de ses contradictions la plus frappante.

Laurent Allen-Caron nous raconte comment KL a façonné sa « légende » et a trouvé une façon de laisser une trace après lui en créant le « Mythe Lagerfeld » de toutes pièces. Cette icône de la mode a tout au long de sa vie orchestré et soigneusement mis en scène des zones d’ombres réelles ou inventées de manière à exercer une certaine fascination sur les autres. Sa vie suscite en effet, nombres d’interrogations sans réponses et a fait naître de folles rumeurs… Cabotin à souhait, ça l’amusait énormément de brouiller les pistes et de laisser planer des équivoques qui alimentaient les potins mondains et les suppositions qui ne manquaient pas de fleurir dans les tabloïds … Il réécrivait sans cesse son histoire au gré de sa fantaisie…

On découvre surtout dans ce livre, au détour des phrases, un être très sensible et terriblement « humain » qui voulait surtout se forger une carapace et qui ne dévoilait pas son regard de peur de paraître « trop gentil ».

Alors, avec cette armée d’artifices qu’il déployait pour tenter de paraître « différent » on se pose la question : que retiendra-t-on du « Kaiser de la mode », qu’aura légué ce « roi » de la confection de luxe, à la postérité ? Des fabuleuses « collections » haute-couture et surtout, une « silhouette » unique et à jamais célèbre dans ce milieu, lui qui n’a pour seule héritière, que sa chatte « Choupette » !

Alors, ce livre est un succès total pour moi car il répond à deux de mes critères principaux pour en faire une lecture réussie : m’apprendre quelque chose de nouveau [le monde de la mode] et faire que je cherche à approfondir le sujet en visionnant des vidéos et lire d’autres livres sur le personnage de Karl…

Un grand merci donc aux éditions Fayard et @NetGalley pour cette découverte plus qu’intéressante !
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D'abord, j'ai choisi ce livre (pour ma première découverte de l'auteur) pour sa couverture et son titre qui m'avait intriguée. En effet il évoque l'usage de mensonges… l'idée que l'on cache quelque chose, que « papa » n'est pas dans la confidence... Cela veut-il donc dire plus de complicité avec « maman » ? (En référence à son précédent roman peut-être ?)

Pour cet opus, on rentre d'entrée de jeu dans le vif du sujet avec un chapitre « choc » et les adeptes de thriller savent combien ce fameux « premier chapitre » est important. Il a l'air de ne rien avoir à voir avec le reste de l'histoire. Il se fait tellement discret qu'on arrive presque à l'oublier avec la succession d'évènements qui suit. Mais il nous revient en boomerang à la fin quand les pièces du puzzle (qui semble très éclaté » au début), s'emboitent et illustre qu'un battement d'aile de papillon….

Avec le second chapitre, l'auteur effectue un brusque virage à 190° et passe sans transition à une autre histoire. Ce qui déroute de suite car le tout semble très décousu au départ mais je soupçonne évidemment l'auteur de l'avoir fait sciemment !

Alors, à mon sens, on ne "spoile" rien du tout en disant qu'il existe forcément un lien entre les différentes histoires (qu'il faut suivre avec attention sous peine de perdre le fil) et que tout se rejoint. N'est-ce pas d'ailleurs ce que l'on demande à un roman à suspense ? Tout semble couler de source, aller de soi et facile. On (croit) comprendre tout, tout de suite. Mais on reste dans l'interrogation sur les raisons, le pourquoi du comment. On se dit que la fin va être « télégraphiée ». Eh ben, oui. Oui et non finalement ! Dans le cas présent, la surprise vient effectivement mais vraiment à la fin de la fin alors que pendant les trois quart du livre on se dit que décidément on est « trop fort » parce qu'on a tout deviné ! Oui, on pense que c'est gros comme une maison mais finalement c'est plus fin que ça. L'axe central est ailleurs...

C'est un mélange d'histoires où l'on découvre des meurtres, un drame familial, un viol et un bonheur parfait – si parfait qu'on en cherche évidemment la faille ! C'est donc un thriller à tiroirs qui a l'air d'être un coffre dont on aurait déjà la combinaison mais ne dit-on pas qu'il ne pas se fier aux apparences !

Mon premier ressenti en refermant la dernière page a été la perplexité. On pense d'abord à un manque d'originalité tant ce schéma est classique et les thèmes abordés ont été galvaudés. On se demande donc ce qui fait la différence avec les autres thrillers classiques…

A bien y réfléchir, il faut dépasser cette impression de déjà lu, de prémâché, du « j'ai tout compris ». Est-ce bien sûr ? Il faut aller au-delà. Se laisser porter. Se découvrir une curiosité qui va plus loin. Voir comment l'auteur va « goupiller » (ou plutôt « dégoupiller ») son histoire. Certes, on se fait vite une idée sur la trame globale. Mais au-delà des soi-disant « grosses ficèles » comment va-t-il faire évoluer psychologiquement ses personnages ?

L'alternance du passé et du présent, l'idée qu'il y a un « ici » et un « ailleurs » … et un entre-deux, en italique qui ne comporte pas d'indication temporelle, les chapitres courts et l'alternance des temps donnent cette impression de rythme constant soumettant le lecteur à une gymnastique mentale intense. L'écriture sous tension renforce l'impression « TGV ».

Attention, certaines scènes décrites de façon très « crues » peuvent heurter la sensibilité d'un certain public… le roman est parfois violent et décrit des scènes sordides… Âmes sensibles, s'abstenir !

Bon, pour le côté « avis plutôt court » c'est raté. Merci en tout cas, d'avoir eu la patience de lire jusqu'ici !! ?

D'autres critiques à retrouver sur mon site: https://www.bouquinista.net
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Voilà un livre fort sympathique sur des gens qui le sont…. Plus ou moins… Il ne s'agit pas là d'un livre « politique » en soi mais plutôt sur les « acteurs politiques » qui tiennent le « haut du pavé » actuellement soit au niveau des médias soit au titre de leurs fonctions.

L'auteur brosse un portrait de chacun des politiques "en vue" actuellement, allant de l'extrême droite à l'extrême gauche en passant par toutes les nuances qui existent entre les deux. [...]

Mais tous, vraiment tous sans exception et c'est un secret pour personne, ont une chose en commun : Ils ont les dents qui raillent le parquet !!! Et pas qu'un peu!...Certaines canines plus érodées que d'autres mais quel que soit le parcours, l'ambition demeure ou émerge. [...]

Le livre est découpé en dix-huit chapitres courts (consacrés parfois à une seule personnalité, parfois deux, voire trois pour d'autres) qui se veulent « objectifs ». Nous sommes donc là, sur des « constats » plutôt que sur des critiques. Pas d'anecdotes « croustillantes » donc, nous ne sommes pas dans ce registre-là. [...]

Alors finalement, mieux vaut-il mieux être un « vieux de la vieille » à qui « on ne la fait pas » ou un « jeunot » pétrit de bonnes (?) intentions, avec des idées neuves et encore « frais » dans le circuit? [...]

Un grand merci à l'auteur pour ce livre intéressant, aux Éditions l'Archipel pour la découverte de cet univers impitoyable !!!!.....

​Critique complète sur mon site:
https://www.bouquinista.net/vieux-renards-et-jeunes-loups-metez
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Raz de marée ? Lame de fond ? Ce sont les premiers mots qui me viennent spontanément à l’esprit pour exprimer mon ressenti à propos de ce thriller aux accents du grand large et contre toutes attentes, j’ai été littéralement « emportée » dans cet univers. Pourtant pas ma « tasse de thé » à la base, ayant une phobie des milieux marins !

Alternativement embarqués dans l’Atlantique nord à bord d’un chalutier pour le présent puis « projetés » durant la guerre en Afghanistan avec différents « flash-backs » pour le passé. Un contraste saisissant et un grand écart permanent entre l’immensité de la « mer » et la brutalité de la « guerre ».

Après un prologue « choc », on passe à l’ile de Batz où une maison a entièrement brulée avec son propriétaire, Walter Colley, à l’intérieur. Puis retour sur le chalutier avec trois personnages centraux : Xavier, le SDF, Paul, le prêtre et Franck dont on ne sait pas grand-chose sur le moment… […]

Au départ donc, rien ne relie ces quatre hommes. Xavier ex-sergent du génie, Paul, aumônier des armées, Franck, ex-tireur d’élite et Walter, infirmer ; Tous quatre ont l’armée française et la guerre en commun. […]

Pour cet étrange équipage, composé de marins aguerris aux rudes conditions de la pêche en haute mer et de ces trois anciens militaires souffrant de Stress Post-Traumatique à la suite des combats, le tout accompagné d’un agent des services sociaux du Ministère de la Défense, le lieutenant Emily Garcia, ce sera loin d’être une croisière tranquille. L’enquêteuse des assurances rejoindra la croisière par la suite… mais ne s’amusera pas ! […]

Plume nerveuse, glaçante même (autant que l’est la mer du Nord) et redoutablement efficace. Sèche, brève, incisive et tranchante, elle fait ressortir à merveille le parallélisme que constitue la brutalité sauvage de la mer et celle de la guerre. Le style assez brusque, les successions de phrases courtes et percutantes transcrivent bien les esprits fracturés des « héros ». […]

Mise en route est un peu lente avec la « pose » du récit avec force détails pour les lieux et les personnages, mais ça permet de mieux les « visualiser » selon moi. On rejoint ensuite un rythme plus soutenu pour rencontrer de vraies scènes d’actions vers la fin : une recette correctement dosée à mon goût. J’ai juste trouvé le final un peu « capillotracté » …

Un grand merci @NetGalley et aux Editions Belfond pour cette belle découverte. Je m’en vais acquérir « IBOGA » de ce pas !
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date : 12-07-2018
Alors l'idée de base est simple. Nous partons donc sur un banal échange d'appartement par le truchement d'une annonce sur un site internet. Idée apparemment pas super originale à priori puisqu'un bouquin ayant le même sujet de départ est sorti un peu avant mais suffisamment alléchant tout de même…

Francis et Caroline, habitant à Leeds en Angleterre vont venir en séjour « d'aération » dans la banlieue de Londres pour une semaine pendant que celui qui habite à Londres occupera leur appartement de Leeds. Et c'est là que le casse-tête va commencer. Car sait-on vraiment à quoi s'attendre et ce à quoi on s'expose ?...

Ce qui semblait être une bonne idée à la base pour Caroline qui veut donner une autre chance à son couple de survivre à la dépression profonde de son mari et sa dépendance médicamenteuse ainsi qu'à l'addiction qu'elle a finalement eu pour Carl, un jeune collègue de travail qui finira pas être son amant avant de se séparer de façon tragique apprend-t-on sans en connaitre la cause et les détails exacts, va s'avérer plus compliqué que prévu…

Les voilà donc à Londres, sans leur jeune fils Eddie, confié à sa grand-mère pour la semaine, dans une maison plus qu'étrangère pour eux. Elle va d'ailleurs paraitre à Caroline étrange dès le début, comme sans âme, sans vie. A se demander si elle est vraiment habitée habituellement… Puis petit à petit, certains détails sautent aux yeux de Caroline (un pull, un parfum, des fleurs), lui faisant soupçonner que Carl soit derrière cet échange qui ressemble soudain à une vaste machination.

Il en va de même pour cette voisine encombrante et un poil trop envahissante qui ressemble tellement à Caroline qu'elle la met mal à l'aise. Que peut-elle cacher ?

Soudain tout lui semble suspect et les détails qui semblent pourtant anodins aux yeux de son mari la ramène un peu moins de deux ans plus tôt, dix-huit mois exactement, date de sa rupture avec Carl.

Et qui donc, alors, est dans sa maison de Leeds ? Selon les indices, comme semé à dessein dans la maison de Londres, Caroline va porter rapidement ses soupçons sur son ancien amant ; soupçons confirmés par quelques e-mails échangés avec son « locataire » temporaire… Mais tout est-il si simple qu'il n'y parait ?

Alors c'est vrai, que l'histoire du couple est parfois un peu longuette, on s'étale un peu trop, parfois beaucoup sur le cas de Francis mais je pense que c'est aussi nécessaire à la mise en condition de l'histoire. Quant à Carl et Caroline, j'avoue avoir eu peur de sombrer dans la romance sentimentale qui est un genre que je n'affectionne pas particulièrement. Mais finalement on ne bascule pas dans la mièvrerie puisque les amours sont contrariées et compliquées, donc ça passe relativement bien et ça permet de développer la psychologie des personnages.

Et bien au contraire, les chapitres très courts, très rythmés alternant le point de vue de Caroline en 2012-2013 puis en 2015, de Francis en 2015 et du « locataire » temporaire de Leeds en italique, ne laisse aucun temps mort et le rend tout à fait agréable à lire, voire addictif.

Le personnage de Francis est assez bien creusé ainsi que celui de Caroline. On suit avec attention leurs péripéties de couple à la dérive qui tentent un ultime sauvetage par contre je n'ai pas ressenti d'empathie particulière pour l'héroïne elle-même. Elle semble trop introvertie, centrée sur elle-même voire égoïste, ce qui ne la rend pas vraiment attachante.

Un ressenti en mi- teinte donc, j'ai bien aimé ce roman sans aller jusqu'à être totalement emballée… le retournement final est assez « attendu » et le suspense s'est relâché bien avant la fin pour moi ; il n'en reste pas moins que cela me semble être une première publication assez prometteuse… à suivre donc…
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Alors franchement j'ai hésité grandement. Soit c'était une vaste fumisterie et ça n'était pas drôle du tout, du coup c'était totalement hors sujet et c'était consternant; soit c'était génial et drôlissime… Après réflexion, J'ai opté pour la seconde solution.

En effet, ce roman aux accents loufoques et décalés nous offre une vraie bouffée d'air frais dans le Paysage Littéraire actuel.

L'histoire est celle d'une petite ville de province dont les « experts » décrètent que la mer arrivera bientôt à ses portes en raison du réchauffement climatique. Afin d'aborder ce tournant historique dans les meilleures conditions possibles, la ville et son maire se dotent donc d'infrastructures adéquates : phare, port de pêche, plage, pontons etc…. Un magasin tourne à plein régime : le magasin « tout en suédois » dont on devine aisément de qui il s'agit…

Tout cela est décrit avec force humour et calembours plus ou moins « heureux » mais globalement hilarants. Nous suivrons les tribulations de Bogart et Miss Gable, d'Artaban et bien d'autres, au gré de leurs excentricités.
Improbable et invraisemblable on pense fatalement à Boris Vian sans pour autant qu'il y ait imitation. Non, Bertrand Menut a un style bien à lui qui peut plaire ou ne pas plaire. A mon avis c'est tout l'un ou tout l'autre : ça passe ou ça casse !!

Pour ce qui me concerne j'ai trouvé ça très rafraichissant par rapport à mes lectures habituelles que sont les thrillers bien noirs et bien glauques et j'ai accueilli cette « parenthèse » vivifiante avec le plus grand plaisir. Je recommande donc pour un "entre-deux"... ça délasse :-)
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date : 18-05-2018
Je viens tout juste de découvrir Gioacchino Criaco, cet auteur Calabrais qui parle de sa région d’Italie, de sa Terre et des dures lois qui la régisse : la loi du plus fort notamment, mais pas seulement….

C’est l’histoire de deux familles qui vivaient l’une en face de l’autre, en montagne, sur les contreforts du massif d’Aspromonte dans une région très fertile en Calabre: les Therrime, venus d’Albanie pour servir le roi Alphonse d’Aragon et qui habitaient le village de Coraci et les Dominici, habitent celui d’Ascruthia depuis des temps immémoriaux. Puis les eaux sont montées, obligeant les habitants à venir vivre dans la même ville, à l’embouchure du fleuve dans les jardins d’Allaro, près de la mer ionienne. Ces deux familles se haïssent depuis la nuit des temps, pratiquent la vendetta par respect des traditions ancestrales sans se poser de questions et suivent la loi du sang, comme une malédiction, le destin, le Fatum…

Ce nouveau « Roméo et Juliette » revu et corrigé par G. Criaco donne dans le roman noir, très noir. Roméo – Julien Dominici dans le roman – est devenu un tueur en faisant parler la poudre à la suite de son père et de son grand-père pour perpétuer des coutumes tant antiques que barbares. Juliette – Agnese Therrime dans le livre – quant à elle représente la famille « ennemie », celle avec qui les Dominici sont fâchés à mort. Leur amour donc impossible et contrarié par le frère d’Agnese, Alberto, sera un vrai chemin de croix que chacun des deux surmontera à sa manière grâce notamment à l’opiniâtreté et l’obstination d’Agnese à rétablir la paix entre les familles. Cette histoire fait penser à Mérimée, à Colomba, à la Corse aussi par la violence des sentiments et la tenacité de ces femmes solides et splendides qui rétablissent la force initiale du matriarcat dans une société pourtant dominée extérieurement par la loi du patriarcat.

En effet Agnese et Julien tombent amoureux lorsqu’ils sont ados puis se perdent de vue alors qu’ Agnese déménage puis se retrouvent quand finalement Julien écope d’une peine de prison après une condamnation pour plusieurs meurtres soi-disant commandités par la ’ndrangheta (la mafia calabraise) alors qu’il la hait profondément.

Julien cherchera à faire passer l’amour avant la violence pour finalement de replonger en elle comme une fatalité de son sang et de finir par céder à l’appel des sirènes de la vengeance. Il qui va croiser la route des Triades, la non moins crainte mafia chinoise. Ce parallèle entre 2 univers mafieux totalement différents démontre que la violence n’est pas celle d’un pays, d’une race, d’un sang, mais qu’elle est internationale à partir du moment où l’on considère que tout est question d’affaires et d’argent caché sous des prétextes d’honneur.

Alors revenons, sur ce titre, si bien trouvé :

- La soie, c’est celle des femmes qui la tisse sur leur métier au foyer, ces femmes qui tentent de tisser la paix entre les familles ennemies, les Therrime et les Dominici. Beaucoup de batailles et quelques victoires toutes gagnées par des femmes, par amour, toujours.

- Le fusil, est incarné par la colère des hommes, leur obstination à vouloir toujours la vengeance et réclamer un mort pour un mort. D’un côté la rivalité entre deux familles, Les Aigles contre les Loups qui pratiquent la vendetta de l’autre la mafia, vaste organisation qu’elle soit italienne ou chinoise…

L’histoire donc, résonne à plusieurs voix :

Celle du Gecko – le Gecko est un petit lézard - (Julien), de la Nymphe (Agnese), du Chiot (Alberto) et enfin le serpent (Tin – qui apparait plus loin dans le récit). Nous avons là, tous les points de vue, de chacune des « familles » et toutes une palette de sentiments forts s’en dégage : amour, amitié, haine, désespoir, mépris, peur…

Un roman vibrant et fort qui réattribue ses lettres de noblesse à cette région d’Italie, la Calabre et qui combat les préjugés et les idées reçues pour finalement transcender le pouvoir des femmes : un très bel hommage !!!
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Cette histoire de violence conjugale et de harcèlement morale résonne étrangement d'actualité en ces temps troublés par les plaintes en cascades qui pleuvent en ce moment de tous les coté de l'atlantique!

En effet ce livre raconte l'histoire d'Amandine Moulin qui a disparu mystérieusement tout à coup, mais seuls ses parents et sa sœur semble s'en émouvoir...Son mari Henry , brillant prof de lettre admiré de tous, n'a signalé sa disparition que plusieurs jours après celle-ci et il semble croire à l'hypothèse d'un suicide révélant les tendances dépressives de sa femme et du fait qu'elle aurait été "perturbée mentalement". il ne semble, ni troublé, ni soucieux, ce qui en fera le suspect n°1 dans l'enquête qui va s'ouvrir.

Cependant sa famille n'y croit pas car elle aurait laissé ses 3 filles, Zoé, Jade et Lola derrière elle; chose impensable pour ses parents, de même que pour sa sœur. Pour eux, et pour échapper à l'enfer qu'elle vivait avec son mari, elle trouvait une échappatoire dans son travail et dans la musique qu'elle passait à fond dans sa voiture les jours "sans".

Hervé Filipo, ex d'Amandine et chef de la police se débrouille pour récupérer l'affaire qui piétine et confier l'enquête à son meilleur limier: Yoann Clivel. Celui ci prend l'affaire au sérieux et creuse toutes les pistes possibles. Il fera même appel a un chien "renifleur" "Bestoff" qui le conduira au pied d'un pont où coule la Seine et où ils récupèreront son portable semblant confirmer la thèse du suicide.... ou du meurtre. Cependant aucun cadavre ne sera repêché... le mystère demeure donc entier.

Le livre est construit sur deux point de vue: celui de Clivel, l'enquêteur qui tente de remonter la piste et rassembler des preuves contre le mari qui est l'idéal suspect alternant avec celui d'Amandine qui raconte sa vie avant sa disparition. Ces flash-back donnant ainsi un éclairage nouveau sur son vécu conserve un rythme constant au récit et le rend agréable à lire.

En effet il s'avère qu'Amandine vivait un enfer avec Henry qui la harcelait psychologiquement et la faisait vivre dans la terreur constante en soufflant le "chaud et le froid". Pour autant Amandine lui trouvait cependant des excuses et tentait de lui donner d'autres chances de s'amender à chaque fois; elle tentait de retrouver les dix semaines de "bonheur" qu'elle avait connu au début de son union (quelques semaines en dix huit ans d'union!!!) pourtant à la fin, elle aurait souhaité le quitter mais n'en avait ni la force, ni le courage. Elle vivait sous emprise et se sentait dépendante totalement de Henry.

Thème actuel donc s'il en est, ce livre se lit bien et vite. L'auteur privilégie l'atmosphère qu'Henry a su instaurer dans le couple, au regard de l'image radicalement différente, charmante et attentionnée qu'il donne en public.

Si j'ai bien compris, l'inspecteur Clivel fait partie d'une série d'autres livres et c'est la raison pour laquelle on doit se pencher sur son histoire personnelle avec Alisha (ainsi qu'une aure histoire concernant l'un de ses acolyte). Cependant n'ayant lu que cet opus, je trouve ces considérations un peu superflues, mais je m'empresserai tout de même de lire d'autres romans de Natasha Calestrémé afin de confirmer (ou non...) la bonne impression que j'ai eu en lisant ce roman.

Mon ressenti est donc plutôt positif et j'ai envie de découvrir un peu plus cet auteure. Je tenterai bien "le testament des abeilles" ou "les racines du sang" pour compléter mon opinion.

En tous cas Merci Mme Calestrémé pour ce récit et ce sujet brûlant d'actualité sur la destruction d'un individu, de son mental, de sa confiance en lui et qui même réussi à le faire douter du rapport avec ses enfants et de sa santé mentale...Belle réussite que ce polar!!!
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date : 14-04-2018
Je voudrais ici saluer le travail de l'auteur pour avoir recueillie cette foultitude de renseignements sur la vie de Rubirosa, Ambassadeur de la République Dominicaine dans les années quarante-cinquante, sous la dictature de Trujilllo (Il fut d'ailleurs marié à la première fille de Trujillo pendant un temps, vers 1944).

Très attirée par ce sujet pour avoir entendu parler de celui qu'on surnomme « Rubi », lors du décès de Danielle Darrieux qui fut également mariée au diplomate un moment et pour avoir lu « La fête au bouc » de Mario Vargas Llosa récemment sur Trujillo ; j'étais donc curieuse de découvrir la vie de cet homme empreint d'une certaine légende et au passé si sulfureux…

Cependant, je dois avouer que la lecture de cet ouvrage s'est révélée très longue puis finalement pénible et laborieuse car excessivement riche mais noyée sous un excès de précisions, avec moult noms oubliés depuis longtemps et histoires qui ne disent plus rien à personne. C'est bien dommage, car le sujet est néanmoins intéressant et l'écriture est agréable mais il me semble qu'il ne touchera pas un néophyte car trop précis sur les détails. J'avoue avoir été un peu déçue par et très déçue d'avoir été déçue….

Il faut pourtant reconnaitre que Porfirio, tombeur de ces dames, diplomate de carrière a eu une vie bien remplie, mais surtout remplie de vide et d'affectations plus ou moins « louche » de Vichy (1940) à Berlin (1936) en passant par Cuba (1958-59) ou encore l'Argentine sous Péron (1948) ... officiant sous bons nombres de dictatures et notamment le régime fasciste nazi en France durant la 2nd guerre mondiale.

D'aucuns le soupçonneront d'espionnage ou de trafic de passeports pour Haïti dans une période très noire de son histoire où Trujillo accueillait les juifs fuyant l'Europe – et les « parquaient » à Sosua - , mais assassinait la population jugée « trop noire » d'un autre coté… d'autres pourraient le qualifier de simple « gigolo » qui profitait de son charme enchaînant les mariages parfois « éclair » (1 mois avec la milliardaire Barbara Hutton). Alors, qui était donc Rubirosa (celle de sa liaison scandaleuse avec Zsa Zsa Gabor)?

Joueur de polo, de courses de chevaux, pilote de jet privé, pilote de course et membre actif de la « jet-set » internationale, ce « multicarte » mystérieux au charme ravageur mais buveur invétéré finira hélas mal le 5 juillet 1965 au volant de sa Ferrari 250 GT, écrasé contre un arbre dans une ligne droite au Bois de Boulogne… suicide ? Simple accident ? Était-il saoul ? Les paris resteront à jamais ouverts faute d'avoir des preuves et des certitudes.

Alors est-ce vraiment de la non-fiction ? Oui et non. Difficile de la classer dans cette catégorie puisque ce n'est pas réellement une biographie à proprement parler. Car des preuves ils n'en existent pas vraiment beaucoup et c'est donc à partir de celles-ci (ou de leur manque) que l'auteur a reconstitué la vie de « Rubi » en partie réinventée donc ou du moins « interprétée ». Etait-il donc pertinent d'écrire une non-fiction sur la vie de ce diplomate ? A-t-elle un intérêt suffisant ? Je me pose sérieusement la question … Un « roman » eu suffit me semble-t-il, car enfin sa « vie » ne m'a pas « emballée » du tout ; je n'ai pas ressentie d'empathie pour lui, ni de compassion ou même une quelconque sympathie. Bref, encore une fois je souligne le travail de l'auteur, mais je n'en garderais pas un souvenir impérissable. Dommage !
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date : 18-03-2018
Ce roman à l'environnement nihiliste, poisseux et glauque mais totalement fictionnel (et pourtant tellement hyperréaliste) m'a profondément perturbée, troublée et dérangée. Certes le livre m'a déstabilisée mais pas tant par l'histoire qu'il relate que les questions qu'il a soulevé en aval pour moi... Le voyeurisme des foules, le rôle de notre société et enfin ma propre responsabilité quant à la lecture de tels ouvrages... Je sais, "jeté" comme ça, sur le papier, ça peut faire peur... car ça n'est jamais qu'un "thriller"!!!...mais je ME suis fait peur! C'est peut-être un peu "excessif" mais c'est mon premier ressenti.

Alors, j'avais survolé quelques critiques auparavant et je savais donc plutôt à quoi m'attendre...on m'avait bien prévenue: c'était très dur à lire voire insupportable. Mais ça a été bien pire et au-delà de ça!...

En effet, cette plongée en apnée dans les méandres du cerveau déglingué d'un sociopathe aux pires penchants pervers (de deux même, en ajoutant Gabriel) ne se fait pas sans égratignures!!

L'histoire des enlèvements répétés de fillettes de quinze, douze puis huit ans se révèle sordide et macabre surtout à la lueur ce que leurs font subir les deux complices.

Buczko, qui trouve pourtant Gabriel ultra-violent et sans état d'âme ne fait en effet pas dans la dentelle. Au fil des fix et des shoots, des scarifications infligées à lui-même, comme autant de tentatives de purification, on plonge toujours plus profond sans avoir pu avoir pu reprendre sa respiration.
Spoiler(cliquez pour révéler)
La spirale infernale n'aura de cesse qu'à l'anéantissement total et définitif de tout
.

Tout de suite, en terminant ma lecture, je suis d'abord restée sans voix, avec un malaise profond et persistant. J'ai refermé le livre sans vraiment savoir quoi en penser exactement sur le coup... j'étais "soufflée"...

A quoi venais-je d'adhérer? qu'est ce que je venais de lire exactement? Sinon, les pires justifications de l'innommable avec pour seule excuse l'envie de vouloir lire un thriller, toujours mieux, toujours plus "hard", toujours pire... et d'avoir été jusqu'au bout!

Car j'ai bel et bien l'impression d'avoir cautionné quelque chose en terminant ce livre! Un sentiment désagréable et étrange. Je n'ai pas réussi à me détacher du "je" employé dans le livre et le fait que le "je" soit coupable d'actes condamnables.

Presque choquée par mon propre comportement, l'identification au tueur étant facilitée et encouragée par l'emploi de la première personne du singulier, je m'interroge sur ma propre démarche éthique: Pourquoi avoir tourné ces pages sans (ou presque) remords jusqu'à la fin. Pourquoi n'ai-je pas stoppé, abandonné ma lecture? Ce côté voyeurisme" des foules m'habiterait-il donc aussi? quelle claque! Je n'ai pourtant ressentie aucune empathie pour cet homme aux fêlures psychologiques qui n'a d'égale que sa propre perversion.

Mais enfin, avouons le, ce thriller-là est terriblement efficace et brillant! il nous permet d'accéder en direct "live" au cerveau de ce détraqué, d'accéder à ses pires turpitudes, ses crimes, ses faits et gestes plus révoltants les uns que les autres mais aussi, ses douleurs, ses faiblesses et ses lacunes, sans l'ombre, cependant, d'une plume compatissante.

Envisageons trois secondes que ce soit un "vrai" tueur qui ait laissé de telles lettres derrière lui, en aurait-on osé la publication? NON, bien sur, non! On hésite déjà à republier le livre d'Hitler... alors pensez!! Y-a-t-il un réel intérêt à savoir ce qu'un psychopathe pédophile peut faire subir à un(e) enfant? Non plus car ce serait alors juste de la curiosité morbide.

Alors quoi?? pourquoi ai-je trouvé l'idée brillante? Car il a atteint à mon sens pleinement son objectif: Écœurer le lecteur jusqu'à la lie, l'emmener jusqu'au bout de l'horreur, jusqu'au bout du supportable (sans verser dans le "pathos" ni dans l'excès de détails non plus mais un juste peu trop quand même!....) et faire qu'on ne s'arrête qu'à la dernière page? qu'on tourne les pages jusqu'à la fin, toujours plus loin, pour savoir enfin comment l'auteure aura imaginé le dénouement.

Pourquoi ce désir malsain de se projeter plus avant dans un tel esprit fracassé? Que peut-il en ressortir de bon? de positif? Nous "aider" à comprendre la psychologie d'un tueur? Comme un jeune enfant démembre sa poupée pour savoir "comment ça marche"? Et pourquoi pas? Voir comment un esprit délirant en arrive là. Comment il succombe à ses propres démons et voulant tellement y échapper... Comment un manque d'amour à la base, peut être ressenti puis vécu et développé?

Mais surtout, il me pose une question existentielle: Quel serait le rôle de notre "Société" sur le développement de tels états d'esprit déviants? pourrait-elle en être la "complice" hypocrite, en partager la responsabilité partagée? Comment percevoir le blanc du noir, la normalité de l 'anormalité, la morale de l'amoral et de l'immoral?

Enfin, pour toucher un mot sur l'auteure, son style d'écriture courte, vive, violente, brute de décoffrage, percutante, sans détours et spontanée me fera sans doute quand même persévérer pour découvrir la suite de ce talent certain et voir sa façon de traiter d'autres sujets.
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