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L'Amant de Lady Chatterley



Description ajoutée par Kaelys 2020-07-08T11:47:22+02:00

Résumé

Dans le courant de la Première Guerre mondiale, Constance Reid, héritière de la grande bourgeoisie anglaise, fait la rencontre de Lord Clifford Chatterley, bel et brillant esprit. A l'occasion d'une permission du jeune homme, l'heureux couple s'épouse. Sitôt leur union prononcée, Clifford est rappelé de suite au front. Il s'en revient six mois plus tard, "plus ou moins en morceaux" : paralysé de la taille aux orteils, il se voit dans l'incapacité de fonder une famille en compagnie de sa fraîche épousée.

A mesure que les années s’écoulent, Constance entrevoit avec une lucidité effarante le véritable visage de son conjoint. Clifford s'aigrit, tandis que Constance s’abandonne à la mélancolie, inféodée à cet homme auquel elle est devenue indispensable.

Partie à la recherche d'un hypothétique réconfort, Constance émeut par son désespoir Oliver Mellors, le garde-chasse du domaine, auprès de qui elle connaît de nouveau la félicité. Ainsi s'initie une liaison passionnelle et inconventionnelle, bâtie au mortier de la connivence sentimentale et idéologique de deux êtres que tout sépare et que tout unit.

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Classement en biblio - 225 lecteurs

Extrait

Extrait ajouté par Rahan 2011-04-02T13:49:50+02:00

Nous vivons dans un âge essentiellement tragique ; aussi refusons-nous de le prendre au tragique. Le cataclysme est accompli ; nous commençons à bâtir de nouveaux petits habitats, à fonder de nouveaux petits espoirs. C'est un travail assez dur : il n'y a plus maintenant de route aisée vers l'avenir : nous tournons les obstacles ou nous grimpons péniblement pardessus. Il faut bien que nous vivions, malgré la chute de tant de cieux.

Telle était à peu près la situation de Constance Chatterley. La guerre avait fait écrouler les toits sur sa tête. Et elle avait compris qu'il faut vivre et apprendre.

Elle avait épousé Clifford Chatterley en 1917, pendant une permission d'un mois qu'il avait passée en Angleterre. Ils avaient eu un mois de lune de miel, après quoi il était reparti pour le front des Flandres1. Et six mois plus tard, il était ramené en Angleterre plus ou moins en morceaux. Constance, sa femme, avait alors vingt-trois ans ; lui, vingt-neuf.

Il avait une merveilleuse emprise sur la vie. Il ne mourut pas ; ses débris semblèrent se rejoindre. Il resta deux ans entre les mains des médecins. Puis on le déclara guéri, et on le renvoya à la vie avec la moitié inférieure de son corps, à partir des hanches, paralysée pour toujours.

C'était en 1920. Ils retournèrent, Clifford et Constance, chez lui, à Wragby Hall, le domaine de famille. Son père était mort, Clifford avait hérité du titre ; il était Sir Clifford, et Constance était Lady Chatterley. Ils vinrent commencer la vie en commun dans le château, un peu à l'abandon, des Chatterley, avec un revenu un peu insuffisant. Clifford avait une sœur, mais elle était partie. Il n'avait pas d'autres parents proches. Son frère aîné était mort à la guerre. Estropié pour la vie, sachant qu'il ne pourrait jamais avoir d'enfants, Clifford revint aux fumeux Midlands2 pour faire vivre, tant qu'il le pourrait, le nom de Chatterley.

Il supportait assez allégrement son sort. Il pouvait aller et venir dans une petite voiture qu'il manœuvrait lui-même, et il en avait une autre, avec un moteur, pour se promener lentement dans le beau parc mélancolique dont il était en réalité si fier malgré les airs détachés qu'il se donnait en en parlant.

Il avait tant souffert que sa capacité de souffrir s'était quelque peu épuisée. Il restait étrangement vif, et joyeux, et presque gai, avec son beau teint, son air de santé, ses yeux bleu clair, brillants et provocants. Il avait de larges et fortes épaules, des mains puissantes. Il était coûteusement vêtu, portait de belles cravates de Bond Street3. Et pourtant sur son visage perçait encore le regard qui épie, l'air un peu absent de l'estropié.

Il avait été si près de perdre la vie que ce qu'il lui en restait lui était merveilleusement précieux. On lisait clairement dans l'inquiet éclat de ses yeux l'orgueil d'être encore vivant après une telle aventure. Mais il avait été si touché qu'en lui quelque chose était mort ; quelques-uns de ses sentiments avaient disparu ; il y avait comme un vide d'insensibilité.

Constance, sa femme, était une belle fille saine et campagnarde avec des cheveux doux et bruns, un corps solide, et de lents mouvements pleins d'une énergie peu commune. Elle avait de grands yeux étonnés, une voix douce et moelleuse, et semblait venue tout droit de son village natal. Ce n'était nullement le cas. Son père était le vieux Sir Malcolm Reid, membre de l'Académie royale de peinture, qui avait eu son heure de célébrité. Sa mère avait été un des membres cultivés de la Société Fabienne4, en ces beaux jours un peu préraphaélites5. Au milieu d'artistes et de socialistes cultivés, Constance et sa sœur Hilda avaient reçu ce qu'on pourrait appeler une éducation esthétiquement sans conventions. On les avait menées à Paris, à Rome, à Florence, pour leur faire respirer une atmosphère d'art ; et on les avait menées aussi ailleurs, à La Haye et à Berlin6, aux grands congrès socialistes où les orateurs parlaient toutes les langues civilisées et où personne ne s'étonnait de rien.

Ainsi les deux jeunes filles, dès leur enfance, avaient vécu à leur aise parmi les théories d'art et les spéculations politiques. Elles étaient à la fois cosmopolites et provinciales, de ce provincialisme cosmopolite qui distingue l'art quand il s'allie à un pur idéal social.

À l'âge de quinze ans, on les avait envoyées à Dresde7 pour étudier la musique entre autres choses. Et elles s'y étaient bien amusées. Elles vivaient librement parmi les étudiants, elles discutaient philosophie, sociologie et art avec les hommes ; elles valaient bien les hommes ; elles valaient plus qu'eux puisqu'elles étaient femmes. Elles partaient en balade dans les bois avec de solides jeunes gens qui portaient des guitares. Elles chantaient les chants des Wandervögel8 ; elles étaient libres ! Libres ! C'était le grand mot : libres de courir le monde, de parcourir les forêts matinales, avec de vigoureux jeunes gens aux belles voix, libres de faire ce qu'elles voulaient et, surtout, de dire ce qu'elles voulaient. C'était la conversation qui comptait le plus, l'échange passionné de paroles ! L'amour n'était qu'un accompagnement.

Avant d'atteindre dix-huit ans, Hilda et Constance avaient toutes deux essayé de l'amour. Les jeunes gens avec qui elles causaient si passionnément et chantaient si joyeusement et campaient sous les arbres avec tant de liberté, désiraient, cela va sans dire, aller plus loin. Les jeunes filles hésitaient ; mais on avait tant discuté l'amour, on avait tant déclaré qu'il était de première importance ! Et les hommes étaient si humbles, si implorants ! Pourquoi une jeune fille n'aurait-elle pas agi en reine, et fait le don d'elle-même ?

Ainsi elles avaient fait le don d'elles-mêmes, chacune au jeune homme avec qui elle discutait le plus subtilement, le plus intimement. La discussion était la plus grande chose ; l'amour, les rapports charnels n'étaient qu'une sorte de retour à l'instinct, une espèce de réaction. Ensuite, on aimait un peu moins le jeune homme, on avait une légère tendance à le détester comme s'il avait violé une intimité secrète, une liberté défendue. Car toute la dignité d'une jeune fille, toute sa signification dans l'existence ne consistaient qu'en l'accomplissement d'une parfaite, d'une pure, d'une noble liberté. Que pouvait signifier la vie d'une jeune fille sinon le rejet des anciennes et sordides relations entre sexes, de l'ancienne et sordide sujétion ?

Et, de quelque sentimentalité qu'on l'eût peinte, toute cette question de sexe était une des relations, une des sujétions les plus anciennes et les plus sordides. Les poètes qui l'avaient glorifiée étaient surtout des hommes. Les femmes avaient toujours su qu'il y avait quelque chose de meilleur, quelque chose de plus haut. Et maintenant elles le savaient avec plus de précision que jamais. La belle et fière liberté de la femme était supérieure à toute espèce d'amour sexuel ! Par malheur, le point de vue des hommes était si arriéré ! Ils s'entêtaient comme des chiens à vouloir l'acte sexuel.

Et la femme était bien forcée de céder. L'homme était comme un enfant plein d'appétits. Si la femme ne lui cédait pas, il ferait l'enfant, se rendrait insupportable, s'en irait en gâtant ce qui aurait pu être si agréable. Mais une femme pouvait céder à un homme sans céder son moi profond et libre. Les poètes, les gens qui parlent de l'amour ne semblaient pas en avoir assez tenu compte. Une femme pouvait prendre un homme sans s'abandonner vraiment. Au contraire, elle pouvait user de l'acte sexuel pour acquérir un pouvoir sur l'homme. Pendant l'acte physique, elle n'avait qu'à se retenir, laisser l'homme finir et se répandre, sans jouir elle-même. Et puis, elle pouvait prolonger l'étreinte et achever son spasme en ne faisant de lui qu'un instrument.

Quand la guerre éclata et qu'elles furent en hâte rappelées chez elles, les deux sœurs avaient eu toutes deux leur aventure amoureuse. Aucune n'avait jamais aimé un jeune homme sans s'être sentie très près de lui en paroles ; il leur fallait des conversations passionnantes. Le profond, l'extraordinaire, l'incroyable intérêt qu'il y avait à causer passionnément, heure après heure, jour après jour, pendant des mois avec un jeune homme vraiment intelligent ; voilà ce qu'elles n'avaient jamais imaginé avant d'en faire l'expérience ! La promesse paradisiaque : « Tu auras des hommes avec qui tu pourras causer », n'avait jamais été exprimée et elle s'était accomplie avant qu'elles eussent compris tout ce que contenait cette merveilleuse promesse.

1. Lors de l'offensive de 1917 dans les Flandres, les armées britanniques subirent de très lourdes pertes.

2. Midlands : région du centre de l'Angleterre dont la partie ouest, aussi appelée le Pays Noir, est une vaste zone industrielle qui s'est développée à partir du bassin houiller.

3. Bond Street : rue du centre de Londres, célèbre pour ses boutiques élégantes.

4. D'inspiration socialiste, mais rejetant toute action révolutionnaire violente, la Fabian Society, fondée en 1884, était ainsi nommée d'après le général romain Quintus Fabius Maximus surnommé « Cunctator » (« Temporisateur ») à cause de sa tactique essentiellement défensive contre Hannibal. Les Fabiens préconisaient une évolution progressive de la société et cherchaient avant tout à influencer les sphères gouvernementales en leur proposant des idées par leurs nombreux essais et pamphlets. Proches des premiers Trade Unions, ils contribuèrent à la création du parti travailliste. Parmi leurs membres les plus célèbres il y eut George Bernard Shaw, Keir Hardie, H.G. Wells, Sidney et Béatrice Webb.

5. Les préraphaélites : nom que se donnèrent en 1848 un groupe de peintres et de critiques très liés à Ruskin, parmi lesquels J.E. Millais, D.G. Rossetti et W. Holman Hunt. Ils voulaient revenir à la pureté de la peinture du Quattrocento contre ce qu'ils considéraient comme l'influence corruptrice de Raphaël. Leur symbolisme mystique, souvent lié à des thèmes médiévaux, eut une influence profonde sur la peinture et la poésie anglaises pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle.

6. Un congrès des sociaux-démocrates allemands se tint à Berlin en 1905 et la Seconde Conférence de la Paix eut lieu à La Haye en 1907.

7. Dresde était à l'époque l'une des villes d'Allemagne les plus célèbres pour sa vie artistique et musicale. C'est à Dresde que va Gudrun après la mort de Gerald, à la fin de Femmes amoureuses.

8. « Oiseau migrateur » (allemand). Wandervögel était le nom que s'étaient donné des groupes de scouts allemands qui faisaient de vastes randonnées à pied.

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Commentaires récents

Lu aussi

Constance Chatterley déprime dans son manoir. Son mari, qu’elle n’a connu que quelques mois avant son départ pour la guerre, en est revenu handicapé de tout le bas du corps. Dans une demeure grise et maussade, dans un domaine qui n’est pas le sien, Lady Chatterley se demande se qu’elle peut attendre de la vie. Jusqu’au jour où elle croise Olivier Mellors, le garde-chasse du domaine. Malgré ses manières un peu frustres et son obstination à parler patois, c’est le coup de foudre. Mais bien des embûches se dressent entre leur idylle : ils sont tous les deux mariés et ils ne sont pas de la même classe sociale…

Mes impressions sont mitigées sur ce classique. Il y a beaucoup de passages consacrés à des discussions ou des réflexions vaguement philosophiques qui ne m’ont pas du tout intéressée. De manière générale, même quand j’étais captée par l’action, ce roman s’est révélé un peu soporifique (c’est rare quand je m’endors sur mes lectures et là ça m’est arrivé plusieurs fois !).

A côté de ça, j’ai été surprise par la modernité du roman du point de vue de la liberté de parole à propos du sexe. Il a fait scandale à l’époque de sa parution en 1928 – d’ailleurs, il n’a pu paraître au Royaume-Uni qu’en 1960 et a fait l’objet d’un procès. C’est très étonnant de lire des mots comme « baiser », « pénis » ou « lesbienne » dans un roman de cette époque, en plus des scènes érotiques plutôt explicite ! Je dois dire que ça m’a beaucoup amusée.

L’histoire du roman ne me laissera pas une grande impression, ce que j’en retiens c’est surtout son incroyable modernité. Rien que pour ça, je vous le conseille !

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Commentaire ajouté par RomyC 2020-05-20T17:45:25+02:00
Lu aussi

J'ai été assez déçue de cette lecture ... Je partais pourtant très heureuse de mon achat - j'aime beaucoup la littérature anglaise, et à priori l'histoire me plaisait (une belle romance, qui dépasse les limites, qui éveille les passions !). Mais je m'attendais à lire complètement autre chose - je pense m'en être fait une image complètement faussée pour x ou y raisons ; je pensais presque lire quelque chose de féministe, sur le plaisir féminin, puisqu'il s'agissait de son projet au départ ! Et malheureusement, autant le personnage de Constance que celui de Mellors m'ont déplus. Spoiler(cliquez pour révéler)Je suis assez étonnée des changements que l'on peut voir dans leurs personnalités ; Constance notamment paraît une jeune femme particulièrement indépendante au début du roman, pour finalement se perdre assez facilement ! J'aurais cru qu'elle aurait repris du courage avec Mellors, avec le retour de la passion dans sa vie, mais elle semble seulement s'effacer derrière-lui.

Et puis finalement, il s'agit plutôt d'un regard porté sur l'Angleterre du début du XXe siècle, entre regret d'une tradition qui s'efface devant la modernisation, qui s'illustre notamment dans le personnage de Michaelis, et une certaine critique des aristocrates, que représentent Clifford et ses amis notamment. C'est un livre intéressant pour voir l'état d'esprit des personnes qui ont vécu à cette époque si particulière - mais là encore, j'ai été assez déçue.

Je crois qu'il s'agit de la dernière des trois versions que D.H. Lawrence a écrit en prévision de la censure - et beaucoup de choses seraient différentes entre chacune. Mon avis n'est pas définitif, donc ! j'aimerai beaucoup pouvoir les comparer.

Je suis quand même très contente d'avoir lu ce livre ; je m'attendais seulement à quelque chose de complètement différent. Il y a beaucoup de choses à en dire, il reste très intéressant pour beaucoup de raisons !

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Pas apprécié

Et ben grosse déception. Moi qui pensait adorer, étant un genre littéraire que j'adore, ben non j'ai même pas réussi à le finir, ce qui ne m'arrive jamais

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Lu aussi

J’ai acheté L’amant de Lady Chatterley il y a quelques années. A l’époque, j’étais encore étudiante en traduction-interprétation et souhaitais améliorer ma connaissance des classiques de la littérature des pays dont j’étudiais les langues. J’ai donc profité des connaissances inépuisables de mes professeurs de littératures anglaise et espagnole : j’ai pioché, dans l’ensemble de leurs cours, des titres représentatifs d’une certaine époque ou d’un certain mode de pensée.

Une grande partie de l’œuvre de D.H. Lawrence s’est donc retrouvée sur ma liste « Angleterre ». A juste titre, car comme me l’a révélé ce premier contact avec l’œuvre de ce monstre sacré de la littérature, L’amant de Lady Chatterley transcende effectivement l’époque qu’il décrit.

Nous sommes dans la période de l’entre-deux guerres, dans les Midlands. Constance, notre héroïne, s’est installée à Wragby, la demeure des Chatterley, avec son mari, Clifford, devenu Lord Chatterley depuis la mort de son père.

Clifford est infirme depuis sa participation aux combats de la Première Guerre mondiale. Il est aussi impuissant, ce qui le désespère, puisqu’il voudrait un héritier mâle qui lui succède à la tête de Wragby.

Constance, de son côté, s’ennuie auprès de ce mari féru de littérature (Clifford devient un auteur publié et remporte un certain succès).

Ses rencontres avec Michaelis d’abord (lui aussi est un auteur et est plus d’une fois invité à Wragby par Clifford) et avec Mellors ensuite vont bouleverser Constance et la pousser à s’interroger sur ce qu’elle considérait jusque là comme des certitudes.

L’amant de Lady Chatterley est tout d’abord un roman d’amour. Les scènes érotiques sont effectivement bien présentes. Mais, à notre époque, difficile d’être choqués par une telle illustration des sentiments de Mellors et Constance. A l’époque de la publication de ce roman, toutefois, Lawrence a certainement choqué les bourgeois et ce roman a d’ailleurs été considéré comme violant la loi sur les publications obscènes (le Obscene Publications Act de 1959).

Mais le sexe n’est pas le seul sujet de ce roman. On peut en effet y voir aussi une certaine opposition/comparaison entre la « vieille » Angleterre et la modernité. Wragby semble être une demeure hors du temps, enfermée dans une tradition pourtant quelque peu dépassée. Les mines, visibles depuis le domaine des Chatterley, représentent la modernité. Michaelis, le premier amant de Constance, peut en quelque sorte être considéré, lui aussi, comme un symbole de cette « nouvelle » Angleterre qui s’annonce : homme du commun, il s’est élevé bien au-dessus de sa condition grâce au succès qu’il remporte sur le plan littéraire. Ce succès qui lui vaut d’ailleurs l’admiration (et l’envie) de Clifford, pourtant aristocrate…

L’amant de Lady Chatterley illustre donc le fait que les classes sociales sont mises à mal par la modernité qui s'installe. Les clivages sociaux, s’ils sont encore présents, sont moins marqués qu’avant la guerre et, plus d’une fois au cours de la lecture de ce beau roman (et surtout de la magnifique plume de son auteur), on se rend compte que des gens comme Clifford sont mal armés pour faire face à une telle évolution. Certes, Lord Chatterley s’engage dans la modernisation de ses mines, il se tient au courant de ce qu’il se passe autour de son domaine (grâce aux bavardages de son infirmière), mais on le sent pourtant comme étant d’une autre époque… Peut-être à cause de son infirmité, l’immobilisme du corps se reflétant alors dans l’immobilisme de sa classe sociale ?

Constance, semble s’adapter beaucoup mieux aux changements. Elle est décrite au début du roman (et plus d’une fois par la suite) comme étant une « beauté démodée », pleine et ronde, avec une cascade de boucles brunes en guide de chevelure ; et donc à l’encontre du modèle « garçonne » qui fait fureur à l’époque. Néanmoins, Constance n’a pas cette espèce de conscience de sa supériorité dont fait parfois preuve Clifford. Si ce dernier est très « Lord Chatterley », Constance pourrait aussi bien être Mrs Smith que Lady Chatterley : elle ne m’a jamais parue, à aucun moment du récit, imbue de sa position ou du titre que son mariage lui a procuré.

C’est certainement dû au fait que Constance est, d’abord et avant tout, une femme (et non une aristocrate). Elle est faite pour l’amour, pour le ressentir et le provoquer chez les autres. Elle est faite pour la maternité (sa description physique nous le prouve également) et pour les plaisirs simples qu’apporte un foyer heureux. Dès le début, on comprend que son mariage avec Clifford n’est pas idéal. Malgré la patience et l’abnégation dont Constance fait preuve en s’occupant de Clifford, on perçoit une certaine disharmonie dans ce couple : lui n’est pas assez amoureux ou, en tout cas, pas assez démonstratif pour une femme comme la sienne.

J’espère pouvoir le faire comprendre grâce à mon modeste avis : L’amant de Lady Chatterley est bien plus que le roman d’amour dont il a la réputation. C’est un récit extrêmement bien écrit, parfois cru mais toujours juste. C’est le miroir d’une époque. C’est aussi une analyse très poussée de la mentalité et des sentiments de l’ensemble des personnages qu’il nous est donné de rencontrer.

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Diamant

Un livre sulfureux et précurseur de l'érotisme à lire absolument !

J'ai adoré la manière dont le sujet du sexe, pourtant très tabou à l'époque, est traité dans cet ouvrage : l'auteur n'hésite pas à employer des mots crus pour décrire l'acte sexuel, mais il joue également beaucoup sur les mots et parvient même à poétiser la sexualité humaine. Spoiler(cliquez pour révéler)Je pense ici à la métaphore filée de l'océan, comparant l'orgasme de la femme aux vagues de la mer

Le temps d'un roman, nous nous retrouvons dans la tête d'une jeune femme issue d'un haut rang social, une lady, perdue dans la société anglaise des années 20. Cette dernière désire ardemment qu'on l'aime pour ce qu'elle est en tant que femme, qu'on l'aime d'un amour physique et sincère. C'est ainsi que nous suivons sa liaison avec un homme issu du bas peuple, qui n'en aura cure de sa renommée de grande femme et qui l'aimera d'un amour profondément sensuel et passionné. Cette union audacieuse, basée sur l'amour de la chair, du concret, s'oppose clairement à la haute société anglaise dont est issu le mari de Lady Chatterlay : une société qui pense, qui philosophe, une société amoureuse de l'esprit et du spirituel, rejetant ainsi le sexe, acte assimilé au monde sauvage et "sale" des animaux.

Ainsi, j'ai beaucoup aimé l'audace de ce récit : enfin, une femme assume sa sexualité, décrit ce qu'elle ressent, et amène à réfléchir sur la sexualité féminine encore bien inconnue des hommes à cette époque. Un récit qui s'attarde également sur l'industrialisation des mines, et sur le travail des hommes qui se retrouvent peu à peu déshumanisés, aliénés par leur travail éprouvant.

Pour conclure, un magnifique ouvrage criant de vérité, et qui n'a pas peur de choquer la société de l'époque.

A lire !

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Diamant

J'ai relu ce livre il y a quelques semaines et j'ai eu plaisir à voir sur Arte un film plutôt bon tiré de ce roman, mais surtout une émission sur l'interdiction du livre et sur l'auteur...rien de pornographique ni de choquant dans ce livre que l'auteur voulait initialement appeler "Tendresse" et les juges de l'époque passaient complètement à coté du sujet social, politique, historique qu'a voulu traiter l'auteur...Grave méprise ! Livre longtemps foudroyé par la censure a fait scandale à sa sortie, mais qui fait un peu désuet aujourd'hui avec l'évolution des moeurs, qu'importe! on le lit avec grand plaisir, en humant le parfum d'une Angleterre d'antan, peuplée de grands jardins humides, de lutte ouvrière, de conflits sociaux...Ceci est bien plus qu'une histoire d'amour. Il ne s'agit pas plus de lady Chatterley et son amant que de l'aristocratie britannique du début du siècle, de révolte ouvrière, de féminisme montant, d'hypocrisie sociale ... et c'est tant mieux ! Mais le contexte géographique, social et politique de cet adultère est tellement riche et conséquent que l'intrigue est très multiple et complexe.

Très bonne lecture.

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Argent

Le poète et écrivain Philip Larkin résume à sa façon le procès et les conséquences de son verdict : On a commencé à faire l’amour en 1963, entre la fin de la "censure Chatterley" et le premier disque des Beatles.

Et bien, c’était pas folichon, le cul, chez les Anglais !

Ils Brexitaient déjà dans le lit conjugal, ces satanés Rosbeef.

Tout est histoire de savoir quand il faut se retirer (ni trop vite, ni trop tard) de ne pas laisser des factures impayées, ou des femmes insatisfaites sexuellement parce que leur Jules la joue à la Chirac (deux minutes, préliminaires comprises).

Et à ceux qui diraient que les femmes sont frigides, je leur répondrai qu’ils sont des mauvaises langues.

Je suppose, mesdames et mesdemoiselles qui lisez ma bafouille, que des amants merdiques, vous avez connu ça vous aussi. Le mec qui tire son coup et puis se vautre à côté pour ronfler, vous laissant sans jouissance, on a toutes connu ça (et les hommes qui aiment les hommes aussi, je ne suis pas sectaire).

Lady Constance Chatterley n’a pas de bol, après avoir été déniaisée dans sa jeunesse, elle a épousée Clifford Chatterley, un intellectuel avec un titre mais ce dernier a perdu l’usage de ses jambes et de tout ce qui se trouvait sous sa ceinture dans les tranchées de 14-18.

Pour la bagatelle, Constance est priée d’aller voir ailleurs – oui, elle a sa permission – et elle a même le droit de choisir un étalon reproducteur, puisque, en 1920, la banque du sperme n’avait pas encore de guichet spécial prévu pour les retraits en liquide.

À ceux qui voudraient lire de la gaudriole, du porno ou autre terme, ma foi, il perd son temps car ce qui était considéré comme pornographique en 1928 ne l’est plus en 2019.

On pourrait dire que le roman est érotique car rien n’est suggéré, on parle de phallus, de con et il parait que dans la V.O, Lawrence utilisait volontiers le mot "FUCK". Voyez, je le note en majuscule et personne ne va s’émouvoir ou perdre connaissance. Juste ma mère qui me fera les gros yeux. Et encore, s’il elle le voit (risque zéro).

Là où les dents ont dû grincer, c’est que Lawrence frappe aussi sous la ceinture et ne se prive pas de dresser un portrait peu flatteur des classes non laborieuses, celle qui a des dents, du fric, qui est allée à l’école, qui a des biens, qui ne bosse pas, qui fait bosser les autres, anybref, celle qui a des titres de noblesses et des noms à rallonge.

L’Angleterre des riches propriétaires qui ont fait leur fortune sur le dos des mineurs s’en prend plein la gueule aussi.

Parlant du déclin de cette Angleterre rurale pour une industrielle, de ces manoirs, châteaux, trop chers à l’entretien, qui se font abattre l’un après l’autre, l’auteur tape une nouvelle fois sous la ceinture, alors que les parties étaient déjà douloureuses. Certains ne veulent pas voir la vérité en face.

Revenons maintenant à notre Clifford qui va autoriser sa femme Constance à aller se faire monter par un autre et se faire engrosser, aussi. Mais attention, faut qu’elle continue de l’aimer, son Clifford, faudrait pas qu’elle y prenne du plaisir.

De plus, môsieur Clifford est persuadé qu’un jour, sa machinerie recommencera à fonctionner et là, il pourra lui faire des enfants. C’est beau de rêver.

S’il vous plait, pourrait-on faire un accident de chasse pour Clifford ? Ce personnage n’a rien pour lui et j’ai eu plus souvent envie de pousser sa chaise d’infirme du haut de la colline que je n’ai eu d’empathie pour lui.

Sir Clifford est hautain, égoïste, tyrannique, est pour la persistance des classes sociales, des apparences et pense que c’est lui qui sacrifie son existence pour sa femme et que c’est elle l’insensible. À se demander s’il l’a aimé un jour, Pitié, offrez-lui des lunettes de chez Afflelou ou baffez-le pour qu’il ouvre enfin les yeux.

Ou mieux, payons un tueur à gages pour lui régler son compte, même si, parfois, dans ses discours, il analyse correctement la société et que l’auteur avait besoin de créer un personnage tel que lui pour délivrer son fiel sur la société et son analyse, aussi.

Pas de bol pour le Clifford, c’est avec le garde chasse, Oliver Mellors, que sa femme va fauter. Pire, elle va y trouver du plaisir et en tomber amoureuse. Et ça, c’est pas permis.

C’est ça, la le grand scandale du roman ! Pas tellement le fait que madame aille voir à côté, puisque le petit oiseau de monsieur son époux ne siffle plus, mais c’est le fait qu’elle jouisse avec son garde-chasse, qu’elle y prenne du plaisir, qu’elle en tombe amoureuse. Et ça, la société bien pensante anglaise ne le tolérait pas.

En 2019, ce roman n’a plus rien de sulfureux, plus rien de porno, plus rien de licencieux, personne ne se choquera du garde-chasse qui tire son coup dans une chasse gardée et qui nomme son pénis "Thomas" et le sexe de sa lady, son con.

Pourtant, cet homme a de l’éducation, a lu des livres, a étudié, a fréquenté des officiers, mais les circonstances de la vie l’ont rendu amer, nihiliste et il a abandonné son beau parler pour reprendre le patois du coin.

À notre époque, on ne s’émouvra même pas de la critique de l’Angleterre de l’après-guerre, on a lu pire, on a lu plus cinglant dans le cynisme, on est allé voter, on a vu les résultats…

Donc, de nos jours, on haussera juste un sourcil là où, il y a 90 ans, on reniflait des sels pour se remettre de ses émotions tout en hurlant à la fatwa sur la tête de D.H. Lawrence avant d’enfermer son roman durant 40 ans dans les jupons de fer de Dame censure.

La lecture était plaisante mais on a tout de même beaucoup de blablas sur la fin et ça commençait à devenir un peu lourd, surtout quand la lady Chatterley nous la jouait petite fille amoureuse avec ses "dis-moi que tu me gardes. Dis que tu vas me garder, que tu ne me laisseras pas te quitter pour aller ailleurs ou avec quelqu’un d’autre".

Une oeuvre classique sur laquelle j’aurais dû me pencher un peu plus tôt mais, voyez-vous, il n’est jamais trop tard pour bien faire et se mettre à jour dans ses lectures érotico-classiques (bon, ce n’est pas les "Les onze mille verges" non plus).

Un roman que j’ai apprécié, même si les blablas sur la fin m’ont plus fait soupirer qu’autre chose.

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Or

J'ai presque honte a mon âge d'écrire que je n'avais pas encore lu ce classique de la littérature, sulfureux et scandaleux lors de sa création...bien sur de nos jours inlay a pas de quoi fouetter un chat !!!" John Thomas attend Lady Jane, la tête un peu penchée, mais le coeur plein d'espoir". Merveilleux lyrisme teinté d'humour, qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans la littérature. La liaison très "physique" et bousculant tous les préjugés entre Constance et son jardinier, aboutit à la mise à jour d'une harmonie profonde entre deux êtres, harmonie trop longtemps étouffée par l'attachement aux hiérarchies sociales. Le sexe est de meilleur conseil que la mesquine raison calculatrice, ciment unificateur d'un ordre social répressif qui mutile les coeurs aussi graveemnt que les corps. Bien plus qu'un document historique sur l'Angleterre de l'entre deux guerres, ce livre est une leçon, non pas de morale, mais de vie, étude plus sociale qu'érotique !

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Argent

Alors... Oui j'ai beaucoup aimé pour son côté interdit et provocateur. Mais après certains moments m'ont géné et j'ai faillit balancer le livre. Bref, il m'a fait de l'effet donc c'est bon signe x)

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Date de sortie

L'Amant de Lady Chatterley

  • France : 1997-01-01 - Poche (Français)

Activité récente

Titres alternatifs

  • Lady Chatterley's Lover - Anglais

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