Livres
461 493
Membres
417 914

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

Le temps s'apaise et les faits marquants glissent au fil des années, comme des valises sur le tapis roulant d'un aéroport: je les prends, je les mets sur la page, et c'est fini.

Afficher en entier

Pinuccia la fixa sans réagir. Alors, en un éclair, quelque chose passa entre les deux femmes: leurs sentiments les plus secrets s'échangèrent, avec la rapidité d'un tir de flèches, comme des fragments arrachés du plus profond d'elles-mêmes - ce fut une secousse, un séisme qui dura une longue seconde. Perplexe, je captai cela sans comprendre, mais elles oui, elles se comprirent parfaitement: d'une certaine manière elles se reconnurent. Pinuccia sut que Lila savait, comprenait et voulait l'aider, malgré son attitude méprisante. C'est pourquoi elle obéit.

Afficher en entier

"Vous écrivez très bien, me dit-elle avec un accent pour moi indéchiffrable, mais à coup sûr très éloigné de celui de Naples.

-Merci

-Vous pensez vraiment que rien n'est destiné à durer, pas même la poésie?

-C'est ce que pense Leopardi.

-Vous en êtes sûre?

-Oui.

-Et vous, qu'en pensez-vous?

-Je pense que la beauté est un leurre.

-Comme le jardin leopardien?"

Je ne savais rien des jardins leopardiens mais répondis:

"Oui. Comme la mer un jour de beau temps. Comme un coucher de soleil. Ou comme le ciel nocturne. Ce n'est qu'un peu de poudre de riz qui recouvre l'horreur. Si on l'enlève, on reste seul avec notre effroi."

Afficher en entier

Au printemps le livre sortit, ce qui me donna une nouvelle identité bien plus que mon diplôme ne l'avait fait. Quand je montrai un exemplaire à ma mère, mon père, mes frères et ma sœur , ils se le passèrent en silence mais sans l'ouvrir. ils fixaient la couverture avec des sourires hésitants, on aurait dit des agents de police devant de faux papiers. Mon père fit remarquer: "C'est mon nom de famille", mais sans avoir l'air satisfait, comme si tout à coup, au lieu d'être fier de moi, il avait découvert que j'avais pris de l'argent dans ses poches.

Afficher en entier

... son mari dormait, il s'était réfugié dans le sommeil comme enveloppé dans une cape magique.

Afficher en entier

... maintenant que nous avions dix-sept ans, on aurait dit que la substance du temps n'était plus fluide mais avait pris un aspect poisseux,il semblait tourner autour de nous comme la pâte jaune dans le robot d'un pâtissier.

Afficher en entier

Pour Lila, ces comportements étaient aussi énervants qu'un coup de vent qui fait claquer la porte et tomber tous les objets d'une étagère.

Afficher en entier

Au printemps 1966, Lila, dans un état de grande fébrilité, me confia une boîte en métal contenant huit cahiers. Elle me dit qu’elle ne pouvait plus les garder chez elle car elle craignait que son mari ne les lise. J’emportai la boîte sans faire de commentaires, tout juste quelques remarques ironiques sur la quantité de ficelle qu’elle avait utilisée pour la fermer. À cette époque nous étions en très mauvais termes, mais on aurait dit que j’étais la seule à le penser. Les rares fois où nous nous voyions elle n’exprimait nulle gêne, elle était affectueuse et pas une parole hostile ne lui échappait.

Quand elle me demanda de jurer que je n’ouvrirais la boîte sous aucun prétexte, je jurai. Mais dès que je fus dans le train je défis la ficelle, sortis les cahiers et commençai à lire. Ce n’était pas un journal intime, même si on y trouvait le récit détaillé de certains événements de sa vie à partir de la fin de l’école primaire. On aurait plutôt dit des exercices d’écriture, disciplinés, acharnés. Les descriptions abondaient : une branche d’arbre, les étangs, une pierre, une feuille aux nervures blanches, les casseroles qu’elle avait chez elle, les pièces de la machine à café, le brasero, les différents types de charbon de bois, une carte très détaillée de notre cour d’immeuble, le boulevard, le squelette de fer rouillé de l’autre côté des étangs, le jardin public et l’église, la coupe des arbres sur le talus de la voie ferrée, les nouveaux immeubles, la maison de ses parents, les outils que son père et son frère utilisaient pour réparer les chaussures, leurs gestes quand ils travaillaient, et les couleurs, surtout, les couleurs que prenait toute chose aux divers moments de la journée. Mais il n’y avait pas que des pages de description. Des mots isolés apparaissaient aussi, en dialecte ou en italien, parfois entourés d’un cercle, sans commentaire. Et des exercices de traduction en latin et grec. Et des passages entiers en anglais sur les boutiques du quartier, les marchandises, la charrette pleine de fruits et légumes qu’Enzo Scanno déplaçait de rue en rue tous les jours en tenant son âne par le licou. Et beaucoup de réflexions sur les livres qu’elle lisait et les films qu’elle voyait dans la salle paroissiale. Et de nombreuses idées qu’elle avait défendues dans ses discussions avec Pasquale et dans les conversations que nous avions ensemble, elle et moi. Bien sûr le style était inégal, mais quoi que Lila invente dans ses écrits, elle était capable de donner à tout un tel relief que même dans les pages écrites à onze ou douze ans, il n’y avait pas une ligne que je trouve infantile.

En général ses phrases

Afficher en entier

Ayez confiance : ne changez pas une virgule, dans votre écriture il y a la sincérité, le naturel et le mystère qu'on ne trouve que dans les vrais romans.

Afficher en entier

Je vécus mon retour à Naples comme si un coup de vent avait brusquement refermé sur ma tête un parapluie défectueux.

Afficher en entier

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode