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Prologue

La tour noire se dressait fièrement en plein coeur du désert d’Ank’Rok. De sa hauteur prodigieuse, elle dominait la plaine avec morgue et suffisance. Elle était si grande et si imposante qu’elle était visible des quatre coins des terres du Nord. Nul ne pouvait ignorer sa dominatrice présence. Les barbares de la cordillère de Glace, les nains des montagnes Rousses et même les gnomes tapis dans les collines d’Avelmor ne pouvaient échapper à son ombre maléfique. Entouré de remparts imprenables telles des griffes d’acier, l’édifice faisait trembler quiconque osait lever les yeux sur lui.

Grâce à cette tour, les drows s’imposaient comme les maîtres incontestés des terres du

Nord. Nul n’aurait songé à remettre en cause leur suprématie et encore moins à défier leur matriarche. Le nom de Sylnor était à lui seul synonyme de force, de puissance et de cruauté.

Personne ne cherchait plus à savoir comment une gamine aussi jeune avait pu conquérir un peuple aussi fier et indomptable. Les divers exploits qu’elle avait accomplis parlaient d’eux-mêmes. Sous la politique ingénieuse de leur nouvelle matrone, les drows s’étaient unis et cette union les avait rendus plus forts et plus déterminés que jamais. L’aura de Sylnor

était telle que les drows en avaient oublié sa jeunesse et ses origines impures de métisse. La jeune matriarche était plus que leur guide, elle

était leur salvatrice. Vénérée par son peuple, elle jouissait d’un ascendant que nulle autre matrone n’avait atteint auparavant.

Une telle position sociale aurait dû plonger la jeune fille dans un état de grâce proche de l’extase. C’était pourtant loin d’être le cas.

Au sommet de sa tour, Sylnor fixait l’horizon, accoudée au parapet. Le vent balayait ses cheveux argentés et plaquait sa longue robe de soie rouge contre son corps élancé. Ses yeux d’un bleu délavé semblaient se diluer dans l’océan, minuscule tache azur perdue dans le lointain.

D’une immobilité absolue, elle paraissait calme et détendue, mais dans son esprit bouillonnait un chaos d’émotions contradictoires.

Cela faisait trop longtemps qu’elle était sans aucune nouvelle de Lloth. La déesse lui avait pourtant ordonné de venir lui rendre des comptes matin et soir, une injonction à

laquelle la jeune fille s’était pliée par crainte de violentes représailles. Mais, depuis cinq longs jours, Lloth n’avait plus donné signe de vie.

Certes, Sylnor n’entendait plus ni reproche, ni ordre, ni brimade, ni moquerie, et ce silence absolu l’aurait grandement soulagée s’il n’avait

été accompagné de troubles inquiétants.

Tout avait commencé la semaine précédente.

Après une nuit agitée, pleine de cauchemars

étranges, elle s’était réveillée en hurlant de douleur. C’était comme si une faux lui labourait sauvagement la poitrine pour en extraire son coeur encore palpitant. L’atroce souffrance l’avait pliée en deux, la faisant suffoquer.

Des spasmes intolérables lui avaient ensuite déchiré les entrailles et elle avait eu l’impression que des griffes énormes tentaient de lui arracher les viscères tellement la douleur était profonde. Un flot de bile acide avait empli sa gorge. Elle s’était penchée pour vomir, puis tout s’était arrêté d’un coup, aussi subitement que cela avait commencé.

Livide, haletante, Sylnor avait essuyé son menton souillé du revers de la main avant de s’allonger en chien de fusil, complètement vidée. Elle était restée ainsi de longues minutes, prostrée et tremblante. Lorsqu’elle avait été

certaine que la crise était bel et bien passée, elle s’était relevée. Avec des gestes lents et mesurés, elle avait enfilé un peignoir et s’était rendue dans sa nouvelle chapelle. Peut-être la déesse aurait-elle une explication à cette terrifiante douleur !

Pour la première fois depuis très longtemps,

Lloth était restée muette.

Sylnor ne s’en était pas formalisée, d’autant moins que la journée qui avait suivi s’était déroulée sans aucune autre crise. Pourtant, au coucher du soleil, le mutisme persistant de la déesse avait commencé à l’inquiéter. Lloth boudait-elle ? Ce n’était pas son habitude.

Elle criait, tempêtait, grondait, hurlait, mais ne boudait jamais. L’absence de réaction de sa part était restée sans explication.

Les jours suivants, Lloth ne s’était pas manifestée non plus. Aucun mot, aucun souffle n’étaient sortis de la bouche de pierre de l’araignée d’obsidienne qui trônait dans la chapelle fraîchement reconstruite.

Si, au début, Sylnor avait cru à une nouvelle ruse de la machiavélique déesse, plus les jours passaient, plus le mutisme de Lloth devenait angoissant. L’adolescente, qui sentait que quelque chose clochait, s’était mise à prier, à

supplier, à appeler la déesse sans relâche. En vain.

Alors était venu le temps des questions et des interrogations sans fin. Sylnor avait passé

ses nuits à réfléchir à différentes hypothèses.

Puis, un matin, elle s’était réveillée en nage, un affreux soupçon nouant sa gorge. Et si la soudaine disparition de la déesse était liée à la douleur, aussi violente que fugace, que Sylnor avait ressentie cette fameuse nuit ? D’un côté

une souffrance extrême comme si son être s’était déchiré, de l’autre le mutisme, l’absence, même, de la déesse. Une supposition dramatique s’était immiscée dans son esprit. Et si le lien qui l’unissait à Lloth s’était brusquement rompu ? Et si la déesse, déçue ou fâchée, l’avait abandonnée ?

Prise d’un doute insupportable, Sylnor avait aussitôt essayé de se transformer en arachnide.

Mais, comme elle le pressentait, rien ne s’était passé. Ses membres fins ne s’étaient pas allongés, sa peau délicate ne s’était pas hérissée de poils ni de piquants, sa force ne s’était pas décuplée. Son corps était resté celui d’une jeune fille de seize ans.

Prise de panique, elle avait essayé d’autres sorts, mais tous s’étaient refusés à elle. C’était comme si son esprit, déconnecté de celui de la déesse, ne pouvait plus influer sur ce qui l’entourait. L’adolescente avait perdu tous ses pouvoirs, même les plus élémentaires. Seull’orbe d’énergie qu’elle avait eu tant de mal à

apprendre lui était finalement resté.

Le constat était sans appel, Lloth l’avait lâchée !

Se sentant trahie et au bord du gouffre,

Sylnor s’était isolée, refusant de voir quiconque.

Elle était plus faible et démoralisée que jamais. À aucun moment elle n’aurait cru qu’un tel drame pouvait se produire. C’était vrai qu’à un certain moment elle s’était éloignée de Lloth, mais c’était différent alors, car elle savait la déesse présente. Elle savait qu’en cas d’urgence elle pourrait compter sur la protection ou le soutien de la puissante divinité.

Elle était comme une funambule qui évoluait avec aisance dans le firmament ; elle avait un solide filet en dessous d’elle pour amortir une

éventuelle chute. Or le filet venait de disparaître d’un coup.

Ce que Sylnor craignait par-dessus tout, c’était la réaction des drows. Si jamais son peuple venait à apprendre qu’elle ne bénéficiait plus du soutien de Lloth et surtout qu’elle avait perdu presque tous ses pouvoirs, son autorité serait-elle remise en cause ? Les drows continueraient-ils à l’adorer et à lui faire confiance, ou bien son empire risquait-il au contraire de s’écrouler ? Tout ce qu’elle avaitbâti à la sueur de son front allait-il partir en fumée ?

La jeune fille ne savait quoi penser. La confiance de son peuple lui semblait acquise, indépendamment du soutien ou non de la déesse, mais elle n’avait pas envie que cette trahison s’ébruite. Elle n’en avait parlé à personne, pas même à Ylaïs. Elle avait d’ailleurs continué à se rendre dans la chapelle deux fois par jour pour n’éveiller aucun soupçon.

Mais, ce jour-là, seule sur la terrasse supérieure de sa tour, elle se sentait plus solitaire que jamais. Si seulement Ethel, son cher Ethel,

était à ses côtés ! À lui, elle aurait sans doute osé

se confier. Mais la déesse le lui avait volé. Maintenant que le lien qui les unissait n’existait plus,

Sylnor savait qu’elle ne le reverrait jamais.

Le beau visage du mage flotta dans ses souvenirs.

Où était-il, à présent ? Que faisait-il ?

Avait-il mené à bien sa mission ? Avait-il rencontré

Luna ? L’avait-il affrontée ou même tuée ? Surtout, avait-il survécu ? Hélas, sans

Lloth pour le ramener, Ethel n’avait pas la moindre chance de rentrer.

Le coeur de l’adolescente se serra douloureusement dans sa poitrine. Ses yeux s’embuèrent et l’horizon disparut, noyé dans un flot de larmes amères.— O h ! Ethel, tu me manques tellement !

murmura-t-elle en réprimant un sanglot.

Tant de choses s’étaient passées depuis le départ du jeune homme pour le royaume des dieux, à commencer par la visite impromptue d’Ambrethil. S’il y avait une chose à laquelle

Sylnor ne se serait jamais attendue, c’était bien celle-là.

Lorsque Ylaïs lui avait appris que sa mère

était venue de son propre gré à Rhasgarrok et qu’elle l’attendait dans le hall, demandant une audience, Sylnor s’était figée, bouche bée. Même si elle rêvait de cette confrontation depuis des années, rien ne l’avait préparée

à une telle visite. Déboussolée et prise au dépourvu, elle ne s’était pas sentie prête à

affronter Ambrethil. Pas tout de suite, du moins. Il fallait d’abord qu’elle prenne le temps de réfléchir à ce qu’elle avait envie de lui dire… de lui faire. Sylnor avait donc ordonné

à Ylaïs d’enfermer sa mère dans un salon privé

et de la garder sous haute surveillance, tout en pourvoyant à ses besoins.

Avant toute chose, elle avait voulu voir à quoi ressemblait sa génitrice, car d’Ambrethil elle ne gardait aucun souvenir, sinon celui de l’abandon, du déchirement, de l’absence. Un oeilleton dissimulé dans une des tapisseries lui avait permis d’assouvir sa curiosité. L’adolescente avait découvert une femme d’âge mûr, grande et mince, toute en grâce et en blondeur. Sa peau pâle comme un affront, presque une injure, lui avait violemment rappelé que du sang de lune courait dans ses propres veines. Pourtant, elle ne s’était pas précipitée vers la porte pour la trucider, pleine de rage. Elle avait fermé les yeux et réfléchi.

Combien de supplices plus ignobles les uns que les autres avait-elle imaginés pour sa mère ! Combien de tortures s’était-elle vue lui infliger ! Combien de fois l’avait-elle tuée en rêve ! Trop sans doute, car, maintenant qu’elle pouvait disposer de sa mère comme bon lui semblait, curieusement elle n’avait plus envie de mettre ses sanglants projets à exécution.

Peut-être avait-elle tant diabolisé sa mère qu’elle ne la reconnaissait pas dans la femme

à la diaphane beauté qui se tenait, immobile et sereine, dans la pièce d’à côté. Mis à part leurs yeux bleu lavande, Sylnor et Ambrethil n’avaient rien en commun. Cette femme aurait pu être n’importe quelle prisonnière. C’était une inconnue, une simple inconnue.

Sylnor avait attendu de longues heures.

La nuit était tombée, plongeant la tour dans l’ombre et sa mère dans un sommeil profond.

L’adolescente en avait profité pour s’introduire dans la pièce afin d’observer Ambrethil de plus près. Elle voulait la voir, la sentir, la toucher, comme en quête d’un déclic qui éveillerait en elle des pulsions meurtrières.

Dans un silence absolu, elle s’était glissée près de la silhouette endormie. Accroupie, elle avait longuement examiné les détails du visage maternel, les rides naissantes au coin de ses yeux, les longs cils clairs presque transparents, les lèvres fines et pâles qui l’avaient peut-être embrassée autrefois. Une douce odeur de jasmin avait chatouillé ses narines. Ni agréable ni

écoeurant, l’effluve l’avait laissée indifférente.

Elle avait repoussé une mèche dorée qui s’était

échappée de la tresse maternelle et son doigt avait frôlé sa peau veloutée. Mais aucune

émotion ne l’avait assaillie.

Depuis qu’elle était toute petite, Sylnor haïssait cette femme. Elle rêvait de se venger de cette mère indigne et de la faire souffrir comme elle avait souffert, abandonnée au clergé de

Lloth. Et, maintenant qu’elle l’avait enfin à sa merci, si fragile et inoffensive, elle n’avait plus envie de rien, ni de la torturer ni de la tuer.

Bizarrement, toute haine l’avait quittée.

À son grand soulagement, elle n’avait pas non plus envie de se jeter dans ses bras ni de l’embrasser. Même si elle ne pouvait se les expliquer, les choses étaient ainsi. Troublée, même déçue, Sylnor avait regagné sa chambre

à pas de loup, reculant encore la confrontation.

Ce matin-là, cela faisait exactement six jours qu’Ambrethil attendait la visite de sa fille. Mais

Sylnor n’avait toujours pas envie de la voir ni de lui parler. Elle avait suffisamment de problèmes comme ça. La dernière chose dont elle avait envie, c’était d’entendre les paroles mielleuses d’une mère éplorée, ses excuses bidon ou ses sanglots hypocrites. Rien que d’y penser, elle en avait la nausée. Non ! Elle refusait résolument de lui accorder la moindre attention. Après tout, ce n’était qu’un juste retour des choses :

celle qui l’avait abandonnée seize ans auparavant méritait cette solitude interminable.

Sylnor soupira. Ethel, lui, aurait su la conseiller et lui dire quoi faire de cette mère décidément bien encombrante. Lui aurait-il suggéré

de la tuer, de la torturer, ou de la garder prisonnière et de l’utiliser comme appât pour se venger des elfes de lune ?

— Qu’aurais-tu fait, toi, Ethel ? demandat- elle à voix basse.

— Vous m’avez parlé ? demanda une voix dans son dos.

Elle fit volte-face, le coeur tambourinant à

tout rompre. Ylaïs se tenait là, droite et fière dans sa cuirasse dorée. Sylnor, qui ne l’avait pas entendue arriver, passa une main rapide sur ses yeux humides.

— Vous pleuriez ? s’enquit sa conseillère, surprise.

— Absolument pas ! Je testais le nouveau sort d’extravision dont Lloth m’a fait la grâce hier. Elle m’avait prévenue que les premières tentatives pourraient s’avérer douloureuses, mais cela va passer. Ce n’est qu’une irritation passagère. Bon ! Que veux-tu ? Si c’est encore

à cause des mystérieux chasseurs qui rôdent la nuit dans les étages inférieurs, il va être temps que tes patrouilles s’en débarrassent une bonne fois pour toutes !

— Heu… le fléau est sur le point d’être endigué, maîtresse, ne vous tracassez pas. Mes troupes ont presque exterminé cette vermine et on pourra bientôt lever le couvre-feu.

— Parfait ! Quel est le problème, alors ? Tu sais que j’ai horreur d’être dérangée pour rien !

Ylaïs se tortilla, visiblement mal à l’aise. Son expression soucieuse n’annonçait rien de bon.

— Je viens de recevoir de mauvaises nouvelles… de l’avant-poste.

— E ncore ces maudits buveurs de sang ?

— Oui, Votre Grâce. Ils ont lancé une nouvelle offensive contre nous. Cette fois, nos sentinelles ont été rapidement submergées.

Les guerrières et les mages ont lutté jusqu’au bout, mais ils ont été contraints d’abandonner leur poste et de se réfugier dans les bastions fortifiés, derrière les grandes portes d’accès à

la tour.

Sylnor ne put retenir une grimace d’agacement.

— Ces vampires commencent vraiment

à me taper sur les nerfs ! Comment se fait-il qu’il en reste encore, d’ailleurs ? Les convois d’esclaves ont cessé depuis longtemps, personne n’entre plus dans Rhasgarrok et nos troupes décapitent consciencieusement tous ceux qu’elles croisent. Il ne devrait plus y avoir un seul vampire dans toute la région !

— Je crains, hélas ! que le problème soit plus grave que cela.

— Comment ça ?

— D ’après le rapport de nos soldats, les buveurs de sang étaient bien plus nombreux que lors des attaques précédentes. Je… je crois qu’ils se reproduisent.

Sylnor ouvrit de grands yeux chargés d’incompréhension.

— T u veux dire que nos sentinelles sont attaquées par des… enfants vampires ?

— Non, mais par des drows transformés en vampires. Les buveurs de sang ont changé

de méthode. Ils ne vident plus leurs victimes de leur sang, ils les mordent pour s’en faire de nouveaux alliés. Les gardes qui ont survécu à l’attaque ont été témoins de ces actes de sauvagerie.

— Ah, les scélérats ! gronda matrone Sylnor en abattant son poing sur le parapet. Nous allons devoir frapper fort si nous voulons nous en débarrasser une bonne fois pour toutes !

— T out à fait d’accord, approuva Ylaïs. Mais rien ne presse, nos portes sont solides. Je vous rappelle que c’est Lloth elle-même qui a mis au point le sort de verrouillage. Cela nous laisse largement le temps d’imaginer une contreoffensive.

Le sang de Sylnor se glaça d’un coup. Lloth !

Le sort de verrouillage ! Si la déesse avait disparu, son sortilège de protection aussi s’était

évanoui. La tour noire n’était plus protégée.

Les drows étaient en danger, en grand danger.

Bientôt, des hordes de vampires assoiffés de sang se déverseraient dans la tour et Lloth ne pourrait pas lui venir en aide pour protéger les drows.

— Oui, cela nous laisse le temps… mentitelle, au bord du malaise. Tu peux disposer maintenant, Ylaïs. Merci.

La prêtresse s’en alla sans demander son reste, laissant Sylnor plus seule que jamais.

Ce qu’elle craignait de pire venait d’arriver.

Alors qu’elle avait presque terminé son numéro, le pied de la funambule avait glissé.

Tous les spectateurs retenaient leur souffle, mais déjà l’artiste vacillait. En dessous, le filet avait disparu et la chute était inévitable.

1er chapitre

Sous un voile de poussière, au plus profond de l’antique Rhasgarrok, dormait une salle oubliée. Pas un brin d’air n’avait soufflé

depuis longtemps sur les cendres d’une époque

à jamais révolue. Le temps s’y était arrêté, figé

pour l’éternité. Au centre de la pièce gisaient les débris éparpillés d’une statue d’albâtre, autrefois majestueuse de grâce et de beauté.

Impossible de reconnaître parmi les scories minérales le doux visage d’Eilistraée. Pourtant, c’était bien d’elle dont il s’agissait. Dans cette chapelle, il y avait des centaines d’années, venaient se recueillir les drows par milliers.

Dans cet endroit sacré, on avait prié la déesse, on l’avait adorée et même remerciée pour les prières qu’elle exauçait. Puis, jour après jour, année après année, le culte de Lloth l’avait insidieusement éclipsée, balayant jusqu’à son souvenir. Son nom avait sombré dans l’oubli et sa chapelle était tombée en ruines. Plus personne n’y avait plus mis les pieds depuis des siècles.

Sauf Luna. C’était même la deuxième fois que la jeune fille se réveillait dans cet endroit.

La première fois, Eilistraée, qui venait juste de récupérer sa sphère, avait sauvé Luna des griffes de l’horrible Lloth. Ne pouvant la ramener ailleurs que dans son ancienne chapelle, la déesse avait déposé la petite elfe encore endormie sur le sol poussiéreux. C’était à cet endroit que, contre toute attente, Luna avait retrouvé

Elbion, ses amis et son Marécageux.

À présent, les choses étaient radicalement différentes. C’était Luna qui avait gagné la partie. Elle avait sauvé Eilistraée et trois autres dieux de l’abjecte machination ourdie par

Lloth. Grâce à elle, la déesse araignée avait été

exilée au coeur du Néant. Plus jamais elle ne persécuterait ses homologues et les elfes de la surface. Forte de sa victoire, Luna aurait pu demander à retourner à Ysmalia. Eilistraée se serait fait un plaisir de la déposer dans sa toute nouvelle chapelle, édifiée dans l’une des salles de Belcastel. Mais l’heure n’était pas au repos ; sa mission n’était pas terminée. Luna ne rentrerait pas chez elle avant d’avoir délivré

sa mère, prisonnière de Sylnor. Consciente que l’entreprise était extrêmement risquée, la déesse avait essayé de l’en dissuader, en pure perte. Résignée, elle lui avait offert une magnifique dague à son effigie avant de la transporter au plus profond de la cité drow.

Maintenant, Luna était seule au fin fond du monastère, toute seule, sans Ethel.

Si seulement les choses s’étaient passées différemment ! Si seulement Lloth n’avait pas tué celui qui avait fait chavirer son coeur ! Le beau visage d’Ethel lui apparut soudain, ravivant la cicatrice imprimée à jamais dans son

âme. Son esprit vrillé par le chagrin fit resurgir la douleur de l’absence. Luna ferma les yeux,

à deux doigts de craquer, mais elle se ravisa.

Ethel avait rejoint Outretombe ; elle n’avait pas pu le sauver, mais il lui restait encore une chance, même infime, de sauver Ambrethil. Sa priorité absolue, c’était désormais d’aller délivrer sa mère. Rien ne devait la détourner de sa mission, même pas son amour perdu.

Luna se releva et promena son regard autour d’elle. Le silence, l’obscurité et l’absence totale d’odeur la déroutèrent un instant. Puis ses yeux percèrent les ténèbres, faisant apparaître les fresques et les moulures fleuries qu’affectionnait la déesse. À moitié effacées, rongées par l’humidité et blanchies par le salpêtre, les sculptures et les peintures murales s’étaient beaucoup détériorées au fil des siècles, mais elles témoignaient encore de la beauté passée de la chapelle. Hélas, saccagé par le temps, l’endroit était à présent lugubre à souhait.

Toujours vêtue de la robe de soie ivoire que lui avait offerte l’aNéantisseur, Luna ne put réprimer un frisson. Malgré l’arme glissée dans sa ceinture, elle éprouvait une sourde angoisse. Comme pour exorciser sa peur et briser la mortelle quiétude de ce sanctuaire, elle se mit à fredonner l’air enjoué d’une comptine de son enfance. Elle espérait que la mélodie, légère et insouciante, tiendrait à distance les démons qui rôdaient peut-être en ces lieux.

D’un pas qu’elle voulait le plus assuré possible, elle avança sur le sol maculé de débris.

Ses ballerines légères crissèrent âprement sur les tessons épars, troublant son chant. Imperturbable, elle s’avança jusqu’à la porte d’entrée.

Là, les paroles douces de la chansonnette moururent sur ses lèvres.

D’une main hésitante, elle poussa le battant déjà entrouvert. La porte résista avant de grincer désagréablement sur ses gonds rouillés.

L’adolescente tressaillit. Elle craignait que le bruit n’attire quelque drow en faction par là.

Si ses souvenirs étaient exacts, la chapelle en ruines se trouvait dans les niveaux inférieurs du monastère et il se pouvait très bien que sa soeur ait envoyé des sentinelles surveiller cette zone.

Luna se glissa dans la vaste salle qui servait d’antichambre à la chapelle.

Le silence y était oppressant, la noirceur, absolue. À gauche, au centre et à droite partaient des coursives qui se diluaient dans les ténèbres. La jeune elfe hésita sur la direction

à prendre. La dernière fois, c’était le Marécageux qui les avait guidés, elle et ses amis, vers la sortie. Elle aurait été incapable de retrouver le chemin emprunté, mais elle savait qu’en sortant de la chapelle ils avaient tourné à droite.

Elle opta donc pour le couloir du milieu.

Sur ses gardes, tous ses sens en éveil, elle se mit en quête des prisons. D’après le peu d’informations dont elle disposait, ce niveau autrefois dédié à Eilistraée avait été réaménagé

depuis longtemps en quartiers de détention.

On y trouvait de nombreuses cellules, ainsi que des salles de torture. Peut-être Sylnor avaitelle enfermé leur mère dans un de ces cachots sordides. Même si son intuition lui disait le contraire, Ambrethil étant trop précieuse pour croupir dans une simple geôle, Luna devait vérifier avant de prendre le risque de s’aventurer dans les étages supérieurs du monastère.

Au bout d’une vingtaine de mètres seulement, elle découvrit l’une de ces pièces cauchemardesques. Après s’être assurée que l’endroit n’était pas gardé, elle prit une grande inspiration pour se donner du courage et pénétra dans la salle. Si l’odeur du sang avait disparu, les traces au sol et aux murs, elles,

étaient encore bien visibles et attestaient des horreurs qui avaient été perpétrées là. Au plafond pendaient les lourdes chaînes aux maillons rougis auxquelles on accrochait les victimes. Luna sentit la nausée l’envahir. Elle songea aux centaines d’innocents qui avaient dû périr là dans d’affreuses souffrances. Comment pouvait-on prendre plaisir à torturer des gens ? Les drows étaient vraiment des êtres immondes. Elle poussa son avancée jusqu’aux cachots au fond de la pièce. À son grand étonnement, ils étaient complètement vides.

Interloquée, elle rebroussa chemin. Les prisonniers se trouvaient sans doute ailleurs.

Elle s’engagea dans un autre couloir, aussi silencieux et sombre que le précédent. Elle découvrit bientôt une seconde salle vouée au culte de Lloth. Si les instruments de torture avaient disparu, les crânes et les moignons desséchés qui gisaient sur les étagères comme de monstrueux trophées prouvaient que d’ignobles scènes s’étaient déroulées là

par le passé. Or, les geôles étaient également vides. L’adolescente eut beau chercher dans les méandres de cet étage sordide, il était complètement désert. Il n’y avait plus ni prisonnier ni bourreau. Pour une raison ou pour une autre, les drows avaient abandonné cet endroit.

« Mais où sont-ils tous ? se demandat- elle, plus perplexe que jamais. Ma soeur ne pratiquerait-elle donc plus ce genre d’ignominies

? Aurait-elle trouvé d’autres passe-temps moins sanglants ? »

Pourtant, Lloth venait seulement de disparaître.

En toute logique, les drows auraient dû interpréter son silence comme un signe de mécontentement et redoubler d’efforts pour chercher à rentrer dans ses bonnes grâces. Ils auraient dû sacrifier encore plus d’innocents pour satisfaire la soif inextinguible de la déesse.

Quelque chose d’étrange s’était produit.

Luna aurait pu se réjouir de trouver ce niveau vide, mais elle savait que ces salles et cellules désaffectées n’auguraient rien de bon. Fermement décidée à découvrir le fin mot de l’histoire, elle se mit en quête d’un escalier menant aux étages supérieurs. En tout état de cause, elle ne trouverait pas Ambrethil par là.

Chemin faisant, elle traversa de nouvelles salles abandonnées qui confirmèrent ses soupçons.

Au détour d’un couloir, elle tomba sur un escalier qu’elle entreprit de gravir. Trois volées de marches la menèrent à une esplanade aménagée dans une cavité naturelle. En retenant son souffle, elle se colla contre la paroi de peur d’être repérée par une éventuelle sentinelle.

Mais, là encore, aucun drow ne montait la garde.

Désemparée, l’adolescente tendit l’oreille, mais aucun bruit suspect ne lui parvint non plus. Elle s’avança lentement dans l’immense caverne, fouillant l’obscurité à la recherche d’un passage ou d’une porte, quand un mouvement furtif sur le côté la fit brusquement pivoter. Elle s’immobilisa et tourna la tête pour observer le passage qu’elle venait d’emprunter, presque certaine qu’une ombre s’était glissée derrière elle dans cet escalier. Prête à utiliser son pouvoir sur le premier qui se jetterait sur elle, elle retint son souffle. Elle sonda les ténèbres, mais ne distingua personne. Avaitelle rêvé ? Elle aurait pourtant juré qu’elle avait perçu un mouvement derrière elle. S’agissait-il d’un guetteur drow, ou d’un simple rongeur aussi effrayé qu’elle ?

Plus inquiète que jamais, Luna poursuivit son exploration. Lorsqu’elle distingua une arche sur sa droite, elle obliqua dans cette direction en jetant régulièrement des regards apeurés dans son dos. L’ouverture menait à

une salle de taille plus modeste d’où partaient plusieurs couloirs. Luna en prit un au hasard, qui se sépara bientôt en trois nouveaux chemins.

Tout en soupirant de désespoir, elle se fit la réflexion que cet étage semblait encore plus grand que le précédent. À sa peur d’être suivie s’ajouta bientôt l’angoisse de se perdre. Si Ethel n’avait pas été assassiné par Lloth, il aurait su la guider dans ce labyrinthe. Mais Ethel n’était pas là. Il ne serait plus jamais là. Luna serra les poings pour ne pas craquer et s’exhorta à

poursuivre sa route.

Soudain, un souffle sur sa nuque, plus ténu qu’un baiser et plus silencieux qu’une caresse, lui donna un coup au coeur. Vive comme une louve, elle fit volte-face, l’esprit prêt à libérer sa puissance dévastatrice. Une fois de plus, il n’y avait strictement personne derrière elle. Un filet de sueur glacée glissa dans son dos. Cet endroit sinistre la rendait-il paranoïaque, ou le danger était-il bien réel ? Luna se demanda si ces couloirs sans fin n’étaient pas infestés d’âmes damnées qui cherchaient à se venger des souffrances endurées en ces lieux maudits.

Elle jura entre ses dents. Pour rien au monde elle n’avait envie de se frotter à des revenants en colère ; sa mésaventure avec Djem lui avait amplement suffi. Pourtant, cette hypothèse des plus logiques pouvait expliquer pourquoi les drows avaient déserté ces niveaux.

Luna resserra ses bras autour de sa poitrine, encore moins rassurée qu’avant. Plus que jamais elle espérait trouver rapidement un autre escalier qui la mènerait plus haut. Mieux valait affronter une troupe de guerrières drows plutôt que des démons invisibles. Alors qu’elle s’apprêtait à emprunter un couloir plus large que les autres, un gémissement rauque lui parvint. Son sang se figea. Ce cri n’avait rien d’humain et pourtant elle comprit immédiatement que ce n’était pas non plus celui d’un démon. C’était un cri de douleur !

Si on torturait des prisonniers par là, c’était qu’il y avait des geôles non loin. Des geôles où

pouvait se trouver Ambrethil.

Plus déterminée que jamais, Luna s’enfonça plus avant dans le tunnel sombre. Au fur et

à mesure qu’elle avançait, les bruits s’amplifiaient, tantôt des hurlements hystériques, tantôt des lamentations désespérées. Toute son âme lui criait de s’enfuir loin de cette horreur. Pourtant, ses jambes continuaient inexorablement à se mouvoir. Elle redoutait le spectacle insoutenable, les images violentes et sanglantes qui souilleraient à jamais son esprit, mais il fallait qu’elle en ait le coeur net. Il fallait qu’elle sache si Ambrethil faisait partie des suppliciés.

Lorsqu’elle ne fut plus qu’à deux mètres de la porte entrouverte de laquelle s’échappaient les suppliques, elle s’arrêta pour rassembler son courage. Elle essayait de se préparer mentalement

à ce qu’elle allait découvrir quand quelque chose de chaud et humide frôla une nouvelle fois sa nuque. Ses cheveux se hérissèrent de terreur. Elle laissa échapper un cri aigu, poussa la porte à la volée et la claqua dans son dos pour échapper à son poursuivant invisible.

Elle fit jouer le loquet, incapable de détacher ses yeux de la petite barre de métal, ridicule protection devant les forces des ténèbres qui s’agitaient derrière le battant de bois. Elle se demandait si les revenants pouvaient traverser la porte quand elle s’avisa que les cris avaient cessé. Son irruption dans la pièce avait mis un terme aux hurlements. Elle se retourna d’un coup, prête à affronter les prêtresses drows qui accomplissaient leur macabre besogne.

Elle suffoqua presque en se rendant compte qu’il n’y avait aucun bourreau dans cette petite salle. Les prisonniers étaient seuls, au fond de la pièce, dans deux cellules séparées l’une de l’autre par plusieurs mètres. Le plus curieux, c’était qu’il s’agissait de drows !

À gauche, un garçon la regardait, la tête penchée sur le côté, les yeux injectés de sang et l’air hagard. De sa bouche entrouverte coulait un filet de bave blanchâtre. Dans la cellule de droite, une femme brune gisait sur sa paillasse dans une étrange position. Tout son corps était prostré et ses muscles tétanisés saillaient sous sa peau anthracite. Il ne faisait aucun doute qu’elle agonisait, malgré l’absence de blessure apparente.

Luna fit quelques pas dans leur direction, intriguée. La femme sortit brusquement de sa transe pour se jeter sur les barreaux de sa cellule. Les barres de métal tremblèrent sous l’assaut, mais ne cédèrent pas. Luna s’immobilisa.

La drow braqua ses prunelles rouges sur elle en feulant de colère comme un chat, après quoi elle se mit à proférer des mots inintelligibles et à tendre des mains avides vers la nouvelle venue.

Luna crut tout d’abord qu’elle voulait qu’on la libère. Pourtant, lorsque la captive se mit à

montrer les dents, à tirer la langue et à faire des bruits de mastication et de succion presque indécents, elle lui fit penser à un loup affamé.

Horrifiée, Luna recula d’un pas. Cette femme avait faim. Elle était affamée au point de vouloir la manger.

Mal à l’aise à l’idée qu’elle suscitait une telle convoitise, Luna se tourna vers le garçon, plus calme, même si ses mains osseuses enserraient les barreaux comme si elles pouvaient les faire céder. Lui aussi la regardait avec avidité et sur son visage se lisait la douleur intérieure qui le rongeait. Depuis combien de temps ne leur avait-on pas donné de quoi manger ? L’adolescente regretta de n’avoir rien à leur offrir. De toute façon, elle doutait que quelques fruits ou morceaux de pain suffisent à apaiser la faim qui les tenaillait. Ces deux-là étaient devenus fous à force de privations. S’ils n’avaient été

solidement enfermés, ils l’auraient sans doute dévorée vive.

Ne pouvant rien pour eux, elle allait s’en aller quand le garçon poussa un gémissement plaintif qui lui serra le coeur.

— Noooon ! la supplia-t-il en tendant ses doigts décharnés vers elle. Noooon !

— Je… je suis désolée, mais je n’ai rien à

vous proposer, fit-elle en reculant.

— Vont… venir ! réussit-il à articuler, les yeux presque exorbités par l’effort.

Un frisson de terreur s’empara de Luna. De qui parlait-il ? Des fantômes ? Des prêtresses drows ?

— Partez ! lui ordonna-t-il en se tendant comme un arc de souffrance. Partez avant…

venir !

— Qui ? De qui parlez-vous ?

Contre toute attente, le jeune drow lâcha d’un coup les barreaux et recula jusqu’au mur du fond, les traits déformés par l’épouvante.

— E ux ! gémit-il en mordant son poing jusqu’au sang.

Cette fois, Luna n’eut pas le temps de se retourner. Deux incisives se plantèrent profondément dans la peau claire de son cou.

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Allistair chercha Rhyen du regard. Le second hocha imperceptiblement la tête et, sans crier gare, se jeta sur Kendhal, plus rapide qu'un serpent, pour le mordre sauvagement au cou. Le jeune homme hurla en se débattant. Mais l'étreinte fut de courte durée. Rhyen recula aussi vite qu'il s'était jeté sur sa proie et essuya le sang frais qui glissait le long de ses lèvres. Allistair, qui n'avait pas bougé, éclata de rire.

Une main plaquée contre sa blessure qui saignait abondamment, Kendhal se leva, ivre de rage.

- Pourquoi ? s'écria-t-il. Pourquoi ?

- Pour vérifier tes dires. j'ai besoin d'un volontaire pour franchir l'écran. Puisque, dans quelques heures, tu seras l'un des nôtres, tu passeras en premier.

Sans se départir de son sourire narquois, Allistair se leva et s'adressa à son nouveau bras droit.

- Rhyen, je te charge de veiller sur lui et de lui apporter de quoi se sustenter dès qu'il aura soif.

Il se tourna vers Kendhal.

- Bienvenue parmi les vampires !

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[...]

- Qu'est ce que tu insinues?

-Rien,mais je trouve étrange qu'ils nous aient attaqueés à tour de rôle. S'ils s'y étaient mis a trois dès le débuts,je doute que tu t'en serais sorti aussi bien,je veut dire sans une égratignure.Je ne comprend pas non plus pourquoi les deux acolytes du premier n'ont pas essayer de s'en prendre a moi.

-Mais c'est quoi,toutes ces questions tordues?s'écria Jaden,agacé.Tu ne peut pas me remercier de t'avoir sauver,tout simplement,et on n'ern reparle plus!

-D'accord.Merci.Voila t'es content?

-J'espérais un peu plus dereconnaisance.

-Oh,merci,Jaden,tu es le meilleur!se moqua Luna en prenant une voix affectée jusqu'au ridicule.

Sans relever la moquerie,Jaden l'attira brusquement a lui.

-Ça mérite bien un baiser,non?

[...]

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Allistair, qui avait revêtu une armure noire et brillante,sourit à son arrivée.

- Ah.te voila enfin! J'ai bien cru que tu préférerais te laisser mourir plutôt que de devenir l'un des nôtres.

J'ai faillit me vexer. Mais bon,tu as fini par éteindre la soif qui te rongeais. C'est bien.

Tout en faignant de se prosterner,il ajouta;

-Bienvenue dans notre communauté, Kendhal I,roi de... rien du tout!

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Spoiler(cliquez pour révéler)CHAPITRE 1

Sous un voile de poussière, au plus profond de l’antique Rhasgarrok, dormait une salle oubliée. Pas un brin d’air n’avait soufflé

depuis longtemps sur les cendres d’une époque

à jamais révolue. le temps s’y était arrêté, figé

pour l’éternité. Au centre de la pièce gisaient les débris éparpillés d’une statue d’albâtre, autrefois majestueuse de grâce et de beauté.

impossible de reconnaître parmi les scories minérales le doux visage d’Eilistraée. Pourtant, c’était bien d’elle dont il s’agissait. dans cette chapelle, il y avait des centaines d’années, venaient se recueillir les drows par milliers.

dans cet endroit sacré, on avait prié la déesse, on l’avait adorée et même remerciée pour les prières qu’elle exauçait. Puis, jour après jour, année après année, le culte de Lloth l’avait insidieusement éclipsée, balayant jusqu’à son souvenir. Son nom avait sombré dans l’oubli et sa chapelle était tombée en ruines. Plus personne n’y avait plus mis les pieds depuis des siècles.

Sauf Luna. C’était même la deuxième fois que la jeune fille se réveillait dans cet endroit.

la première fois, Eilistraée, qui venait juste de récupérer sa sphère, avait sauvé Luna des griffes de l’horrible Lloth. Ne pouvant la ramener ailleurs que dans son ancienne chapelle, la déesse avait déposé la petite elfe encore endormie sur le sol poussiéreux. C’était à cet endroit que, contre toute attente, Luna avait retrouvé

Elbion, ses amis et son Marécageux.

À présent, les choses étaient radicalement différentes. C’était Luna qui avait gagné la partie. elle avait sauvé Eilistraée et trois autres dieux de l’abjecte machination ourdie par

Lloth. Grâce à elle, la déesse araignée avait été

exilée au cœur du Néant. Plus jamais elle ne persécuterait ses homologues et les elfes de la surface. Forte de sa victoire, Luna aurait pu demander à retourner à Ysmalia. Eilistraée se serait fait un plaisir de la déposer dans sa toute nouvelle chapelle, édifiée dans l’une des salles de Belcastel. Mais l’heure n’était pas au repos; sa mission n’était pas terminée. Luna ne rentrerait pas chez elle avant d’avoir délivré sa mère, prisonnière de Sylnor. Consciente que l’entreprise était extrêmement risquée, la déesse avait essayé de l’en dissuader, en pure perte. résignée, elle lui avait offert une magnifique dague à son effigie avant de la transporter au plus profond de la cité drow.

Maintenant, Luna était seule au fin fond du monastère, toute seule, sans Ethel.

Si seulement les choses s’étaient passées différemment! Si seulement Lloth n’avait pas tué celui qui avait fait chavirer son cœur! le beau visage d’Ethel lui apparut soudain, ravivant la cicatrice imprimée à jamais dans son

âme. Son esprit vrillé par le chagrin fit resurgir la douleur de l’absence. Luna ferma les yeux,

à deux doigts de craquer, mais elle se ravisa.

Ethel avait rejoint Outretombe; elle n’avait pas pu le sauver, mais il lui restait encore une chance, même infime, de sauver Ambrethil. Sa priorité absolue, c’était désormais d’aller délivrer sa mère. rien ne devait la détourner de sa mission, même pas son amour perdu.

Luna se releva et promena son regard autour d’elle. le silence, l’obscurité et l’absence totale d’odeur la déroutèrent un instant. Puis ses yeux percèrent les ténèbres, faisant apparaître les fresques et les moulures fleuries qu’affectionnait la déesse. À moitié effacées, rongées par l’humidité et blanchies par le salpêtre, les sculptures et les peintures murales s’étaient beaucoup détériorées au fil des siècles, mais elles témoignaient encore de la beauté passée de la chapelle. Hélas, saccagé par le temps, l’endroit était à présent lugubre à souhait.

toujours vêtue de la robe de soie ivoire que lui avait offerte l’aNéantisseur, Luna ne put réprimer un frisson. Malgré l’arme glissée dans sa ceinture, elle éprouvait une sourde angoisse. Comme pour exorciser sa peur et briser la mortelle quiétude de ce sanctuaire, elle se mit à fredonner l’air enjoué d’une comptine de son enfance. elle espérait que la mélodie, légère et insouciante, tiendrait à distance les démons qui rôdaient peut-être en ces lieux.

d’un pas qu’elle voulait le plus assuré possible, elle avança sur le sol maculé de débris.

Ses ballerines légères crissèrent âprement sur les tessons épars, troublant son chant. imperturbable, elle s’avança jusqu’à la porte d’entrée. là, les paroles douces de la chansonnette moururent sur ses lèvres.

d’une main hésitante, elle poussa le battant déjà entrouvert. la porte résista avant de grincer désagréablement sur ses gonds rouillés.

l’adolescente tressaillit. elle craignait que le bruit n’attire quelque drow en faction par là.

Si ses souvenirs étaient exacts, la chapelle en ruines se trouvait dans les niveaux inférieurs du monastère et il se pouvait très bien que sa sœur ait envoyé des sentinelles surveiller cette zone.

Luna se glissa dans la vaste salle qui servait d’antichambre à la chapelle.

le silence y était oppressant, la noirceur, absolue. À gauche, au centre et à droite partaient des coursives qui se diluaient dans les ténèbres. la jeune elfe hésita sur la direction

à prendre. la dernière fois, c’était le Marécageux qui les avait guidés, elle et ses amis, vers la sortie. elle aurait été incapable de retrouver le chemin emprunté, mais elle savait qu’en sortant de la chapelle ils avaient tourné à droite.

elle opta donc pour le couloir du milieu.

Sur ses gardes, tous ses sens en éveil, elle se mit en quête des prisons. d’après le peu d’informations dont elle disposait, ce niveau autrefois dédié à Eilistraée avait été réaménagé

depuis longtemps en quartiers de détention.

on y trouvait de nombreuses cellules, ainsi que des salles de torture. Peut-être Sylnor avait-elle enfermé leur mère dans un de ces cachots sordides. Même si son intuition lui disait le contraire, Ambrethil étant trop précieuse pour croupir dans une simple geôle, Luna devait vérifier avant de prendre le risque de s’aventurer dans les étages supérieurs du monastère.

Au bout d’une vingtaine de mètres seulement, elle découvrit l’une de ces pièces cauchemardesques. Après s’être assurée que l’endroit n’était pas gardé, elle prit une grande inspiration pour se donner du courage et pénétra dans la salle. Si l’odeur du sang avait disparu, les traces au sol et aux murs, elles,

étaient encore bien visibles et attestaient des horreurs qui avaient été perpétrées là. Au plafond pendaient les lourdes chaînes aux maillons rougis auxquelles on accrochait les victimes. Luna sentit la nausée l’envahir. elle songea aux centaines d’innocents qui avaient dû périr là dans d’affreuses souffrances. Comment pouvait-on prendre plaisir à torturer des gens? les drows étaient vraiment des êtres immondes. elle poussa son avancée jusqu’aux cachots au fond de la pièce. À son grand étonnement, ils étaient complètement vides.

interloquée, elle rebroussa chemin. les prisonniers se trouvaient sans doute ailleurs.

elle s’engagea dans un autre couloir, aussi silencieux et sombre que le précédent. elle découvrit bientôt une seconde salle vouée au culte de Lloth. Si les instruments de torture avaient disparu, les crânes et les moignons desséchés qui gisaient sur les étagères comme de monstrueux trophées prouvaient que d’ignobles scènes s’étaient déroulées là

par le passé. or, les geôles étaient également vides. l’adolescente eut beau chercher dans les méandres de cet étage sordide, il était complètement désert. il n’y avait plus ni prisonnier ni bourreau. Pour une raison ou pour une autre, les drows avaient abandonné cet endroit.

«Mais où sont-ils tous? se demanda-t-elle, plus perplexe que jamais. Ma sœur ne pratiquerait-elle donc plus ce genre d’ignominies? Aurait-elle trouvé d’autres passe-temps moins sanglants?»

Pourtant, Lloth venait seulement de disparaître. en toute logique, les drows auraient dû interpréter son silence comme un signe de mécontentement et redoubler d’efforts pour chercher à rentrer dans ses bonnes grâces. ils auraient dû sacrifier encore plus d’innocents pour satisfaire la soif inextinguible de la déesse.

Quelque chose d’étrange s’était produit.

Luna aurait pu se réjouir de trouver ce niveau vide, mais elle savait que ces salles et cellules désaffectées n’auguraient rien de bon. Fermement décidée à découvrir le fin mot de l’histoire, elle se mit en quête d’un escalier menant aux étages supérieurs. en tout état de cause, elle ne trouverait pas Ambrethil par là.

Chemin faisant, elle traversa de nouvelles salles abandonnées qui confirmèrent ses soup-

çons. Au détour d’un couloir, elle tomba sur un escalier qu’elle entreprit de gravir. Trois volées de marches la menèrent à une esplanade aménagée dans une cavité naturelle. en retenant son souffle, elle se colla contre la paroi de peur d’être repérée par une éventuelle sentinelle. Mais, là encore, aucun drow ne montait la garde.

désemparée, l’adolescente tendit l’oreille, mais aucun bruit suspect ne lui parvint non plus. elle s’avança lentement dans l’immense caverne, fouillant l’obscurité à la recherche d’un passage ou d’une porte, quand un mouvement furtif sur le côté la fit brusquement pivoter. elle s’immobilisa et tourna la tête pour observer le passage qu’elle venait d’emprunter, presque certaine qu’une ombre s’était glissée derrière elle dans cet escalier. Prête à utiliser son pouvoir sur le premier qui se jetterait sur elle, elle retint son souffle. elle sonda les ténèbres, mais ne distingua personne. Avait-elle rêvé? elle aurait pourtant juré qu’elle avait perçu un mouvement derrière elle. S’agissait-il d’un guetteur drow, ou d’un simple rongeur aussi effrayé qu’elle?

Plus inquiète que jamais, Luna poursuivit son exploration. lorsqu’elle distingua une arche sur sa droite, elle obliqua dans cette direction en jetant régulièrement des regards apeurés dans son dos. l’ouverture menait à

une salle de taille plus modeste d’où partaient plusieurs couloirs. Luna en prit un au hasard, qui se sépara bientôt en trois nouveaux chemins. tout en soupirant de désespoir, elle se fit la réflexion que cet étage semblait encore plus grand que le précédent. À sa peur d’être suivie s’ajouta bientôt l’angoisse de se perdre. Si Ethel n’avait pas été assassiné par Lloth, il aurait su la guider dans ce labyrinthe. Mais Ethel n’était pas là. il ne serait plus jamais là. Luna serra les poings pour ne pas craquer et s’exhorta à

poursuivre sa route.

Soudain, un souffle sur sa nuque, plus ténu qu’un baiser et plus silencieux qu’une caresse, lui donna un coup au cœur. Vive comme une louve, elle fit volte-face, l’esprit prêt à libérer sa puissance dévastatrice. Une fois de plus, il n’y avait strictement personne derrière elle. Un filet de sueur glacée glissa dans son dos. Cet endroit sinistre la rendait-il paranoïaque, ou le danger était-il bien réel? Luna se demanda si ces couloirs sans fin n’étaient pas infestés d’âmes damnées qui cherchaient à se venger des souffrances endurées en ces lieux maudits.

elle jura entre ses dents. Pour rien au monde elle n’avait envie de se frotter à des revenants en colère; sa mésaventure avec Djem lui avait amplement suffi. Pourtant, cette hypothèse des plus logiques pouvait expliquer pourquoi les drows avaient déserté ces niveaux. Luna resserra ses bras autour de sa poitrine, encore moins rassurée qu’avant. Plus que jamais elle espérait trouver rapidement un autre escalier qui la mènerait plus haut. Mieux valait affronter une troupe de guerrières drows plutôt que des démons invisibles. Alors qu’elle s’apprêtait à emprunter un couloir plus large que les autres, un gémissement rauque lui parvint. Son sang se figea. Ce cri n’avait rien d’humain et pourtant elle comprit immédiatement que ce n’était pas non plus celui d’un démon. C’était un cri de douleur!

Si on torturait des prisonniers par là, c’était qu’il y avait des geôles non loin. des geôles où

pouvait se trouver Ambrethil.

Plus déterminée que jamais, Luna s’enfonça plus avant dans le tunnel sombre. Au fur et

à mesure qu’elle avançait, les bruits s’amplifiaient, tantôt des hurlements hystériques, tantôt des lamentations désespérées. toute son âme lui criait de s’enfuir loin de cette horreur. Pourtant, ses jambes continuaient inexorablement à se mouvoir. elle redoutait le spectacle insoutenable, les images violentes et sanglantes qui souilleraient à jamais son esprit, mais il fallait qu’elle en ait le cœur net. il fallait qu’elle sache si Ambrethil faisait partie des suppliciés.

lorsqu’elle ne fut plus qu’à deux mètres de la porte entrouverte de laquelle s’échappaient les suppliques, elle s’arrêta pour rassembler son courage. elle essayait de se préparer mentalement à ce qu’elle allait découvrir quand quelque chose de chaud et humide frôla une nouvelle fois sa nuque. Ses cheveux se hérissèrent de terreur. elle laissa échapper un cri aigu, poussa la porte à la volée et la claqua dans son dos pour échapper à son poursuivant invisible.

elle fit jouer le loquet, incapable de détacher ses yeux de la petite barre de métal, ridicule protection devant les forces des ténèbres qui s’agitaient derrière le battant de bois. elle se demandait si les revenants pouvaient traverser la porte quand elle s’avisa que les cris avaient cessé. Son irruption dans la pièce avait mis un terme aux hurlements. elle se retourna d’un coup, prête à affronter les prêtresses drows qui accomplissaient leur macabre besogne.

elle suffoqua presque en se rendant compte qu’il n’y avait aucun bourreau dans cette petite salle. Les prisonniers étaient seuls, au fond de la pièce, dans deux cellules séparées l’une de l’autre par plusieurs mètres. le plus curieux, c’était qu’il s’agissait de drows!

À gauche, un garçon la regardait, la tête penchée sur le côté, les yeux injectés de sang et l’air hagard. De sa bouche entrouverte coulait un filet de bave blanchâtre. Dans la cellule de droite, une femme brune gisait sur sa paillasse dans une étrange position. tout son corps était prostré et ses muscles tétanisés saillaient sous sa peau anthracite. il ne faisait aucun doute qu’elle agonisait, malgré l’absence de blessure apparente.

luna fit quelques pas dans leur direction, intriguée. la femme sortit brusquement de sa transe pour se jeter sur les barreaux de sa cellule. les barres de métal tremblèrent sous l’assaut, mais ne cédèrent pas. luna s’immobilisa. la drow braqua ses prunelles rouges sur elle en feulant de colère comme un chat, après quoi elle se mit à proférer des mots inintelligibles et à tendre des mains avides vers la nouvelle venue.

luna crut tout d’abord qu’elle voulait qu’on la libère. Pourtant, lorsque la captive se mit à

montrer les dents, à tirer la langue et à faire des bruits de mastication et de succion presque indécents, elle lui fit penser à un loup affamé.

Horrifiée, luna recula d’un pas. Cette femme avait faim. elle était affamée au point de vouloir la manger.

Mal à l’aise à l’idée qu’elle suscitait une telle convoitise, luna se tourna vers le garçon, plus calme, même si ses mains osseuses enserraient les barreaux comme si elles pouvaient les faire céder. lui aussi la regardait avec avidité et sur son visage se lisait la douleur intérieure qui le rongeait. depuis combien de temps ne leur avait-on pas donné de quoi manger? l’adolescente regretta de n’avoir rien à leur offrir. De toute façon, elle doutait que quelques fruits ou morceaux de pain suffisent à apaiser la faim qui les tenaillait. Ces deux-là étaient devenus fous à force de privations. S’ils n’avaient été

solidement enfermés, ils l’auraient sans doute dévorée vive.

Ne pouvant rien pour eux, elle allait s’en aller quand le garçon poussa un gémissement plaintif qui lui serra le cœur.

— Noooon! la supplia-t-il en tendant ses doigts décharnés vers elle. Noooon!

— Je… je suis désolée, mais je n’ai rien à

vous proposer, fit-elle en reculant.

— Vont… venir! réussit-il à articuler, les yeux presque exorbités par l’effort.

Un frisson de terreur s’empara de Luna. de qui parlait-il? des fantômes? des prêtresses drows?

— Partez! lui ordonna-t-il en se tendant comme un arc de souffrance. Partez avant…

venir!

— Qui? de qui parlez-vous?

Contre toute attente, le jeune drow lâcha d’un coup les barreaux et recula jusqu’au mur du fond, les traits déformés par l’épouvante.

— eux! gémit-il en mordant son poing jusqu’au sang.

Cette fois, Luna n’eut pas le temps de se retourner. deux incisives se plantèrent profondément dans la peau claire de son cou.

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DANS LE PROLGUE:

Elle suffoqua presque en se rendant compte qu’il n’y avait aucun bourreau dans cette petite salle. Les prisonniers étaient seuls, au fond de la pièce, dans deux cellules séparées l’une de l’autre par plusieurs mètres. Le plus curieux, c’était qu’il s’agissait de drows!

À gauche, un garçon la regardait, la tête penchée sur le côté, les yeux injectés de sang et l’air hagard. De sa bouche entrouverte coulait un filet de bave blanchâtre. Dans la cellule de droite, une femme brune gisait sur sa paillasse dans une étrange position. Tout son corps était prostré et ses muscles tétanisés saillaient sous sa peau anthracite. Il ne faisait aucun doute qu’elle agonisait, malgré l’absence de blessure apparente.

Luna fit quelques pas dans leur direction, intriguée. La femme sortit brusquement de sa transe pour se jeter sur les barreaux de sa cellule. Les barres de métal tremblèrent sous l’assaut, mais ne cédèrent pas. Luna s’immobilisa. La drow braqua ses prunelles rouges sur elle en feulant de colère comme un chat, après quoi elle se mit à proférer des mots inintelligibles et à tendre des mains avides vers la nouvelle venue.

Luna crut tout d’abord qu’elle voulait qu’on la libère. Pourtant, lorsque la captive se mit à

montrer les dents, à tirer la langue et à faire des bruits de mastication et de succion presque indécents, elle lui fit penser à un loup affamé.

Horrifiée, Luna recula d’un pas. Cette femme avait faim. Elle était affamée au point de vouloir la manger.

Mal à l’aise à l’idée qu’elle suscitait une telle convoitise, Luna se tourna vers le garçon, plus calme, même si ses mains osseuses enserraient les barreaux comme si elles pouvaient les faire céder. Lui aussi la regardait avec avidité et sur son visage se lisait la douleur intérieure qui le rongeait. Depuis combien de temps ne leur avait-on pas donné de quoi manger? L’adolescente regretta de n’avoir rien à leur offrir. De toute façon, elle doutait que quelques fruits ou morceaux de pain suffisent à apaiser la faim qui les tenaillait. Ces deux-là étaient devenus fous à force de privations. S’ils n’avaient été

solidement enfermés, ils l’auraient sans doute dévorée vive.

Ne pouvant rien pour eux, elle allait s’en aller quand le garçon poussa un gémissement plaintif qui lui serra le cœur.

— Noooon! la supplia-t-il en tendant ses doigts décharnés vers elle. Noooon!

— Je… je suis désolée, mais je n’ai rien à

vous proposer, fit-elle en reculant.

— Vont… venir! réussit-il à articuler, les yeux presque exorbités par l’effort.

Un frisson de terreur s’empara de Luna. De qui parlait-il? Des fantômes? Des prêtresses drows?

— Partez ! lui ordonna-t-il en se tendant comme un arc de souffrance. Partez avant…

venir!

— Qui? De qui parlez-vous?

Contre toute attente, le jeune drow lâcha d’un coup les barreaux et recula jusqu’au mur du fond, les traits déformés par l’épouvante.

— Eux ! gémit-il en mordant son poing jusqu’au sang.

Cette fois, Luna n’eut pas le temps de se retourner. Deux incisives se plantèrent profondément dans la peau claire de son cou.

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Son regard alla d'Ethel à Kendhal, de Kendhal à Ethel. Les deux garçons qu'elle aimait se tenaient là, devant elle, immobiles et silencieux. Aucun ne semblait étonné de la présence de l'autre. Aucun ne semblait lui en vouloir non plus. Ils attendait simplement qu'elle fasse son choix, qu'elle élise son véritable amour.

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