Livres
464 402
Membres
425 143

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

Les courtisans reculaient devant nous, Makin nous précédait, Katherine et moi, qui marchions main dans la main. Le parfum des seigneurs et des dames me chatouillait les narines; lavandes et essences d'orange. Sur la route, la merde avait au moins le bon goût de puer.

Afficher en entier

Nous enveloppons notre monde violent et mystérieux d'une feinte compréhension. Nous masquons les gouffres de notre entendement avec la science ou la religion, et prétendons que cet ordre des choses nous a été imposé. Et cette fiction est, dans les grandes lignes, acceptée. Nous évoluons sur des surfaces que nous frôlons sans soupçonner l'existence des profondeurs. Libellules voletant au-dessus d'un lac profond de plusieurs kilomètres,errant par les chemins à des fins vaines. Jusqu'à la survenue de ce moment où la froideur de l'inconnu cherche à s'emparer de nous.

Les plus gros mensonges, nous nous les réservons. Nous jouons à un jeu dans lequel nous sommes des dieux, dans lequel il nous appartient de faire des choix, et le reste suit. Nous prétendons être distinct du monde sauvage. Que l'être humain maîtrise ce qui l'entoure à la perfection, que la civilisation est plus qu'un simple vernis, que la raison nous accompagnera dans les lieux d'obscurité.

J'ai appris ces leçons durant ma dixième année, même si je n'ai pas garder grand-chose d'elles. Corion n'eut besoin, pour me les enseigner, que de quelque instants: ceux, scandés par les battements de mon coeur, pendant lesquels ma volonté vacilla telle la flamme d'une bougie sous le vent, et puis s'éteignit complètement.

Afficher en entier

Makin pinça ses lèvres charnues.

- Prince, tu as mentionné l'idée d'interrompre le cycle de la vengeance. Tu pourrais commencer ici. Tu pourrais laisser partir sieur Renton.

Ric le regarda comme s'il était devenu fou. Gros Burlow gloussa sous cape.

- J'ai parlé de ça, Makin, oui, dis-je. Et j'arrêterai le cycle. (Je dégainai mon épée et la posai sur mes genoux.) Vous savez comment briser le cycle de la haine ? demandai-je.

- Par l'amour, répondit Gomst, tout calmement.

- Ça consiste à tuer chacune des pourritures qui vous ont baisé. Jusqu'à la dernière. Toutes sans exception. Tuer leur mère, tuer leurs frères, tuer leurs enfants, tuer leur chien. (Je laissai courir mon pouce sur le fil de la lame et regardai perler le sang cramoisi.) Les gens pensent que je hais le comte, mais à la vérité je suis un fervent partisan de ses méthodes. Il n'a que deux failles. la première, c'est qu'il va loin, mais pas assez loin. La seconde, c'est qu'il n'est pas moi. Bien qu'il m'ait enseigné des leçons dignes d'intérêt. Et lorsque nous nous rencontrerons, je l'en remercierai en lui accordant un mort rapide.

Afficher en entier

Chapitre premier

Les corbeaux ! Toujours les corbeaux. Ils se posèrent sur les pignons de l’église avant même que les blessés soient devenus les morts. Avant même que Ric ait fini de séparer les doigts des mains et les bagues des doigts. Je m’adossai contre le poteau du gibet et adressai un signe de tête aux oiseaux dont une dizaine, l’œil avisé, aux aguets, formaient une ligne noire.

La place publique coulait rouge. Du sang dans les caniveaux, du sang sur les dalles, du sang dans la fontaine. Les cadavres prenaient la pose en bons cadavres qu’ils étaient. Certains, comiques, tendaient leurs phalanges amputées vers le ciel ; d’autres, paisibles, se recroquevillaient sur leurs blessures. Des mouches s’élevaient au-dessus des blessés qui se débattaient. Dans un sens et dans l’autre, certains aveugles, certains sournois ; tous trahis par leur bourdonnant entourage.

— De l’eau ! De l’eau !

C’est toujours de l’eau, avec les mourants. Étrange… Moi, c’est tuer qui me donne soif.

Voilà ce qu’était Mabberbourg. Deux cents fermiers morts gisant avec leurs faux et leurs haches. Vous savez, je les ai avertis que c’était comme ça qu’on gagnait notre vie. Je l’ai dit à leur chef, Bovid Tor. Je leur ai donné cette chance, je le fais systématiquement. Mais non. Ils voulaient le sang et la boucherie. Et ils les ont eus.

La guerre, mes amis, est beauté. Ceux qui prétendent le contraire sont du côté des perdants. Si j’avais pris la peine de m’approcher du vieux Bovid, appuyé contre la fontaine, ses tripes sur les genoux, il aurait probablement manifesté sa désapprobation. Mais regardez où ça l’a mené, de ne pas être d’accord.

— Crevards de cul-terreux, dit Ric en jetant négligemment une poignée de doigts sur la panse ouverte de Bovid. (Il vint à moi en brandissant sa prise, comme si la faute me revenait.) Regarde ! Une bague en or. Une ! Tout un village et une seule putain de bague en or. Je relèverais bien tous ces bâtards pour les trucider encore une fois. Putains de fermiers des marais.

Il en aurait été bien capable : c’était un beau salopard, et cupide avec ça. Je captai son attention.

— La paix, frère Ric. Il n’y a pas qu’une sorte d’or à Mabberbourg.

Je lui adressai mon œillade dissuasive. Ses jurons retiraient à la scène toute sa magie ; sans compter que je devais me montrer ferme avec lui. Ric était invariablement sur les dents après un combat, il en voulait plus. Mon expression lui indiquait que j’avais plus. Quelque chose de trop gros pour qu’il puisse gérer ça tout seul. Il marmonna, rangea son fichu anneau et replaça son couteau à sa ceinture d’un geste brusque.

C’est alors que Makin s’avança et qu’il passa un bras autour de chacun de nous, gantelets claquant contre nos épaulières. Si Makin avait un talent, c’était bien celui d’aplanir les différends.

— Frère Jorg a raison, Petit Riquet. Il y a moult trésors à dénicher.

Il avait l’habitude d’appeler Ric ainsi, rapport au fait que notre frère dépassait d’une tête le plus grand d’entre nous et qu’il était deux fois plus large. Makin disait sans cesse des plaisanteries. Il en racontait à ceux qu’il tuait, s’ils lui en laissaient le temps. Il aimait les voir partir avec le sourire.

— Quels trésors ? voulut savoir l’intéressé, encore maussade.

— Quand tu moissonnes des fermiers, qu’est-ce qui va avec, Petit Riquet ?

Makin haussa des sourcils tout en suggestivité.

Ric releva sa visière, nous offrant un bel aperçu de sa laideur. Ses traits étaient plus brutaux que repoussants, à vrai dire. Je pense pour ma part que les cicatrices l’embellissaient.

— Des vaches ?

Makin pinça les lèvres. Je ne les ai jamais aimées, les trouvant trop épaisses et charnues, mais je lui pardonnais ce défaut, à cause de ses blagues et de l’œuvre mortelle de son fléau d’armes.

— Eh bien, tu peux te garder les vaches, Petit Riquet, dit-il. Moi, je vais me trouver une ou deux filles de fermier, avant que les autres les aient pressées comme des citrons.

Sur ce, ils s’éloignèrent tous les deux, Ric riant de ce rire qui n’appartenait qu’à lui, « heur, heur, heur », comme s’il toussait pour essayer de recracher une arête de poisson.

Je les regardai forcer la porte de chez Bovid, en face de l’église, une belle demeure au haut toit d’ardoise qui était précédée d’un jardinet fleuri. Le villageois les suivit des yeux, mais il n’était pas en état de tourner la tête.

Je regardai les corbeaux, j’observai Gemt et son frère un peu simplet, Maical, qui prenaient des têtes, le second avec la charrette et le premier avec sa hache. Une beauté, vous dis-je. À contempler, du moins. Je vous accorde que ça sent mauvais, la guerre. Mais on n’allait pas tarder à mettre le feu à l’endroit, et l’odeur de la fumée remplacerait sa puanteur. Des bagues en or ? Superflu, comme paiement.

— Gamin ! me héla Bovid, d’une voix comme toute creuse, et faible.

Je me tins devant lui, appuyé sur mon épée ; il avait la faiblesse communicative.

— Dis vite ce que t’as à dire, fermier, ça vaudrait mieux. Voilà que frère Gemt rapplique avec sa hache. Coupe-coupe.

Ça n’eut pas l’air de trop l’inquiéter. C’est difficile de se faire du souci quand on est mûr pour le festin des vers. N’empêche que ça m’irritait qu’il me prenne tellement peu au sérieux et qu’il m’appelle « gamin ».

— As-tu des filles, paysan ? Cachées dans le cellier, peut-être ? Le vieux Ric s’en va les débusquer, il a du flair.

À ces mots, Bovid redressa vivement la tête. Vivement et d’un air peiné.

— Q-quel âge as-tu, gamin ?

« Gamin », encore.

— Je suis assez grand pour te fendre en deux comme une bourse replète, dis-je, la moutarde commençant à me monter au nez.

Je n’aime pas m’énerver. Ça m’énerve. Même ça, je crois que ça lui échappait. Je ne suis même pas sûr qu’il savait que c’était moi qui l’avais éventré pas plus d’une demi-heure avant.

— Quinze printemps, pas plus. Pas plus, assurément…

Les mots montaient lentement de ses lèvres bleues qui s’ouvraient dans un visage blanc.

Deux de trop, lui aurais-je répondu, mais il n’était plus en état d’entendre. Derrière moi, la charrette grinça, flanquée de Gemt dont la hache gouttait.

— Prenez sa tête, dis-je. Son gros bide, laissez-le aux corbeaux.

Quinze ans ! À quinze ans, je ne serais certainement pas en train de chahuter des villageois.

D’ici à ce que mes quinze ans viennent traîner dans les parages, je serais roi !

Afficher en entier

Je l’appréciais presque, Elban. Je n’allais pas le tuer sans raison valable.

— Où tu fuis comme ça, Elban ? Il montra la crête du doigt.

— C’est l’seul chemin dégagé. On resterait coincés, ailleurs, ou pire : retour au marais.

— Tu devrais éviter de franchir cette crête, Elban. Crois-moi.

Ce qu’il fit. Même si, sans doute, il se fiait à moi parce qu’il ne me faisait pas confiance, si vous voyez ce que je veux dire.

Afficher en entier

La porte qui nous barrait l'accès au coffre lui-même mesurait dans les trois mètres de hauteur;...

- Comment qu'tu va ouvrir ça? marmonna Ric.

...

- Je me disais qu'on pouvait toujours essayer de la faire tomber en te cognant la tête dedans.

Afficher en entier

" Je pense que peut-être nous mourons chaque jour. Peut-être renaissons-nous à chaque aube nouvelle, un peu changés, un peu plus avancés sur notre route personnelle. Quand suffisamment de jours vous séparent de la personne que vous étiez, alors vous devenez des étrangers, elle et vous. Sans doute que c'est ça, grandir. Sans doute, ai-je grandi. "

Afficher en entier

" Nous enveloppons notre monde violent et mystérieux d'une feinte compréhension. Nous masquons les gouffres de notre entendement avec la science ou la religion, et prétendons que cet ordre des choses nous a été imposé. Et cette fiction est, dans les grandes lignes, acceptée. Nous évoluons sur des surfaces que nous frôlons sans soupçonner l'existence des profondeurs. Libellules voletant au-dessus d'un lac profond de plusieurs kilomètres, errant par les chemins à des fins vaines. Jusqu'à la survenue de ce moment où la froideur de l'inconnu cherche à s'emparer de nous. Le plus gros mensonges, nous nous les réservons. Nous jouons à un jeu dans lequel nous sommes des dieux, dans lequel il nous appartient de faire des choix, et le reste suit. Nous prétendons être distincts du monde sauvage. Que l'être humain maîtrise ce qui l'entoure à la perfection, que la civilisation est plus qu'un simple vernis, que la raison nous accompagnera dans les lieux d'obscurité. "

Afficher en entier

" - Les souvenirs sont dangereux. On les tourne et on les retourne jusqu'à en connaître chaque détail et chaque recoin, mais ça n'empêche pas qu'on continue à y trouver quelque chose qui nous blesse.

Je scrutai mes ténèbres intérieures. Je savais ce que c'était que d'être pris au piège et de voir tout, autour de soi, péricliter.

- Les souvenirs pèsent un peu plus chaque jour. Ils nous tirent chaque jour davantage vers le bas. On les enroule autour de soi, un fil à la fois, et on tisse notre propre linceul, on construit notre cocon dans lequel la folie grandit. (...) On est assis là avec nos journées passées qui patientent les unes derrière les autres sur notre épaule. On écoute leurs reproches et on maudit ceux qui nous ont donné la vie. "

Afficher en entier

" La colère distille moins d'horreur que la sérénité, elle est un sentiments que les hommes comprennent bien. La colère vous promet que celui qui la ressent agira avec une détermination certes sanguinaire, mais expéditive. "

Afficher en entier

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode