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L'étoile de Lily



Description ajoutée par x-Key 2011-10-21T14:50:58+02:00

Résumé

Juin 1945. La fin de la Seconde Guerre mondiale est imminente. Un retour à la paix que les citoyens de Toccoa, petite ville de Géorgie proche d’Atlanta, attendent avec impatience. Lily Davis Woodward, vingt ans, ne fait pas exception. Mariée à un jeune cadre prometteur de Coca-Cola quelques jours avant son incorporation dans l’armée et son départ pour l’Europe, elle semble avoir un avenir tout tracé. Il ressemblera fort à celui de sa mère : femme au foyer irréprochable faisant honneur à son époux. Sa rencontre inopinée avec Jake Russo, séduisant artificier d’origine italienne, laisse entrevoir à Lily la possibilité d’une autre existence que celle à laquelle elle est promise. Mais saura-t-elle s’affranchir des conventions de la bonne société locale ?

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Classement en biblio - 9 lecteurs

Extrait

Extrait ajouté par x-Key 2011-10-21T14:50:33+02:00

3.LILY

Toccoa, quelques jours plus tard

Que peut-on bien dire à une jeune femme qui pense être amoureuse quand on estime qu'elle est sur le point de commettre la plus grosse bêtise de sa vie ? Lily méditait sur ce thème tout en attendant sa petite-fille.

Confortablement installée dans un fauteuil, la vieille dame admirait les montagnes de Blue Ridge depuis la véranda de sa maison tout en buvant son soda du matin. Un Coca-Cola dans une bouteille traditionnelle, sur laquelle on pouvait lire en petits caractères la mention Hecho en Mexico. Depuis juillet 1988, époque à laquelle les firmes d'embouteillage géorgiennes avaient commencé à recourir au sirop de maïs, Lily prenait tous les mois sa voiture pour se rendre à Gainesville, où elle achetait - dans une boutique tenue par des Hispaniques - une réserve de Coca mis en bouteille au Mexique, où l'on utilisait encore le sucre de canne.

Lily appréciait de vivre seule. Son mari lui manquait, bien sûr. Mais depuis son décès, quatre ans plus tôt, les jours s'écoulaient en toute sérénité. Elle expliquait cela par les vastes plages de loisir dont elle disposait à présent. Mais elle savait, au fond d'elle-même, qu'il y avait autre chose. C'était comme si les coutures de sa vie s'étaient très légèrement distendues.

À quatre-vingt-deux ans, Lily ressentait parfois la solitude dans sa grande maison. Mais c'était un sentiment d'une exquise douceur teintée d'amertume, qui, au fond, ne la troublait guère. Pour dire les choses simplement, Lily était en paix avec elle-même.

Bâtie en 1901 sur une colline au nord d'Atlanta, sa maison, de style néoclassique, servait à l'origine de « résidence d'été » à des nantis cherchant à fuir l'atmosphère étouffante de la capitale de la Géorgie. En juillet, durant la journée, ils sirotaient leur thé glacé à la pêche dans des rocking-chairs blancs à haut dossier, profitant depuis la galerie extérieure des douces brises venues des Appalaches. Le soir, ils se rabattaient sur le gin tonic tout en admirant les milliers d'étoiles qui illuminaient le ciel de Toccoa. Depuis ce temps, à la fois tout et peu de chose avaient changé. Le monde était différent, certes, mais les étoiles étaient les mêmes, tout comme les désirs des hommes sur terre.

Lily regarda une grosse voiture gravir la colline et se garer devant chez elle. Colleen sortit en s'étirant de la berline flambant neuve, que Lily jugeait beaucoup trop grosse et prétentieuse pour sa petite-fille. Mais, apparemment, les véhicules de ce genre faisaient partie des avantages, très enviés, des cadres commerciaux travaillant pour un grand laboratoire de produits pharmaceutiques.

— Grand-mère, le kudzu va bientôt arriver jusqu'à ta galerie ! lança la jeune femme en gravissant deux à deux les marches qui menaient à la maison.

— Pas de problème, Lily, je l'ai taillé cette semaine.

Venant du bois tout proche, juste derrière la maison, les tiges du parasite avaient été coupées avant d'atteindre la pelouse.

Colleen ramassa le journal posé sur une des marches et reprit :

— Pourquoi ne demandes-tu pas au jardinier de t'en débarrasser une fois pour toutes ? Un matin, tu vas te réveiller et tu ne pourras plus franchir la porte.

— Laisse donc mon kudzu tranquille. Nous avons conclu un pacte, lui et moi.

La vieille dame prit sa petite-fille par les épaules et la serra dans ses bras avant de l'éloigner pour l'observer.

— Alors, demanda-t-elle, ta vie est toujours un enfer ?

— Plus que jamais. En fait, je ne vais pas pouvoir rester longtemps. L'un des associés de Drew a retenu une table ce soir au Grand Hyatt, pour une de ces ventes de charité, tu sais, avec smoking et robe du soir obligatoires.

Lily remarqua que sa petite-fille ne faisait pas beaucoup d'efforts pour cacher son manque d'enthousiasme. Un tourbillon de pensées lui traversa l'esprit, mais elle se contenta de sourire.

— Tu es prête à la voir ? dit-elle.

Colleen inspira profondément et fit oui de la tête.

Plus tôt dans la journée, Lily avait fait la cuisine, et une odeur merveilleuse flottait dans la maison : un risotto aux légumes d'été, estima Colleen. Sa grand-mère était un cordon-bleu, et Colleen veillait toujours à ne pas trop se remplir l'estomac avant de lui rendre visite, sachant qu'elle lui servirait un plat simple mais sublime.

La jeune femme aimait autant l'intérieur de la maison que la galerie extérieure qui en faisait le tour. Ses lambris en bois massif, ses lourdes portes en chêne, ses planchers en noyer verni, ses superbes plafonds en acajou mouluré, son escalier spectaculaire, de chêne lui aussi, menant à l'étage, et ses cheminées monumentales en hêtre roux lui donnaient l'impression d'être en symbiose avec la nature, même si tout ce bois avait été travaillé par l'homme. Des maisons comme celle-là, on n'en faisait plus. Son lien si fort avec l'Histoire de même que la sérénité de sa grand-mère et l'atmosphère calme de la petite ville de Toccoa apaisaient la jeune femme et l'invitaient à réfléchir sur sa vie.

Lily disposa une longue boîte rectangulaire sur le tapis en laine, au milieu de la salle de séjour. Cutter à la main, elle s'accroupit lentement tandis que Colleen, assise sur une chaise, parcourait la pièce du regard, songeant à tout ce qu'elle avait entendu sur le contenu de cette boîte au cours des années.

Outre des photographies encadrées témoignant d'une vie bien remplie, le salon était rempli d'œuvres d'art. Depuis toute petite, Colleen y était entrée des centaines de fois, mais elle ne cessait pas d'être fascinée par les innombrables merveilles rassemblées par Lily au fil des ans. Rien à voir avec les tableaux de prix, mais sans âme, que les riches collectionneurs exposaient chez eux comme autant de preuves de leur flair et de leur appartenance à un monde où la fortune était depuis longtemps un fait acquis. Non, la maison de Lily était pleine de pièces d'art populaire : visions religieuses, à la fois puissantes et sensibles, peintes par un ecclésiastique voisin, sculptures en bois dues à un artisan local, tout comme les poteries, aussi belles qu'originales, qui décoraient le salon. Ces modestes artistes ruraux, tous autodidactes, avec qui Lily s'était liée d'amitié avaient longtemps été ignorés des riches mécènes prétendument spécialistes en art. Mais, aujourd'hui, certaines de leurs œuvres valaient presque autant que les Picasso qui faisaient l'orgueil des luxueuses demeures d'Atlanta. Pourtant Lily se moquait bien de leur valeur marchande. Pour elle, chacune évoquait un souvenir cher à son cœur, et qu'elle était toujours prête à partager.

Chaque œuvre, sauf une, peut-être la plus belle de toutes et la préférée de Colleen. Une mosaïque faite de débris de verre aux couleurs vives dépeignant un feu d'artifice, plus précisément des fusées bleues explosant dans un ciel étoilé. Elle était exposée dans le salon, bien en évidence, mais Lily n'en parlait guère.

La vieille dame incisa le carton épais sur toute sa longueur. Avec l'assurance et la précision d'un chirurgien, elle glissa ses doigts ridés dans l'ouverture qu'elle venait de pratiquer, et ouvrit en grand la boîte.

— Comme c'est beau ! souffla Colleen.

La boîte contenait une robe de mariée en satin, soigneusement protégée par du papier de soie. Colleen s'agenouilla à son tour et caressa la dentelle de soie crème et les perles qui ornaient le corsage. Puis elle la sortit du carton et se releva pour mieux l'admirer, la tenant à bout de bras. Le tissu fragile jaillissait de la boîte comme une brume légère montant d'un ruisseau à l'aube naissante.

Colleen demeura un long moment immobile, tendant la robe devant elle, en proie à un léger malaise. Pour splendide que fût cette robe, il en émanait quelque chose de fantomatique, de spectral.

Son trouble n'avait pas échappé à Lily.

— Si tu ne l'aimes pas, je ne t'en voudrai nullement, dit-elle.

— Non, non, elle est magnifique. C'est juste que... tout me paraît si réel soudain. Je vais me marier, tu comprends. Je vais vraiment le faire.

— En effet, ma chérie. Tu vas vraiment te marier... À moins, évidemment, que tu ne le souhaites pas.

— Mais si, c'est que je souhaite, bien sûr. Ça me rend juste un peu nerveuse, voilà tout. C'est normal, non ?

La question n'appelant pas de réponse, Lily se contenta de fixer sa petite-fille d'un regard dépourvu de douceur, dans un silence lourd de non-dits.

— Drew est parfait, grand-mère. Parfait.

Parfait... Peut-être le pire défaut pour un futur mari. Pour Lily, il s'agissait là d'une évidence. Car en matière de mariage, la perfection n'existait pas. Seules existaient un certain nombre de qualités qui, même lorsqu'on les trouvait réunies chez un homme, perdaient toute signification face aux épreuves du quotidien. Non, le secret d'une union réussie ne résidait pas dans les réponses à un questionnaire prénuptial. Mais tout cela n'était pas commode à expliquer, en particulier à quelqu'un qui ne demandait pas d'explication.

— La décisiont t'appartient, ma chérie. Rien ne t'empêche de l'essayer. Si besoin, on la fera retoucher. Sinon je pourrai toujours la remballer et la ranger dans son placard. Quelle que soit ta décision, ce serai la bonne, mais elle t'appartient, à toi et à personne d'autre.

Laissant sa petite-fille réfléchir, Lily ramassa le carton et se dirigea vers la cuisine. En chemin, elle prit le journal que Colleen avait ramassé sur les marches.

Dans la cuisine, elle posa la boîte près de la porte de service avec le journal par-dessus. Elle allait se détourner quand un titre accrocha son regard. S'emparait du Toccoa Record encore plié, elle commença à parcourir l'article, puis elle ouvrit le quotidien sur la table et se pencha en avant, lisant avec une attention croissante. Quand elle releva la tête, son regard était vide, comme si elle se trouvait ailleurs, et il lui sembla que ses jambes allaient se dérober sous elle.

— Grand-mère ?

Colleen entra au moment précis où Lily se laissait tomber sur une chaise, visiblement bouleversée. Inquiète, la jeune femme s'approcha de la table et lut le titre de l'article en première page : « Un musée expose ses nouvelles acquisitions. »

— Grand-mère, que se passe-t-il ? questionna-t-elle.

— Ceci m'appartient, souffla Lily en montrant la photo qui illustrait l'article.

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par Metehera89 2017-07-01T11:21:38+02:00
Bronze

Très belle histoire d'amour, intemporelle !

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Commentaire ajouté par sophiou 2015-04-29T11:56:28+02:00
Diamant

Ce livre est magnifique, il raconte une histoire d'amour d'une autre époque. Je vous le conseil il se lit bien !

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Commentaire ajouté par AXELIZI1 2011-07-24T13:54:55+02:00
Argent

C'est une très belle histoire d'amour. Qui nous fait prendre conscience que chaque seconde de notre vie compte. Que toutes nos décisiosn prises auront des conséquences le restant de notre vie. Et que le temps joue contre nous et le destin nous joue de drôle de tour parfois.

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Date de sortie

L'étoile de Lily

  • France : 2011-10-13 - Poche (Français)

Activité récente

Les chiffres

Lecteurs 9
Commentaires 3
Extraits 3
Evaluations 4
Note globale 7.25 / 10

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