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Extrait

Extrait ajouté par SarahCalman 2019-11-02T17:53:05+01:00

CHAPITRE 2

17 mars 1491

00h30

Chinon

La pluie s’abattait sur la plaine sans répit depuis deux semaines. Des centimètres d’eau recouvraient les champs inondés devenus imperméables. Les paysans, impuissants, assistaient chaque jour à ce spectacle inquiétant. Ils voyaient leurs terres se noyer et commençaient à redouter le pire pour la moisson de juillet. Le froid glacial mêlé à l’orage quotidien rendait la taille des vignes de plus en plus difficile. Les malades ne se comptaient plus dans le village et les plus robustes, ceux encore debout, s’acquittaient seuls de cette lourde tâche, au péril de leur santé.

La mixture commençait à s’épaissir. Les flammes grandissantes dansaient autour du chaudron suspendu dans les airs par une corde attachée à une poutre du toit. La pièce était légèrement éclairée par une vieille lampe à huile qui produisait moins de lumière que le feu. Madeleine remuait consciencieusement à l’aide d’un bout de bois la potion savamment préparée à base d’eau et de plantes moulues, comme sa mère le lui avait enseigné. L’enjeu étant de taille, elle avait pris soin de parfaitement respecter les doses. La moindre erreur n’aurait pas été pardonnable. Tout en mélangeant, elle songea à l’immense bonté de cette femme qui avait consacré sa vie, comme une vocation, à améliorer le quotidien des autres.

Comme Madeleine cette nuit-là, et malgré le risque encouru, Constance, sa mère, avait pour habitude de concocter des remèdes qu’elle distribuait gracieusement à ceux qui en avaient besoin. Elle possédait ce don de soigner les maux. Mais l’Eglise redoutait le savoir de ces femmes capables d’accomplir des « miracles ». Il n’était pas envisageable que Dieu eût mis en leurs mains, à elles, ce pouvoir si grand. Et si ce n’était pas l’œuvre de Dieu, ça ne pouvait être que celle du Diable. Accusées d’hérésie et de sorcellerie, de nombreuses femmes, avec pour seul crime celui d’avoir aidé leur prochain, avaient été les victimes de leur extraordinaire connaissance et péri sur le bûcher. Mais Constance n’avait jamais cessé d’user de son savoir, issu de son héritage le plus précieux, et l’avait inculqué à sa fille dès son plus jeune âge.

Une larme coula sur la joue de Madeleine. A son tour, Constance était gravement malade et aucun des remèdes habituels ne semblait avoir le moindre effet. Jugeant que sa potion était prête, Madeleine décrocha le chaudron pour le poser sur le sol mouillé par l’eau qui s’infiltrait du toit.

Grondement de tonnerre. Une forte quinte de toux résonna derrière elle. Elle s’empara vivement d’une écuelle qu’elle emplit du breuvage et apporta le tout au chevet de sa mère allongée sur le sac de toile couvert de paille qui lui servait de lit.

— Bois ceci, Maman.

— Ma fille chérie, je suis encore assez lucide pour savoir que tout ceci est inutile.

Sa voix était saccadée et sa respiration lourde.

— Ne dis pas de bêtises, bois.

Constance s’exécuta. Nouvelle quinte de toux.

— Maintenant écoute-moi. Nous avons vu assez de malades dans notre vie pour juger de mon état et nous savons bien toutes les deux que je vais succomber à ce mal.

— Non Maman, je trouverai le remède. Je vais encore essayer et…

— Ça ne servirait à rien. J’ai étudié notre livre toute ma vie et aucun des remèdes qu’il contient ne pourra me guérir.

— La dernière page, Maman.

— Madeleine, ma chérie, tu sais bien que notre famille possède ce manuscrit depuis des générations et qu’en presque mille-cinq-cents ans, aucune de nous n’a réussi à percer le mystère de cette page. Etant donné les circonstances de son arrestation et de sa condamnation à mort, j’ai aujourd’hui la conviction qu’il n’a simplement pas eu le temps de terminer son ouvrage. Nous ne connaitrons probablement jamais son secret.

— Je ne suis pas d’accord avec toi. Je le découvrirai et je te sauverai, Maman.

— Ma fille adorée, tu es jeune, tu as toute la vie devant toi, et je sais que je vais bientôt t’abandonner avec ce lourd fardeau. Mais c’est important, plus important que ma vie, plus important que tout. C’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu. Fais-moi la promesse de protéger notre livre à tout prix. Tu sais ce qui pourrait se passer s’il tombait entre de mauvaises mains et si ces personnes réussissaient là où nous avons échoué.

La respiration de Constance devenait de plus en plus difficile.

— Ne t’inquiète pas Maman, je connais la tâche qui m’incombe. Je te promets de tout faire pour empêcher que quiconque ne s’empare ne notre manuscrit et ne découvre le secret qu’il contient. Tu seras là pour m’y aider, n’est-ce pas ?

Les larmes coulaient sur le visage de Madeleine.

— Je t’aime tant mon enfant.

Adressant un dernier sourire à sa fille, Constance ferma les yeux pour ne jamais les rouvrir.

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