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Extrait ajouté par kaminari 2012-02-10T00:38:37+01:00

« Dans les premiers lacets du col, on rattrapa [les Kaoli]. Les bêtes de somme couvraient la route à perte de vue ; les troupeaux coupaient droit dans la pente. Cloches, abois, bêlements, voix gutturales résonnaient dans le demi-jour. Les femmes étaient sales, prestigieuses, couvertes de bijoux d'argent. Les plus jeunes, montées sur de petits chevaux, allaitaient des gamins empoussiérés ; les vieilles, roides comme des triques, carabine à l'épaule, filaient la quenouille au sommet d'un chameau, entre les ballots de tapis. […] Contrairement aux tribus de langue turque Bachtiâr et Qasqâi – qui sont intégrées à la vie de l'Iran, les Kaoli vivent en marge. Ils ont essaimé un peu partout dans le pays, mais la majorité d'entre eux descendent encore chaque année du Seistan vers la région de Bouchir et le nord-est de l'Irak. »

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Extrait ajouté par x-Key 2010-12-02T18:42:38+01:00

J’aurai longtemps vécu sans savoir grand-chose de la haine. Aujourd’hui j’ai la haine des mouches. Y penser seulement me met les larmes aux yeux. Une vie entièrement consacrée à leur nuire m’apparaîtrait comme un très beau destin. Aux mouches d’Asie s’entend, car, qui n’a pas quitté l’Europe n’a pas voix au chapitre. La mouche d’Europe s’en tient aux vitres, au sirop, à l’ombre des corridors. Parfois même elle s’égare sur une fleur. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, exorcisée, autant dire innocente. Celle d’Asie, gâtée par l’abondance de ce qui meurt et l’abandon de ce qui vit, est d’une impudence sinistre. Endurante, acharnée, escarbille d’un affreux matériau, elle se lève matines et le monde est à elle. Le jour venu, plus de sommeil possible. Au moindre instant de repos, elle vous prend pour un cheval crevé, elle attaque ses morceaux favoris : commissures des lèvres, conjonctives, tympan. Vous trouve-t-elle endormi? elle s’aventure, s’affole et va finir par exploser d’une manière bien à elle dans les muqueuses les plus sensibles des naseaux, vous jetant sur vos pieds au bord de la nausée. Mais s’il y a plaie, ulcère, boutonnière de chair mal fermée, peut-être pourrez-vous tout de même vous assoupir un peu, car elle ira là, au plus pressé, et il faut voir quelle immobilité grisée remplace son odieuse agitation. On peut alors l’observer à son aise : aucune allure évidemment, mal carénée, et mieux vaut passer sous silence son vol rompu, erratique, absurde, bien fait pour tourmenter les nerfs – le moustique, dont on se passerait volontiers, est un artiste en comparaison.

Cafards, rats, corbeaux, vautours de quinze kilos qui n’auraient pas le cran de tuer une caille; il existe un entre-monde charognard, tout dans les gris, les bruns mâchés, besogneux au couleurs minables, aux livrées subalternes, toujours prêts à aider au passage. Ces domestiques ont pourtant leurs points faibles – le rat craint la lumière, le cafard est timoré, le vautour ne tiendrait pas dans le creux de la main – et c’est sans peine que la mouche en remontre à cette piétaille. Rien ne l’arrête, et je suis persuadé qu’en passant l’Ether au tamis on y trouverait encore quelques mouches.

Partout où la vie cède, reflue, la voilà qui s’affaire en orbes mesquines, prêchant le Moins – finissons-en…renonçons à ces palpitations dérisoires, laissons faire le gros soleil – avec son dévouement d’infirmière et ses maudites toilettes de pattes.

L’homme est trop exigeant: il rêve d’une mort élue, achevée, personnelle, profil complémentaire du profil de sa vie. Il y a travaille et parfois il l’obtient. La mouche d’Asie n’entre pas dans ces distinctions-là. Pour cette salope, mort ou vivant c’est bien pareil et il suffit de voir le sommeil des enfants du Bazar (sommeil de massacrés sous les essaims noirs et tranquilles) pour comprendre qu’elle confond tout à plaisir, en parfaite servante de l’informe.

Les anciens, qui y voyaient clair, l’ont toujours considérée comme engendrée par le Malin. Elle en a tous les attributs : la trompeuse insignifiance, l’ubiquité, la prolifération foudraoyante, et plus de fidélité qu’un dogue (beaucoup vous auront lâché qu’elle sera encore là).

Les mouches avaient leurs dieux : Baal-Zeboub (Belzébuth) en Syrie, Melkart en Phénicie, Zeus Apomyios d’Elide, auxquels on sacrifiait, en les priant bien fort d’aller paître plus loin leurs infects troupeaux. Le Moyen-Age les croyait nées de la crotte, ressuscitées de la cendre, et les voyait sortir de la bouche du pécheur. Du haut de sa chaire, saint Bernard de Clairvaux les foudroyait par grappes avant de célébrer l’office. Luther lui-même assure, dans une de ses lettres, que le Diable lui envoie ses mouches qui “ "conchient son papier” ".

Aux grandes époques de l’empire chinois, on a légiféré contre les mouches, et je suis bien certain que tous les Etats vigoureux se sont, d’une manière et de l’autre, occupés de cet ennemi. On se moque à bon droit – et aussi parce que c’est la mode – de l’hygiène maladive des Américains. N’empêche que, le jour où avec une esquadrille lestée de bombes DDT ils ont occis d’un seul coup les mouches de la ville d’Athènes, leurs avions naviguaient exactement dans les sillage de saint Georges.

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Extrait ajouté par x-Key 2010-12-02T18:42:38+01:00

Pourtant il ne faut pas croire que l'Islam, dans ces hautes terres, soit tellement épris du terrestre et du succès. Il y a ici un appétit essentiel sans cesse entretenu par le spectacle d'une nature où l'homme apparaît comme un humble accident, par la finesse et la lenteur d'une vie ou le frugal tue le mesquin. Le Dieu de L'Hindoukouch n'est pas comme celui de Bethléem, amoureux de l'homme, il est son créateur miséricordieux et grand. C'est un crédo simple mais qui frappe. Les gens d'ici l'éprouvent avec plus de force et de verdeur que nous. L'Allah ou Akbar, tout tient à cela : ce nom dont la magie suffit à transformer notre vide intérieur en espace.

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Extrait ajouté par x-Key 2010-12-02T18:42:38+01:00

Vers la mi-décembre, la fille d'un des voisins s'empoisonna par amour. Elle aimait un musulman et tout était vraiment trop compliqué. Elle avait avalé du shiré et le garçon s'était pendu de son côté, Capulets et Montaigus. Longs cris de femmes au-dessus du quartier. Des affiches vertes et noires placardées sur toutes les portes annonçant l'heure du culte mortuaire... A la chapelle arménienne, la fille reposait main jointe dans son cercueil ouvert. Elle portait une robe de velours presque neuve et des anneaux d'or aux oreilles. Au fond de l'églises les vieilles formaient un groupe d'une extraordinaire noblesse : une phalange de Parques drapées dans leurs châles noirs, silencieuses, dures, féminines, les yeux comme des soleils. Jamais, sauf chez quelques vieilles Tziganes, je n'avais vu cette dignité de Sphinx, poignante et puissante. C'étaitent vraiment les gardiennes de la race, cent fois plus belles que les filles à marier.

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Extrait ajouté par x-Key 2010-12-02T18:42:38+01:00

Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui même. On croit qu'on va faire un voyage mais bientôt c'est le voyage qui vous fait ou vous défait.

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Extrait ajouté par lywenn44 2019-01-24T21:20:08+01:00

"En Perse où l'on s'autorise pourtant bien des choses, il est interdit de péter, fût- ce en plein désert."

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Extrait ajouté par x-Key 2010-12-02T18:42:38+01:00

( ... )des paysages qui vous en veulent et qu'il faut quitter immédiatement sous peine de conséquences incalculables, il n'en existe pas beaucoup, mais il en existe. Il y en a bien sur cette terre 5 ou 6 pour chacun d'entre nous.

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Extrait ajouté par x-Key 2010-12-02T18:42:38+01:00

Ce jour-là, j'ai bien cru tenir quelque chose et que ma vie s'en trouverait changée.

Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centre de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr.

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Extrait ajouté par x-Key 2010-12-02T18:42:38+01:00

L'agrément dans ces lents voyages en pleine terre c'est _ l'exotisme une fois dissipé _ qu'on devient sensible aux détails, et par les détails, aux provinces. Six mois d'hivernage ont fait de nous des Tabrizi qu'un rien suffit à étonner. A chaque étape, on relève de ces menus changements qui changent tout _ qualité des regards, forme des nuages, inclinaison des casquettes _ et, comme un Auvergnat montant sur Paris, on atteint la capitale en provincial émerveillé, avec en poche, de ces recommandations griffonnées sur des coins de table par des pochards obligeants, et dont il ne faut attendre que quiproquos et temps perdu. Cette fois nous n'en avons qu'une; un mot pour un Juif azeri que nous allons trouver tout de suite: une tête à vendre sa mère, mais c'est un excellent homme tout plein d'un désir brouillon de débrouiller nos affaires. Non, il ne pense pas que des étrangers comme nous puissent loger dans une auberge du bazar... non, il ne connait personne du coté des journaux, mais voulons-nous déjeuner avec un chef de la police dont il promet merveille? Nous voulons bien. Et l'on va au diable, sous un soleil de plomb, manger une tête de mouton au yaourt chez un vieillard qui nous reçoit en pyjama. La conversation languit. Il y a longtemps que le vieux a pris sa retraite. C'est dans une petite ville du sud qu'il était chef, autrefois, il ne connait plus personne à la préfecture... d'ailleurs il a tout oublié. Par contre, une ou deux parties d'échecs lui feraient bien plaisir. Il joue lentement, il s'endort; ça nous a pris la journée.

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Extrait ajouté par x-Key 2010-12-02T18:42:38+01:00

Première étape : petite étape", disent les caravanistes persans qui savent bien que, le soir du départ chacun s'aperçoit qu'il a oublié quelque chose à la maison.

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