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Trois jours, trois interminables jours qu’il m’a quitté… Déjà soixante-douze heures sans lui… quatre mille trois cent vingt minutes que je me sens seul, accompagné d’une pesante impression d’abandon. Où chaque seconde de ces minutes, je me sens piégé dans des sables mouvants qui m’avalent avec une lenteur exaspérante. Je m’enfonce au ralenti dans mon indicible imbécilité de l’avoir laissé partir. Je me sens happé dans une bulle de folie qui me transporte au milieu de tous les souvenirs que j’ai de lui. Et cette bulle secoue, bouscule, cogne, fouette toutes mes belles certitudes d’avoir agi en conséquence de ce qui était le mieux pour moi. La dernière conversation que nous avons eue me hante avec perfidie et me détruit un peu plus à chaque rediffusion me laissant inerte, désappointé, déblayant à chaque fois, un petit peu plus, mes ultimes convictions.

— Ne part pas Njal, tu as ta place ici, en tant que modèle, je suis prêt à te faire signer un contrat à plein temps.

— Juste modèle ? Tu veux que je reste juste pour travail ?

Son regard bleu-vert est plongé dans le mien et je me retiens de l’attirer dans mes bras, et de balancer sa valise ouverte sur son lit, qu’il est en train de remplir. Je me retiens de lui arracher des mains ses vêtements qu’il empile en vrac dans cette satanée putain de valise qui ouvre sa gueule béante et avale petit à petit ses affaires, l’éloignant un peu plus de moi à chaque fois qu’un bout de tissu se dépose à l’intérieur. Sa seule vue me jette au visage la douloureuse réalité. Il va partir.

— Non, non, bébé, pas juste ça…

— Alors quoi ?

Quoi ? Quoi ? Je ne sais pas ! Lui ! Nous !

— J’ai besoin de toi…

C’est la vérité, j’ai besoin de lui. Besoin de savoir qu’il est dans mon entourage, besoin de sentir sa présence dans les parages, besoin de l’entendre, besoin de le regarder, besoin de le respirer, besoin de le toucher, besoin de le posséder, encore une fois, une autre , puis encore une autre. Je ne peux me résoudre à le perdre.

— Pour le sexe Khôl, juste pour le sexe, parce que ça… fonctionne ensemble ?

— Non, pas seulement.

— Quelle différence aujourd’hui il y a depuis que ...on a parlé ?

J’aime sa façon malhabile de s’exprimer et d’utiliser notre langue, je craque complètement lorsqu’il renouvelle ce petit tic en se mordant la lèvre inférieure comme à cet instant.

— Je…

J’hésite, ma raison se tient bien droite et agite les étendards de la prudence et de la peur !

— Diffère ton départ, laisse-nous un peu plus de temps.

— Di… quoi ?

— Attends encore quelques jours Njal.

— J’ai choses qui appellent en Norvège, urgent.

Il secoue la tête en grimaçant et je me sens comme un assoiffé au milieu du désert aride qui court après une oasis qui n’est qu’un mirage. Je dois lui dire, je dois lui dire. Ma gorge se serre alors qu’il referme sa valise, le bruit de la fermeture éclair résonne en moi comme un déchirement bruyant qui arrache au passage les drapeaux que ma raison agite vaillamment.

— Je t’aime idiot !

Voilà c’est dit. Les mots sont sortis, vainqueurs et douloureux tout à la fois. J’ai le cœur qui bondit dans ma poitrine avec une telle violence que j’en ai mal. J’ai le souffle coupé, ma cage thoracique est enserrée dans un carcan de peur qui m’étouffe. Le petit sourire malheureux qu’il m’adresse me vrille le cœur, le corps, l’âme et ses mots m’achèvent.

— Je t’aime Khôl.

— Alors, reste !

— Tu es prêt à tout laisser pour moi ? Les femmes ? Les autres hommes ? Tu es prêt à vivre avec moi, juste moi ?

Sa question me stupéfie et me laisse un moment muet. Vivre avec lui ? En couple ? Avoir une relation sérieuse ? À deux ? Une maison avec jardin ? Ma frayeur jaillit du plus profond de mon être, avec une énergie tentaculaire qui me broie le cœur.

— Peut-être… je ne sais pas… non…

Il ébauche à nouveau un sourire, presque compatissant, comme s’il avait pitié de moi et je refuse qu’il ait pitié de moi. Sa réaction me blesse effroyablement.

— Alors je peux rien faire pour toi.

Et il est parti, refusant que je l’accompagne à l’aéroport, promettant de m’envoyer un message à son arrivée, me serrant la main pour me saluer. Geste que j’ai reçu comme une insulte, en plein visage, comme si rien n’avait existé entre nous, comme si je n’avais été qu’un moment dans sa vie, juste une expérience, un plan cul. Je suis blessé dans mon égo, je viens de lui dire des mots que je n’avais plus jamais prononcés, que j’avais oubliés. Il ne peut pas savoir à quel point cela a été difficile de les laisser sortir de mon cœur. Il ne peut pas deviner que je viens de me mettre à nu. Je ne supporte pas de le perdre et pourtant, je ne peux l’obliger à rester, pour la seule raison que je suis dans l’incapacité de lui offrir ce qu’il attend même s’il a bouleversé ma vie si bien rangée.

Depuis, mes facultés mentales oscillent entre le choix que j’ai fait et celui que j’aurais pu faire. Je me débats avec des questions qui me lacèrent, me trucident, me surinent et me laissent abruti, amorphe. Je suis comme enfermé dans une pièce ronde où je tourne, tourne jusqu’à ce que, déséquilibré, je sombre en son centre, étourdi de douleur… seul, sans lui. Chaque seconde qui passe, apporte son lot de souffrances. J’ai l’impression d’être vidé de toute substance, de toute vie, de toute envie. Je suis tombé et je ne peux me relever, je n’ai plus la force de lutter contre cette douleur qui teste ma résistance et me maintient au sol me faisant mordre la poussière qui s’insinue dans mes poumons m'étouffant lentement. Mon cœur tente de se débattre, de se défaire de toutes les sensations bringuebalées par les souvenirs qui le font sursauter, s’arrêter, courir, monter, descendre. Il agonise d’amour. Peut-on mourir d’amour ? Je me flétris et me dessèche comme une fleur que l’on oublie d’arroser. Je suis un jardin qui dépérit parce que le jardinier n’est plus là pour s’en occuper. La détresse que je ressens est tellement immense que je ne sais plus quoi faire pour que cela s’arrête. J’aimerais ne plus rien éprouver, parce que ça n’a jamais fait aussi mal, parce que cette souffrance là est bien au-delà que tout ce que j’aurais pu penser. D’ailleurs, je n’imaginais rien, avant qu’il ne soit réellement parti, avant d’être mis face à la réalité. Je l’ai perdu.

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Je traverse l’atelier de couture saluant le personnel en souriant, je lance un petit mot par-ci par-là, comme j’ai l’habitude de le faire, surprends quelques joues qui rougissent et des têtes qui se baissent sur mon passage. Les petites stagiaires sont facilement impressionnables et j’avoue que cela m’amuse beaucoup de leur jeter un petit regard appuyé destiné à les déstabiliser. Certes, je ne fais pas dans le baby-sitting, mais il est toujours flatteur pour mon égo de voir que je séduis. Mais aujourd’hui, la seule personne à qui je veux plaire se trouve de l’autre côté de la porte d’où me parviennent des éclats de rire. Certains masculins et d’autres féminins. Eh bien, ça a l’air de bien s’amuser dans l’atelier d’essayage ! J’y pénètre brusquement, curieux de voir pour quelle raison une telle hilarité y résonne. Mon entrée est passée totalement inaperçue, car les membres du personnel et les futurs modèles sont groupés autour de… MON Viking blond qui les dépasse tous d’une bonne tête. J’aperçois Jonis à ses côtés, secoué par le rire. Je ne connais pas le motif de cette allégresse subite, mais je ne vais pas tarder à le savoir. En tout bon patron qui se respecte, je lance sur un ton tonitruant :

— Que se passe-t-il ici ?

Certains sursautent, l'hilarité cesse et les têtes se tournent en même temps dans ma direction comme si elles étaient dirigées par des ficelles et des mains invisibles. Toutes et tous me regardent d’un air coupable comme des enfants que l’on vient de surprendre les doigts dans le pot de confiture, caché au fond du placard. Tout le monde s’écarte de Njal tandis que je m’approche. Et là, une drôle de sensation me glace l’estomac lorsque j’avise une de nos habilleuses accroupie devant Njal, les mains sur ses cuisses dans une position on ne peut plus compromettante. Je ne vois que ça, les mains de la fille sur ses cuisses, juste à la base de ses tatouages. Un grondement résonne au plus profond de moi, et un sentiment qui m’est totalement inconnu prend possession de tout mon corps, fait accélérer les battements de mon cœur de façon toute à fait incompréhensible.

— Qu’est ce que vous faites ? Retirez vos mains de là !

Je n’ai pas hurlé, mais presque ! J’ai grogné comme un chien à qui l’on veut prendre son os et qui se met en position d’attaque pour défendre ce qui lui appartient. Je n’ai jamais éprouvé une telle sensation désagréable. L’habilleuse se redresse prestement et recule rapidement en se détournant. Je lève mon regard pour croiser les yeux de Njal. Il me fixe et je ne peux me détacher de ce bleu vert fascinant. Le silence s’est fait dans l’atelier, l’atmosphère est devenue lourde et pesante en quelques secondes. Et lentement, j’assiste au changement d’expression sur le visage de Njal. Mon cœur se lance dans des soubresauts irréguliers qui me coupent le souffle. Un de ses sourcils se hausse, un coin de sa bouche se relève, il me scrute sans gêne aucune, sans s’occuper des autres personnes autour de nous. Mon rythme cardiaque se dérègle, ma température augmente sous ses yeux curieux, sous son sourire qui finit par dévoiler sa dentition ultra-brite.

Ohhhh putain ! Ce sourire ! Il m’est destiné, à moi, juste à moi ! Badam ! Badam ! Badam ! Le sang tape violemment à mes tempes. L’instant est magique, juste son regard dans le mien, juste son sourire éblouissant et je suis transporté à travers la stratosphère. J’ai l’impression d’être en apesanteur…

— J’ai cuisses trop grosses, pas réussi à mettre pantalon, dit-il dans un anglais hésitant.

Sa voix grave me sort de ma léthargie enchanteresse pour me faire atterrir brusquement sur le sol de l’atelier. Je constate que tous les regards sont posés sur moi et que j’ai sans doute l’air complètement idiot d’avoir réagi avec tant de virulence pour quelque chose qui n’est rien de plus qu’habituel dans un atelier d’essayage.

— Reprenez votre travail, je lance en tentant de reprendre mes esprits en m’approchant de Njal qui retire le pantalon de ses chevilles.

Les employés et les modèles s’éparpillent dans la grande pièce, retournant à leurs essayages et occupations. Je regarde Njal tendre le vêtement à l’habilleuse en lui adressant un sourire et mon ventre se serre douloureusement. L’employée me jette un œil en coin et s’empresse de disparaître dans l’atelier de couture après avoir croisé mon regard courroucé. Je ne comprends absolument pas ce qu’il m’arrive et j’ai du mal à calmer les battements de mon cœur, encore plus de contrôler ce truc qui me serre la poitrine et me pousse à dire :

— Je vais personnellement m’occuper des tenues de Njal.

Je n’ai jamais fait une chose pareille. Certes, je supervise toujours le travail d’un œil pointilleux, à la recherche de la perfection, mais je laisse les multiples employés faire leur travail.

— Bonjour Mr Buster, me dit Jonis, qui, comme tout le monde a été interloqué de mon intervention somme toute quelque peu démesurée.

— Hello Jonis, dis-je en lui serrant la main. Alors, un problème avec les cuisses de Njal ?

— Trop musclé, lâche-t-il avec une grimace comique. Il s’est tellement tortillé pour enfiler le pantalon, que tout le monde a ri, mais je crois que ce qui a déclenché la crise de fou rire, c’est le chapelet de jurons qu’il a balancé en se contorsionnant. C’était vraiment comique !

Je croise le regard de Njal qui m’adresse une moue désabusée, ce qui me vrille le ventre, avant de dire :

— Trop de sport et voilà ! Pas possible s’habiller ! Embêtant !

J’aime son accent et sa façon incongrue de parler notre langue, cela lui donne un côté exotique tout à fait craquant. Bon sang ! Il me rend dingue ! Le sourire qu’il m’adresse détraque toute ma raison et je me sens pris au piège sous son regard fascinant.

Je dois me reprendre, je dois me contrôler ! Ce type est dangereux, en sa présence, je perds toutes mes capacités. Je n’aurais jamais du l’inviter à loger chez moi, je vais être incapable de me gérer, c’est absolument au-dessus de mes forces. L’attirance que je ressens est tellement forte que cela me fait peur…

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Jonis laisse fuser un rire tandis que mon cœur s’emballe à nouveau.

— Bon, je vais te le lire, on gagnera du temps, me dit Jonis en souriant. "Njal, votre profil a été retenu lors du casting de mercredi dernier. Veuillez vous présenter à l’accueil de la « Blackbird », ce mardi à 10 heures. Nous vous donnerons toutes les indications sur votre travail et les conditions de votre contrat. Je me chargerai personnellement de vous recevoir et vous attends avec impatience, vous et votre interprète. Si toutefois vous ne pouviez être disponible, veuillez me le faire savoir dans les plus brefs délais afin que nous puissions convenir rapidement d’un autre RV. Cordialement, Khôl Buster".

— Oh bon sang !

— Alors ? Je le savais ! Ils ne pouvaient pas passer à côté de toi ! Impossible !

Un profond soupir de soulagement m’échappe, ils ont retenu ma candidature !

— Je ne sais pas si je vais y arriver Jonis, je lâche soudain en prise aux doutes. Je ne connais rien de ce métier, je ne sais qu’entraîner des gosses à jouer au hockey.

— Tu vas très bien t’en sortir, tu as juste à faire ce que l’on te demande et… hein ?

La stupéfaction envahit le visage de Jonis, et ses yeux s’écarquillent de surprise non feinte. On croirait qu’il a vu un fantôme. Il me dévisage sans vergogne et je fronce les sourcils.

— Attends ! Mais… Ouiiiiii ! Merde alors ! Comment ai-je pu passer à côté de cette information !!!

À cet instant, Jonis ressemble à tous les adolescents de son âge. Il a perdu son air sérieux et un sourire ravi orne sa bouche. Il m’examine et son sourire s’agrandit encore.

— Njal Ragnarmoelrick ! s'exclame-t-il en levant les bras au ciel la mine réjouie du fan qui vient de rencontrer sa star préférée. Mais j’aurais dû te reconnaître tout de suite ! Le grand joueur de hockey sur glace, fauché au sommet de sa gloire par un stupide accident lors de son dernier match contre les Gallois il y a huit ans ! Oh bon sang ! Le grand Njal !

Je suis interloqué qu’il me connaisse, il est si jeune et ne devait avoir à peine que dix ans lorsque ma carrière s’est subitement effondrée…

Des souvenirs douloureux me percutent violemment et me heurtent, comme à chaque fois que je reviens sur cette tranche de vie de mon passé.

La glace a été mon terrain de jeu avant même que je ne sache marcher, filant à quatre pattes après un palet. À dix-huit mois, j’étais sur des patins, en équilibre sur ces lames de fer, glissant sur la glace dure des lacs gelés et des patinoires où j’y étais plus à l’aise que sur la terre. À trois ans, je tenais fièrement ma toute première crosse de hockey, à quatre j’entrais dans l’équipe poussin des « Woods Ice » d’Oslo avec une dérogation, car j’étais trop jeune de deux ans. Puis mon ascension a commencé, fulgurante, rapide, due à ma vitesse de jeu, mon agilité, ma vélocité et ma capacité à être fair-play. J’étais un joueur mordant, âpre, rusé, fougueux, futé pour les stratégies, doué pour gagner, avec une motivation débordante qui entraînait les autres membres de l’équipe. À seize ans, j’étais le plus jeune en équipe nationale, le plus jeune capitaine aussi. Mon âge aurait pu me discréditer aux yeux de mes équipiers, plus vieux, mais ma bonne humeur, mon entrain positif, mon caractère de leader, mon tempérament respectueux ont fait de moi leur « chouchou ». À dix-huit ans, j’ai atteint ma taille actuelle, un mètre quatre vint quatorze, charpenté comme un guerrier scandinave et ils m’ont tout naturellement surnommé « le viking », surnom qui collait bien à mon image. Malgré les nombreuses demandes intéressées des autres clubs, je suis resté avec les « Woods Ice », fidèle à mes racines, dévoué, loyal au club dans lequel j’étais « né ». Je suis devenu un grand hockeyeur, celui que l’on se disputait, que l’on voulait. Les offres étaient parfois indécentes, et beaucoup n’ont jamais compris mon entêtement à vouloir rester avec les membres de mon équipe. Mais nous avions, pour la plupart, débuté, évolué, bataillé ensemble. Nous étions soudés, nous étions tous, nous n’étions qu’un ! Ma famille ne cessait de me répéter que je passais à côté d’opportunités qui ne se représenteraient jamais. L’argent, je n’en avais rien à faire, tout ce qui m’intéressait était de mener mon équipe à la victoire. À chaque match, c’était ma fierté, mon plaisir, l’aboutissement de chaque stratégie mûrement réfléchie lors de nos réunions avant chaque rencontre. Le hockey sur glace est un jeu physique, très physique, au cours duquel les contacts sont autorisés entre les différents joueurs. Il s’agit avant tout de gêner l’adversaire, de le déstabiliser et de lui faire perdre le palet. Cette technique de base est appelée mise en échec, mais les actions dangereuses ou contraires aux règles sont sanctionnées par des pénalités ou punitions. Mal effectuée, la mise en échec peut être douloureuse… J’ai toujours mis un point d’honneur à ne blesser personne, à éviter les combats, dont certains joueurs agressifs raffolent et je n’ai eu que très peu de pénalités lors de ma carrière. C’est au cours d’une mise en échec que j’ai été gravement touché, une blessure qui a mis fin à ma gloire. Un stupide accident qui a failli me coûter ma mobilité. Un pépin… enfin… une catastrophe… Nous jouions contre les « Gallois », club réputé pour la violence de ses joueurs, des types qui utilisaient plus leur tempérament de bagarreur que la subtilité du jeu pour gagner. De par ma réputation, j’étais l’homme à abattre, celui à faire « tomber », celui à éliminer. Et ce jour-là, ils ont réussi. Le match était ardu, dur, agressif, et nous avions du mal à nous tenir à distance des attaques répétitives dont nos adversaires nous assaillaient vilement. Le capitaine des « Gallois » était particulièrement hargneux et ne me lâchait pas une seconde, venant au contact inlassablement. Je me souviens de cet instant comme si c’était hier et notamment de sa crosse qui m’a fauché d’un crochet arrière, alors que j’étais en pleine vitesse avec le palet prêt à tirer au but. Je crois que leur coup avait été préparé d’avance, parce que deux joueurs adverses s’étaient lancés dans des combats avec l’un de mes défenseurs et l’un de mes attaquants, détournant l’attention des arbitres et des juges de ligne. Je me rappelle de mon déséquilibre, de ma chute en arrière, de mon casque qui a sauté sous l’impact, de la violence du choc lorsque ma tête a rebondi sur la glace dure, du sinistre craquement qui venait de ma nuque, de la douleur atroce et de l’impossibilité de faire un mouvement. Tout s’est mis à tournoyer, les joueurs rassemblés autour de moi, inquiets, les gradins remplis des spectateurs debout, qui hurlaient, et puis… plus rien, le néant !

Je ne me suis réveillé que deux jours plus tard, dans un lit d’hôpital, et j’ai mis un moment à comprendre où je me trouvais, ce que je faisais là et pourquoi. Ma tête, mon cou et mes épaules coincés dans un carcan, un genre de gigantesque minerve immobilisant totalement l’extrémité supérieure de mon corps. Je pouvais bouger les avant-bras, les jambes, mais je devais minimiser mes mouvements sous peine d’aggraver mon cas, qui était, selon les médecins, extrêmement grave. Le diagnostic fut sévère : trois vertèbres fracturées à la base du cou, un traumatisme crânien, une clavicule cassée, une épaule démise. J'étais resté en salle d’opération dix heures. Si je suivais à la lettre les instructions médicales, j’avais une chance de m’en sortir et que mes os se ressoudent correctement. La convalescence encore, je pouvais le gérer, mais lorsque les chirurgiens qui m’avaient opéré et tenté l’impossible pour réparer les dégâts, m’ont annoncé que je ne pourrais plus jamais enfiler les patins pour mettre un pied sur la glace au risque de rester paralysé si je chutais à nouveau, mon monde s’est écroulé. En quelques secondes, à cause de la jalousie et de l’imbécilité gratuite des « Gallois », j’avais perdu tout ce qui comptait le plus à mes yeux : le hockey sur glace, mon équipe, mon univers. J’avais vingt-six ans et je me retrouvais à terre, dépouillé de tout ce qui faisait ma vie. Je suis resté immobile avec le carcan durant quatre longs mois durant lesquels j’ai refusé toute visite. Je ne voulais voir personne, ni ma famille, ni mon équipe, ni le coach, ni mes amis, même pas Alarick mon meilleur ami. Je crois que ce que je craignais le plus était de voir la pitié dans leurs regards, la commisération sur leurs visages, l’apitoiement à travers leurs propos. J'avais juste besoin d’accepter la dure vérité. La fin du « Viking ». J'ai passé deux autres mois avec une minerve rigide, puis j'ai pu commencer la rééducation lente et douloureuse. Il a fallu que je réapprenne les gestes, les postures afin de ne pas endommager mes vertèbres fragilisées, soutenues par des plaques. Et c’est là que l’expression « je me suis cassé le cou » a pris toute son ampleur et sa réalité. J’ai fini par accepter les visites, en demandant aux médecins et aux infirmières de prévenir quiconque que je refusais toute compassion et sensibilité de mes visiteurs. Ma famille n’a pas pu s’empêcher de passer outre mes souhaits, surtout ma mère qui ne cessait de répéter « mais qu’est ce que tu vas devenir mon fils ? ». Mon frère et ma sœur avaient compris la leçon et s’arrangeaient pour me distraire en me racontant les derniers potins. Mon père se contentait de hocher la tête en me lançant des regards désapprobateurs, rejetant toute la faute de cet accident sur « ma médiocre naïveté de putain de joueur qui croit que rien ne peut plus lui arriver parce qu’il est le meilleur ». Le plus difficile a été pour l’équipe, consciente d’avoir perdu leur capitaine, leur leader, leur viking, mais j’y avais des amis, presque des frères et ils ont su mettre de côté la tristesse de cette perte trop injuste. Ceux qui m’ont le plus soutenu et qui ont compris ma détresse, ce sont Alarick, mon meilleur ami et le coach, et ce sont eux qui m’ont redonné un regain d’espoir, qui ont trouvé la solution pour que je ne sombre pas. Leurs « tu pourras toujours entraîner les gamins pti, ils ont besoin d’un coach comme toi, du viking pour apprendre le meilleur » m’ont aidé à tenir le coup. Il m’a encore fallu quelques mois pour être complètement guéri et pouvoir recommencer à revivre normalement. J’ai suivi les conseils d’Alarick et du coach et je me suis recyclé en devenant l’entraîneur des gamins, ceux de douze à seize ans, le coach viking. Et je me suis épanoui dans ce nouveau métier, restant sur le bord de la patinoire… mais les menant à la victoire à chaque match, les encourageant encore et encore à dépasser leurs limites, à rester soudés comme un seul homme, à appliquer des stratégies compliquées, mais payantes. Puis, les propositions ont commencé à pleuvoir, on ne voulait plus le joueur, on voulait le coach. Je suis resté fidèle à mon club, toujours. Et j’ai réappris à vivre, avec ma famille, et mes amis. Jusqu’à ce que…

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Nous venons à peine de reprendre le casting, et je suis curieux de voir la suite des candidats. J’en ai repéré quelques-uns en rentrant du restaurant alors que nous traversions l’entrée et je pense que cet après-midi, la pêche va être plus fructueuse que ce matin. Adèle, une de nos habilleuses, fait entrer le candidat suivant et je hausse un sourcil surpris lorsque j’aperçois le petit gamin qui pénètre dans la pièce. Il est fluet et a l’air tout droit à peine sorti de l’adolescence avec son air égaré. Il est certain qu'il a dû se tromper d’adresse, car il ne cadre absolument pas à nos critères de recherches. Je vais le lui dire afin de ne pas lui faire perdre son temps ni le nôtre quand il débite d’une petite voix timide :

— Bonjour, je ne viens pas pour le casting, je ne pense pas être à la hauteur de vos attentes. J’accompagne juste, en tant qu’interprète, quelqu’un qui veut postuler, et qui ne parle vraiment que très peu notre langue. Est-il possible qu’il puisse tenter sa chance ? Et est-ce dérangeant que je l’assiste ? Merci.

Il nous examine derrière ses lunettes d’écaille, attendant fébrilement notre réponse tout en se triturant nerveusement les mains. J’ai été agréablement étonné par son allocution, il s’exprime très correctement pour un jeune homme. Aujourd’hui, les gamins de son âge ne sont pas aussi polis ni respectueux. Je rencontre le regard d’Onyx.

— Tu en penses quoi Khôl ? me demande-t-il d’un ton bas en haussant un sourcil.

— Eh bien… il a éveillé ma curiosité, alors… pourquoi pas, et toi ?

— Pareil…

Je lance un regard au gamin et hoche la tête affirmativement.

— Oh merci, vraiment merci, vous n’allez pas le regretter, je reviens !

Et il disparaît du studio à toute vitesse.

— Voilà quelque chose qui va nous changer de la morosité habituelle des castings, lâche Onyx en rajustant un des crayons qui retiennent ses cheveux.

— Tu es de mauvaise foi, un casting quel qu’il soit n’est jamais morose.

— Tout dépend de quel côté on se place. Tout le monde ne part pas en chasse comme toi.

— Tout de suite les aprioris, tu as vraiment une sale opinion de moi, très cher.

— Cela fait deux ans que je te pratique Khôl, je commence à bien connaître tes petits travers.

— Moi ? Je suis l’innocence incarnée !

— C’est ça et moi je suis le roi d’Espagne.

— Ahahahahah ! Et puis si tu me pratiquais comme tu dis, tu t’en souviendrais, crois-moi.

— Arrête de rêver Khôl !

— Cela doit être grisant de te chevaucher en agrippant ta crinière.

— Je ne sais pas, je n’ai jamais essayé.

— Ahahahahahahah !

L’humour entre Onyx et moi, c’est un de nos jeux favoris et je sais que cela lui change les idées. Depuis la perte d’Yliès, il s’est beaucoup refermé sur lui-même, et je suis content de constater qu’il commence à refaire surface. Il n’y a pas très longtemps, je ne me serais jamais permis de lui parler ainsi, d’aborder de tels sous-entendus. Il est sur la bonne voie et c’est tout ce qui compte.

— Il est vrai que ce n’est pas très courant qu’un étranger ne parlant pas notre langue se présente pour un casting, dis-je à Onyx lorsque j’ai repris mon sérieux.

— Celui là a un interprète, c’est un avantage, et je suis sûr que le gamin, avec quelques kilos de plus et sans sa paire de lunettes d’écaille immondes, pourrait faire un modèle intéressant.

— Dans quelques années, oui, possible.

Notre petit aparté s’interrompt lorsque le gamin réapparaît accompagné de « l’étranger » et je reste coi de stupeur alors qu’il nous le présente de sa voix timide.

— Voici Njal, il vient de Norvège.

La première pensée qui me traverse l’esprit en découvrant le nouveau venu est : viking ! Et c’est tout à fait adapté. Le type est grand, très grand, le gamin lui arrive tout juste à l’épaule. Je suis immédiatement fasciné par la puissance qu’il dégage. Un drôle de truc me tord l’estomac, et mon cœur fait une surprenante embardée lorsque je croise son regard. Ses yeux sont bleus verts, frangés de longs cils et rehaussés de sourcils épais. Son visage est taillé à la serpe avec des traits rudes et doux tout à la fois, son menton est mangé par une barbe entretenue et taillée et ses cheveux, oh bon sang ses cheveux ont l’air d’être longs. Il les porte en un chignon négligé au-dessus de sa tête. Je ne sais pas vraiment d’où me vient ce goût pour les cheveux longs, chez un homme j’entends, mais j’adore et cela m’excite un max quand la chevelure de mon partenaire me caresse la peau. Je n’ai pas eu énormément de chevelus, très peu même, mais j’avoue en avoir bien profité et c’est une petite faiblesse chez moi… Mon regard continue son examen curieux. Ses épaules sont larges sous la veste informe qui les recouvre, ses hanches sont étroites, ses jambes longues. Un frisson inhabituel me parcourt le dos… Alors ça, c’est ce que j’appelle un beau spécimen masculin. J'apprécie ce que je vois et je veux en découvrir plus, beaucoup plus.

— Demande-lui de retirer sa veste et ce qu’il porte en dessous, j’ordonne d’une voix basse au gamin qui s’empresse de traduire mes mots au Viking.

Je croise le regard étonné d’Onyx, et je comprends son étonnement qui est justifié, parce que jamais, au grand jamais, je ne demande une chose pareille aux candidats pour la simple et bonne raison que c’est toujours lui qui s’en charge, car je me contente de mater, jauger, observer, juger et choisir. Mais là, je suis moi-même surpris de mon audace, et le comble est que je ne me suis pas réinstallé au fond du studio, dans l’ombre, à ma place préférée. J’adresse un haussement de sourcils qui en dit long à Onyx et il me répond par un sourire. Nous tournons à nouveau les yeux sur le candidat qui finit de retirer son tee-shirt qu’il tend au gamin. Mon cœur fait une nouvelle cabriole inattendue dans ma poitrine et je ne peux m’empêcher de grogner dans un souffle :

— Oh Bon Dieu…

Le type est merveilleusement musclé, sculpté comme sur les images des guerriers scandinaves qui représentent les Vikings dans les livres d’histoire et je suis déconcerté par la couleur dorée de sa peau. Il est blond cendré et en général, la peau d’un blond est plutôt claire, voire pâle. Mais celui-ci fait exception à la règle. Il est mat, une peau magnifiquement mate. Je laisse mes yeux glisser sur son torse, ses bras, je lui fais signe de se retourner et je peux admirer le côté pile, tout aussi musclé que le côté face. Piouffffff ! J’en prends plein les yeux, mais je ne suis pas encore rassasié de l'admirer.

— Le jean, dis-je au gamin qui traduit.

Le Viking nous lance un regard… désorienté, les sourcils froncés. Il se retourne alors vers son interprète pour lui parler d’une voix étonnamment grave qui atteint directement mes oreilles, pour s’infiltrer dans mon cerveau et toucher la corde sensible de mes plus bas instincts, pour enfin se répercuter dans tout mon corps en un frisson vibrant.

Merde, que se passe-t-il ?

— Njal demande si c’est indispensable qu’il retire son pantalon ? dit le jeunot avec une grimace.

— Njal, je réplique en m’adressant directement à l’intéressé, dans ce métier la pudeur doit rester au placard.

J’attends sagement que le gamin traduise et lorsque c’est fait, le Viking me lance un regard exprimant de la gêne. Mais l’instant est furtif, et son désarroi se transforme en provocation alors qu’il s’attaque à la boucle de sa ceinture, puis aux boutons de son jean qu’il fait glisser sur ses cuisses sans quitter mon regard un seul instant. Ses yeux sont à présent remplis de détermination. Un long frisson me traverse les reins, vient finir sa course au niveau de mon bas ventre et je retiens un grognement de frustration. Une violente bouffée de désir sauvage vient de me submerger et me laisse pantelant et interdit de consternation. Jamais mon corps n’a réagi aussi promptement à la vue de quelqu’un. Et lorsque mes yeux se posent sur les tatouages qui naissent sur ses cuisses pour disparaître sous son boxer et réapparaître au-dessus de la ceinture, mes doigts se crispent sur le dossier de la chaise sur laquelle Onyx est assis.

— Qu’il détache ses cheveux.

Oui, je veux le voir les cheveux détachés, je veux le voir nu, je veux… Je suis pris au dépourvu par le cours que prennent mes pensées et je tente de calmer l’érection qui naît dans mon pantalon. Je suis le mouvement souple de ses cheveux lorsqu’il secoue la tête pour les faire se placer autour de son visage tout en me défiant de son regard bleu vert déstabilisant. Je suis presque sûr qu’il s’est aperçu de l’effet qu’il a sur moi. Flûte, je dois me ressaisir. Ce type est tout bonnement un appel au sexe, pur et simple. Merde ! Il me le faut ! Je le veux ! Et je sais déjà que ce sera une bataille féroce avec Onyx pour qu’il accepte de le prendre. Je trouverai les bons arguments, et il cèdera comme d’habitude.

— Il peut se rhabiller, dis-je au gamin qui s’empresse de traduire. Nous lui donnerons une réponse dans les jours qui viennent.

Je ne peux m’empêcher d’admirer une dernière fois le corps musclé qui se recouvre sous les vêtements tandis qu’il se rhabille. Il discute avec le jeune et sa voix me fait frémir d’excitation.

— Cela va mettre longtemps pour la décision ? nous demande le gamin d’une voix anxieuse.

— Lundi, au plus tôt, fin de semaine au plus tard, répond Onyx en se redressant à mes côtés, que ce soit négatif ou positif. Une réponse est toujours donnée, par téléphone et par mail.

Il discute à nouveau avec Njal et se tourne vers nous.

— Ce n’est pas grave si je laisse mon numéro et mon mail ? Parce que Njal n’a rien de tout cela, il n’est là que depuis peu et il loge à l’hôtel.

— Qui n’a pas de téléphone de nos jours ? Je m’étonne en croisant le regard du Viking qui m’étudie.

— Lui, visiblement, répond le gamin qui a pris un peu d’assurance.

— Pourquoi ?

— Je ne sais pas, je ne lui ai pas posé la question, et, quelle qu’en soit la raison, c’est lui et lui seul que cela regarde. Je suis juste là pour lui servir d’interprète et lui enseigner notre langue le plus rapidement possible. En ce qui concerne le reste, il m’en parlera s’il en ressent le besoin ou pas.

Je suis à nouveau épaté par l'élocution parfaite du môme et je me rends compte que je ne sais même pas son nom.

— Comment t’appelles-tu ?

— Jonis.

— Eh bien merci Jonis. Je pense que nous serons amenés à nous revoir, du moins je l’espère.

— Moi de même, vous ne regrettez pas de l’avoir vu ?

— Absolument pas.

Sur une impulsion subite, je m’approche du gamin et lui tends la main, avec la ferme intention de le faire aussi avec le Viking blond. Quand je me tourne vers lui et qu’il se saisit de ma main tendue pour la serrer avec force, mon cœur s’emballe littéralement pour une série de bonds désordonnés et incontrôlables que je tente de gérer du mieux que je peux. Le contact de sa paume contre la mienne m’électrise et je sens ma peau s’hérisser sous ma chemise.

Oh bon sang !

Une vague de désir aigu s’empare de moi avec une violence qui me coupe le souffle. Nos regards se croisent et je me perds dans la couleur intense du sien. J’ai une irrésistible envie de goûter cette bouche sensuelle entrouverte et je lâche sa main qui me brûle. Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive, pourquoi je réagis ainsi.

— À très bientôt, Njal, je murmure comme pour moi-même.

Il me lance un regard d’incompréhension et interroge le gamin tandis qu’ils quittent le studio. Je ne peux m’empêcher de le suivre des yeux, et juste avant que la porte ne se referme, je surprends son coup d’œil par-dessus son épaule. Et je reste immobile, étouffé par le trouble qui a pris possession de moi, incapable de réagir, bouleversé par la sensation étrange qui fait vibrer mon cœur.

— Khôl ?

— …

— Khôl !

— Oui ?

— On continue ?

— Oui.

— Tu es en état ?

— Oui, oui, bien sûr. Faites entrer le suivant Adèle s’il vous plaît.

Non, non, je ne suis pas en état, mais je ne vais pas l’avouer à Onyx à qui mon trouble n’a pas échappé. Je ne vais pas lui dire que Njal m’a fait un tel effet ravageur, que cela m’a rappelé l’instant où je l’ai vu lui, dans le magasin de Pouty à River Crick ! Je ne vais pas lui avouer que je viens d’éprouver un monstrueux coup de cœur pour un parfait inconnu et que je le veux au plus vite ! Oui je le veux ! Dans mon lit ! Et quelle que soit sa sexualité, je l’aurai ! J’userai de tous les moyens possibles et inimaginables, mais je l’aurai ! Il sera à moi et je lui ferai découvrir toutes les subtilités raffinées du sexe débridé entre mecs.

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Extrait ajouté par MAMIKAT31 2017-06-24T19:28:36+02:00

Je ferme les yeux en une expression tourmentée lorsqu’une de ses mains se lève et se pose sur ma joue en une caresse éphémère.

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