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Extrait ajouté par Edith972 2018-02-14T15:11:36+01:00

Toi et moi devrons garder la tête froide et ne pas laisser le passé ternir le présent ni le futur. Nous avons eu nos différends, nos difficultés, mais nous devons laisser tout ça derrière nous. Il faut aller de l’avant, sans tourner la tête. Le pardon, l’oubli du passé, c’est le seul moyen de ne pas entacher le présent afin de s’épanouir pleinement dans un avenir heureux.

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Extrait ajouté par Edith972 2018-02-02T03:00:33+01:00

 Le bon Dieu a des manières bien à Lui de se faire pardonner les épreuves qu’il nous envoie.

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Extrait ajouté par Lilinie 2011-09-25T21:37:26+02:00

Chapitre 1

Raymond avait plié et replié une feuille de papier, en avait fait un aéroplane qu'il tenait au bout de son bras. Il imitait le son d'un avion. Du haut de l'escalier, il lança l'appareil qui voltigea un instant avant d'aller choir dans quelque recoin de la cuisine. Sa sœur, un petit bout de chou, était assise dans la grande berceuse et s'amusait avec une ficelle.

Arthur, son père, était penché sur le journal du matin alors que Lucette, sa mère, lavait la vaisselle du déjeuner. Raymond grimpa les marches, s'arrêta, descendit un peu, se pencha au-dessus de la rampe et cria :

— Maman, ma tante pleure là-haut.

— Zut ! je l'ai encore oubliée, celle-là ! C'est correct, mon trésor, je m'en occupe.

La petite Gervaise, qui avait tout entendu, fit un mouvement pour descendre de sa chaise.

— Toi, Gervaise, reste là, tu m'entends !

Boudeuse, l'enfant inclina la tête et reprit son jeu avec la corde.

Arthur, impatient, plia le journal qu'il lança sur la table. Il sortit précipitamment de la maison. « ça ne peut pas durer, cette histoire-là ! Pourquoi le bon Dieu ne vient-il pas la chercher ? » Il se dirigea vers l'écurie, attela le cheval : il irait tracer les sillons du potager.

— Raymond, trésor, c'est l'heure de te rendre à l'école. N'oublie pas ta boîte à lunch.

— Oui, maman. Minotte, je te donne mon avion.

Elle le remercia par un grand sourire. Lucette embrassa son fils qui s'en alla en sifflant. La mère le regardait aller, les yeux débordants de tendresse. Elle revint vers la table, prit le plateau qui contenait le repas qu'elle porta à sa belle-sœur en maugréant. Revenue dans la cuisine, elle dit sèchement à la bambine :

— Va jouer dehors, il fait beau.

Non, fit Gervaise de la tête. Sa mère savait bien ce qu'elle mijotait : l'enfant voulait aller s'amuser sur le lit de la malade.

— Je t'interdis de monter là, tu m'as bien comprise ?

— Oui, répondit Gervaise, sans conviction.

— Je t'ai à l'œil, ma petite bougresse. Je sors aider ton père. Ne joue pas avec les portes, pour ne pas faire entrer les mouches !

Gervaise avait le cœur gros. Elle adorait grimper sur le lit de sa tante ; elle éprouvait un plaisir fou à brosser ses longs cheveux noirs, ce que la malade aimait tant ! Mais l'interdiction formelle, qu'elle ne savait s'expliquer, lui avait valu plus d'une fois une fessée pour avoir désobéi. L'avion ne l'amusait plus. Elle n'avait qu'une idée : se rendre auprès de tante Marie.

Là-haut, une fille qui n'avait même pas vingt ans s'étiolait lentement. Seul son jeune âge expliquait sa résistance au mal. Ses poumons étaient rongés par la bactérie de la tuberculose, ce qui en faisait une pestiférée, la maladie infectieuse étant contagieuse. Le contact du bacille suffisait à transmettre le mal. Chaque jour, elle déclinait un peu plus.

Depuis des siècles on cherchait le moyen de contrer cette maladie dont on ne comptait plus les victimes. En plus d'être fatale, la tuberculose était une calamité ; elle était aussi une source de honte. On évitait de côtoyer non seulement les gens qui en étaient atteints, mais aussi les membres de leur famille. C'est pourquoi la pauvre Marie restait enfermée dans cette chambre obscure dont elle ne sortirait que les pieds devant.

Lucette s'était opposée à ce que sa belle-sœur fût placée dans un sanatorium. Il ne serait pas dit que ses enfants appartenaient à une famille frappée par la consomption ! Marie finirait par mourir ; ce n'était qu'une question de temps. Le sacrifice de l'avoir gardée et cachée sous leur toit finirait bien par trouver sa récompense. Jamais, au grand jamais, une Lamoureux ne serait cataloguée morte de tuberculose !

Au début de son mariage, Lucette pestait : elle trouvait les voisins éloignés et se sentait bien seule dans ce rang, en périphérie de la paroisse. Aujourd'hui, elle s'en réjouissait ; le terrible secret était mieux gardé.

Raymond, son fils aîné, était sa raison de vivre, surtout que ses deux autres garçons étaient décédés avant l'âge de trois ans. La naissance de Gervaise était venue compléter cette famille. La mère aurait préféré un fils, beau et fort comme son Raymond.

— Dieu ne l'a pas permis. Il a sans doute ses vues. Peut-être que Lui, Il les aime également ses enfants, lui avait dit Arthur sur un ton badin.

— Pas moi, avait riposté la mère d'une voix tranchante.

Arthur était attristé par l'attitude inexplicable de sa femme. Aussi témoignait-il plus de tendresse à sa mignonne petite fille.

Tout en dirigeant le cheval, Arthur continua de ruminer l'incident du matin. « Elle finira par la laisser mourir de faim ! C'est pas Dieu possible, il me faudra faire quelque chose avant qu'il ne soit trop tard. On dirait, ma foi, qu'elle le fait exprès ! Pourtant, elle a du cœur à l'ouvrage ; elle n'est pas méchante. »

La herse se dandinait dans le sol, formant de beaux sillons droits. Bientôt, il devrait semer.

Lucette, à l'aide de la bêche, formait des rectangles en élargissant les travées du sol que son mari venait de remuer. De temps à autre, elle jetait un coup d'œil vers la maison. Se pouvait-il que Gervaise soit restée immobile sur sa chaise tout ce temps ? Et si elle était montée à l'étage ?

La bêche heurta une roche résistante. Lucette se servit du manche de son outil pour l'extirper du sol. Le manche se cassa. Elle chercha Arthur des yeux. Il était tout à fait à l'autre bout du champ.

Le hasard fait mal les choses : la femme relevant le pan de sa robe pour essuyer son visage trempé de sueur vit le rideau de la fenêtre du passage du deuxième étage qui bougeait. « Ainsi, Gervaise est là, ça ne peut être qu'elle, car il y a belle lurette que la belle-sœur ne se lève plus. »

Lucette entra dans une colère noire. La bêche cassée à la main, elle courut vers la maison, grimpa l'escalier et se dirigea vers le lieu maudit. Gervaise était assise sur le lit de sa tante, une brosse à cheveux à la main. Furieuse, Lucette saisit l'enfant, et la roua de coups. La pauvre petite, sidérée, subit la colère de sa mère et ne fit aucun mouvement pour tenter de se protéger. Et Lucette frappa, frappa, frappa encore.

— Arrête, Lucette, arrête, tu vas la tuer ! hurla la malade.

Mais Lucette n'entendit pas. La fillette, clouée au sol, criait à rendre l'âme. Marie, effrayée, se leva avec peine, s'empêtra dans sa longue robe de nuit et tomba de tout son long sur l'enfant qu'elle chercha à protéger.

L'effort fut trop grand : aux hémoptysies succéda l'hémorragie foudroyante : le sang jaillit, souilla tout, éclaboussa Lucette qui se mit à hurler comme une déchaînée.

Arthur, parvenu au bout du sillon, entendit le cri perçant. « Lucette, c'est la voix de Lucette. Elle n'est plus dans le jardin. » Il laissa tomber les rênes, courut vers la maison, grimpa les marches quatre à quatre, entra dans la chambre et constata l'horreur du drame. Sa sœur, inerte, gisait là, étendue sur Gervaise, immobile. Il retourna le corps de sa sœur et souleva sa fille dans ses bras, puis la transporta dans la salle de bains et lava son visage. Les larmes de l'homme se mêlèrent à l'eau qu'il voulait régénératrice. Il n'eut de repos que lorsque l'enfant ouvrit les yeux. Doucement, il alla la déposer sur son lit. Ensuite, il revint dans la chambre. Sa sœur reposait toujours sur le plancher. Assise sur le sol, sa femme tenait encore son outil à la main. Son regard était fixe, elle ne criait plus.

— Lucette ! hurla l'homme.

Lucette ne réagit pas. Arthur la releva. « Lucette ! » cria-t-il encore. Du revers de la main, il la frappa en plein visage. Elle sursauta, et se remit à hurler.

Arthur attira sa femme hors de la pièce, la secoua pour l'obliger à se calmer. Il la dirigea vers sa chambre, l'aida à s'étendre sur son lit et ferma la porte.

Il s'approcha de sa sœur, tâta le pouls ; il n'y avait pas de doute : ses souffrances étaient finies. Il revint vers Gervaise qui s'était endormie ; un instant, il cajola son front, prit une couverture et, avec douceur, couvrit l'enfant.

C'est à ce moment qu'il saisit la gravité de la situation. Adossé au mur, il resta immobile de longues minutes, incapable du moindre mouvement. « J'ai été fou, j'ai été fou de ne pas avoir prévu ce drame. Tout ça est de ma faute ! J'ai été fou. »

Il fallait prendre une décision ; il ne savait pas laquelle. « Le docteur ? C'est trop tard. Le curé, oui, le curé. » Il descendit à la cuisine d'où il téléphona au presbytère. Il pria le prêtre d'apporter les huiles saintes. Puis, il pensa à Gervaise qui lui semblait plutôt mal en point. Il téléphona aussi au médecin.

L'un et l'autre arrivèrent dans la même automobile, amenant avec eux l'espoir. Ces deux êtres étaient les seuls à connaître le grand secret caché derrière les murs de cette demeure. Une rumeur circulait déjà au village : on croyait que la grabataire, qu'on ne voyait plus jamais, était mentalement dérangée.

Pendant qu'Arthur assistait en silence aux prières du prêtre, le médecin signa l'acte de décès. « Pour cause d'hémorragie », disait le document.

— Que s'est-il passé, Arthur ?

— Je ne sais pas. J'étais au champ avec Lucette, dit-il, d'une voix basse. Tout à coup j'ai entendu crier, je suis monté et j'ai trouvé ma sœur étendue de tout son long sur ma fille. Il y avait du sang partout.

— Quelle triste histoire !

— Venez voir ma fille, docteur, elle n'est pas bien.

— Je vous suis.

Arthur n'aurait pu le jurer, mais il crut voir se refermer la porte de la chambre derrière laquelle se trouvait sa femme. Ainsi, elle aurait écouté et entendu sa version des faits, quelque peu déformés. Il serra le poing.

Le docteur examina l'enfant. Les contusions semblaient nombreuses. Il demanda à être seul avec elle. Arthur et le prêtre sortirent. La demi-heure qui suivit sembla une éternité pour le père désespéré.

— Ta femme, Arthur, comment prend-elle la chose ?

— Il m'a fallu la secouer, et même la frapper pour qu'elle reprenne ses sens. Elle était figée.

— Quelle triste histoire ! Dure épreuve, bien dure épreuve que le Ciel t'envoie là.

Arthur assena un coup de poing sur la table en jurant

— Si quelque chose arrive à ma fille, je ne réponds plus de moi !

— Tu blasphèmes, Arthur ! Ressaisis-toi, mon fils. La colère n'a jamais guéri la douleur.

L'homme baissa la tête. Outre sa souffrance profonde, les remords l'assaillaient.

La vérité était si laide, si monstrueuse qu'il n'avait osé la dévoiler. Toute sa vie serait hantée par cet odieux mensonge. Mais un mari a-t-il le droit de trahir sa femme ? Gervaise était petite ; oublierait-elle ce terrible événement ? Pourquoi le docteur restait-il aussi longtemps au chevet de l'enfant ?

Arthur regarda l'horloge. Son inquiétude croissait au même rythme que son impatience. Et voilà. Enfin, il put entendre le martèlement des pas du praticien qui empruntait l'escalier. Ce dernier vint les rejoindre dans la cuisine. Le père de famille le fixa d'un regard interrogateur ; il voulait connaître le diagnostic.

— Rien de trop grave, sauf...

— Sauf ?

Arthur, tendu par la peur, était debout devant le médecin.

— Elle devra être examinée plus à fond. Seuls les rayons X nous donneront une réponse sûre.

— Quelle réponse ?

— Je crois qu'il y a un problème au niveau de la hanche droite.

— Un problème ?

— Je le crains.

— C'est sérieux ? Le problème, il est sérieux ?

— C'est trop tôt, je ne peux pas me prononcer. Il faudra des examens plus poussés.

— Elle n'est pas en danger ?

— Non, rassure-toi. Elle va même très bien, compte tenu des faits.

— Vous lui avez parlé ? demanda Arthur en gardant les yeux baissés, embarrassé.

— Oui, bien sûr. Maintenant, Arthur, il nous faut prendre des dispositions en ce qui a trait à ta sœur. Veux-tu que je m'en occupe ?

— Ce serait un effet de votre bonté.

— Bon. Pour ce qui est du reste, je pense que tu sais ce qu'il faut faire. Tu dois brûler tout ce qui se trouve dans cette chambre : le lit, le prélart, le linge, tout. Puis enduis les murs, le plafond et le plancher d'une solution de chaux aussi pure que possible. La pièce doit rester fermée pendant au moins une année complète ; ne l'utilisez pas. Oh ! j'oubliais le principal : ni ta femme ni tes enfants ne doivent mettre le nez là. Tu m'as bien compris ? Demain matin, je vais venir chercher ta fille pour la conduire à l'hôpital de Sainte-Anne.

— Je peux faire ça, j'ai un bon cheval.

— Mais ta fille ne pourrait pas subir les soubresauts de la route raboteuse. L'automobile est plus indiquée.

— Je vous en cause des désagréments !

— Tu rempliras ma cave de légumes frais à l'automne... Demain, pas de déjeuner pour l'enfant. Je lui ferai passer un examen du sang en même temps. Elle ne doit pas se lever ni essayer de marcher. Ça pourrait envenimer le mal. L'immobilité la plus complète, et pas d'émotions vives, du calme dans la maison...

Arthur sentit le poids de l'accusation. Le curé toussota pour cacher son embarras.

— Bon courage, mon vieux !

Le médecin sortit. Le curé s'attarda un instant ; dès qu'ils furent seuls, il se pencha et dit à l'oreille d'Arthur

— Quand tu auras une minute, viens donc faire une bonne confession, c'est la seule médecine que j'ai à t'offrir. Et c'est aussi la meilleure. Bon courage !

Arthur, dès que la porte se referma, se laissa tomber sur une chaise et se mit à pleurer comme un enfant. Il se sentait complètement vidé, sa vie lui semblait perturbée à tout jamais. Aujourd'hui, il venait de perdre confiance, confiance en la vie, confiance en lui-même.

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