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Extrait ajouté par sapho 2019-04-23T17:47:05+02:00

Faye finit son verre et fit discrètement signe au serveur de la resservir.

« Non, c’est clair, il ne vous ferait prendre aucun risque », dit Alice en mâchant une feuille de salade à la manière d’une actrice porno. Mais comme elle avait lu dans un magazine de santé qu’il fallait mâcher au moins trente fois avant d’avaler, son air sexy tourna vite à la vache qui rumine.

Faye regarda le fond de son assiette, maussade. Elle avait avalé sa demi-salade et avait toujours aussi faim. Elle vit avec envie arriver la commande de la table voisine. Bifteck Rydberg. Boulettes de viande. Pasta. Les assiettes furent placées devant les hommes corpulents en costume. Ceux-là avaient les moyens d’avoir du bide. Les pauvres sont gras, les riches ont de l’embonpoint.

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Extrait ajouté par Fanny-135 2019-07-18T23:59:05+02:00

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Que tu as l'air de porter un chagrin. Je trouve ça beau. Les gens toujours gais m'ennuient. La vie est belle. Mais pas tout le temps. Les gens toujours contents m'ennuient. Nous ne sommes pas faits pour être heureux en permanence, le monde s'arrêterait.

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Extrait ajouté par fanlivre77 2020-05-24T22:09:29+02:00

L’avenir était si brillant qu’il m’aurait fallu des lunettes de soleil.

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Extrait ajouté par fanlivre77 2020-05-24T22:08:38+02:00

On dit que rien ne nous rend plus aveugles que l'amour, mais Faye savait que rien ne nous rend plus aveugles que le rêve d'amour.

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Extrait ajouté par fanlivre77 2020-05-24T22:07:50+02:00

La sueur, ce n'est que de la graisse qui pleure.

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Extrait ajouté par magaliB 2019-05-25T23:01:13+02:00

Vers minuit, je me suis mise dans la queue devant une boîte de nuit, de l’autre côté de la rue. L’ambiance était à l’impatience, je n’étais pas sûre qu’on me laisserait entrer. Je me suis efforcée d’imiter les autres. De me comporter comme eux, même si j’ai par la suite compris qu’il devait s’agir de touristes. Aussi perdus que moi, mais avec une assurance de façade.

J’ai entendu rire derrière mon dos. Deux garçons de mon

âge ont doublé tout le monde et se sont présentés aux vigiles.

Un signe de tête et une poignée de main. Tous les regards

étaient sur eux, jaloux et fascinés. Des heures à se préparer, en pouffant derrière un verre de rosé, pour ensuite se geler les jambes derrière une corde. Quand tout aurait pu être aussi simple. Si seulement on avait pu être quelqu’un.

Contrairement à moi, ces deux garçons étaient des personnes qu’on voyait, respectait et écoutait. Ils étaient quelqu’un.

J’ai alors résolu que moi aussi, un jour…

À ce moment précis, un des garçons s’est retourné pour toiser avec curiosité la foule qu’il venait de doubler. Nos regards se sont croisés.

J’ai regardé ailleurs, fouillé mon sac, à la recherche d’une cigarette. Je ne voulais pas avoir l’air bête, l’air de ce que j’étais

– la fille de la campagne allant pour la première fois en boîte de nuit dans la capitale. Ivre de gin et d’Amarula volés. Mais l’instant suivant il était devant moi. Cheveux rasés, gentils yeux bleus. Oreilles légèrement décollées. Il portait une chemise beige et un jean sombre.

“Comment tu t’appelles ?

— Matilda”, ai-je répondu.

Le prénom que je haïssais. Le prénom qui appartenait à

une autre vie, à une autre personne. Quelqu’un qui n’était plus moi. Que j’avais laissé derrière moi en montant dans le train pour Stockholm.

“Moi, c’est Viktor. T’es seule ?”

Je n’ai pas répondu.

“Va te présenter au vigile.

— Mais je ne suis pas sur la liste, ai-je murmuré.

— Moi non plus.”

Un sourire étincelant. J’ai quitté la queue, sous les regards jaloux et envieux de filles trop légèrement vêtues et de garçons trop gominés.

“Elle est avec moi.”

L’armoire à glace qui gardait l’entrée a soulevé la corde en disant : “Bienvenus.”

Au milieu de la foule, Viktor m’a pris la main pour m’entraîner dans l’obscurité. Des silhouettes, de fragiles lumières multicolores, des basses rebondissantes, des corps enlacés, la danse. Nous nous sommes installés au bout d’un long comptoir, et Viktor a salué le barman.

“Qu’est-ce que tu bois ?” a-t-il demandé.

Avec encore dans la bouche un goût sucré et écœurant de liqueurs, j’ai répondu : “Une bière.

— Bien, j’aime les filles qui boivent de la bière. C’est classe.

— Classe ?

— Oui. Bien, quoi. Cool.”

Il m’a tendu une Heineken. A levé sa bouteille pour trinquer. Je lui ai souri et j’ai bu une gorgée.

“De quoi rêves-tu dans la vie, Matilda ?

— D’être quelqu’un.” J’avais répondu sans réfléchir.

“Mais tu es déjà quelqu’un, non ?

— Quelqu’un d’autre.

— Je trouve que tu es déjà pas mal comme ça.”

Viktor a esquissé quelques pas de danse de côté, en balançant la tête au rythme de la musique.

“Et toi, tu rêves de quoi ?

— Moi ? Je veux juste jouer de la musique.

— Tu es musicien ?”

J’étais obligée de me pencher vers lui et de hausser la voix pour qu’il m’entende.

“DJ. Mais ce soir, j’ai congé. Demain, c’est moi qui serai là-haut.”

J’ai suivi son doigt. Sur une petite scène, contre le mur, derrière des platines, le type qui était avec Viktor se trémoussait au rythme de la musique. Un moment après, il est venu se présenter. Axel. Il semblait gentil et inoffensif.

“Sympa de te rencontrer, Matilda”, a-t-il dit en tendant la main.

J’ai songé combien ils étaient différents des garçons de ma ville natale. Polis. S’exprimant bien. Axel a commandé

à boire et a disparu. Viktor et moi avons trinqué à nouveau.

Ma bière était bientôt finie.

“Avant le concert, demain, on va faire une fête en début de soirée avec des potes. Tu veux passer ?

— Peut-être, ai-je dit en le regardant d’un air pensif. Au fait, pourquoi tu voulais me faire entrer avec toi ?”

J’ai démonstrativement bu le fond de ma bouteille. En espérant qu’il en commanderait une autre. Ce qu’il a fait, une pour moi et une pour lui. Puis il a répondu à ma question. Ses yeux bleus luisaient dans le noir.

“Parce que tu es jolie. Et tu avais l’air seule. Tu regrettes ?

— Non, pas du tout.”

Il a pêché un paquet de Marlboro dans sa poche arrière, m’a tendu une cigarette. Je n’avais rien contre m’en faire offrir, j’avais fumé les miennes. Il ne me restait plus grandchose des quinze mille couronnes du surplus de la vente de la maison, une fois remboursé le prêt et tout ce qu’il fallait payer.

Nos mains se sont touchées quand il a allumé ma cigarette. La sienne était chaude et bronzée. Aussitôt disparu, son contact m’a manqué.

En peignoir bleu marine, Jack lisait Dagens Industri à la table de la cuisine. Il ne leva même pas les yeux quand Faye entra, mais elle y était habituée, quand il était stressé. Et vu toutes ses responsabilités et les heures qu’il passait au bureau, il méritait bien qu’on le laisse tranquille le matin en week-end.

L’appartement de quatre cents mètres carrés, fruit de la réunion de quatre appartements, rendait claustrophobe quand

Jack voulait être tranquille. Faye ne savait toujours pas comment se comporter ces jours-là.

Dans la voiture, en rentrant de Lidingö, où Julienne était invitée à jouer avec une copine de maternelle, Faye s’était fait une joie de passer la matinée avec Jack. Rien que tous les deux. Se blottir au lit, regarder une quelconque émission télévisée dont ils condamneraient ensemble l’idiotie et la vulgarité. Elle voulait que Jack lui raconte sa semaine. Aller se promener main dans la main à Djurgården.

Parler, comme autrefois.

Elle nettoya les restes du petit-déjeuner de Julienne. Les flocons s’étaient ramollis dans le lait. Elle détestait toucher les céréales molles, l’odeur aigre, et ravala un haut-le-cœur en passant un torchon pour essuyer.

Des miettes parsemaient l’îlot central et une tartine à demi mangée défiait les lois de la gravité, en équilibre sur le bord.

Elle ne tenait que parce qu’elle était retournée côté beurre.

“Tu ne pourrais pas essayer de ranger, avant de partir ? dit

Jack, sans lever le nez de son journal. On ne va quand même pas faire venir la femme de ménage le week-end ?

“Tu as des yeux tristes. Tu le sais ? a-t-il dit en tirant une profonde bouffée.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Que tu as l’air de porter un chagrin. Je trouve ça beau.

Les gens toujours gais m’ennuient. La vie est belle. Mais pas tout le temps. Les gens toujours contents m’ennuient. Nous ne sommes pas faits pour être heureux en permanence, le monde s’arrêterait.”

Je n’ai rien répondu. Je le soupçonnais de se moquer de moi.

Soudain, l’ivresse m’a fait tourner la tête. J’ai décidé de m’offrir un souvenir, je me suis penchée en saisissant sa tête entre mes mains et j’ai approché son visage du mien. Un geste qui a dû me faire passer pour plus sûre de moi que je ne l’étais en réalité. Nos lèvres se sont rencontrées. Il avait goût de bière et de Marlboro et embrassait bien. Avec douceur, mais intensité.

“On va chez moi ?” a-t-il demandé.

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Extrait ajouté par magaliB 2019-05-25T22:51:31+02:00

Julienne dormait enfin. Ses cheveux étalés sur l’oreiller rose.

La respiration calme. Faye lui caressa la joue doucement pour ne pas la réveiller.

Jack devait rentrer ce soir de son voyage d’affaires à Londres.

Ou Hambourg ? Faye ne se souvenait plus. Il rentrerait fatigué et stressé, mais elle veillerait à ce qu’il se détende comme il faut.

Elle referma précautionneusement la porte de la chambre de Julienne, se glissa dans l’entrée pour vérifier si la porte était verrouillée. Dans la cuisine, elle passa la main sur la surface du plan de travail. Trois mètres de marbre veiné de vert. Carrare, bien sûr. Malheureusement très peu pratique : la surface poreuse du marbre absorbait tout comme une éponge, et présentait déjà quelques vilaines taches. Mais pour Jack, il n’avait pas été question de choisir plus fonctionnel. La cuisine de l’appartement de Narvavägen avait coûté presque un million, et on n’avait mégoté sur rien.

Faye attrapa une bouteille d’amarone et posa un verre sur le plan de travail. Bruit du verre sur le marbre, glouglou du vin

– un concentré de ses soirées à la maison, quand Jack n’était pas là. Elle versa le vin précautionneusement, pour qu’il n’y ait pas de nouvelles taches à la surface blanche du marbre, et ferma les yeux en portant le verre à sa bouche.

Elle baissa la lumière et gagna l’entrée, où trônaient les por - traits en noir et blanc de Jack, Julienne et elle. Pris par Kate

Gabor, la photographe officieuse de la cour, qui, chaque année, faisait de fabuleuses images des enfants de la famille royale jouant dans les feuilles mortes en habits blancs amidonnés.

Jack et elle avaient choisi des photos estivales. Ils étaient gais et détendus, au bord de l’eau. Julienne entre eux, ses cheveux blonds au vent. Vêtements blancs, bien sûr. Elle une simple robe en coton Armani, Jack chemise et pantalon retroussé

Hugo Boss, Julienne une robe en dentelle de la collection enfants de Stella McCartney. Ils s’étaient disputés juste avant de prendre ces photos. Elle ne se rappelait pas à quel sujet, juste que c’était sa faute. Mais rien de leur mésentente ne transparaissait sur le portrait.

Faye monta l’escalier. Hésita devant la porte du bureau de

Jack, puis l’ouvrit. La pièce était située dans une tour, avec vue panoramique. Un agencement unique pour un bien unique, comme l’avait dit l’agent immobilier en leur faisant visiter l’appartement, cinq ans plus tôt. Elle avait alors Julienne dans le ventre et la tête pleine d’espoirs lumineux pour l’avenir.

Elle aimait cette tour. L’espace et la lumière qui se déversait par les fenêtres donnaient l’impression de voler. Et à présent, dans l’obscurité compacte, les parois voûtées tout autour d’elle lui faisaient l’impression d’un cocon douillet.

Elle avait elle-même aménagé la pièce, comme le reste de l’appartement. Choisi les papiers peints, les bibliothèques, le bureau, les photographies et les tableaux au mur. Et Jack adorait. Il ne remettait jamais son goût en question, et sa fierté

n’avait pas de bornes quand des invités leur demandaient le numéro de leur décorateur.

Dans ces moments-là, il la laissait briller.

Alors que toutes les autres pièces étaient modernes, lumineuses et spacieuses, le bureau de Jack avait une touche plus masculine. Plus grave. Elle avait consacré plus d’énergie à cette pièce qu’à la chambre de Julienne et tout le reste de l’appartement. Jack devait y passer beaucoup de temps et y prendrdes décisions importantes engageant l’avenir de la famille. Lui aménager là ce havre de paix, juste au-dessous des nuages, c’était bien le moins qu’elle puisse faire.

Faye caressa avec satisfaction le bureau rustique de Jack qu’elle avait acheté aux enchères chez Bukowski et qui avait autrefois appartenu à Ingmar Bergman. Jack n’était pas spécialement féru de Bergman, il préférait les films d’action avec Jackie Chan ou les comédies avec Ben Stiller mais, comme elle, il aimait les meubles avec une histoire.

Lorsqu’il faisait visiter l’appartement à des hôtes, il ne manquait pas de frapper deux fois ce bureau du plat de la main en indiquant, comme en passant, que ce beau meuble avait jadis appartenu au réalisateur mondialement connu. Chaque fois,

Faye souriait, car au moment où il prononçait ces mots, leurs regards se croisaient. C’était là encore une des mille choses qu’ils avaient partagées et partageaient encore. Ces regards complices, ces petits riens qui construisaient une relation.

Elle se laissa tomber dans le fauteuil, devant l’ordinateur, pivota d’un demi-tour et se retrouva face à la fenêtre. La neige tombait, avant de se transformer en bouillasse dans la rue, tout en bas. En se penchant, elle aperçut une voiture qui peinait à avancer dans cette sombre soirée de février. Au niveau de Banérgatan, le conducteur tourna le volant et disparut en direction du centre-ville. Un instant, elle oublia ce qu’elle

était venue faire dans le bureau de Jack. Qu’il était facile de se perdre dans la nuit en se laissant hypnotiser par les flocons qui crevaient le noir.

Faye cligna des yeux, se redressa, fit pivoter le fauteuil pour revenir face au grand écran Apple et bougea la souris pour le rallumer. Elle se demanda ce que Jack avait fait du tapis à souris qu’elle lui avait offert à Noël, avec une photo de Julienne et elle. À la place il en avait un bleu, laid, avec le logo Nordea. Le cadeau annuel fait aux clients de la banque privée.

Elle connaissait son mot de passe. Julienne2010. Au moins, il n’avait pas Nordea en économiseur d’écran, mais toujours la photo de Julienne et elle prise à Marbella. Elles étaient à

la frange des vagues, Faye tenait sa fille à bout de bras, levée vers le ciel. Elles riaient toutes les deux, mais le rire de Faye se sentait plus qu’il ne se voyait, étant couchée de dos, les cheveux dans l’eau. En revanche, les yeux bleu clair de Julienne regardaient vers l’appareil, droit dans l’objectif. Dans les yeux tout aussi bleus de Jack.

Faye se pencha plus près, laissant son regard glisser sur son corps bronzé luisant de sel et d’eau. Cela avait beau être juste quelques mois après son accouchement, elle était en meilleure forme qu’aujourd’hui. Son ventre était plat. Ses bras minces.

Ses cuisses fines et fermes. Aujourd’hui, presque trois ans plus tard, elle avait pris au moins dix kilos. Peut-être quinze. Voilà

longtemps qu’elle n’avait pas osé se peser.

Elle arracha son regard de son corps à l’écran et ouvrit le moteur de recherche, cliqua sur l’historique et entra porn. Les liens s’affichèrent, classés par date. Elle pouvait facilement suivre les fantasmes sexuels de Jack, ces derniers mois. Comme un répertoire de ce qui l’excitait. Fantasmes pour les nuls.

Le 26 octobre, il avait visionné deux clips. Russian Teen Gets

Slammed by Big Cock et Skinny Teen Brutally Hammered. On pouvait dire ce qu’on voulait de l’industrie du porno, mais au moins, les titres des films étaient concrets. Pas de périphrases.

Aucune tentative d’enjoliver, de faire mousser, de mentir sur la marchandise et sur ce que désirait le client face à son écran.

Un dialogue direct, une communication ouverte et franche.

Depuis qu’elle le connaissait, Jack avait toujours regardé

du porno, et elle en regardait parfois elle aussi quand elle

était seule. Elle méprisait ses amies qui prétendaient qu’il ne viendrait jamais à l’idée de leurs maris d’en mater. Comme déni, ça se posait là.

Autrefois, Jack n’avait jamais laissé sa consommation de porno empiéter sur leur vie sexuelle. Ça n’avait jamais été

l’un ou l’autre. Mais désormais, il ne venait plus vers elle, alors qu’il continuait à chercher à se satisfaire avec Skinny

Teen Brutally Hammered.

La boule qu’elle avait au ventre ne faisait que grossir à mesure que défilaient les clips. Les filles y étaient jeunes, maigres et soumises. Jack avait toujours aimé les filles minces et jeunes.

Lui, il n’avait pas changé, elle, oui. Et n’était-ce pas ainsi que la plupart des hommes voulaient leurs femmes ? À Östermalm, pas question de vieillir ou de prendre du poids. Du moins pour la gent féminine.

Ce dernier mois, Jack avait regardé le même film sept ou huit fois

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Extrait ajouté par sapho 2019-04-23T17:46:33+02:00

J’ai aimé Stockholm dès le premier instant. De ma fenêtre aux septième étage, j’avais vue sur les belles façades des environs, les parcs verdoyants, les jolies voitures, en pensant qu’un jour moi aussi j’habiterais un de ces immeubles cossus du XIXe siècle, avec un mari, trois enfants parfaits et un chien.

Mon mari serait peintre. Ou écrivain. Ou musicien. Aussi différent que possible de papa. Sophistiqué, intellectuel, mondain. Il sentirait bon et s’habillerait bien. Serait un peu dur avec les autres, mais pas avec moi, car je serais la seule à le comprendre.

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Extrait ajouté par sapho 2019-03-12T06:46:39+01:00

“Et si elle était juste blessée ?” demanda Faye.

Elle fixait la table, incapable de soutenir leurs regards.

Une brève hésitation. Puis une voix désolée :

“Il y a énormément de sang. Pour un si petit corps. Mais je ne veux pas spéculer avant qu’un médecin légiste ait pu se prononcer.”

Faye hocha la tête. On lui donna de l’eau dans un gobelet en plastique transparent, elle le porta à sa bouche, mais tremblait si violemment que quelques gouttes coulèrent le long de son menton sur son chemisier. La policière blonde aux gentils yeux bleus se pencha et lui tendit une serviette en papier pour s’essuyer.

Elle s’épongea lentement. L’eau allait laisser de vilaines taches sur son chemisier en soie. Mais ça n’avait plus aucune importance.

“Il n’y a aucun doute ? Plus aucun ?”

La policière lorgna vers son collègue, puis secoua la tête en pesant soigneusement ses mots :

“Encore une fois : un médecin doit se prononcer sur ce que nous avons trouvé sur la scène de crime. Mais, pour le moment, tout pointe dans la même direction : votre ex-mari Jack a tué votre fille.”

Faye ferma les yeux en étouffant un sanglot.

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Extrait ajouté par sapho 2019-03-12T06:46:24+01:00

Faye cligna des yeux, se redressa, fit pivoter le fauteuil pour revenir face au grand écran Apple et bougea la souris pour le rallumer. Elle se demanda ce que Jack avait fait du tapis à souris qu’elle lui avait offert à Noël, avec une photo de Julienne et elle. À la place il en avait un bleu, laid, avec le logo Nordea. Le cadeau annuel fait aux clients de la banque privée.

Elle connaissait son mot de passe. Julienne2010. Au moins, il n’avait pas Nordea en économiseur d’écran, mais toujours la photo de Julienne et elle prise à Marbella. Elles étaient à la frange des vagues, Faye tenait sa fille à bout de bras, levée vers le ciel. Elles riaient toutes les deux, mais le rire de Faye se sentait plus qu’il ne se voyait, étant couchée de dos, les cheveux dans l’eau. En revanche, les yeux bleu clair de Julienne regardaient vers l’appareil, droit dans l’objectif. Dans les yeux tout aussi bleus de Jack.

Faye se pencha plus près, laissant son regard glisser sur son corps bronzé luisant de sel et d’eau. Cela avait beau être juste quelques mois après son accouchement, elle était en meilleure forme qu’aujourd’hui.

Son ventre était plat. Ses bras minces. Ses cuisses fines et fermes. Aujourd’hui, presque trois ans plus tard, elle avait pris au moins dix kilos. Peut-être quinze. Voilà longtemps qu’elle n’avait pas osé se peser.

Elle arracha son regard de son corps à l’écran et ouvrit le moteur de recherche, cliqua sur l’historique et entra porn. Les liens s’affichèrent, classés par date. Elle pouvait facilement suivre les fantasmes sexuels de Jack, ces derniers mois. Comme un répertoire de ce qui l’excitait. Fantasmes pour les nuls.

Le 26 octobre, il avait visionné deux clips. Russian Teen Gets Slammed by Big Cock et Skinny Teen Brutally Hammered. On pouvait dire ce qu’on voulait de l’industrie du porno, mais au moins, les titres des films étaient concrets. Pas de périphrases. Aucune tentative d’enjoliver, de faire mousser, de mentir sur la marchandise et sur ce que désirait le client face à son écran. Un dialogue direct, une communication ouverte et franche.

Depuis qu’elle le connaissait, Jack avait toujours regardé du porno, et elle en regardait parfois elle aussi quand elle était seule. Elle méprisait ses amies qui prétendaient qu’il ne viendrait jamais à l’idée de leurs maris d’en mater. Comme déni, ça se posait là.

Autrefois, Jack n’avait jamais laissé sa consommation de porno empiéter sur leur vie sexuelle. Ça n’avait jamais été l’un ou l’autre. Mais désormais, il ne venait plus vers elle, alors qu’il continuait à

chercher à se satisfaire avec Skinny Teen Brutally Hammered.

La boule qu’elle avait au ventre ne faisait que grossir à mesure que défilaient les clips. Les filles y étaient jeunes, maigres et soumises. Jack avait toujours aimé les filles minces et jeunes. Lui, il n’avait pas changé, elle, oui. Et n’était-ce pas ainsi que la plupart des hommes voulaient leurs femmes ? À Östermalm, pas question de vieillir ou de prendre du poids. Du moins pour la gent féminine.

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