Livres
374 694
Comms
1 301 090
Membres
255 677

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

Extrait de La chambre de mamie ajouté par DanyBoutigny 2017-04-21T14:59:04+02:00

28 août 1944

Paris libérée ! Je ne vous raconte pas la joie et les cris de bonheur des Parisiens et provinciaux, eux-mêmes, devenus parisiens d’un jour. Les gens sortaient et défilaient, drapeau à la main, dans toutes les rues de la grande ville française. Tout le monde s’embrassait sur les joues ou sur la bouche selon l’envie du moment. Jacques et Robert ont pris le train pour monter sur la capitale et nous ont payé un billet à chacune, à Paulette et à moi-même. Nous sommes arrivés, ne sachant pas vraiment quel accueil nous serait réservé. Sur place, je n’en revenais pas, ce fut un moment d’allégresse et tellement exquis que j’ai donné un fougueux baiser à Robert sans aucune arrière-pensée. Je ne me suis pas rendue compte de l’impact que ce baiser allait avoir sur lui. Je ne veux pas de relation, ni avec lui, ni avec personne d’autre. L’idiot a eu du mal à comprendre, d’ailleurs, il me fait un peu la tête depuis cet égarement. Je pense qu’il en pince pour moi, il me regarde souvent et j’ai l’impression qu’il fait tout pour se retrouver seul avec moi. Il est vrai que ce n’est pas bien malin de ma part de lui donner un faux espoir. Bon, cela finira par lui passer. Paulette m’a dit que j’étais incorrigible et qu’elle aurait bien voulu être à ma place. Qu’elle la prenne, je la lui cède bien volontiers.

Afficher en entier
Extrait de La chambre de mamie ajouté par DanyBoutigny 2017-04-21T14:58:30+02:00

Tout le monde craint cette Faucheuse, mais Alice n’en avait jamais eu peur puisqu’elle l’avait frôlée encore gamine. Elle avait pu sentir la vie se dérober de son corps, ses battements ralentir, sa tête devenir cotonneuse se préparant à dormir pour toujours. Le destin l’avait épargnée alors elle s’était dit qu’elle ferait quelque chose de sa vie, qu’elle la vivrait pleinement, la savourant goulûment chaque jour. Alice était une épicurienne, elle aimait la vie, et elle aimait les gens sauf les cons. Et elle en avait croisé un certain nombre dans sa vie. Des petits cons, des grands cons, des cons instruits, des cons aisés, des cons fauchés, des cons écolos, des cons matérialistes, des cons à talons aiguilles et des cons descendant d’autres cons. Des lignées de cons qu’elle avait approchés bien malgré elle. Parfois, elle se disait qu’elle devait en faire partie. Croiser autant de cons lui mettait le doute. Et si c’était elle qui était… ? Tant pis !

Afficher en entier
Extrait de La chambre de mamie ajouté par DanyBoutigny 2017-04-21T14:55:40+02:00

La liberté d’évoluer dans un monde libre et de faire des choix individuels dans une société saine et évoluée l’avait toujours animée. Par principe, elle se battait pour l’égalité de tous, pour tous. Elle avait arrêté ses manifestations le jour où elle s’était retrouvée dans une bousculade qui lui avait valu un bras cassé en chutant violemment sur le goudron. À 67 ans, l’ostéoporose eut raison de sa niaque, pas les hommes. Les inspecteurs n’en revenaient pas lorsqu’ils lisaient les procès-verbaux. Elle avait du caractère, cette dame et avec cela, un langage décapant.

Afficher en entier
Extrait de La chambre de mamie ajouté par DanyBoutigny 2017-04-21T14:11:57+02:00

À 13 h 45, elle enfila ses mocassins vernis et mit un caban en laine, elle voulait paraître plus jeune. Alice savait qu’il en pinçait toujours pour elle et elle-même le trouvait séduisant ; alors pour ses visites, elle mettait une jupe crayon et des bas de couleurs chair. Rien que pour ses beaux yeux et ses mains baladeuses. Elle avait pris aussi quelques cigarettes pour accompagner leurs commérages. Ils ne s’interdisaient rien et la maison de retraite tolérait ce genre d’échange. Il y avait une terrasse extérieure où les résidents pouvaient fumer. Pour le reste, cela se passait dans la chambre individuelle de papy. Tous deux étaient assis sur le lit à roulettes, la porte ne pouvait se fermer de l’intérieur et ce détail pimentait forcément leurs joutes verbales et caresses sensuelles. Les doigts d’une de ses mains pianotaient sous la jupe retroussée d’Alice. Les siennes se promenaient dans son dos pour venir se poser sur l’entrejambe de Walter. Ils commencèrent par se dire des mots poétiques, ensuite venaient les mots plus osés, plus crus, susurrés à l’oreille de l’autre. Pour conclure avec un baiser tendre et plus chaste que leurs mains racoleuses.

Afficher en entier