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Par Rayathea le 18-11-2015 Editer
La chronique des Bridgerton, Tome 9 : Des années plus tard
Quand il était furieux

Violet courut dans le hall -vraiment, à son âge!- et poussa la porte d'entrée de sorte qu'elle pouvait attendre la voiture. La voiture de Francesca était presque là, elle fit un dernier tour complet sur le perron, de sorte que l'une des portes se retrouva face à la maison.
Violet pouvait voir Michael à travers la fenêtre. Il fit un geste. Elle s’illumina.
-Oh, vous m'avez manqué ! Dit-elle en se précipitant vers lui comme il descendait de la voiture. Vous devez promettre de ne jamais attendre si longtemps pour revenir.
-Comme si je pouvais vous refuser quoi que ce soit, dit-il, se penchant pour embrasser sa joue.
Il se tourna alors, tenant le bras de Francesca pour l’aider à descendre.
Violet embrassa sa fille, puis recula pour la regarder. Frannie était...
Rayonnante.
Elle était positivement rayonnante.
-Vous m’avez manqué, mère, dit-elle.
Violet aurait répondu, mais elle se trouva inopinément étranglée. Elle sentit ses lèvres se serrer, puis se contracter dans les coins, comme elle luttait pour contenir ses larmes. Elle ne savait pas pourquoi elle était si émotive. Oui, cela faisait plus d'un an, mais n'était-elle pas partie 342 jours auparavant ?
Ce n'était pas tellement différent.
-J'ai quelque chose pour vous, dit Francesca, et Violet aurait juré que ses yeux brillaient, aussi.
Francesca se retourna vers la voiture et tendit les bras. Une femme de chambre apparut dans l'embrasure, tenant une sorte de paquet, qu'elle remit ensuite à sa maîtresse.
Violet eut le souffle coupé. Mon Dieu, cela ne pouvait pas être...
-Mère, dit doucement Francesca, berçant doucement le précieux paquet, voici John.
Les larmes, qui avait attendu patiemment dans les yeux de Violet, commencèrent à rouler.
-Frannie, murmura t-elle, en prenant le bébé dans ses bras, pourquoi ne me l’as-tu pas dit ?
Et Francesca -son affolante et impénétrable troisième fille- dit :
-Je ne sais pas.
-Il est beau, dit Violet, ne se souciant pas qu'elle avait été maintenue dans l'obscurité. Elle ne se souciait de rien d’autre pour le moment, que du garçon minuscule dans ses bras, les yeux levés vers elle avec une expression incroyablement sage.
-Il a tes yeux, dit Violet, en regardant Francesca.
Frannie hocha la tête, et son sourire était presque ridicule, comme si elle n'arrivait pas à y croire.
-Je sais.
-Et ta bouche.
-Je pense que vous avez raison.
-Et ton… oh, je pense qu'il a ton nez aussi.
-On me dit, dit Michael d'une voix amusée, que j'ai été impliqué dans sa création, aussi, mais je n'ai encore vu aucune preuve.
Francesca le regarda avec tant d'amour que cela coupa presque le souffle de Violet.
-Il a votre charme, dit-elle.
Violet se mit à rire, et à rire encore. Il y avait trop de bonheur en elle, elle ne pouvait pas le garder à l’intérieur.
-Je pense qu'il est temps de présenter ce petit bonhomme à sa famille, dit-elle. N'est-ce pas ?
Francesca tendit les bras pour prendre le bébé, mais Violet se détourna.
-Pas encore, dit-elle.
Elle voulait le tenir encore un peu. Peut-être jusqu'à mardi.
-Mère, je pense qu'il pourrait avoir faim.
Violet prit une expression espiègle.
-Il te le fera savoir.
-Mais…
-Je sais une chose ou deux au sujet des bébés, Francesca Bridgerton Stirling.
Violet sourit à John.
-Ils adorent leur grand-maman, par exemple.
Il se mit à gargouiller puis à roucouler, puis sourit.
-Viens avec moi, mon petit, murmura t-elle, j'ai tellement de choses à te dire.
Et derrière elle, Francesca se tourna vers Michael et lui dit :
-Penses-tu que nous allons pouvoir le récupérer durant notre visite ?
Il secoua la tête, puis ajouta :
-Ça va nous donner plus de temps pour donner une soeur à ce petit bonhomme.
-Michael !
-Écoute cet homme, lui dit Violet, sans se donner la peine de se retourner.
-Mon Dieu, murmura Francesca.
Mais elle écouta.
Et elle profita
Et neuf mois plus tard, elle dit bonjour à Janet Helen Stirling.
Qui ressemblait exactement à son père.
Par Rayathea le 18-11-2015 Editer
La chronique des Bridgerton, Tome 9 : Des années plus tard
Le Vicomte qui m'aimait

-Y a-t-il une chance que vous soyez capable de vous abstenir de blasphémer en compagnie des dames ? Demanda Simon, le Duc de Hastings, le mari de Daphné.
-Ce n’est pas une dame, grommela Anthony. C’est ma soeur.
-C’est ma femme.
Anthony sourit.
-C’était d’abord ma soeur.
Simon se tourna vers Kate, qui tapait son maillet vert contre l’herbe, dont-elle avait dit être satisfaite, mais Anthony la connaissait bien.
-Comment, demanda t-il, arrivez-vous à le supporter ?
Elle haussa les épaules.
-C'est un talent que peu de personnes possèdent.
Par Rayathea le 18-11-2015 Editer
La chronique des Bridgerton, Tome 9 : Des années plus tard
Le Vicomte qui m'aimait

-Kaaaaaaaaaaate !
Kate leva les yeux de son livre.
-Kaaaaaaaaaaate !
Elle essaya d’évaluer le temps. Après avoir entendu hurler son nom pendant quinze ans, en grande partie de la même façon, elle était devenue tout à fait compétente pour évaluer le temps entre le premier rugissement et l'apparition de son mari.
Ce n’était pas un calcul aussi simple qu’il y paraissait. Il y avait le lieu à prendre en considération, selon si elle se trouvait à l'étage ou en bas, visible de la porte, et ainsi de suite, et ainsi de suite.
Puis il fallait ajouter les enfants. Étaient-ils à la maison ? Sur son passage ? Ils le ralentiraient certainement, peut-être même pendant une minute entière, et…
-Toi !
Kate cligna des yeux avec surprise. Anthony était à la porte, haletant avec effort et il la fixait avec un degré surprenant d’animosité.
-Où est-il ? Demanda t-il.
Eh bien, peut-être pas si surprenant.
Elle cligna des yeux impassibles.
-Veux-tu t’asseoir ? Demanda t-elle. Tu as l'air un peu surmené.
-Kate ...
-Tu n’es plus aussi jeune qu’avant, dit-elle avec un soupir.
-Kate ...
Le son avait monté.
-Je peux sonner pour le thé, dit-elle doucement.
-Il était verrouillé, grogna t-il. Mon bureau était verrouillé.
-En es-tu certain ? Murmura-t-elle.
-Moi seul ai la clé.
-Crois-tu ?
Ses yeux s’agrandirent.
-Qu'as-tu fait ?
Elle ouvrit une page, même si elle n’avait pas l’intention de lire une ligne.
-Quand ?
-Qu'est-ce que tu veux dire par quand ?
-Je veux dire…
Elle fit une pause, parce que ce n'était pas un moment à laisser passer sans se réjouir intérieurement.
-Quand. Ce matin ? Ou le mois dernier ?
Il lui fallut un moment. Pas plus d'une seconde ou deux, mais c'était juste assez longtemps pour que Kate puisse voir son expression, passer de la confusion à la suspicion et à l'indignation.
Il était magnifique. Enchanteur. Délicieux. Elle aurait bien ri avec lui, mais cela ne ferait qu'encourager un autre mois de "double labeurs, de troubles et de blagues", et elle venait juste d’obtenir un répit.
-Tu as fait une clé de mon bureau ?
-Je suis ta femme, dit-elle, jetant un regard sur ses ongles. Il ne devrait pas y avoir de secrets entre nous, ne penses-tu pas ?
-Tu as fait faire une clé ?
-Tu ne voudrais pas garder des secrets, n’est-ce pas ?
Ses doigts saisirent le chambranle jusqu'à ce qu’à ce qu’ils blanchissent.
Par Rayathea le 18-11-2015 Editer
La chronique des Bridgerton, Tome 9 : Des années plus tard
Le Vicomte qui m'aimait

-Il est à moi, tout à moi, gloussa t-elle, dans à peu près les mêmes tons qu'elle avait utilisés pendant la présentation de Macbeth par la famille Bridgerton, le mois précédent.
Son fils aîné avait distribué les rôles, elle avait eu celui de première sorcière.
Kate avait fait semblant de ne pas remarquer quand Anthony l’avait récompensé avec un nouveau cheval.
Son mari allait payer maintenant. Ses chemises seraient colorées en rose avec de la confiture de framboise, et elle…
Elle souriait si fort qu'elle riait.
Par Rayathea le 18-11-2015 Editer
La chronique des Bridgerton, Tome 9 : Des années plus tard
Quand il était furieux

Eloïse ouvrit un oeil.
-Mon fils n'a tué personne, demanda t-elle ?
-Non.
-Personne ne l'a tué ?
Francesca sourit.
-Non.
-Bon.
Eloïse bâilla et se réinstalla dans sa chaise.
Par Rayathea le 18-11-2015 Editer
La chronique des Bridgerton, Tome 9 : Des années plus tard
Quand il était furieux

Elles poursuivirent leur promenade ensembles dans les jardins, cueillant des bouquets de jacinthes pour décorer la chapelle. Elles avaient presque rempli le panier quand elles entendirent le son caractéristique d'une voiture qui descendait l’allée.
-Je me demande qui cela peut-être, dit Charlotte, en se haussant sur la pointe des pieds, comme si cela pouvait effectivement l’aider à mieux voir la voiture.
-Je ne suis pas sûr, répondit Francesca.
Beaucoup de relations devaient arriver dans l’après-midi.
-Mon oncle Michael, peut-être.
Francesca sourit.
-Je l'espère.
-J'adore mon oncle Michael, dit Charlotte avec un soupir, et Francesca aurait presque ri, parce que le regard dans les yeux de sa nièce était celui qu'elle avait vu mille fois auparavant.
Les femmes adoraient Michael. Il semblait même que les petites filles de sept ans n'étaient pas à l'abri de son charme.
-Eh bien, il est très beau, souligna Francesca.
Charlotte haussa les épaules.
-Je suppose.
-Tu supposes ? Répondit Francesca, en essayant de ne pas sourire.
-Je l'aime parce qu'il me lance en l'air quand père ne regarde pas.
-Il aime contourner les règles.
Charlotte sourit.
-Je sais. C'est pourquoi je ne le dis pas à Père.
Francesca n'avait jamais pensé à Anthony comme à quelqu’un de particulièrement sévère, mais il était le chef de la famille depuis plus de vingt ans, et elle supposait que l'expérience lui avait donné un certain amour de l'ordre et des priorités.
Et il faut le dire, il avait toujours aimé se sentir responsable.
-Ce doit être notre secret, déclara Francesca, se penchant à l'oreille de sa nièce. Et quand tu souhaiteras venir nous rendre visite en Ecosse, n’hésite pas. Nous faisons des entorses aux règles tout le temps.
Les yeux de Charlotte devinrent énormes.
-Vous faites cela ?
-Parfois, nous prenons le petit déjeuner pour le souper.
-Brillant.
-Et nous marchons sous la pluie.
Charlotte haussa les épaules.
-Tout le monde marche sous la pluie.
-Oui, je suppose, mais parfois on danse.
Charlotte recula.
-Pourrais-je retourner avec vous en Ecosse ?
-C'est à tes parents de décider, chérie.
Francesca rit et prit la main de Charlotte.
-Mais nous pouvons danser maintenant.
-Ici ?
Francesca hocha la tête.
-Alors que tout le monde peut nous voir ?
Francesca regarda autour d’elles.
-Je ne vois personne qui nous observe. Et même s'il y avait quelqu’un, qui s'en soucie ?
Les lèvres de Charlotte se pincèrent, et Francesca pouvait pratiquement voir son esprit fonctionner.
-Pas moi ! Dit-elle, et elle lia son bras à celui de Francesca. Ensemble, elles dansèrent une petite gigue, suivie d'un quadrille écossais, se tordant et virevoltant jusqu'à ce qu'elles soient toutes les deux à bout de souffle.
-Oh, je souhaite qu'il pleuve !
Charlotte se mit à rire.
-Est-ce que ce serait vraiment amusant maintenant ?
-Oncle Michael ! Cria Charlotte, s’élançant vers lui.
-Et je suis instantanément oubliée, déclara Francesca avec un sourire désabusé.
Michael regarda vivement par-dessus la tête de Charlotte.
-Pas par moi, murmura-t-il.
-Tante Francesca et moi avons dansé, lui dit Charlotte.
-Je sais. Je vous ai vu de l'intérieur de la maison. J'ai particulièrement apprécié la nouvelle.
-Quelle nouvelle ?
Michael fit semblant d’avoir le regard confus.
-La nouvelle danse que vous faisiez.
-Nous ne faisions pas de nouvelle danse, répondit Charlotte, les sourcils froncés.
-Alors qu'est-ce c’était, celle qui impliquait que vous vous rouliez dans l'herbe ?
Francesca se mordit les lèvres pour s'empêcher de sourire.
-Nous sommes tombées, oncle Michael.
-Non !
-Si !
-C’était une danse vigoureuse, confirma Francesca.
-Vous deviez être exceptionnellement gracieuse, alors, parce vous sembliez plutôt l’avoir fait exprès.
-Non ! Nous ne l’avons pas fait exprès ! Déclara Charlotte avec enthousiasme. Nous sommes vraiment juste tombées. Par accident !
-Je suppose que je dois te crois, dit-il avec un soupir, mais seulement parce que je sais que tu es beaucoup trop digne de confiance pour mentir.
Par Rayathea le 18-11-2015 Editer
La chronique des Bridgerton, Tome 9 : Des années plus tard
A Sir Phillip, avec amour

-Mon neveu vient nous rendre visite cet après-midi.
Chacune des filles Brougham se redressa vivement sur son siège. Je jure, c'était comme le jeu de certains enfants avec un bouton-pression. Bing bing bing bing... Jusqu'à ce qu’elles soient assises dans une posture parfaitement idéale.
J'en déduisis immédiatement que le neveu de Madame Brougham devait avoir l’âge de se marier, probablement une bonne fortune, et peut-être des traits agréables.
-Vous n'avez pas mentionné que Ian venait nous rendre visite, dit l'une des filles.
-Il ne s'agit pas de lui, répondit Madame Brougham. Il est toujours à Oxford, comme vous le savez bien. C’est Charles qui doit venir.
Poof. Les filles Brougham se dégonflèrent, toutes à la fois.
-Oh, déclara l'une d'entre elle. Charlie.
-Aujourd'hui, vous dites, demanda une autre, avec un remarquable manque d'enthousiasme.
Et puis, la troisième dit :
-Je vais devoir cacher mes poupées.
La quatrième ne dit rien. Elle continua à boire son thé, avec l’air de plutôt s’ennuyer.
-Pourquoi devez-vous cacher vos poupées ? Demanda Pénélope.
En toute vérité, je me demandais la même chose, mais cela semblait une question trop enfantine pour une jeune fille de dix-neuf ans.
-C'était il y a douze ans, Dulcie, dit Madame Brougham. Mon Dieu, tu as la mémoire d'un éléphant.
-On n'oublie pas ce qu'il a fait à mes poupées, déclara sombrement Dulcie.
-Qu'a t-il fait ? Demanda Pénélope.
Dulcie fit un mouvement tranchant au niveau de sa gorge. Pénélope haletait, et je dois avouer, qu’il y avait quelque chose d'assez horrible dans l'expression de Dulcie.
-C'est une bête, déclara l'une des soeurs de Dulcie.
-Ce n’est pas une bête, insista Madame Brougham.
Les filles Brougham nous regardait tous, en hochant la tête d’un accord silencieux, comme si elles voulaient nous dire de ne pas l’écouter.
-Quel âge a votre neveu maintenant ? Demanda ma mère.
-Vingt-deux ans, répondit Madame Brougham, ayant l'air plutôt reconnaissant de la question. Il a été diplômé d'Oxford le mois dernier.
-Il a un an de plus que Ian, expliqua l'une des filles.
Je hochais la tête, même si je pouvais à peine utiliser Ian -que je n'avais jamais rencontré- comme point de référence.
-Il n'est pas aussi beau.
-Ou aussi charmant.
Je regardais la dernière fil e Brougham, attendant qu’elle donne son opinion. Mais elle ne fit que bailler.
-Combien de temps restera t-il ? Demanda poliment ma mère.
-Deux semaines, répondit Madame Brougham, mais avant qu’elle ne puisse poursuivre par :
-Deux petites semaines…
Elle fut coupée par l’une des fil es qui se mit à hurler de consternation.
-Deux semaines ! Quinze jours ensemble !
-J'espérais qu'il pourrait nous accompagner à l'assemblée locale, dit Madame Brougham.
Cette déclaration suscita plus gémissements. Je dois dire, que ma curiosité commençait à grandir au sujet de ce Charles.
Toute personne qui pouvait inspirer une telle épouvante parmi les filles Brougham devait m’être présentée.
Par Rayathea le 18-11-2015 Editer
La chronique des Bridgerton, Tome 9 : Des années plus tard
L'offre d'un gentleman

Il est vrai que Sophie n’avait pas manqué, une ou peut-être une douzaine de fois, de présenter Posy à des gentlemen célibataires qui se trouvaient à ce moment la dans le Wiltshire, mais cette fois…
Cette fois, Sophie savait.
Cette fois, c'était l'amour.
-Monsieur Woodson, dit-elle, en essayant de ne pas sourire comme une folle, permettez-moi de vous présenter ma chère soeur, Miss Posy Reiling.
Monsieur Woodson semblait comprendre qu’elle disait quelque chose, mais la vérité était, qu’il regardait fixement Posy comme s'il venait juste de rencontrer Aphrodite.
-Posy, continua Sophie, je te présente Monsieur Woodson, notre nouveau vicaire. Il n'est arrivé ici que récemment, il y a à peu près trois semaines.
Il était en poste depuis près de deux mois. Sophie le savait parfaitement, mais elle avait hâte de voir s'il était suffisamment attentif pour la corriger.
Il hocha la tête, sans quitter Posy des yeux.
-S'il vous plaît, Monsieur Woodson, murmura Sophie, asseyez-vous.
Il réussit à comprendre ce qu’elle disait et s’assit sur une chaise.
-Du thé, Monsieur Woodson ? Demanda Sophie.
Il hocha la tête.
-Posy, peux-tu le verser ?
Posy hocha la tête.
Sophie attendit, puis quand il devint évident que Posy n'allait rien faire d’autre que sourire à Monsieur Woodson, elle lui dit :
-Posy.
Posy se tourna vers elle, mais sa tête se déplaça tellement lentement et avec une telle réticence, que c'était comme si un aimant géant exerçait sa force sur elle.
-Veux-tu verser le thé pour Monsieur Woodson ? Murmura Sophie, en essayant de restreindre son sourire à ses yeux.
-Oh. Bien sûr.
Posy se tourna vers le vicaire, avec de nouveau ce sourire idiot sur son visage.
-Voulez-vous un peu de thé ?
Normalement, Sophie aurait mentionné qu'elle avait déjà demandé à M. Woodson s'il voulait du thé, mais il n'y avait rien de normal dans cette rencontre, et elle décida donc de tout simplement prendre du recul et d'observer.
-Oui un peu, lui dit Monsieur Woodson. Pour commencer.
Sophie pensa qu’ils agissaient comme si elle n'était pas là.
-Comment le prendrez-vous ? Demanda Posy.
-Comme vous le souhaitez.
Oh maintenant, c'en était trop. Aucun homme ne tombait si aveuglément amoureux au point de ne plus savoir comment il préférait son thé. On était en Angleterre, pour l'amour du ciel. Plus précisément, il s’agissait du thé.
-Nous avons à la fois du lait et du sucre, dit Sophie, incapable de se taire.
Elle avait eu l’intention de rester assise et de regarder, mais vraiment, même la plus désespérée des romantiques ne pouvait pas garder le silence.
Monsieur Woodson ne l’entendit pas.
-N’importe lequel d’entre eux serait approprié dans votre tasse, ajouta t-elle.
-Vous avez les yeux les plus extraordinaires que j’ai jamais vu, dit-il, et sa voix était pleine d'émerveillement, comme s'il ne pouvait pas tout à fait croire qu'il était là, dans cette salle, avec Posy.
-Votre sourire, déclara Posy en retour. Est... charmant.
Il se pencha en avant.
-Aimez-vous les roses, Miss Reiling ?
Posy hocha la tête.
-Je dois absolument vous en apporter quelques-unes.
Sophie renonça de paraître sereine et se mit à sourire. Aucun d'entre eux ne la regardait, de toute façon.
-Nous avons des roses, dit-elle.
Pas de réponse.
-Dans le jardin à l'arrière.
Encore une fois, rien.
-Vous pourriez y faire une promenade tous les deux.
C'était comme si quelqu'un venait de les piquer.
-Oh, pouvons-nous ?
-Je serais ravie.
-S'il vous plaît, permettez-moi de…
-Prenez mon bras.
-Je voudrais…
-Vous devez…
Au moment où Posy et Monsieur Woodson furent à la porte, il devint difficile pour Sophie de savoir qui avait dit quoi. Et pas une goutte de thé n’avait été versée dans la tasse de Monsieur Woodson.
Sophie attendit pendant une minute entière, puis éclata de rire, applaudit puis posa sa main sur sa bouche pour en étouffer le bruit même si elle ne savait pas très bien pourquoi elle devait le faire.
C'était un rire de pur délice. De fierté, aussi, d'avoir tout orchestré.
-Qu'est-ce qui te fait rire ?
C’était Benedict, qui venait d’entrer dans la salle, ses doigts tachés de peinture.
-Ah, des biscuits. Excellent. Je suis affamé. J’ai oublié de manger ce matin.
Il prit le dernier et fronça les sourcils.
-Vous auriez pu m’en laisser plus.
-C'est Posy, dit Sophie en souriant. Et Monsieur Woodson. Je prédis des fiançailles très courtes.
Les Yeux de Benedict s’élargir. Il se tourna vers la porte, puis vers la fenêtre.
-Où sont-ils ?
-Derrière. Nous ne pouvons pas les voir d'ici.
Il mâcha pensivement.
-Mais nous pouvons de mon atelier.
Pendant environ deux secondes, aucun d’eux ne fit un geste. Mais seulement deux secondes.
Ils coururent vers la porte, se poussant et se bousculant sur le chemin de l'atelier de Benedict, qui se trouvait derrière la maison, ce qui lui permettait d’avoir de la lumière de trois endroits différents.
Sophie arriva la première, mais pas par des moyens tout à fait juste, et laissa échapper un soupir choqué.
-Qu'est-ce qui ce passe ? Dit Benedict de la porte.
-Ils s'embrassent !
Il se dirigea vers l’endroit où elle se trouvait.
-Non.
-Si
Il se mit à côté d'elle, et se retrouva bouche bée.
-Eh bien, que je sois damné.
Et Sophie, qui n'a jamais maudit, répondit :
-Je sais. Je sais.
-Et ils viennent tout juste de se rencontrer, vraiment ?
-Tu m’as embrassé la première nuit où nous nous sommes rencontrés, souligna t-elle.
-C'était différent.
Sophie réussit à détacher son attention du couple qui s'embrassait sur la pelouse juste assez longtemps pour demander :
-Comment ?
Il réfléchit pendant un instant, puis répondit :
-C’ était une mascarade.
-Oh, donc on a le droit d'embrasser quelqu'un, si on ne sait pas qui elle est ?
-Ce n’est pas juste, Sophie, dit-il en gloussant comme il secouait la tête. Je t’ai demandé qui tu étais, et tu n’as pas voulu me le dire.
C’était assez proche de la vérité pour pourvoir mettre un terme à ce côté particulier de la conversation, et ils se tinrent là pendant un autre moment, sans vergogne, regardant Posy et le vicaire.
Ils avaient cessé de s'embrasser et maintenant ils parlaient -en tout cas en apparence- tout en marchant. Posy se mit à parler, et ensuite Monsieur Woodson hocha la tête vigoureusement et l'interrompit, puis elle l'interrompit, et puis il sembla rire sottement de la conversation, et puis Posy se mit à parler avec animation de telle sorte que ses bras se mirent à s’agiter autour de sa tête.
-Qu'est-ce qu’ils peuvent se dire ? Demanda Sophie.
-Probablement tout ce qu'ils auraient du se dire avant de s’embrasser.
Benedict fronça les sourcils, en croisant les bras.
-Combien de temps a t-il fallu pour qu’ils en arrivent à ceci, de toute façon?
-Tu les as regardés aussi longtemps que moi.
-Non, je voulais dire, quand est-il arrivé ? Se sont-ils parlés avant ?
Il agita la main vers la fenêtre, faisant des gestes vers le couple, qui avait l'air d’être sur le point de s’embrasser à nouveau.
-Oui, bien sûr, mais…
Sophie fit une pause pour réfléchir. Posy et Monsieur Woodson étaient plutôt restés muets lors de leur rencontre. En fait, elle ne pouvait se rappeler un seul mot qu’ils avaient prononcé.
-Eh bien, pas grand-chose, je le crains.
Benedict hocha lentement la tête.
-Penses-tu que je devrais les rejoindre ?
Sophie le regarda, puis vers la fenêtre, puis revint vers lui.
-Es-tu fou ?
Il haussa les épaules.
-C’est ma soeur maintenant, et c’est ma maison.
-Tu n’oserais pas !
-Donc, je ne suis pas censé protéger son honneur ?
-C'est son premier baiser !
Il plissa le front.
-Et nous restons ici, à les espionner.
-C'est mon droit, dit Sophie avec indignation. C’est moi qui ai tout arrangée.
-Oh mais tu n’as pas tout fait, n’est-ce pas ? Il me semble que j’étais le seul à avoir pensé à Monsieur Woodson.
-Mais tu n’as rien fait d’autre.
-Ca c'était ton travail, ma chérie.
Sophie aurait voulu répliquer, parce que son ton était plutôt ennuyeux, mais il marquait un point. Elle avait plutôt pris plaisir à organiser une rencontre pour Posy, et elle profitait pleinement de son succès évident.
-Tu sais, déclara Benedict, pensif, nous pourrions avoir une fille un jour.
Sophie se tourna vers lui. D’habitude, il ne se comportait pas de façon si illogique.
-Je te demande pardon ?
Il fit un geste vers les tourtereaux sur la pelouse.
-Cela pourrait être une excellente pratique pour moi. Je suis tout à fait certain que je serai un père très protecteur. Je pourrai le prendre d'assaut et lui arracher membre après membre.
Sophie fit la grimace. Le pauvre Monsieur Woodson n’aurait pas une chance.
-Le défier en duel ?
Elle secoua la tête.
-Très bien, mais s’il l’allonge sur le sol, j’interfère.
-Il ne… Oh Mon Dieu !
Sophie se pencha en avant, le visage presque sur le verre.
-Oh mon Dieu.
Et elle ne couvrit même pas sa bouche dans l’horreur d'avoir blasphémé.
Benedict soupira, puis fléchit ses doigts.
-Je ne veux vraiment pas blesser mes mains. Je suis au milieu de ton portrait, et cela se passe si bien.
Sophie avait mis une main sur son bras, pour le retenir, même s'il n'avait pas vraiment eu l’intention d’intervenir.
-Non, dit-elle, ne…
Elle haleta.
-Oh, mon… Peut-être que nous devrions faire quelque chose.
-Ils ne sont pas encore allongés.
-Benedict.
-Normalement, je dirais d'appeler un prêtre, fit-il remarquer, à l'exception qu’il semble être celui qui nous a mis dans ce pétrin, en premier lieu.
Sophie déglutit.
-Peut-être que tu pourrais leurs procurer un permis spécial ? Comme cadeau de mariage ?
Il sourit.
-Considère que c'est fait.
Ce fut un mariage magnifique. Et quel baiser à la fin de la cérémonie.
Personne ne fut surpris quand Posy mit au monde un bébé neuf mois plus tard, puis à des intervalles réguliers après cela.
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