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Lentement, mais sûrement, le Tisserand étend la toile de ses intrigues, après le royaume d'Eibithar, c'est au tour de celui d'Aneira d'attirer son attention. En quelques mois, usant des méthodes qui l'ont si bien servi jusqu'ici, il gangrène le pays, fruit trop mûr qui ne demandera plus qu'à être cueilli en temps voulu. Pour la première fois pourtant, les Eandi et les Qirsi qui leur sont restés fidèles se doutent de quelque chose : trop de morts suspectes, trop de disparitions inexpliquées... Grinsa et Tavis, toujours en quête de l'assassin de Brienne, parviennent en Aneira au moment où l'on découvre le suicide du roi Carden. Cette mort imprévisible porte la marque du Tisserand, mais comment le prouver en ce pays ennemi ?

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Yoli croisa les bras sur sa poitrine et se rapprocha aussi près que possible de la cheminée. Elle portait la plus chaude de ses robes noires, et les plus doux de ses plus épais sous-vêtements de laine, mais ils ne suffisaient pas, pas plus que le feu qu’avaient généreusement nourri les nonnes pour elle, à la protéger de l’air glacial qui la frigorifiait jusqu’à la moelle de ses os frêles.

Elle aurait donné tout ce qu’elle possédait pour être autorisée à fermer les portes du sanctuaire. Mais c’était la Nuit de l’Apogée, pendant le cycle de la lune de Bian, le dieu du Royaume du Dessous, et elle était la Mère prieure du temple du Trompeur. Elle ne pouvait pas plus fermer les portes qu’elle ne pouvait éteindre les cierges qui brûlaient sur l’autel.

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Il s’attendait à retrouver l’obscurité de sa chambre, comme chaque fois que leur conversation s’achevait, mais il restait là, comme si le Tisserand avait oublié sa présence. Ce dut être le cas, car l’éclat aveuglant qui le dissimulait s’estompa légèrement. Cette distraction ne dura qu’une ou deux secondes, à peine, mais elle fut suffisante pour lui révéler le visage de l’homme qui se tenait devant lui. Un visage carré, des yeux brillants comme ceux d’un chat sauvage, un nez droit, des lèvres pleines, entouré par une crinière de cheveux blancs balayée par le vent qui soufflait sur la plaine. Une plaine qui s’étendait à l’est de l’Anse de Scabbard, surplombant, au-delà des flots, la masse sombre d’Eibithar. La Lande d’Ayvencalde !

Paegar eut un hoquet. La lumière rejaillit. Mais il était trop tard. Ils le savaient tous les deux.

— Lève-toi, lui ordonna le Tisserand.

— Je suis debout, Tisserand, murmura le ministre.

— Seulement dans ce rêve. Quitte ton lit.

Sans comprendre pourquoi il obéissait, Paegar, tandis qu’il ne voyait que la plaine et le Tisserand – la Lande d’Ayvencalde et des yeux jaunes –, sentit qu’il se levait.

— Comment s’appelle la femme dont tu m’as parlé ?

— Keziah. Keziah ja Dafydd.

— Merci.

Il hésita.

— Je suis désolé, fit-il, sincèrement désolé. Ton amour malheureux m’a rappelé… J’ai été distrait et tu dois payer. Tu m’as bien servi. Emporte cette certitude avec toi.

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Son rêve l’avait convaincue de ce qu’elle soupçonnait déjà : le traître de Kentigern avait agi au nom de la conspiration. Le meurtre de Chago de Bistari avait accru leur certitude. Le temps des doutes, de la passivité était révolu. Celui de frapper les conspirateurs à leur tour avait sonné. À la lumière de la vision de Fetnalla, à la suite de tout ce qu’elles avaient entendu après le siège de Kentigern, le ministre renégat leur était apparu, en toute logique, comme leur première cible. Evanthya répugnait encore à commanditer la mort d’un homme sur la base d’une rumeur, même si elle était renforcée par une vision, mais Fetnalla s’était montrée très claire. Si leur seule alternative était d’attendre le prochain meurtre ou le prochain siège qui ferait tomber le pays dans le chaos, elles n’avaient pas le choix. La mort du roi d’Aneira, survenue très peu de temps après, disait à quel point elle avait raison. Evanthya, bien que difficilement, avait donc balayé ses réticences.

— Parce que nous avons aussi entendu parler de lui, répondit-elle en renonçant à corriger le pronom qu’elle venait, une fois encore, d’employer étourdiment. La conspiration ne peut pas continuer sans que personne s’y oppose. On la ménage depuis trop longtemps. La mort de cet homme ne va pas l’arrêter, elle ne va sans doute même pas ralentir sa progression, mais ceux qui la dirigent doivent savoir qu’ils ont désormais des ennemis. C’est une façon de leur faire passer le message, conclut-elle étonnée de sa propre résolution.

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— Il existe un pouvoir, celui de « contre-volonté ». Un Qirsi doté d’un tel pouvoir aurait pu agir et forcer le roi à se tuer.

— Contre-volonté, répéta Brall d’une voix épaisse.

— Celui qui le possède contrôle l’esprit des autres. Quelques instants seulement, crut-elle bon de préciser.

Fetnalla, sachant comment il allait réagir à ce qu’elle devait ajouter, déglutit péniblement.

— Nous l’appelons aussi magie de l’illusion parce qu’elle permet à un Qirsi de mentir à un autre Qirsi sans craindre d’être découvert. Il y a très longtemps, mon peuple a découvert qu’avec le vôtre, cette magie avait encore plus de pouvoir. Elle peut contraindre un esprit eandi à se plier, contre sa volonté, aux instructions du Qirsi qui la possède.

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Elle portait sa robe saphir, déboutonnée jusqu’à la taille, comme la nuit de sa mort. Sa peau brillait du même éclat que Panya, la lune blanche. Et son visage, à l’exception de l’éclaboussure sanglante qui maculait sa joue, était aussi radieux que dans son souvenir. Mais les yeux de Cadel glissèrent sur sa gorge, son ventre et ses seins nus. Couverts de sang séché, ils étaient lardés d’horribles coups de couteau. Le poignard de Lord Tavis, fiché entre ses seins, pointait son manche accusateur sur le cœur de l’assassin.

Il avait voulu donner à son crime l’allure d’un meurtre commis par une brute, ivre de boisson, de luxure et de rage. Son succès était écœurant.

— Vous me regardez comme si vous ne reconnaissiez pas votre travail, se moqua Brienne, effroyablement glaciale. Ne laissez pas le poignard de mon seigneur vous abuser. C’est votre main qui a guidé la lame.

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