Livres
374 800
Comms
1 301 600
Membres
255 826

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

Extrait de La douleur ajouté par Spika 2016-11-13T14:11:14+01:00

Peut-être est-il mort depuis quinze jours déjà, paisible, allongé dans ce fossé noir. Déjà les bêtes lui courent dessus, l'habitent. Une balle dans la nuque ? Dans le coeur ? Dans les yeux ? Sa bouche blême contre la terre allemande, et moi qui attends toujours parce que ce n'est pas tout à fait sûr, qu'il y en a peut-être pour une seconde encore. Parce que d'une seconde à l'autre seconde il va peut-être mourir, mais que ce n'est pas encore fait. Ainsi seconde après seconde la vie nous quitte nous aussi, toutes les chances se perdent, et aussi bien la vie nous revient, toutes les chances se retrouvent.

Afficher en entier
Extrait de La douleur ajouté par Spika 2016-11-13T14:05:44+01:00

Le long des lignes de chemin de fer que prenaient les convois des juifs et des déportés les gens trouvent quelquefois des noms écrits sur des petits morceaux de papier avec l'adresse à laquelle il faut les envoyer et le numéro des convois. Beaucoup de ces papiers arrivent à leur destinataire. Quelquefois un deuxième mot est joint au premier sur lequel est écrit l'endroit de France, d'Allemagne ou de Silésie où le premier papier a été trouvé. On se met à attendre ça aussi, ces billets jetés des fourgons. Pour le cas où.

Afficher en entier
Extrait de La douleur ajouté par Spika 2016-11-13T14:03:38+01:00

Tout à coup la liberté est amère. Je viens de connaître la perte totale de l'espoir et le vide qui s'ensuit: on ne se souvient pas, ça ne fait pas de mémoire. Je crois éprouver un léger regret d'avoir raté de mourir vivante. Mais je continue à marcher, je passe de la chaussée au trottoir, et puis je reviens à la chaussée, je marche, mes pieds marchent.

Afficher en entier
Extrait de La douleur ajouté par Spika 2016-11-13T14:01:24+01:00

De Gaulle a décrété le deuil national pour la mort de Roosevelt. Pas de deuil national pour les déportés morts. Il faut ménager l'Amérique. La France va être en deuil pour Roosevelt. Le deuil du peuple ne se porte pas.

Afficher en entier
Extrait de La douleur ajouté par Spika 2016-11-03T22:03:21+01:00

J'ai envie que D. parte. J'ai encore besoin de la place vide pour le supplice.

Afficher en entier
Extrait de La douleur ajouté par Spika 2016-11-03T22:01:53+01:00

La douleur est telle, elle étouffe, elle n'a plus d'air. La douleur a besoin de place.

Afficher en entier
Extrait de La douleur ajouté par Spika 2016-11-03T21:52:28+01:00

Dans la fièvre je la revois. Elle avait fait trois jours de queue avec les autres rue des Saussaies. Elle devait avoir vingt ans. Elle avait un ventre énorme qui lui sortait du corps. Elle était là pour un fusillé, son mari. Elle avait reçu un avis pour venir chercher ses affaires. Elle était venue. Elle avait encore peur. Vingt-deux heures de queue pour venir prendre ses affaires. Elle tremblait malgré la chaleur. Elle parlait, elle parlait sans pouvoir s'arrêter. Elle avait voulu reprendre ses affaires pour les revoir. Oui, elle allait accoucher dans les quinze jours l'enfant ne connaîtrait pas son père. Dans la queue elle lisait et relisait sa dernière lettre à ses voisines. "Dis à notre enfant que j'ai été courageux." Elle parlait, elle pleurait, elle ne pouvait rien garder à l'intérieur. Je pense à elle parce qu'elle n'attend plus. Je me demande si je la reconnaîtrais dans la rue, j'ai oublié son visage, je ne revois d'elle que ce ventre énorme qui lui sortait du corps cette lettre à la main comme si elle voulait la donner. Vingt ans. On lui avait tendu un pliant. Elle avait essayé de s'asseoir, mais elle se relevait, elle ne pouvait supporter que debout.

Afficher en entier
Extrait de La douleur ajouté par Spika 2016-11-03T21:49:49+01:00

Mon front contre la vitre froide c'est bon. Je ne peux plus porter ma tête. Mes jambes et mes sont lourds, mais moins lourds que ma tête. Ce n'est plus une tête, mais un abcès.

Afficher en entier
Extrait de La douleur ajouté par Spika 2016-11-03T21:49:25+01:00

En mourant je ne le rejoins pas, je cesse de l'attendre.

Afficher en entier
Extrait de La douleur ajouté par Spika 2016-11-03T21:41:41+01:00

Un prêtre prisonnier a ramené au centre un orphelin allemand. Il le tenait par la main, il en était fier, il le montrait, il expliquait comment il l'avait trouvé, que ce n'était pas de sa faute à ce pauvre enfant. Les femmes le regardaient mal. Il s'arrogeait le droit de déjà pardonner, de déjà absoudre. Il ne revenait d'aucune douleur d'aucune attente. Il se permettait d'exercer ce droit de pardonner, d'absoudre là, tout de suite, séance tenante, sans aucunement connaître la haine dans laquelle on était, terrible et bonne, consolante, comme une foi en Dieu. Alors de quoi parlait-il ? Jamais un prêtre n'a paru aussi incongru. Les femmes détournaient leurs regards, elles crachaient sur le sourire épanoui de clémence et de clarté. Ignoraient l'enfant. Tout se divisait. Restait d'un côté le front des femmes, compact, irréductible. Et de l'autre côté cet homme seul qui avait raison dans un langage que les femmes ne comprenaient plus.

Afficher en entier