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Extrait ajouté par alienor44 2018-12-09T09:49:17+01:00

Assis sur le sable à l'extrémité nord de la playa Bagdad, Zambudio contemplait le lever du soleil sur le golfe du Mexique.

Les larges eaux calmes et empoisonnées du Rio Bravo coulaient dans l'océan et l'on n'apercevait même pas la rive du Brazo Santiago Pass, en face.

De l'autre côté de l'Atlantique, il y avait l'Afrique. Le Maroc, ou peut-être même la Mauritanie. Le tropique du Cancer était un peu en dessous.

Il eut une pensée fugitive pour l'Espagne, et comme un étrange pressentiment.

S'il ne devait jamais retourné là-bas, ni revoir Diego et Juan,

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Extrait ajouté par alienor44 2018-12-08T15:39:58+01:00

Les gringos avaient érigé leur foutu mur jusqu'ici.

Incontournable, à moins de posséder un 4 x 4 et de passer plus loin, dans le désert.

Il fit demi-tour et emprunta tous feux éteints le chemin qui longeait la barrière métallique, à la recherche d'une issue.

Tout était calme. Pas de clandestins aux aguets. Rien que les jappements des coyotes au loin.

Finalement, le mur s'arrêtait à la sortie du village. Travaux en cours, visiblement.

Malheureusement, la piste n'allait pas plus loin, elle non plus.

Au-delà, il n'y avait que le sable et de maigres cactus.

Toni descendit de voiture et frissonna. On était en altitude et l'air était glacé.

Du talon, il testa le terrain sur plusieurs mètres, passa la line symbolique qui séparait les deux pays avant de revenir sur ses pas. Peut-être.

De l'autre côté il y avait une piste identique, sans doute destinée à la police frontière américaine.

Il réfléchit un moment, prêtant une oreille distraite aux cliquetis métalliques du moteur qui refroidissait.

Si la voiture s'enlisait, il pourrait toujours continuer à pied et prendre un bus en Arizona. Mais l lui faudrait alors marcher longtemps, et il courrait le risque de tomber sur un véhicule de la migra.

De plus, il trouveraient la Chrysler au matin. Ils seraient en mesure de le localiser. D'un autre côté, s'il se faisait prendre aux Etats-Unis, ils l'expulseraient probablement vers l'Espagne et tout serait terminé.

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Extrait ajouté par alienor44 2018-12-08T04:39:50+01:00

Il se fit déposer par une taxi dans l'Avenida Juarez, passa devant le poste frontière où deux douaniers mexicains imperturbables montaient la garde et s'acquitta avec ses derniers pesos du passage piétons sur le Rio Bravo.

Une borne en forme d'obélisque miniature marquait la fin de la République du Mexique.

Toni regarda les eaux boueuses du fleuve, sous ses pieds.

Il tourna une dernière fois la tête ver Ciudad Juarez et l'Amérique latine, nimbée d'un nuage de pollution. Les immeubles tremblaient dans la chaleur de midi. De là où il était, il pouvait voir le portrait géant de Che Guevara peint sur la digue en béton où il avait été arrêté.

Le pont descendait en pente douce vers l'autre côté, vers les Etats-Unis.

Déjà il apercevait de longues colonnes de véhicules déglingués remplis de gens qui s'en allaient dépenser leur argent durement gagné chez les gringos.

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Extrait ajouté par alienor44 2018-12-07T18:23:08+01:00

"Ne m'appelle plus", avait-elle dit d'un ton sec. C'était sans appel.

Satanées bonnes femmes. Fina et Guadalupe. Les mêmes phrases.

De guerre lasse, il avait demandé qu'on lui monte encore une bouteille de tequila. Quand le liquide translucide et gras avait fini par avoir raison de sa mauvaise humeur, la bouteille était aux trois quarts vide et il était plus de deux heures du matin. Son dernier paquet de Fortuna gisait, vide et froissé, au pied du lit.

Le bon vieux coup du marteau avec lequel on se frappe le crâne marchait toujours : quand on s'arrête, ça fait un bien fou.

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Extrait ajouté par alienor44 2018-12-06T12:54:40+01:00

Il y a dans ce pays un taux de chômage catastrophique. Il y a quelques années, pour trouver un job décent, la seule solution était de devenir un "dos mouillé", de s'expatrier chez les gringos. Et puis les accords de l'ALENA sont entrés en vigueur. Avant, il y avait bien quelques maquilas. Mais cet accord de libre-échange entre les Etats-Unis, Mexique et Canada a précipité le mouvement. T'as vu le mur ? ils l'ont construit à ce moment-là. on parle de la libre circulation du fric, guero, et des marchandises. Pas des hommes. A entendre cette ordure de Salinas, une manne allait tomber sur le pays. Moralité, le peso a dévalué de cinquante pour cent des biens de consommation de la planète, tout ce qu'ils achètent, télés, magnétoscopes, ordinateurs, voitures… pour un prix dérisoire. Rends-toi compte ! L'ouvrier moyen d'un maquila touche 2 dollars par jour. Il lui faut quarante-cinq minutes de travail pour acheter un livre de pain, là où il faut à son homologue américain, à poste égal dans la même entreprise quatre minutes de labeur pour effectuer le même achat. En quinze kilomètres; des salaires divisés par dix. Le plus gros marché mondial, au prix de vente du premier monde, à portée de main. En quelques années, ils sont tous arrivés. Des Européens, des gringos, des Japonais. Même pour les Coréens, c'est moins cher de s'implanter ici. Des centaines de milliers de paysans pauvres ont émigré des campagnes du Sud vers les cité du nord pour des salaires de misère. Les villes frontières sont en train d'exploser. Il y a aujourd'hui d'un océan à l'autre quelque trois mille maquiladoras. Et ç continue. Il s'en installe trente à quarante par mois, venues de tous les continents. Elles emploient déjà plus d'un million de personnes, en majorité des femmes. Pourquoi des femmes ? Je te l'ai déjà dit : corvéables, guero, soumises. C'est ça, la mujer mexicana : le bonheur de l'homme, une Indienne silencieuse et consentante, tu comprends. Et si tout se fait au mépris de la loi, c'est tout bonnement parce qu'aujourd'hui, les maquiladoras sont devenues le revenu numero uno de l'Etat mexicain. Tu imagines un peu les sommes colossales en jeu ? L'économie réalisée sur les salaires par les multinationales, c'est chaque année l'équivalent de la dette extérieure du Mexique, crois-le ou non ! Rien, écoute-moi bien, guero, rien ne se fait ici sans les maquilas .

Pas même le crime.

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Extrait ajouté par alienor44 2018-12-05T13:03:03+01:00

Il essaya à nouveau d'appeler Harding. En vains. Décidément, ce n'était pas son jour. Bien sûr, il avait fait un carton au journal, avec son article de l'avant-veille, mais ils ne s'en contenteraient plus longtemps. Il essaya la télé, pour voir si l'on parlait de quelque chose. Toutes les chaînes mexicaines faisaient état de ses révélations.

Il zappa au hasard et tomba sur un canal de Dallas. Une série de tornades avaient ravagé l'ouest de la Louisiane et le nord-est du Texas, causant sur leur passage des millions de dollars de dégâts et occasionnant la mort d'au moins trente personnes. Dehors, la tempête n'avait pas désarmé, mais il n'y avait pas l'ombre d'une goutte d'eau en vue. La ville était nimbée d'une lumière de fin du monde. On aurait pu croire à une éclipse de soleil. Peu de passants se risquaient dans les rues brûlantes.

Il mit presque trois quarts d'heure à se rendre à ce qu'il pensait être le lieu de la conférence de presse. Le sable obscurcissait tout, pénétrant par les interstices dans l'habitacle de la Sedan. Toni était allé tout droit à l'ancienne mairie, derrière la vieille cathédrale.

Il fut tout étonné de trouver les lieux abandonnés. Les volets ouverts béaient sur leurs gonds arrachés en grinçant, les fenêtres borgnes claquaient au vent. Seules les portes massives restaient désespérément closes. Il tourna autour du bâtiment en se protégeant des nuées de poussière avec son blouson.

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Extrait ajouté par alienor44 2018-12-04T19:32:59+01:00

Alfonso Pazos détestait ce qu'il allait devoir faire.

Plus tôt dans la matinée, il avait quitté le petit appartement qu'il occupait au deuxième étage d'un immeuble de rapport propret de la calle Anahuac Norte, presque en face des Etats-Unis. Avant de monter dans sa voiture de fonction, une Chevrolet Impala fatiguée, il avait levé les yeux une dernière fois : les pots de fleurs sagement ordonnés sur son balcon rompaient avec l'alignement monotone des antennes paraboliques tournées vers les USA.

Nuestra Señora de la Television, priez pour nous. Il reçut sur la figure un peu d'eau tombée d'un climatiseur et recula d'un pas.

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Extrait ajouté par alienor44 2018-12-04T13:15:31+01:00

Tout était calme. Autrefois, les "dos mouillés", les travailleurs clandestins, passaient le fleuve à la nage pour s'en aller travailler à El Paso et revenaient chaque soir à Juarez, rapportant à la maison les dollars durement gagnés.

A présent, il avait lu de nombreux articles sur la question, il était devenu bien difficile de traverser. Depuis 1994, l'administration Clinton avait considérablement renforcé la frontière et un mur semblable interdisait l'accès aux Etats-Unis en face de chaque ville tout au long de la ligne qui séparait les deux pays, du pacifique à l'Atlantique. Les Mexicains l'appelaient "le Mur de la Honte", demandant avec ironie sir le président des USA viendrait un jour de ce côté de la frontière pour déclarer.

"Soy mexicano"", comme Kennedy naguère à Berlin.

Les sans-papiers traversaient désormais par le désert, risquant la mort par insolation en été, par hypothermie en hiver, pour échapper aux hélicoptères, aux chiens et aux jumelles à vison nocturne de la migra.

En un peu plus de deux ans, près de quatre cents infortunés candidats avaient laissé leur peau à ce jeu sordide du chat et de la souris.

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Extrait ajouté par alienor44 2018-12-03T19:41:13+01:00

Ecartant la toile de jute qui barrait l'entrée, Socorro avait invité Toni à pénétrer dans son foyer.

A l'intérieur, les murs étaient également faits de carton cloué sur des montants de bois. Des haricots rouges mijotaient sur une cuisinière isolée du sol de terre battue par une palette.

Une petite télé à piles, en noir et blanc, était posée sur un réfrigérateur rouillé.

Hypnotisé, Toni avait regardé un moment l'image dans sur l'écran.

A ses côtés, le petit Arturo, assis à une table bancale devant son assiette pleine, ne pouvait détacher les yeux d'une telenovela sirupeuse à souhait qui mettait en scène les turpitudes d'un homme marié avec sa secrétaire particulière. Tout ce joli monde était bien habillé, et les décors étaient luxueux.

La bouchée de frijoles que le gamin tenait en équilibre au bout de sa fourchette était restée suspendue à mi-course entre l'assiette ébréchée et sa bouche grande ouverte.

Cette bonne vieille télé ! Même les Papous de Nouvelle-Calédonie devaient être en train de regarder CNN au fond de leurs cases, à l'heure qu'il était.

Irena s'était raclé la gorge. Toni avait sursauté et s'était tourné vers la famille Cruz. il s'était excusé non sans une certaine maladresse :

- Pardonnez-moi, je ne m'attendais pas à trouver ici un pose de télévision.

- Qu'est-ce que vous croyez, avait lâché Irena, que les gens d'ici sont des clochards ? Ce sont des ouvriers qui vivent ici. On trime tout la semaine dans les maquiladoras, et, avec nos salaires, on ne peut prétendre à rien d'autre que ces taudis en carton. Les usines nous font cadeau des emballages usagés. C'est leur vision du contrat social. Les palettes d'occasion, par contre, il nous les vendent.

Il y avait de la colère dans sa voix. La remarque du journaliste l'avait blessée.

Les autres, gênés, s'étaient abîmés dans la contemplation de la série télé.

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Extrait ajouté par alienor44 2018-12-03T04:20:57+01:00

Fina avait fini par se lasser.

Et puis il avait bouclé cette enquête fabuleuse sur le GAL, la police parallèle qui assassinait des membres de l'ETA. on avait mentionné son nom pour un prix, on parlait de lui pour remplacer le rédac'chef adjoint, démissionnaire. Il avait une nouvelle fois décliné l'offre et Fina avait réalisé qu'elle n'aurait jamais le mari dont elle avait rêvé.

Dès lors elle n'avait cessé de se plaindre de ses absences répétées, qui n'étaient même pas utiles à sa promotion sociale, elle l'accusait d'être égoïste - mais pense aux enfants, au moins - et s'était montrée de plus en plus distante avec lui.

Six mois auparavant, elle était partie. Avec les garçons. Elle avait entamé une procédure de divorce.

Elle ne l'avait pas quitté pour un autre, c'était ce qui lui avait fait le plus de mal. Depuis, il s'était parfois demandé s'il aurait pu empêcher les choses d'arriver, s'il y avait un moyen de rattraper leur histoire en courant.

Est-ce qu'il était encore amoureux, au moins ? Il ne le savait même plus.

Zambudio avait écrasé sa cigarette sur le rebord de la fenêtre et l'avait expédié d'une chiquenaude dans le jardin.

Le voyage l'avait sonné.

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