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La sauvageonne releva tout à coup la tête, tressaillit de stupeur et recula précipitamment contre le mur.

Il était accroupi devant elle, un coude appuyé sur la cuisse. Sa cape traînait sur le sol autour de lui, pareille à des ailes de démon. Panama n'avait même pas entendu le bruit de ses bottes en cuir sur les pavés, à croire que ses semelles étaient rembourrées ! Instantanément, elle fut captivée par ses fines oreilles en pointe ainsi que par la profonde nuance anthracite de sa peau – c'était donc un elfide ! – et, surtout, aspirée par ses incroyables yeux vairons.

Le droit était noir pailleté d'argent. Ciel de nuit constellé d'étoiles.

Le gauche était bleu glacier. Lac gelé au plus fort de l'hiver.

Le grand elfide ténébreux étudiait la fillette comme elle avait étudié les autres enfants, c'est-à-dire avec une sorte de détachement scientifique. Il finit par enlever ses gants en cuir et les glissa à l'avant de sa ceinture. Puis il tendit ses paumes ouvertes et en coupe vers elle.

— Un tour de magie ? murmura-t-il dans le dialecte de son île natale avec un accent infime.

Panama jaugea un long moment le modelé froid et parfait de ses traits. Cet être n'était pas juste attirant : il était beau à couper le souffle. Du fait de sa proximité, elle avait l'impression que la cour était devenue déserte. Elle ne remarquait plus personne autour d'eux, ni orphelins, ni hyènes, ni faucon.

Non, ce n'est pas une panthère, se dit-elle en avisant son visage fauve vibrant de puissance contrôlée. C'est un tigre, un tigre des neiges.

La Donnienne lui remit la dépouille du moineau. Il referma ses longues mains grises sur sa petite offrande morte, lui communiquant la chaleur de sa peau.

— Regarde, l'invita-t-il tout bas.

La sauvageonne obtempéra et cligna des paupières, croyant qu'elle hallucinait.

Les plumes du moineau venaient de trembler entre les doigts entremêlés de l'elfide.

Il écarta subitement les mains pour libérer l'oiseau au plumage roux qui déploya ses petites ailes et s'envola à toute vitesse, plein de vigueur. Il fendit les airs comme une flèche en direction du toit de l'orphelinat. Bouche bée, Panama reporta ses yeux arrondis sur l'étranger, qui ne bronchait pas. Il est comme moi ! cria une voix hystérique dans son cerveau, son cœur battant à tout rompre.

C'était la première fois qu'elle rencontrait quelqu'un qui détenait un tel pouvoir.

Le tigre des neiges abaissa sa main gauche, son autre main toujours tendue vers la fillette pour l'inviter à le suivre.

— Panama Carswell, tu as un talent exceptionnel à cultiver.

Un talent exceptionnel. Personne ne lui avait jamais adressé un tel compliment.

Malgré son extraordinaire apparence qui aurait inquiété plus d'une enfant ordinaire...

Malgré les avertissements de sa défunte mère sur le fait de se méfier des inconnus...

Malgré le regard intensément calculateur et le visage inexpressif du tigre...

Cet elfide inspirait spontanément à la sauvageonne une confiance abyssale, qui défiait toute logique, toute raison. Un lien obscur et indicible les unissait par-delà l'espace et le temps.

Il connaissait son nom. Il était venu pour elle.

Sans hésiter, Panama Carswell glissa sa petite main blanche et froide dans celle de Faucheur, le Haut-Maître de la Guilde des Ombres.

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Ce qui compte, c'est ce qu'on accomplit entre le premier souffle qu'on inspire et le dernier souffle qu'on expire.

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— Bonne déduction. Maintenant, tu comptes me faire ton numéro de grand méchant assassin en prétendant que tu vas m'épargner si je laisse ta poule rousse s'envoler ?

— T'épargner ? Certainement pas. Je t'accorderai une mort rapide. Peut-être.

Le chef des truands se gaussa derrière la jeune fille.

— Putain de gris, tu es fidèle à ta réputation !

Un coin de la bouche de Khamar s'incurva dans un demi-sourire froid. Dans un souffle, il rétorqua :

— Ne te fie pas à ma réputation. En réalité, je suis cent fois pire.

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Menos Sinifus, le Veilleur de la Guilde des Ombres, inspira à la sauvageonne un sentiment de sympathie et de complicité immédiat avant même d’avoir ouvert la bouche.

Parfois, des rencontres vous marquent au fer rouge et vous changent à jamais. C’était le cas de Khamar et Jerys Targam. D’autres vous illuminent brièvement avant de disparaître, traversant le cours de votre vie comme des étoiles filantes. La plupart d’entre elles demeurent quantité négligeable et comptent trop peu pour être gardées en mémoire. Enfin, plus rarement, certains étrangers vous touchent si naturellement et si profondément que vous éprouvez l’impression curieuse de les avoir toujours connus. D’avoir déjà vécu mille aventures avec eux. D’avoir ri à gorge déployée auprès d’eux et d’avoir versé des larmes de désespoir sur leur épaule. La première fois qu’ils se tiennent face à vous, la certitude tranquille qu’ils occuperont une immense place dans votre existence et votre cœur naît en vous. Un peu comme si une toile invisible se tissait autour de vous et instaurait une étroite connexion. Aux yeux enfantins de Panama, bien qu’elle fût incapable de s’expliquer ce phénomène, Menos Sinifus appartenait à cette catégorie rarissime. 

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Tombe cent fois,

Relève-toi cent fois,

N’abandonne jamais. 

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— Vous êtes l'humain qui vit au palais ?

— Non, je suis un troll des cavernes en pèlerinage.

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"La mort n'est pas le point final de la phrase, mais le premier mot d'une autre." - DOGME DE LA GUILDE DES OMBRES

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— Vins, tu...

— Oui, je sais, ça va ! la coupa-t-il en s’écartant d'elle. Je n’y peux rien, d'accord ? C’est de ta faute !

— De ma faute ? s’insurgea la jeune fille.

— Tu gémissais comme si... et tu te tortillais comme une... Bref, c'était bizarre et obscène !

— Vins, c’est bon, n’en fais pas toute une histoire.

— Mais c’est toi qui en fais toute une histoire !

— Ce n’est qu’un mécanisme, l’excusa-t-elle en désignant son entrejambe d'un geste vague.

Il se cacha aussitôt la partie contentieuse avec les mains.

— Bon sang ! Ne... ne la pointe pas du doigt !

— Commence par ne plus la pointer dans ma direction.

— Ces choses-là ne se contrôlent pas |

— Le contrôle est une question de volonté et d’autodiscipline. Concentre-toi sur autre chose ! Tu n’as qu’à imaginer un tas de machins dégoûtants. Un légume avarié grignoté par les mouches, par exemple. Non, ça ne marche pas ? Un cadavre en stade avancé de décomposition. Un vieil homme nu et obèse couvert de pustules vertes qui suintent... Instrument de torture rouillé.… Haleine de chacal... Dents pourries... Herpès génital... Semeur aux latrines. Arrête de loucher sur mes seins, tes yeux vont rester bloqués !

— Panama, TAIS-TOI ! s’emporta-t-il de plus belle, furibond.

— Je dis juste cela pour t'aider, ingrat |

— Cela ne m'aide pas DU TOUT !

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«  Meurs bien. »

Tu connais cette vieille expression flammeriade ?

En plusieurs siècles de vie, je n’ai jamais entendu une formule aussi stupide.

Tu te verrais dire à quelqu’un que tu apprécies 

et qui agonise sous tes yeux, « meurs bien » ? 

Ou lancer à un moribond que tu détestes « meurs mal » ? 

Bordel, comme s’il y avait une bonne et une mauvaise façon de mourir ! 

Les humains sont vraiment trop cons, parfois. 

Ce doit être pour ça que je me sens si proche d’eux, je suis trop con aussi.  

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Impossible de le nier. Abink Solani était tombé amoureux de Hutopia au premier regard.

Aucune des nombreuses cités qu’il avait visitées au cours de son existence n’avait conquis ses sens au point de faire germer en lui une si vertigineuse ivresse. La capitale elfique des Terres Immémoriales avait déployé tous ses charmes aériens, à l’image d’une courtisane à la beauté irréelle. Du matin au soir, elle revêtait une parure de lumière différente en fonction de l’heure du jour afin de mieux le séduire. Les délicates caresses de l’aurore nimbaient l’ivoire de ses tours d’une aura rosée. Les rayons du soleil de midi disséminaient des étoiles d’or sur les longues passerelles en verre élancées. La lueur du crépuscule éclaboussait de sang le rideau des trois cascades qui encadraient la cité. À la nuit tombée, le sourire argenté de la lune se réverbérait dans la surface du lac qui constituait l’épicentre de Hutopia.

Mais le berceau du peuple elfe ne se contentait pas d’accaparer la vue : Abink était sensible aux mille parfums charnels et gorgés de soleil que la cité exhalait au cours de la journée. Les effluves des roses, jasmins et autres lauriers roses se mariaient harmonieusement avec l’odeur des arbustes tels que les oliviers, citronniers et orangers. La douce chaleur qui baignait l’atmosphère et la romance du vent valsant avec l’eau ruisselante imprégnaient chaque rue. Enclavée par la Forêt Gardienne qui la protégeait de toute menace extérieure, Hutopia paraissait figée à la fois en dehors du temps et du monde.

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