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Extrait de La langue des bêtes ajouté par Rowena77 2016-09-16T15:49:55+02:00

Une histoire, c'est comme une couverture de laine. Elle est faite de brins tissés. Personne ne sait qui a commencé à raconter. Mais on se passe la couverture et de jour en jour la couverture s'agrandit. Tout le monde peut venir se blottir en dessous, les vivants et les morts trouvent un endroit pour se réchauffer. C'est pour cela qu'il faut continuer à croire aux histoires et à les raconter. Parce que les morts vivent encore à travers les histoires. Avec les histoires, comme les brins de laine tressés, nous nous tenons la main. Avec les histoires, rien ne disparaît jamais.

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Extrait de La langue des bêtes ajouté par MarinaRose 2015-09-18T16:29:42+02:00

Les renards arrivent avec la nuit.

La Petite les entend avant de les voir.

Leurs pattes comme des marteaux d'orfèvre font sonner l'écrin brun des bois.

Un minuscule tambour fouetté par les doigts têtus de l'automne naissant.

Au-delà des carcasses de voitures, là-bas, à la lisière de la forêt, les brindilles claquent, les carapaces craquent. Partout, les lapereaux frissonnent. Et les renards tremblent bien plus qu'eux.

La Petite le sent. Leur peur se diffuse dans l'air comme un parfum un peu écoeurant. La peur monte malgré elle le long de ses reins, tire sur le fin duvet de sa nuque, irrite son nez.

Elle se blottit près de la caravane du Père, silencieuse, le corps tendu.

Elle respire. Profondément. Se remplit de vide et de nuit.

Ils arrivent. Les renards arrivent. Elle les entend, bien avant de les voir.

Et puis.

Leurs yeux d'ambre filent et fusent à travers la nuit.

Des dizaines. Des centaines.

Des feux follets pris de terreur.

Des étoiles incandescentes et muettes.

Qui rayent l'obscurité du campement.

Qui frappent les toiles déchirées du vieux chapiteau.

Qui zèbrent la piste d'éclairs fauves.

Qui renversent les tables et les bougies et les bouteilles et les assiettes.

La Petite entend là-bas, sous le chapiteau, le cri de Colodi et les rires de Major Tom :

- Regardez ça, mais regardez ça ! Des renards !

Elle tend sa main, si blanche. Elle appelle les renards qui filent devant elle.

- N'aie pas peur. Viens. N'aie pas peur.

L'un d'eux, haletant, stoppe sa course. Pointe vers la gamine son museau élancé. Ses yeux sont deux billes jaunes et folles qui roulent sur la main tendue, sur le corps accroupi.

- N'aie pas peur. Dis-moi ce qui se passe. Je sais que tu peux parler.

Le renard hésite. Son échine vibre de frayeur. Elle peut presque voir son coeur faire des bonds dans sa poitrine. Elle avance sa main. Un peu plus près.

- Parle-moi.

Et sa voix est douce et calme, pleine de vide et de nuit.

La porte de la caravane claque dans son dos.

Et l'éclair roux terrorisé s'enfuit.

Sans avoir rien dit.

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Extrait de La langue des bêtes ajouté par Rowena77 2017-02-10T22:53:16+01:00

La jalousie, ce n'est rien d'autre que la superstition du cœur.

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Extrait de La langue des bêtes ajouté par Rowena77 2017-02-10T22:47:19+01:00

Spoiler(cliquez pour révéler)
Pipo passe ses journées assis dans les vestiges de la voiture qui a accueilli le bûcher. Il s'est couvert le visage des cendres du lion. On dirait une statue noire et grotesque.
"C'est certainement à ça que ressemble la peine", se dit la Petite. Une statue noire et grotesque, immobile, hébétée, insensible au soleil et aux vents, le visage et la bouche pleine de cendres. La Petite espère que la pluie viendra bientôt. Et que la pluie effacera les cendres. La peine coulera alors sur les joues du vieux clown, sur ses épaules et sur son corps tout entier jusqu'à venir se mêler aux tissus calcinés de la vieille voiture et à la terre même. Oui, la Petite l'espère : la peine passera avec la pluie. Et sous le masque de cendres, le visage du clown apparaîtra à nouveau. Parce que la peine est un masque qu'on ne peut porter éternellement, n'est-ce pas ?

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