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Extrait de La légende de la ville d'Ys ajouté par bamby114 2016-04-10T13:27:25+02:00

1.

Le deuil de Gradlon.

Au château de Quimper, en grand deuil, en grande tristesse, vivait Gradlon, roi de Cornouaille. Tout le long du jour, au fond de sa chambre, loin de la lumière, il demeurait sur son lit, ne parlant que pour quérir à boire des serviteurs ; et, s'il ne buvait point, à l'ordinaire il dormait.

Ses meilleurs hommes en étaient marris ; ils souffraient et murmuraient, et parfois doucement le prenaient à partie :

Seigneur, douleur et honte vous nous donnez. Nul ne vous voit plus partant, en belle cavalcade, pour la guerre ou la chasse. Or qui, mieux que vous, sait tirer de l'arc ou manoeuvrer l'épée ? Qui sait mieux servir le sanglier ou lever la trace du cerf ? Las ! Les gens de Léon qui nous sont sujets disent tout bas que le glaive de Cornouaille est en main débile ; et ceux de Vennes qui nous sont rivaux le disent hautement . Et vous saurez aussi, seigneur, qu'au pays des Gallois on prétend ceci : le moment serait bon pour prendre la belle ville de Quimper. A ces propos le cœur nous bat de colère, le sang nous monte au visage. Seigneur, n'êtes-vous pas d'avis que soient châtiés les mauvais parleurs ?

Mais Gradlon, sans répondre un mot, hélait l'échanson, lui tendait son gobelet d'or.

Seigneur, poursuivaient les comtes s'échauffant, s'il ne vous convient de batailler et de conduire votre chasse, mandez à l'un de nous, par faveur, d'être en votre place ; qu'il soi votre homme et notre chef et, comme à vous, chacun lui sera fidèle. Mais rien ne vau de laisser au fourreau l'épée, et le coursier au pâturage. Epée rouille, cheval engraisse : plus le sont bons à la guerre.

Mes fils, disait alors Gradlon, de me laisser en paix je vous prie ; combats nichasse ne m'agréent à cette heure. Et si l'un de vous se veut mettre en ma place, qu'il le tente ; alors il connaîtra si la Cornouaille est en main débile.

Et s'ils insistaient, il les menaçaient de mort,, car il était, dans l'ivresse, colère et d'humeur noire.

Défaits en cela, les comtes firent venir d'Aquitaine des jongleurs habiles à réciter lais et chansons, des bateleurs, danseurs de corde, mimes, grimaciers et montreurs d'animaux.

Sire, dirent-ils, nous vous tirerons de votre chagrin ; voyez ces jeux et divertissements, écoutez ces beaux poèmes, ils dispersent l'ennui comme le soleil les nuages.

Et jongleurs, bateleurs, mimes et grimaciers s'efforçaient de leur mieux, et nul ne les pouvait écouter sans être ému de leurs douces chansons, ni les regarder dans rire à plein gosier de leurs bons tours.

Gradlon seul se détournait d'eux et, au lieu d'argent, de chevaux de main, de beaux orfrois qu'ils recevaient ailleurs, il les renvoyait durement, honnis, bâtonnés, heureux d'éviter la hart qu'il leur promettait pour présent de bon accueil.

Si le roi de Cornouaille ainsi repoussait amis et plaisirs, c'était pour la douleur dont son âme et son corps souffraient sans repos. Certains jours, les murs du palais tremblaient aux hurlements de sa voix, pareils à ceux que les bêtes sauvages en amour font entendre dans les forêts ; il frappait de la tête et du poing les cloisons, brisait les meubles autour de lui, jetait dans le silence de la nuit d'horribles clameurs. Tous alors fuyaient sa folie et se cachaient par grande crainte.

Et les choses allaient de la sorte depuis qu'était morte la reine Malgven.

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