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Liste des extraits

Musimbwa parlait rarement de son pays d'origine. Je savais seulement qu'il avait fui la guerre, enfant, en compagnie d'une tante, décédée l'année dernière. Il ne m'avait jamais parlé des circonstances de sa fuite, de ses parents, de sa vie avant la France. Je lui avais un jour demandé la raison pour laquelle il n'évoquait jamais directement sont passé. Je n'oublierai jamais sa réponse :

-Parce que je n'ai que des souvenirs malheureux du Zaïre. J'y ai passé les moments les plus heureux de ma vie. Mais y penser me rend toujours malheureux. Leur souvenir me confirme qu'ils ne sont pas seulement passés, mais bel et bien détruits, et avec eux tout un monde. Je n'ai que des souvenirs malheureux du Zaïre. Les mauvais, bien sûr. Mais aussi les bons. Je veux dire que rien n'attriste un homme comme ses souvenirs, même quand ils sont heureux.

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La discussion s'est enfoncée dans la nuit, âpre, passionnée, sans concession. Je me suis dit qu'un monde où on pouvait encore débattre ainsi d'un livre jusque tard n'était pas si perdu, même si j'avais bien conscience de ce que des personnes discutant de littérature toute une soirée avaient de profondément comique, vain, ridicule, peut-être même irresponsable. Des conflits faisaient rage, la planète étouffait, des meurt-de-faim et des assoiffés crevaient, des orphelins contemplaient le cadavre de leurs parents ; il y avait tout le peuple des vies minuscules, des microbes, des rats, le peuple de l'égout promis à l'éternité pestilentielle de canalisations immondes et bouchées ; il y avait le réel ; il y avait tout cet océan de merde dehors, et nous, écrivains africains dont le continent nageait dedans, nous parlions du "Labyrinthe de l'inhumain" au lieu de nous battre "concrètement" pour l'en sortir.

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Voilà la bande. Je ne sens pas chez nous de conscience ou de désir d’une aventure esthétique collective; nous ne sommes pas un mouvement; chacun de nous marche seul vers son destin littéraire; et pourtant j’ai l’impression que quelque chose d’invisible nous lie tous solidement, et à jamais, Je ne saurais dire de quoi il s’agit, Peut-être être le sentiment diffus que nous allions vers une catastrophe. Peut-être l’impression vague que nous devions vite redonner une vigueur à notre littérature ou subir l’humiliation d’être à jamais désignés comme ses assassins ou, pire, ses fossoyeurs (tuer est simple, mais enterrer!…) Peut-être la redoutable prescience que certains d’entre nous affronteraient longtemps le monstre de la littérature alors que d’autres se perdraient ou renonceraient en chemin. Peut-être le constat silencieux que nous étions des africains un peu perdus et malheureux en Europe, même si nous faisions semblant d’être partout chez nous.

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Est-ce que les choses ont changé aujourd'hui ? Est-ce qu'on parle de littérature, de valeur esthétique, ou est-ce qu'on parle de gens, de bronzage, de leur voix, de leur âge, de leurs cheveux, de leur chien, des poils de leur chatte, de la décoration de leur maison, de la couleur de leur veste ? Est-ce qu'on parle de l'écriture ou de l'identité, du style ou des écrans médiatiques qui disposent d'en avoir un, de la création littéraire ou du sensationnalisme de la personnalité ?

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Inventez votre propre tradition, fondez votre histoire littéraire, découvrez vos propres formes, éprouvez-les dans vos espaces, fécondez votre imaginaire profond, ayez une terre à vous, car il n'y a que là que vous existerez pour vous, mais aussi pour les autres.

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J’avais ma poitrine et je ne craignais ni de la montrer ni de voir ce qu’elle suscitait : admiration, jalousie, fantasme, envie, désir, peur, répulsion. On me demandait si elle était naturelle. Si je n’étais pas déjà nue, je déboutonnais mon haut, faisais glisser les bretelles de mon soutien-gorge sur mes épaules et la présentais au nez du curieux ou de la curieuse en ne lâchant pas ses yeux. Puis j’observais un silence de trois mots : « Dites-le-moi. » Ou : « Voyez vous-même. »

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Savoir si, oui ou non, Homère a eu une existence biographique demeure une question passionnante. À la fin, cependant, elle change peu de chose a l'émerveillement de son lecteur; car c’est à Homère, qui ou quoi qu'il fût, que ce lecteur rend grâce d'avoir écrit l’Iliade ou l’Odyssée. De la même façon, peu importait la personne, la mystification ou la légende derrière T.C. Elimane, c'était à ce nom que nous devions l'œuvre qui avait changé notre regard sur la littérature. Peut-être sur la vie. Le Labyrinthe de l'inhumain : ça s'intitulait comme ça, et nous allions à ses pages comme les lamantins vont boire à la source.

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Qu'EIimane ait poussé ces pauvres critiques français au suicide grâce à sa puissance magique serait horrible. Mais au milieu de cette horreur possible, je verrais du comique. Pas toi ? Un écrivain qui s'estime incompris, mal lu, humilié, commenté par un prisme autre que littéraire, réduit à une peau, une origine, une religion, une identité, et qui se met à tuer les mauvais critiques de son livre par vengeance : c’est une pure comédie.

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- Tu dis des contes, Diégane Faye. Madag avait vu ça aussi. Il m'avait dit : le jeune inconnu qui viendra sera un conteur. Mais non : il n'y a pas de dernier couplet. Je vais te dire ce que j'imagine, moi, s'il y avait un autre couplet. J'imagine que le pêcheur revient après des années. À son retour, il raconte à ses enfants son combat victorieux contre la déesse. Et tout finit bien. Les choses ne se terminent pas toujours mal. De nos jours, les gens s'attendent toujours à des fins tristes. Ils ne font pas que s'y attendre: qils veulent ces fins tristes. Tu sais ce qui explique ça? C'est un mystère pour moi.

Je réponds que la tristesse prépare mieux à la vie, c'est-à-dire à la mort, et que la plupart des gens le comprennent très tôt.

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Est-ce que les choses ont changé aujourd’hui. Est-ce qu’on parle de littérature, de valeur esthétique, ou est-ce qu’on parle de gens, de leur bronzage, de leur voix, de leur âge, de leurs cheveux, de leur chien, des poils de leur chatte, de la décoration de leur maison, de la couleur de leur veste? Est-ce qu’on parle de l’écriture ou de l’identité, du style ou des écrans médiatiques qui dispensent d’en avoir un, de la création littéraire ou du sensationnalisme de la personnalité ?

W. est le premier romancier noir à recevoir tel prix ou à entrer dans telle académie : lisez son livre, forcément fabuleux.

X. est la première écrivaine lesbienne à voir son livre publié en écriture inclusive : c’est le grand texte révolutionnaire de notre époque.

Y. Est bisexuel athée le jeudi et mahométan cisgenre le vendredi : son récit est magnifique et émouvant et si vrai!

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