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Espiègle, elle lui montra ses cartes.

- Regardez la main qu'on m'a octroyée. Auriez-vous un conseil judicieux à me donner ?

Glissant les mains sur les accoudoirs de son fauteuil, Simon inclina la tête pour lui chuchoter à l'oreille :

- Oui... Termine la partie rapidement.

Consciente du regard intéressé des autres femmes, Annabelle s'efforça de conserver une expression impassible, alors même qu'une onde de chaleur lui montait au visage.

- Pourquoi ? souffla-t-elle.

- Parce que je vais te faire l'amour dans exactement cinq minutes. Où que nous soyons... Ici... Dans notre suite... ou dans l'escalier. Alors, si tu préfères avoir un peu d'intimité, je suggère que tu perdes avec la plus grande célérité possible.

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— Je soupçonne qu'il s'agit d'autre chose que d'une cheville tordue, répliqua Hunt.

— Vous croyez que c'est l'infusion d'écorce de bouleau ?

— Non, l'écorce de bouleau ne provoquerait pas une telle réaction. J'ai ma petite idée sur la question, mais je ne pourrai la confirmer avant que Mlle Peyton soit dans sa chambre.

— De quelle manière avez-vous l'intention de «confirmer» votre idée? s'enquit Annabelle, méfiante.

— Je ne ferai rien de plus que de jeter un coup d'oeil à votre cheville, répondit Hunt en souriant. Et je pense que je le mériterai après vous avoir portée sur deux étages.

En vérité, l'escalier ne lui demanda aucun effort. Quand ils atteignirent le palier, sa respiration n'était même pas altérée.

Annabelle le soupçonnait d'être capable de la porter dix fois plus haut sans même transpirer. Lorsqu'elle lui en fit la remarque, il répondit d'un ton détaché.

— J'ai passé une partie de ma jeunesse à transporter des quartiers de boeuf et de porc jusqu'à la boucherie de mon père. Vous porter est bien plus agréable.

— Comme c'est aimable, marmonna Annabelle, les yeux fermés. Toute femme rêve de s'entendre dire qu'on la préfère à une vache morte.

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Elle prit une profonde inspiration avant de répondre:

- Parce que je t'aime.

Bien que Simon gardât le visage détourné, ces mots le prirent visiblement de court. Sa grande main se crispa sur le couvre-lit tandis que ses défences se fissuraient.

- Je mourrais mille fois pour t'épargner la moindre douleur, dit-il d'une voix tremblante. Et le fait que tu étais prête à sacrifier ta vie sans aucune nécessité est plus que je ne peux en supporter.

Les yeux d'Annabelle la picotèrent tandis qu'elle le contemplait, en proie à une bouffée de tendresse et de désir si puissante qu'elle en était presque douloureuse.

- J'ai compris quelque chose, déclara-t-elle d'une voix rauque, alors que j'étais à l'extérieur de la fonderie, à la regarder brûler en sachant que tu étais à l'intérieur...

Elle déglutit avec peine, puis reprit:

- Je préfèrerais mourir dans tes bras, Simon, plutôt que d'affronter la vie sans toi. Toutes ces années interminables... Tous ces hivers, ces été... Cent saisons à te vouloir et à ne jamais t'avoir. Devenir vieille alors que tu resterais éternellement jeune dans mon souvenir...

Elle se mordit les lèvres en secouant la tête, les yeux brillants de larmes.

- Je me suis trompée quand je t'ai dit que je ne savais pas où était ma place. Je le sais. Elle est auprès toi, Simon. Rien ne compte à part être avec toi. Tu m'as sur les bras pour toujours, et jamais- jamais, tu m'entends? - je ne t'écouterai quand tu m'ordonneras de m'en aller. Alors, conclut-elle avec un sourire tremblant, autant te résigner de cesser de te plaindre.

Avec une soudaineté qui la surprit, Simon se tourna pour l'attirer brusquement contre lui. Il enfouit le visage dans ses cheveux emmêlés, et d'une voix sourde, étranglée par l'anxiété, il murmura:

- Mon Dieu, je ne peux le supporter ! Je ne peux pas te laisser sortir jour après jour en redoutant à chaque minute qu'il t'arrive quelque chose, en sachant que ce qui me reste de raison repose entièrement sur ton bien-être. Je ne peux pas ressentir cela... C'est trop insupportable. Bon sang! Je vais tourner au fou furieux. Je ne servirai plus à rien ni à personne. Si seulement c'était un peu moins fort... Si je pouvais t'aimer seulement à moitié... je pourrais peut-être réussir à vivre avec.

Cet aveu brutal emplit Annabelle d'une joie sauvage, et c'est avec un petit rire chevrotant qu'elle répondit:

- Mais je veux ton amour tout entier.

Quand Simon releva la tête pour la regarder, son expression lui coupa le souffle. Il lui fallut plusieurs secondes pour se remettre.

- Ton coeur et ton esprit tout entier, continua-t-elle, avant d'ajouter d'une voix basse, provocante : Et tout ton corps, aussi.

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Les quelques filles qui remarquèrent Annabelle entourèrent encore plus étroitement leur proie, comme pour empêcher Kendall de la voir. Elle secoua la tête. Soit il avait commis l'erreur de parler à quelqu'un de ses projets, soit la folie matrimoniale avait atteint un degré tel qu'il ne pouvait plus s'aventurer hors de sa chambre sans attirer une horde de femmes, quelle que fût l'heure.

— Eh bien, ne reste pas là, lui intima Philippa. Va les rejoindre et essaie d'attirer son attention.

Annabelle lui jeta un regard dubitatif.

— Quelques-unes de ces filles ont l'air féroce. Je ne tiens pas à me faire mordre.

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— Lord Kendall ! Je l'ai vu sur... sur la terrasse, à l'arrière. Il est assis à une table.

Lillian fronça les sourcils.

— Peut-être a-t-il rendez-vous avec quelqu'un. Dans ce cas, Annabelle n'a pas intérêt à foncer comme un rhinocéros en chaleur.

— Pourrais-tu trouver une métaphore plus flatteuse, très chère ? demanda Annabelle d'une voix douce.

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- J'ai passé une partie de ma jeunesse à transporter des quartiers de boeuf et de porc jusqu'à la boucherie de mon pere.

Vous porter est bien plus agreable.

- Comme c'est aimable, marmonna Annabelle, les yeux fermés. Toute femme reve de s'entendre dire qu'on la prefere à une vache morte.

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— Êtes-vous en train de suggérer que je vous dois une quelconque reconnaissance ? demanda Annabelle d'un ton méprisant. Vous n'êtes qu'un immonde charognard.

— Je n'ai rien pris qui ne m'ait été librement offert, répliqua

Hodgeham en effleurant de ses doigts moites le menton d'Annabelle, qui recula de dégoût. Pour être franc, la conquête a manqué de piquant. Votre mère est trop docile à mon goût.

Comme il se penchait vers elle, Annabelle ravala un haut-le-coeur tant l'odeur de son corps - un mélange de sueur rance et d'eau de Cologne - était répugnante.

— Peut-être que la prochaine fois, c'est vous que j'essaierai, murmura-t-il.

Sans doute s'attendait-il qu'elle fonde en larmes, rougisse ou le supplie. Mais elle se contenta de le fixer d'un regard froid.

— Espèce de vieil imbécile vaniteux, si je devais devenir la maîtresse de quelqu'un, vous ne croyez pas que je pourrais trouver mieux que vous ?

Hodgeham grimaça un sourire, quoique au prix d'un effort visible qui ravit Annabelle.

— Il n'est pas sage de votre part de vous faire un ennemi de moi. Quelques paroles bien placées, et je pourrais détruire la réputation de votre famille sans espoir de rachat. Si j étais à

votre place, continua-t-il en la parcourant d'un regard hautain, je ne me montrerais pas aussi dédaigneuse, avec mes oripeaux et mes bijoux en verroterie.

Annabelle rougit et repoussa brutalement sa main comme il essayait de lui palper les seins. Pétrifiée, elle attendit qu'il ait descendu l'escalier et refermé la porte d'entrée avant de dévaler les marches et de tourner la clef dans la serrure. Pantelante d'angoisse et d'indignation, elle appuya les mains et le front contre la lourde porte de chêne.

— C'en est assez, chuchota-t-elle, tremblant de fureur.

Il n'y aurait plus de Hodgeham, plus de factures impayées...

Ils avaient assez souffert. Il lui fallait trouver un époux sur-le-champ. Elle se ferait inviter dans le Hampshire, choisirait le meilleur parti et mettrait un terme à cette situation.

Et à défaut...

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Pendant que Daisy farfouillait dans le panier à la recherche de la balle, Lillian ouvrit le sien.

— Regardez ce que j'ai apporté, annonça-t-elle, non sans suffisance.

— Une vraie batte ! s'exclama sa sœur, ravie. Moi qui croyais que nous serions obligées d'utiliser un simple bâton. Où l'as-tu trouvée ?

— Je l'ai empruntée à l'un des garçons d'écurie.

Apparemment, ils jouent au Rounders dès qu'ils en ont l'occasion. Ils ont l'air passionné...

— Qui ne le serait pas ? s'enthousiasma Daisy tout en commençant à déboutonner son corsage. Sapristi, qu'il fait chaud ! Ce sera délicieux de se débarrasser de toutes ces

épaisseurs.

Alors que les sœurs Bowman quittaient leur robe avec la simplicité désinvolte de filles habituées à se dévêtir en plein air, Annabelle et Evangeline échangèrent un regard contraint.

— Chiche ! murmura Evangeline.

— Mon Dieu, grommela Annabelle en défaisant les premiers boutons de sa robe.

Elle se découvrait soudain pudique, et ne put s'empêcher de rougir. Toutefois, elle n'allait pas jouer les poltronnes alors que même la timide Evangeline Jenner était disposée à braver les convenances. Après avoir dégagé ses bras des manches, elle se leva et laissa la lourde robe tomber en tas à ses pieds. En chemise, culotte, bas et corset, elle frissonna de plaisir en sentant la brise légère rafraîchir sa peau échauffée.

Les trois autres se relevèrent l'une après l'autre, abandonnant leurs robes sur le sol telles de gigantesques fleurs exotiques.

— À toi ! dit Daisy en lançant la balle à Annabelle, qui la rattrapa d'instinct.

Elles se dirigèrent vers le centre de la prairie tout en se jetant la balle. Evangeline était la moins douée aussi bien pour la lancer que pour la rattraper, mais il s'agissait moins de maladresse que d'inexpérience. Elle n'avait pas, comme Annabelle, eu un jeune frère avec qui jouer.

Marcher ainsi en plein air, les jambes libérées du poids des jupes, procurait une sensation de légèreté étonnante.

— Je suppose que c'est ce que ressentent les hommes, eux qui déambulent en pantalon, commenta Annabelle, songeuse. On leur envierait presque une telle liberté.

— Presque ? répéta Lillian avec un sourire. Assurément, tu veux dire. Est-ce que ce ne serait pas formidable si les femmes pouvaient porter des pantalons ?

— Je... je n'aimerais pas cela du tout, déclara Evangeline. Je mourrais de honte si un homme pouvait voir la forme de mes jambes et de mon... de mes...

Elle hésita, cherchant de toute évidence le mot pour décrire ces parties de l'anatomie féminine dont on ne parlait pas.

— ... du reste, acheva-t-elle piteusement.

— Ta chemise est dans un triste état, fit remarquer Lillian abruptement en se tournant vers Annabelle. Je n'ai pas pensé à te donner de nouveaux dessous, pourtant, j'aurais dû me rendre compte...

Daisy jeta un regard à sa sœur aînée.

— Lillian, nous sommes vraiment au-dessous de tout. Annabelle a tiré au sort les pires des fées marraines.

— Je ne me plains pas, assura Annabelle en riant. Et, pour autant que j'en juge, nous sommes toutes les quatre dans la même citrouille.

Après quelques minutes d'entraînement et une brève discussion sur les règles du Rounders, elles marquèrent les quatre bases avec les paniers vides, et le jeu commença.

Annabelle planta les pieds fermement à l'endroit qu'on avait désigné comme «Castle Rock».

— Je vais lui lancer la balle, dit Daisy à Lillian, et tu l'attraperas.

— Mais je vise mieux que toi, protesta Lillian, qui se plaça néanmoins derrière Annabelle.

Tenant la batte par-dessus son épaule, Annabelle essaya de frapper la balle que Daisy lui lançait. Elle la manqua, et la batte décrivit un bel arc de cercle en sifflant. Derrière elle, Lillian avait attrapé la balle.

— C'était un bon coup, l'encouragea Daisy. Il faut que tu continues de regarder la balle quand elle vient vers toi.

— Je n'ai pas l'habitude de rester plantée là quand on me jette quelque chose dessus, se défendit Annabelle en brandissant de nouveau la batte. J'ai droit à combien de coups ?

— Au Rounders, le batteur a droit à un nombre infini d'essais, expliqua Lillian dans son dos. Vas- y, Annabelle... et cette fois, essaie d'imaginer que la balle, c'est le nez de M. Hunt.

Annabelle apprécia cette suggestion à sa juste valeur.

— Mieux encore, je pourrais viser une protubérance située plus bas, répliqua-t-elle avant d'abattre sa batte qui, cette fois, heurta la balle avec un claquement sonore.

Avec un rugissement de plaisir, Daisy s'élança après la balle pendant que Lillian, qui se tordait de rire, criait :

— Cours, Annabelle !

Elle obéit avec un gloussement de triomphe et contourna les paniers avant de revenir vers Castle Rock. Daisy ramassa la balle et la jeta à Lillian qui l'attrapa au bond.

— Reste à la troisième base, Annabelle ! cria Lillian. Nous allons voir si Evangeline peut te ramener à Castle Rock.

L'air nerveux, mais déterminé, Evangeline s'empara de la batte.

— Imagine que la balle est ta tante Florence, lui conseilla Annabelle, lui arrachant un sourire.

Daisy lança la balle assez bas et sans beaucoup d'élan, mais Evangeline la manqua et elle arriva droit dans les mains expertes de Lillian. Tout en renvoyant la balle à sa sœur, Lillian fit reprendre la position à Evangeline.

— Écarte un peu les pieds et plie les genoux. Voilà, comme ça.

Maintenant, tu regardes la balle quand elle arrive et tu ne pourras pas la manquer.

Malheureusement, elle la manqua un si grand nombre de fois qu'elle en rougit de contrariété.

— C'est trop... trop dur. Je devrais peut-être céder mon tou-tour à quelqu'un d'autre.

— Quelques essais encore, décréta Annabelle, bien décidée à ce qu'Evangeline touche la balle au moins une fois. Nous ne sommes pas pressées.

— Ne renonce pas, renchérit Daisy. C'est parce que tu essaies trop fort, c'est tout. Détends-toi... Et arrête de fermer les yeux au moment de frapper

— Tu peux y arriver, assura Lillian en exerçant ses bras minces mais musclés. Tu as presque réussi au coup précédent. Simplement : RE-GARDE-LA-BALLE !

Avec un soupir résigné, Evangeline traîna la batte une fois de plus jusqu'à Castle Rock et la leva.

— Je suis prête, annonça-t-elle à Daisy en fixant la balle, les yeux étrécis.

Les dents serrées, elle la frappa avec force, et l'envoya voler jusqu'au bosquet de chênes. Tandis qu'elle demeurait médusée, les autres se mirent à hurler de joie.

— J'ai réussi ! J'ai réussi ! finit par s'exclamer Evangeline en sautant sur place.

— Cours autour des paniers ! cria Annabelle avant de détaler en direction de Castle Rock.

Evangeline fila comme une flèche. Quand elle atteignit Castle Rock, les quatre filles continuèrent à sauter et à crier sans raison, simplement parce qu'elles étaient jeunes, en bonne santé et très contentes d'elles-mêmes.

Soudain, Annabelle se rendit compte qu'une silhouette sombre gravissait rapidement la colline. Elle se tut brusquement quand elle distingua un... non, deux cavaliers qui s'avançaient vers la prairie.

— Quelqu'un arrive ! Deux hommes à cheval. Vite, les vêtements !

Son avertissement mit un terme brutal à leur allégresse. Elles se regardèrent, les yeux écarquillés, avant de céder à la panique. Poussant un cri aigu, Daisy et Evangeline prirent leurs jambes à leur cou et se ruèrent vers la couverture sur laquelle elles avaient laissé leurs robes.

Annabelle commença à les suivre, puis s'arrêta abruptement alors que les cavaliers s'immobilisaient juste derrière elle. Elle pivota lentement pour tenter d'estimer quel danger ils pouvaient représenter.

Sa consternation fut immédiate et totale. Il s'agissait de lord Westcliff...et, pire encore... de Simon Hunt.

Une fois qu'Annabelle eut croisé le regard stupéfait de Hunt,elle fut incapable de détourner les yeux. C'était comme l'un de ces cauchemars dont on s'éveille soulagée, en sachant que rien d'aussi horrible ne pouvait vraiment se produire. Si la situation n'avait été à ce point à son désavantage, elle aurait pu s'amuser de voir Simon Hunt demeurer sans voix. Il parut d'abord interdit, comme s'il éprouvait une difficulté extrême à admettre qu'elle se tenait devant lui avec pour tout vêtement une chemise, un corset et une culotte. Son regard glissa sur elle avant de revenir se poser sur son visage empourpré.

Le silence suffocant s'éternisa jusqu'à ce que, ayant dégluti avec peine, Hunt demande d'une voix enrouée :

— Je ne devrais sans doute pas poser la question. Mais que diable faites-vous ?

Ces mots tirèrent Annabelle de sa paralysie. Elle ne pouvait certes pas rester ici et discuter avec lui en petite tenue. Mais sa dignité - ou ce qu'il en restait - lui interdisait de piailler comme une idiote en se précipitant vers ses vêtements comme Evangeline et Daisy l'avaient fait. Optant pour un compromis, elle alla récupérer sa robe à grands pas et la plaqua contre elle avant de faire de nouveau face à Simon Hunt.

— Nous jouons au Rounders, répondit-elle d'une voix bien plus haut perchée qu'à l'accoutumée.

Hunt jeta un regard alentour avant de revenir à elle.

— Pourquoi vous...

— On ne peut pas courir correctement avec des jupes, coupa

Annabelle. J'aurais pensé que c'était évident.

Hunt détourna le visage en hâte, mais pas assez vite pour qu'elle ne remarque pas son sourire.

— N'ayant jamais essayé, il faudra que je vous croie sur parole.

Derrière elle, Annabelle entendit Daisy dire à Lillian d'un ton accusateur :

— Tu prétendais que personne ne venait jamais dans cette prairie !

— C'est ce qu'on m'avait dit, répondit Lillian en se plaçant au milieu de la corolle formée par sa robe, puis en se baissant pour s'emparer du corsage et le remonter

— Vos renseignements étaient exacts, mademoiselle Bowman, intervint le comte tout en gardant les yeux soigneusement fixés au loin. Ce champ n'est pas fréquenté, habituellement.

— Dans ce cas, pourquoi êtes-vous là ? répliqua Lillian d'un ton accusateur, comme si c'était elle, et non Westcliff, le propriétaire du domaine.

Le comte tourna brusquement la tête, posa un regard incrédule sur la jeune Américaine, puis détourna de nouveau les yeux.

— Notre présence est un pur hasard, répliqua- t-il froidement. Je souhaitais inspecter la partie nord-ouest de mon domaine aujourd'hui.

Il souligna le « mon » distinctement quoique subtilement.

— Alors que M. Hunt et moi-même étions sur le sentier, nous avons entendu vos cris. Nous nous en sommes inquiétés, et sommes venus dans l'intention de proposer notre aide si besoin était. Pas un instant je n'ai songé que vous puissiez utiliser ce champ pour... pour...

— Jouer au Rounders-en-culottes, compléta Lillian charitablement, tout en passant les bras dans ses manches.

Le comte parut incapable de répéter cette phrase ridicule. Il fit volter son cheval et lança, par-dessus son épaule :

— J'ai l'intention d'être frappé d'amnésie dans quelques minutes. Avant cela, je suggérerais que vous vous absteniez à l'avenir de toute forme de nudité en plein air. D'autres personnes vous surprenant ainsi ne se montreraient peut-être pas aussi indifférentes que M. Hunt et moi.

Bien que gênée, Annabelle ne put réprimer un ricanement sceptique. Indifférent, M. Hunt? Et le comte lui-même ? Hunt s'était à coup sûr débrouillé pour se rincer l'oeil. Et si Westcliff s'était montré plus discret, le regard, bref mais intense, dont il avait gratifié Lillian avant de faire pivoter son cheval ne lui avait pas échappé. Cependant, vu la légèreté de sa tenue, le moment était mal choisi pour lui faire rabattre de sa superbe.

— Je vous remercie, milord, dit-elle avec un calme dont elle ne put que se féliciter. À présent que vous nous avez donné cet excellent conseil, je vous demanderais de bien vouloir nous accorder un peu d'intimité afin que nous puissions nous réajuster.

— Avec plaisir, grommela Westcliff.

Apparemment, Simon Hunt ne put s'empêcher de jeter un dernier regard à Annabelle, qui tenait toujours sa robe pressée contre sa poitrine. Malgré son calme apparent, elle eut l'impression que son teint était plus coloré... Et il était impossible d'ignorer la flamme éloquente qui s'était allumée dans ses yeux noirs. Elle aurait aimé être suffisamment maîtresse d'elle-même pour lui adresser un regard froidement méprisant, au lieu de cela, elle se sentait rougissante, débraillée et complètement désarçonnée. Il parut sur le point de lui dire quelque chose, puis se ravisa et s'élança à la suite de Westcliff, qui se trouvait déjà à l'autre bout de la prairie.

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Hunt la dévisagea, les yeux brillants d’amusement.

— Vous pouvez avoir ce que vous voulez, Annabelle… À la seule condition de le demander.

— Vous êtes déterminé à m’humilier jusqu’au bout, n’est-ce pas ? Vous ne me permettrez pas de conserver la moindre parcelle de dignité…

— Moi, vous humilier ? répliqua-t-il, sarcastique. Alors que depuis deux ans je n’ai droit qu’à des rebuffades et des affronts chaque fois que je vous invite à danser…

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- Après m'avoir donné les indications de base, elle m'a dit que je devais vous laisser faire ce que vous voulez, en essayant de ne pas me plaindre si je n'aimais pas quelque chose. Et, au cas où cela deviendrait trop déplaisant, elle m'a suggéré de penser à l'énorme compte en banque que vous allez m'ouvrir.

Annabelle regretta ses paroles dès qu'elles eurent franchi ses lèvres, car elle s'attendait que Simon s'offense d'une telle candeur. A tort.

- Voilà qui change, fit-il en riant. D'ordinaire, on conseille de penser à l'Angleterre. Dois-je vous séduire en vous susurrant à l'oreille des transferts de soldes et des taux d'intérêt?

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