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Par magyari le 16-09-2015 Editer
La Ronde des saisons, Tome 0.5 : Les Blessures du passé
Quelques torches situées aux points clefs du jardin offraient un éclairage suffisant pour sa promenade. Marchant au hasard, il tomba sur une petite clairière pavée, au centre de laquelle coulait une fontaine. Détail surprenant, une fille s’y promenait. Elle prêtait l’oreille aux échos de la musique provenant des portes-fenêtres ouvertes de la salle de bal. Elle chantonnait
doucement et, un verre de vin à la main, esquissait quelques pas de valse. Gideon l’aperçut de profil : ce n’était pas une fillette mais une jeune femme, à la physionomie avenante. Il la prit pour une soubrette, car sa robe était usée et sa chevelure tressée dans le dos de façon lâche. Sans doute une femme de chambre qui avait chapardé un verre de vin. Elle tournait et tournait encore, telle une Cendrillon égarée dont la robe de bal aurait disparu avant qu’elle ne fût arrivée à la fête. Gideon sourit. Oubliant un instant son besoin de boire, il
s’approcha. Le bruit de ses pas était couvert par le gargouillis de la fontaine.
Au hasard de sa valse lente, la jeune femme se retrouva face à lui et s’arrêta net. Gideon se fendit d’une élégante courbette et lui sourit non sans ironie. Prise au dépourvu, elle sourit également, ses yeux brillant à
la lueur des torches. Ce n’était pas une beauté de statue
grecque, mais elle possédait beaucoup de charme.
― Je me sens humiliée d’être ainsi surprise, dit-elle. Si vous êtes un gentleman, oubliez ce que vous venez de voir.
― Malheureusement, j’ai une mémoire d’éléphant, rétorqua
Gideon, amusé.
― C’est très méchant de dire ça, répondit-elle en riant.
Gideon était déjà séduit. Cent questions lui venaient à
l’esprit. Qui était cette jeune personne ? Pourquoi se trouvait-elle là ? Prenait-elle du sucre dans son thé ? Grimpait-elle aux arbres quand elle était petite ? Quel effet lui avait fait son premier baiser ? Bref, sa curiosité était piquée. En général, les gens lui étaient
indifférents, ou il ne s’y intéressait pas assez longtemps pour avoir des questions à leur poser. Sans oser parler, il avança prudemment. Elle se raidit, comme si elle n’avait pas l’habitude de côtoyer des inconnus. De plus près, il constata qu’elle avait des traits réguliers, le nez un peu long, la bouche bien dessinée. Des yeux clairs… verts peut-être, avec des profondeurs inattendues.
―Pour danser la valse, il est plus facile d’être deux. Puis-je vous servir de cavalier ?
La jeune femme le dévisagea comme s’il avait l’esprit
dérangé. Dans la salle de bal, la musique allait bon train. Au bout d’un long moment, elle eut un sourire d’excuse.
― Je n’ai pas fini mon vin.
Gideon n’eut pas besoin de se le faire dire deux fois. Il étendit la main, prit le verre et le vida d’un trait, avant de le reposer sur le rebord de la fontaine. Elle rit de bon cœur et lui fit du doigt un signe grondeur. En la contemplant, Gideon ressentit une chaleur dans la
poitrine, comme la fois où il avait attrapé la grippe et que sa nurse lui avait fait prendre une inhalation. Il se souvint du soulagement éprouvé après des heures d’étouffement, le rythme de ses poumons qu’il pouvait enfin remplir d’air brûlant et bienfaisant. Curieusement, il avait de nouveau cette même sensation : un soulagement d’origine inconnue.
Il avait retiré ses gants et les avait glissés dans sa poche dès qu’il était sorti dans le jardin. Il tendit donc à sa mystérieuse cavalière sa main nue. Elle hésita, détourna le regard, soudain rêveuse, se mordillant la lèvre inférieure. À l’instant où Gideon se dit qu’elle allait refuser, elle céda à une impulsion soudaine et lui prit la main. Il l’attira si près de lui qu’il sentit dans ses cheveux un léger parfum d’eau de rose. Elle était mince et bien faite, sa taille fine et sans corset était souple sous ses doigts. Gideon sentit monter en lui une bouffée de désir.
Il l’entraîna dans une valse lente, évitant les pièges du dallage irrégulier.
― J’ai déjà vu des fées danser sur la pelouse, une fois où
j’avais bu trop de cognac. Mais je n’avais encore jamais dansé avec l’une d’elles.
Elle tenta de l’entraîner un peu plus loin, et il la retint.
― Non, laissez-moi vous guider.
― Nous étions trop près du bord du dallage, protesta-t-elle.
― Non, nous avions assez de place.
Elle soupira en fronçant son joli nez.
―Ah, ces Américains autoritaires… Je suis sûre que je ne
devrais pas danser avec un homme qui prétend avoir vu des
fées. En outre, votre femme aurait sans aucun doute un avis tranché sur la question.
― Je ne suis pas marié.
― Si, vous l’êtes ! rétorqua-t-elle avec un sourire, comme s’il était un garnement pris en flagrant délit de mensonge.
― Pourquoi en êtes-vous si sûre ?
― Puisque vous êtes l’un des Américains, et qu’ils sont tous mariés sauf M. McKenna. Et vous n’êtes pas M. McKenna.
― Il y a un autre célibataire dans le groupe, insista Gideon d’un air las, en lui lâchant la taille pour la faire tourner d’une main.
Après que le tour fut fini, il la rattrapa par le dos.
― C’est juste, admit-elle. C’est donc que vous êtes…
― M. Shaw.
― Je vois, murmura-t-elle en le regardant avec de grands
yeux.
S’il ne l’avait pas tenue si solidement, elle aurait trébuché.
― Je suis censée ne pas vous approcher.
― Qui vous a dit cela ? demanda-t-il, amusé.
― Je suis certaine que la moitié des bruits qui courent sur vous sont vrais… continua-t-elle en éludant la question.
―Ils le sont, et l’autre moitié aussi, confirma Gideon sans honte.
― Dans ce cas, vous êtes un débauché.
― C’est exact, et de la pire espèce.
― Voilà qui a le mérite de la franchise ! s’esclaffa-t-elle en se dégageant. Toutefois, il vaut mieux que je vous quitte à présent. Merci pour la danse, c’était charmant.
― Ne partez pas, implora Gideon. Attendez, dites-moi qui
vous êtes…
― Devinez ! Vous avez droit à trois questions.
― Vous faites partie du personnel ?
― Non.
― Impossible que vous soyez une Marsden : vous ne leur
ressemblez en rien. Vous venez du village ?
― Non.
― Ne seriez-vous pas la maîtresse du comte ?
― Et non, répliqua-t-elle en souriant. Vous avez épuisé vos trois questions. Au revoir, monsieur Shaw.
― Attendez !
― Et que je ne vous prenne pas à danser sur la pelouse avec les fées. C’est mouillé, vous abîmeriez vos chaussures.
Elle disparut comme par enchantement, ne laissant comme
preuves de sa présence que le verre vide au bord de la fontaine et un sourire émerveillé sur les lèvres de Gideon.
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