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La Roue du Temps, Tome 22/22 : Le Prince des corbeaux



Description ajoutée par Lilinie 2010-10-09T19:42:29+02:00

Résumé

Loin des combats de Rand, le Dragon Réincarné se préparant pour la Dernière Bataille, ses amis ont leurs propres ennemis à affronter. Perrin désire à tout prix sauver sa femme, quitte à

mettre de côté sa loyauté envers son ami d’enfance. Mat doit également jouer serré, malgré un véritable atout dans sa manche : Tuon, la Fille des Neuf Lunes. à moins que les Seanchans ne jouent double jeu...

Au même moment, les vents du temps se sont changés en tempête, et la Tour Blanche elle-même n’est plus sûre. Egwene va d’ailleurs l’apprendre à ses dépens, confrontée une fois encore aux manigances de l’Ajah Noire...

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Classement en biblio - 116 lecteurs

Extrait

Nouvelles pour le Dragon

— Assez, Loial, dit Rand, en bourrant son brûle-gueule.

C’était du tabac tairen, avec un léger goût huileux venant de la coupe, mais il n’y en avait pas d’autre. Le tonnerre retentit dans le ciel, lent et lourd.

— Je suis enroué de répondre à toutes vos questions.

Ils étaient assis à une longue table, dans l’une des plus grandes salles du manoir du Seigneur Algarin, devant les restes du repas de midi. Les domestiques étaient vieux pour la plupart, et encore plus lents depuis que le Seigneur Algarin était parti pour la Tour Noire. La pluie torrentielle semblait se calmer, mais de violentes rafales fouettaient toujours les fenêtres et faisaient trembler les carreaux. Les vitres, couvertes de grosses bulles, déformaient le paysage extérieur. La table et les chaises étaient modestement sculptées, tout comme les corniches jaunes courant sous les poutres du plafond. Les cheminées aux deux extrémités de la pièce étaient hautes et larges, en simples pierres taillées, les chenets, tisonniers, et pincettes en fer forgé. Algarin n’était pas riche.

Fourrant sa blague à tabac dans sa poche, Rand s’approcha d’une cheminée et prit de petites pincettes en cuivre sur le manteau pour extraire de l’âtre un minuscule morceau de chêne avec lequel il alluma sa pipe. Il évitait de canaliser plus que nécessaire, surtout quand il n’était pas seul – les vertiges qui le prenaient alors étaient difficiles à dissimuler – mais personne ne lui avait fait aucune remarque jusqu’à présent. Une rafale provoqua des craquements, comme si des branches d’arbre balayaient les vitres. Imagination. Les arbres les plus proches se trouvaient au-delà des champs, à plus d’un demi-mile.

Loial avait descendu un haut fauteuil des appartements ogiers. Il devait se pencher pour écrire dans son carnet relié cuir. Le volume était assez petit pour tenir dans l’une des vastes poches de sa tunique, mais toutefois aussi grand que la plupart des livres pour humains que Rand avait vus. Des poils fins ornaient sa lèvre supérieure et son menton ; il tentait de se laisser pousser la moustache et la barbe depuis quelques semaines et le résultat n’était pas encore convaincant.

— Mais vous ne m’avez presque rien dit d’utile, gronda l’Ogier, en un grondement qui exprima sa déception.

Ses oreilles huppées s’affaissèrent. Il se mit à essuyer la pointe en acier de son porte-plume en bois. Long et plus gros que le pouce de Rand, il convenait parfaitement aux doigts épais de Loial.

— Vous ne mentionnez jamais aucune action héroïque, sauf lorsqu’elle est commise par quelqu’un d’autre. Vous faites tout paraître banal. À vous entendre, la chute d’Illian était aussi excitante que regarder une tisserande réparer son métier. Et le nettoyage de la Vraie Source ? Vous et Nynaeve liés, puis assis et canalisant pendant que tous les autres pourchassaient les Réprouvés ? Même Nynaeve m’en a dit plus que ça, et elle prétend avoir presque tout oublié.

Nynaeve, portant tous ses bijoux ter’angreals, et son étrange parure bracelet-bagues angreals, remua dans son fauteuil devant l’autre cheminée, puis se remit à observer Alivia. De temps en temps, elle jetait un coup d’œil vers les fenêtres et tirait sur sa tresse, mais la plupart du temps elle se concentrait sur la Seanchane aux cheveux jaunes. Debout près de la porte, telle une garde, Alivia eut un petit sourire amusé. L’ancienne damane savait que Nynaeve s’était mise en frais de bijoux pour elle. Mais son regard bleu demeura intense. Comme toujours depuis qu’on lui avait enlevé son collier à Caemlyn. Les deux Vierges de la Lance, accroupies sur leurs talons près de la porte, jouaient aux ficelles magiques, pendant que Harilin des Taardads des Montagnes de Fer et Enaila des Jarras Chareens faisaient leur propre numéro. Shoufa enroulée autour de la tête et voile noir pendant sur la poitrine, chacune avait trois ou quatre lances passées dans le harnais maintenant leur arc sur le dos, et un bouclier en peau de bœuf posé au sol. Il y avait cinquante Vierges dans le manoir, plusieurs d’entre elles Shaidos, et toutes prêtes à exécuter la danse des lances en un clin d’œil. Peut-être avec lui. Apparemment partagées entre le ravissement de le protéger à nouveau, et le mécontentement… il les avait évitées si longtemps.

Quant à lui, il ne pouvait porter son regard sur l’une d’elles sans que la litanie des femmes qui étaient mortes pour lui – celles qu’il avait tuées – ne se mette à défiler dans sa tête. Moiraine Damodred, surtout. Son nom était écrit à l’intérieur de son crâne en lettres de feu. Liah des Cosida Chareens, Sendara des Tardaads de la Montagne de Feu, Lamelle des Migomas de l’Eau Fumée, Andhilin des Goshiens du Sel Rouge, Desora des Musara Reyns… Tant de noms. Parfois, il se réveillait au milieu de la nuit en marmonnant cette liste, Min le serrant dans ses bras en lui murmurant des paroles apaisantes comme pour rassurer un enfant. Il lui disait toujours qu’il n’avait rien et qu’il voulait se rendormir, mais quand il avait fermé les yeux, il ne dormait jamais avant d’avoir terminé la liste. Parfois Lews Therin la psalmodiait avec lui.

Min leva les yeux du livre ouvert sur la table devant elle, un livre de Herid Fels. Elle les dévorait tous, et elle se servait comme marque-page de la note qu’il avait envoyée à Rand avant son assassinat, et dans laquelle il se plaignait qu’elle le distrayait de son travail parce qu’elle était si jolie. Sa courte tunique bleue, brodée de fleurs blanches sur les manches et les revers, moulait son buste, et l’échancrure de sa blouse de soie crème révélait la naissance des seins. Ses grands yeux noirs, encadrés de boucles brunes tombant sur ses épaules, luisaient de satisfaction. Elle aimait qu’il la regarde. Sans aucun doute, le lien lui transmettait à quel point il aimait la regarder. Curieusement, le lien disait qu’elle aussi aimait le regarder. Jolie ? Il fredonna, se tripotant le lobe de l’oreille. Oui, et liée à lui plus que jamais. Elle, Elayne et Aviendha. Comment pouvait-il assurer leur sécurité maintenant ? Il se força à lui rendre son sourire. Une nuance d’irritation s’était insinuée dans le lien. Pourquoi s’irritait-elle chaque fois qu’il s’inquiétait de sa sécurité, cela le dépassait. Par la Lumière, elle voulait le protéger, lui !

— Rand n’est pas très causant aujourd’hui, Loial, dit-elle, sans sourire.

Sa voix grave, presque musicale, n’exprimait aucune colère, mais le lien racontait une autre histoire.

— En fait, il est parfois aussi causant qu’une huître.

Elle le gratifia d’un regard qui le fit soupirer. Ils auraient beaucoup à se dire une fois seuls, semblait-il.

— Je ne peux pas vous révéler grand-chose moi-même, mais je suis certain que Cadsuane et Verin vous diront tout ce que vous voulez savoir. D’autres aussi. Questionnez-les si vous souhaitez d’autres réponses que oui ou non.

La solide petite Verin, qui tricotait près de Nynaeve, sembla stupéfaite d’entendre prononcer son nom. Cadsuane, à l’autre bout de la table, son panier à ouvrage ouvert près d’elle, ne détourna son attention de son tambour à broder que le temps de jeter un rapide coup d’œil sur Loial. Les ornements en or, piqués dans le chignon gris fer roulé sur le dessus de sa tête, oscillèrent. Ce n’était rien de plus qu’un regard, pas un froncement de sourcils, mais les oreilles de Loial frémirent. Les Aes Sedais l’impressionnaient toujours, et Cadsuane plus que toute autre.

— Oh, je le ferai, Min, je le ferai, dit-il. Mais Rand est primordial pour mon livre.

Sans jarre à sable sous la main, il se mit à souffler sur sa page pour sécher l’encre, mais Loial étant Loial, il continua à parler entre deux souffles.

— Vous ne donnez jamais assez de détails, Rand. Je suis obligé de vous les soutirer péniblement. Pourquoi n’avez-vous jamais dit que vous aviez été emprisonné à Far Madding jusqu’à ce que Min m’en parle ? Vous ne l’avez jamais mentionné ! Qu’a dit le Conseil des Neuf en vous offrant la Couronne de Laurier ? Et quand vous lui avez donné un autre nom ? Je ne peux pas croire que ça leur ait plu. Comment s’est passé le couronnement ? Y a-t-il eu des banquets, des fêtes, des parades ? Combien de Réprouvés vous ont combattu à Shadar Logoth ? Lesquels ? À quoi le lieu ressemblait-il, après ? Qu’avez-vous ressenti ? Mon livre ne sera pas très bon sans ces détails. J’espère que Mat et Perrin me donneront des réponses plus fournies.

Il fronça les sourcils, leurs pointes frôlant ses joues.

— J’espère qu’ils vont bien.

Des couleurs tournoyèrent dans la tête de Rand tels des arcs-en-ciel. Désormais, il savait comment les supprimer, mais cette fois, il n’essaya pas. L’un d’eux évoqua une brève image de Mat chevauchant dans une forêt à la tête d’une file de cavaliers. Il semblait discuter avec une petite femme noire qui chevauchait près de lui, ôta son chapeau et regarda à l’intérieur, puis le remit sur sa tête. Cela ne dura que quelques instants, et l’image fut remplacée par celle de Perrin, assis devant une coupe de vin dans la salle commune d’une taverne, avec un homme et une femme portant des tuniques rouges identiques bordées de jaune et de bleu. Vêtements bizarres. Perrin avait l’air sinistre comme la mort, ses compagnons méfiants. De lui ?

— Ils vont bien, dit-il avec calme, ignorant le regard perçant de Cadsuane.

Elle ne savait pas tout, et il entendait bien que cela continue. Calme extérieurement, content, soufflant des volutes de fumée. Intérieurement, c’était une autre histoire. Où étaient-ils ? pensa-t-il avec colère, réprimant une nouvelle apparition des couleurs. Maintenant, c’était aussi facile que de respirer. J’ai besoin d’eux, et ils se prélassent dans les Jardins d’Ansaline !

Brusquement, une autre image flotta dans sa tête, un visage d’homme, et sa respiration s’arrêta. Pour la première fois, ce fut sans vertige. Pour la première fois, il le vit nettement avant qu’il ne disparaisse. Un homme aux yeux bleus et au menton carré, avec peut-être quelques années de plus que lui. Ou plutôt, il le vit nettement pour la première fois depuis longtemps. C’était le visage de l’étranger qui lui avait sauvé la vie à Shadar Logoth quand il combattait Sammael. Pire…

Il avait conscience de ma présence, dit Lews Therin. Il semblait sensé pour une fois. Mais la folie finissait toujours par revenir. Comment un visage apparaissant dans ma tête peut-il avoir conscience de moi ?

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Commentaires récents

Bronze

Avec ce vingt-deuxième livre se concluent les tomes entièrement complétés par Robert Jordan avant son décès, ainsi que les publications françaises, à ce jour. Les choses avancent un peu plus rapidement que précédemment, et sont parfois même presque précipitées, probablement à cause de la maladie de l'auteur. Si j'apprécie que l'intrigue s'accélère enfin, certaines parties semblent vraiment avoir été écrites de manière à boucler promptement des situations qui s'étaient éternisées auparavant. Je regrette un juste équilibre, mais je respecte quand même la volonté de l'auteur de finir son cycle tant bien que mal (et malgré son décès prématuré), et, ainsi, de fournir les réponses à nos questions.

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Or

j'ai adoré cette série, dommage que la suite n'ai pas été traduite en français.

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Argent

Dernier tome en français, la suite va se corser. Très bonne série, je suis toujours ravie de retrouver les personnages (plus ou moins selon les tomes). On sent qu'on s'approche du dénouement et la tension augmente. En espérant que ce ne soit pas trop dur en VO, c'est avec plaisir que je lirai la suite.

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Date de sortie

La Roue du Temps, Tome 22/22 : Le Prince des corbeaux

  • France : 2010-11-10 (Français)

Activité récente

Yiig l'ajoute dans sa biblio or
2020-09-22T14:40:48+02:00
Shamzil l'ajoute dans sa biblio or
2019-11-30T11:02:24+01:00
Bree-2 l'ajoute dans sa biblio or
2019-02-14T12:14:40+01:00

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Les chiffres

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Extraits 1
Evaluations 16
Note globale 8.25 / 10

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