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Un édit du roi Salomon nous contraint à adopter en permanence un aspect d’être humain en dehors de l’enceinte du palais. Les animaux sont interdits, ainsi que les chimères ; bannies aussi les difformités grotesques, ce qui est fort dommage. Tout ça dans le but d’épargner aux citoyens ordinaires le spectacle peu ragoûtant, genre Beyzer se promenant tranquillement bras et jambes montés à l’envers. Ou, paraît-il, votre serviteur sortant par mégarde acheter des figues sous la forme d’un cadavre en putréfaction, ce qui aurait provoqué la Grande Peur du Marché aux Fruits : une bousculade ayant entraîné la mort de quinze personnes et la destruction de la moitié du quartier commerçant. Cela dit, je les ai eues pour trois fois rien, mes figues ; donc, il n’y a pas eu que des côtés négatifs, finalement.

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C’est que j’en ai tué des rois, dans ma vie.

Quatre, en fait. Trois dans le cadre d’un assassinat purement politique, froidement calculé, et un lors d’un malheureux accident mettant en scène un chien qui aboyait, un jouet d’enfant en forme de char à bancs miniature, un couloir au sol glissant, un plan incliné court mais escarpé et un chaudron plein de graisse en ébullition. Celui-là, franchement, il fallait le voir pour le croire.

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Je frappe vigoureusement dans mes mains.

- Une nouvelle mission, disiez-vous ? Quelle joie ! Je suis comblé que vous m’ayez choisi, moi, parmi tant d’autres valeureux djinns. Mais qu’est-ce qui m’a valu cette distinction, maître ? L’aisance avec laquelle j’ai pourfendu le géant du mont Liban, peut-être ? Ou le zèle avec lequel j’ai provoqué la fuite des rebelles cananéens ? A moins que ce ne soit tout simplement dû à ma réputation universelle ?

Le vieil homme se gratte le nez et répond :

- Rien de tout cela ; plutôt ton comportement d’hier soir, quand les gnomes-gardes t’ont vu, sous forme de babouin, tituber en contrebas de la porte des Moutons, en braillant des refrains paillards sur le roi Salomon, quand tu ne chantais pas tes propres louanges à gorge déployée.

La jeune fille hausse les épaules d’un air boudeur.

- Si ça se trouve, ça n’était pas moi.

- La phrase « Bartiméus est le meilleur » répétée jusqu’à l’écœurement tendait à prouver le contraire.

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Même chose pour les apparences physiques que peuvent prendre les esprits : derrière l’enfant de cœur ou la mère au sourire bienveillant, je vois tout de suite(1) les canines du hideux strigoï.

1. Enfin, pas toujours. Disons de temps en temps. Par exemple, votre mère à vous est tout à fait irréprochable. Il me semble.

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« - Euh, on parle bien du même maître, là ? je hasarde. Khaba ? Un Égyptien chauve, laid comme un pou ? Avec des yeux qui ressemblent à des taches mouillées sur un chiffon sale ? Non, tout de même pas. Ah si ? »

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Ainsi prend fin l'existence du vieux magicien. Il y avait un certain temps que nous étions ensemble, mais jamais je n'ai réussi à connaître son nom. Il n'empêche, je garderai de lui un souvenir attendri. Imprudent, inconséquent, cupide, incompétent ... et mort. Ce sont ceux-là qui font les meilleurs maîtres.

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-Excusez-moi...Pardon...Excusez-moi...

Ça, c'est moi qui repousse poliment les morts pour me frayer un passage, ou plutôt, dans la plupart des cas, qui ai recours à un Inferno pour les expédier, tout incandescents, à l'autre bout du temple. Car il en émerge encore des niches murales en forme de fentes, et ils s'avancent vers moi en traînant les pieds. On dirai qu'ils sont en en nombre infini, mais j'ai revêtu l'apparence d'un jeune homme et mes mouvements sont rapides et assurés. Je m'approche tant bien que mal de l'autel à grand renfort de sortilège, du coups de poing...

Et là, je découvre qu'un nouveau piège me guette.

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Il en est au milieu de son incantation quand tout à coup une trompe sonne à plein volume sous la fenêtre, signalant la fermeture de la porte de Kidron. Bientôt lui répondent au loin les sentinelles postées respectivement à la porte des Moutons, la porte de la Prison, la porte des Chevaux et la porte de l’Eau et ainsi de suite, tout autour des remparts, jusqu’à ce qu’on entende à son tour la grande trompe située sur le toit du palais. Désormais, Jérusalem est bien à l’abri pour la nuit derrière son mur d’enceinte. Il y a un an ou deux, j’aurais espéré que mon maître se laisserait distraire, qu’il s’embrouillerait, ce qui m’aurait permis de lui sauter dessus et de le dévorer sur place. Mais aujourd’hui je ne me donne plus cette peine. Il est trop âgé, trop expérimenté. Il me faudrait bien autre chose pour le prendre par surprise.

Le magicien prononce enfin la formule finale. La jolie jeune fille devient toute molle et transparente ; l’espace d’un instant je me maintiens sous cette forme, telle une statue de fumée soyeuse puis, sans un bruit, je m’évanouis.

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Le problème, c’est qu’elle a beau être cinglée, elle a raison sur un point, cette Sabéenne : le palais, je le connais plutôt bien.

Par exemple, je peux situer mieux que personne les lumi-gnomes et les insolithes qui jalonnent les allées des jardins ; je connais la trajectoire des luminescences magiques qui planent à des hauteurs diverses entre cyprès et cyclamens. Je sais où sont postés les gardiens humains, et quel itinéraire ils suivent lors de leurs rondes nocturnes. Je peux dire à quelle heure ils sont aux aguets, jouent aux Chiens et aux Chacals ou boivent un petit coup de bière d’orge en douce. Je sais aussi repérer les espions et esprits-sentinelles embusqués près du plafond dans les angles des couloirs ou nichés dans les anfractuosités entre les dalles des sols. Je suis capable de les détecter dans les ondulations des tentures murales, les subtils motifs spiralés des tapis et le bruit du vent balayant les tuiles des toits.

Ces dangers-là, oui, je peux les anticiper, les éviter.

Mais tuer Salomon et lui prendre son Anneau ? Là, non. Perplexité totale.

L’alternative est simple, et ses deux termes également désastreux pour ce qui est des inévitables conséquences : le Feu Destructeur m’attend si je désobéis à la fille. Aucun doute là-dessus, je le lis dans ses yeux. J’ai eu beau multiplier les arguments mesurés et formulés avec soin (et ils auraient incité le plus endurci des chefs de guerre à rengainer ses cimeterres pour prendre des cours de broderie à la place), son regard restait fixe et vitreux comme chez tous les humains qui s’autoproclament hérauts d’une cause supérieure, ce qui entraîne la disparition pure et simple de leur personnalité propre (si tant est qu’ils en aient eu une). Nous les esprits, qui gardons fort heureusement le même caractère quelle que soit notre apparence extérieure, nous trouvons toujours le phénomène troublant : en un instant, tout est inversé, en quelque sorte. Enfin, pour résumer, cette fille est fermement décidée à se sacrifier – et, plus important, en ce qui me concerne – à me sacrifier, et rien ne l’en fera démordre.

Donc, jusqu’à ce qu’elle fasse une gaffe quelconque, je suis obligé d’exécuter ses ordres, à savoir de tenter de dérober l’Anneau.

Je lui ai pourtant bien expliqué que ce faisant, on encourait une mort certaine, et qui plus est atroce, ainsi que ne nous l’enseigne que trop clairement le sort subi par Azul, Philocrète et les autres. Tous ces esprits étaient bien plus puissants que moi et ça ne les a pas empêchés de très mal finir, pendant que de son côté Salomon roulait des mécaniques, plus fanfaron que jamais. Mes chances de réussir là où ils ont échoué sont minces.

Cela dit, je suis quand même Bartiméus d’Uruk ; j’ai plus d’ingéniosité et d’astuce dans un seul ongle de pied que ces deux afrits réunis dans leur crâne plein de bouillie. Je ne vais donc pas renoncer si facilement.

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Quand le cortège royal fait halte – et ça ferraille, et ça jacasse, et ça fait des manières -, mes collèges, eux, ont eu le temps de reprendre forme humaine, et jouent du ciseau par-ci, par-là, l’air innocent.

Et moi ?

Moi, je sors de ma carrière en revêtant toujours mon aspect d’hippopotame nain en jupe, et je chante des chansons paillardes sur la vie privée de Salomon en jonglant avec une pierre géante.

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