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Extrait ajouté par ilovelire 2016-04-28T18:50:22+02:00

Il est certain que la seule apparition de cet équipage – avec ces deux personnages en noir et en haut-de-forme dominant la situation de leur perchoir ambulant, et traversant au petit trot la ville qui se réveillait – apportait, sous le ciel ébroïcien, une note parfaitement insolite. De temps en temps, le vicomte se retournait pour surveiller «les» bagages : ceux-ci se résumaient à douze cercueils…

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-04-28T18:50:09+02:00

Le train de Paris entra à 6 h 45 précises en gare d’Évreux. Les voyageurs qui en descendirent à cette heure matinale étaient peu nombreux. Leur maigre cohorte se composait principalement d’indigènes aux faces rubicondes, mal réveillées et mal rasées, qui revenaient de la capitale après une nuit qu’ils avaient voulue blanche. Parmi eux cependant, un personnage attirait l’attention en cette matinée d’automne où la température savait se montrer clémente pour prouver une fois de plus que la douceur d’un printemps de la Saint-Martin peut rivaliser avec celle d’un printemps véritable. Mais ce voyageur insolite, qui paraissait se soucier assez peu de la poésie de l’automne, se dirigea, vers la sortie de la gare, d’un pas lent et solennel rappelant assez celui que l’on emploie, pour les règles de la bienséance, que dans les cérémonies funèbres. Tout dans ce Monsieur à la démarche raide et compassée évoquait la maison Henri de Borniol.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-04-28T18:50:01+02:00

Et, les soirs où elle n’a aucune envie d’écouter les informations radiophoniques ou de savourer les délices discutables d’un feuilleton télévisé, elle ouvre la boîte magique pour en extraire, au hasard, l’une des petites annonces… C’est le point de départ qui lui permet de bâtir et de vivre ensuite, pendant de longues minutes d’extase silencieuse, une nouvelle et prodigieuse aventure… Sachant qu’en agissant ainsi, elle ne porte de tort à personne et se fait beaucoup de bien à elle-même, elle oublie complètement quelle est condamnée à vivre dans une médiocrité courante.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-04-28T18:49:54+02:00

Ne possédant pas elle-même de caveau parce qu’elle n’a plus aucune famille à l’exception d’un lointain cousin se nommant Octave Banicou – qu’elle a d’ailleurs le plus grand tort de ne pas fréquenter puisqu’il est, lui aussi, un rêveur impénitent –, mon excellente amie s’est bien gardée de répondre à la petite annonce. Mais ce silence discret ne lui a pas interdit d’imaginer dans le secret de son cœur une histoire s’inspirant de la demande, pour le moins curieuse, insérée dans le journal. Et, dans son histoire, elle s’est réservé un tout petit rôle charmant : celui de la fiancée du gentilhomme en quête d’un caveau… Fiancée à laquelle elle n’a pas hésité à donner son propre prénom, mais pas son nom : cela parce qu’un homme d’une telle qualité ne peut trouver une fiancée à sa hauteur que dans un monde à particule.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-04-28T18:49:45+02:00

Elle se contente alors d’un rôle tout à fait secondaire, et même épisodique. Un bon rôle ne se mesure pas à sa longueur mais à la façon dont il est amené en situation. C’est là faire preuve d’une réelle modestie parce que, enfin, étant à la fois la constructrice et l’auteur de ces récits dus à sa fertilité inventive, ma nouvelle amie a toutes les possibilités de s’attribuer la meilleure part du gâteau de ses rêves…

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-04-28T18:49:37+02:00

Ma stupéfiante amie qui, comme beaucoup de demoiselles, s’est toujours passionnée pour le «Courrier du Cœur» – quel que soit le journal qui le publie –, n’a pas été longue à découvrir que la source la plus riche d’aventures, qu’elles soient sentimentales ou héroïques, se trouve dans le texte de ces petites annonces. Rédigées le plus souvent en style télégraphique par souci d’économie, celles-ci se succèdent, admirablement anonymes et follement mystérieuses, tout au long de colonnes imprimées dont trop de lecteurs ont pris la déplorable habitude de négliger la lecture.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-04-28T18:49:27+02:00

Elle n’est pas assez sotte pour se faire la moindre illusion sur un avenir qui se terminera pour elle, comme pour toutes ses consœurs fonctionnaires, par une retraite qui n’arrivera qu’après des années de patiente présence. Et sa philosophie naturelle l’empêche de manifester la moindre aigreur d’un tel état de fait. Elle sait faire preuve d’une surprenante gentillesse dans l’exercice de son activité réduite. C’est même là, à «son bureau» plus que partout ailleurs que l’on peut le mieux juger et apprécier les qualités de son caractère. Ne s’impatientant jamais, n’ayant à aucun instant le verbe plus haut que la bienséance ne l’exige, répondant toujours aux questions les plus saugrenues qui lui sont posées, elle réussit presque à se faire aimer par tous ceux qu’elle n’a encore jamais vus et qui ne viennent la trouver qu’avec l’intention secrète de s’en prendre à la fonction publique. Le perpétuel sourire et le regard myope parviennent à désarmer très vite les cotisants les plus rébarbatifs.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-04-28T18:49:20+02:00

Sans être très grande, elle n’est pas petite. L’honnête moyenne, qui ne se remarque pas, est son lot. La taille est bien prise entre une poitrine qui n’a rien d’agressif et un bassin qui n’est pas excessif. Les jambes sont droites, pas trop charnues, pas trop grêles, suffisamment longues pour que la silhouette soit bien proportionnée. Enfin les attaches des chevilles et des mains n’ont aucune vulgarité.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-04-28T18:49:17+02:00

Je viens de faire sa connaissance et j’en suis resté ébloui : c’est une créature exceptionnelle. D’abord on ne peut pas lui donner d'âge : ce qui est déjà un sérieux avantage pour une femme. Elle est «entre deux âges» : on a l’impression qu’elle y a toujours été et qu’elle y restera longtemps. Sa deuxième chance est de n’être ni belle ni jolie : ce qui ne veut pas dire qu’elle soit laide. Si elle a de grosses lunettes, ce n’est nullement pour se donner un genre – elle les porte sur le nez et non pas sur le sommet du crâne comme beaucoup de nos starlettes actuelles. Elle se refuse aussi à être la réclame vivante d’un opticien : elle a des lunettes parce qu’elle est myope, tout bêtement. Mais qui ne sait que la myopie apporte une étrange douceur à un regard de femme?

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Extrait ajouté par anonyme 2015-05-20T19:55:06+02:00

Quand l’existence se montre assez sotte pour ne pas donner à un être humain la possibilité pratique, ou financière, de vivre de merveilleuses aventures, il faut avoir le courage et la force d’inventer soi-même ces aventures… Sinon la solitude devient par trop grise et, de la grisaille au désespoir, il n’y a qu’un pas vite franchi.

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