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Extrait de La voie des oracles, tome 2 : Enoch ajouté par Lupa 2017-01-18T11:30:16+01:00

On ne peut pas remonter le fil du temps, pas plus qu’on ne peut défaire la trame…

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Extrait de La voie des oracles, tome 2 : Enoch ajouté par PtitLoupe 2017-05-24T20:55:02+02:00

- À ton avis, pourquoi la branche étrusque de notre famille ne nous a jamais parlé des Dieux Voilés ?

Sethre s'adossa à ses étagères, croisa pensivement ses doigts pleins d'encre.

- Je crois que les descendants des Étrusques ont oublié leur existence, à force de ne jamais en parler.

- C'est idiot, remarqua Thya.

- Ou alors c'était nécessaire. C'était un secret trop important pour qu'il tombe entre les mains de Rome. S'il s'effaçait des mémoires, il était en sécurité.

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chapitre I

La reine des cauchemars

Une chaleur orageuse écrasait la villa d’Aquitania. Dans la chambre de son père, debout dos à la fenêtre, Aedon transpirait à grosses gouttes. Les bras croisés devant son torse, sur sa tunique de soie jaune, il fixait d’un œil peu amène le lit où reposait Gnaeus Sertor. Le vieux général semblait avoir fondu comme une figure de cire. Une auréole jaunâtre s’étalait sur ses draps. Sa respiration rauque, irrégulière, montait haut sous le plafond clair. Ce bruit irritant sciait les nerfs d’Aedon. Depuis des jours, des semaines, le jeune patricien attendait que cela cesse. Que casse ce dernier fil de souffle qui rattachait Sertor à la vie.

Aedon aurait volontiers précipité la fin de son père. Par charité chrétienne, songea-t-il avec un rictus cynique. Mais le vieux général n’était jamais seul. Nuit et jour, ses anciens aides de camp se relayaient à son chevet. Et un médecin grec soupçonneux surveillait le peu d’aliments que le blessé avalait.

Aedon jeta un coup d’œil au-dehors. Dans la nuit, les forêts élevaient des murailles d’ombre qui coupaient la villa du reste du monde. Aedon écrasa d’une claque un moustique précoce qui bourdonnait à son oreille. En ce début d’été, on pressentait déjà la canicule à venir. Aedon avait passé un printemps exécrable, et la situation n’avait guère de chances de s’améliorer. Tout d’abord, sa tentative d’assassinat contre son très cher père avait lamentablement échoué. Il n’avait jamais vu personne s’accrocher à la vie autant que ce maudit vieil homme… Ensuite sa sœur Thya s’était évanouie dans la nature. Et son ami Flavius Namitius avait trouvé la mort dans des circonstances encore troubles, dans les montagnes au nord de la Gaule. Namitius avait pourtant toute une troupe avec lui. Seule une poignée de soldats avait survécu. Et ce qu’ils racontaient n’avait aucun sens. Des histoires de monstres dans la brume, et d’une fille en haillons qui tenait ses cheveux dans sa main… Aedon soupira. Le vieux général Sertor avait raison, au fond. Les légionnaires d’aujourd’hui avaient les nerfs sensibles.

Pour couronner le tout, Thya avait réussi à s’enfuir au-delà des limes, elle devait être en Germanie à présent. Aedon avait envoyé des hommes à ses trousses. Mais en plein territoire barbare, elle ne serait pas facile à rattraper. Et Gnaeus Sertor qui s’obstinait à ne pas mourir…

Un chien hurla au ciel sans lune, quelque part du côté des bois. Aedon secoua la tête. La sueur plaquait ses boucles brunes sur sa nuque. Son père lui avait souvent reproché sa coiffure. Certes, Aedon ne ressemblait pas à un soldat de l’ancienne Rome. Mais c’était l’effet recherché, tant mieux s’il agaçait le général.

Le général. Voilà comment le jeune patricien appelait son père, le plus souvent. Car Gnaeus Sertor avait été pour lui un officier supérieur plus qu’un parent. Dans la nuit lourde d’Aquitania, Aedon se souvenait…

Jusqu’à l’âge de sept ans, il avait été élevé par sa mère, et par un précepteur macédonien qui s’émerveillait devant son intelligence précoce. À sept ans il savait déjà lire, écrire dans les alphabets romain et grec, il baragouinait un peu de phénicien, il maîtrisait des bases de mathématique et d’astronomie… Il apprenait si facilement que son maître n’utilisait jamais le fouet ou la férule. Puis son père était entré dans sa vie. Son père avait pris son éducation en charge.

Du jour au lendemain, Aedon enfant avait été projeté dans un monde froid et brutal, où il devait monter à cheval sur des montures trop hautes pour lui, nager ou plutôt surnager dans des rivières glacées, se battre contre d’autres garçons tous plus musclés et plus aguerris. Quand il pensait à cette époque, ce qui lui revenait en mémoire, plus que des images, c’étaient des sensations. Les coups, le froid, les privations. La faim qui lui contractait le ventre. Toutes ces épreuves étaient censées l’endurcir. Elles avaient eu l’effet inverse. Il avait fait des poussées de fièvre. Il s’était mis à vomir avant les entraînements. Le goût aigre sur sa langue, il s’en souvenait encore aujourd’hui. Ça, et le mépris dans les yeux du général. Gnaeus Sertor ne voulait pas d’un héritier tel que lui. Il avait tellement à apporter pourtant. Mais Sertor rêvait d’un enfant qui ne grelotte pas sous la neige, qui encaisse les bleus sans se plaindre, qui marche jusqu’à ce que ses pieds saignent. Il rêvait d’un Romain à l’ancienne mode. Il l’avait eu, mais dans un corps de fille. Combien de fois Aedon avait-il souri, devant cette ironie du sort… Le fils parfait du général, c’était Thya, en réalité.

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