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Lady Secret



Description ajoutée par Ju_Books 2019-07-18T19:55:59+02:00

Résumé

Après avoir échappé à l’ignoble chantage du comte de Rashleigh, qui menaçait de révéler sa véritable identité, Marina s’est réfugiée à Peacok Oak, dans la campagne anglaise, où elle se fait passer pour la veuve de Lord Osborne. Un passé respectable, et inventé de toutes pièces, qui la protège des curieux. Mais ce fragile équilibre vacille à l’arrivée d'un certain Nick Falconer. Car, sous les traits de l’élégant gentleman, Marina reconnaît aussitôt l’inconnu avec lequel elle a échangé un langoureux baiser quelques mois plus tôt, à Londres, sur les lieux mêmes où Rashleigh a été assassiné... Nick n’est-il venu à Peacok Oak que pour mieux la démasquer ?

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Classement en biblio - 56 lecteurs

Extrait

Extrait ajouté par Underworld 2019-09-20T04:20:18+02:00

** Extrait offert par Nicola Cornick **

Prologue

Londres, avril 1805.

Langage des fleurs — Valériane : Dissimulation.

Le major Nick Falconer observa son reflet d’un œil critique dans le miroir de l’entrée de la résidence londonienne du marquis de Kinloss.

— Ce qu’il ne faut pas faire pour l’Angleterre !

Le marquis n’était pas en ville, ce qui, au goût de Nick, n’était pas plus mal. Son grand-oncle était notoirement très à cheval sur les principes et il aurait pu à bon droit s’offusquer de l’accoutrement de son héritier.

Nick se tourna vers le jeune homme nonchalamment appuyé à l’un des piliers de marbre, qui le regardait d’un œil assez moqueur.

— Qu’est-ce que vous en dites, Anstruther ?

— Mon Dieu, major, je vous trouve… oui, presque choquant. Les rubans et la mouche étaient vraiment une bonne idée, tout comme le parfum.

Nick eut un rire bref.

— Et la jaquette ? Quasiment décadente, non ?

— Pire, répondit Anstruther avec un sourire. Pardonnez-moi de le dire, mais elle dénote des penchants plutôt douteux. Mon pauvre père aurait dit que vous avez l’air d’une folle…

— Je fais de mon mieux.

Nick prit son chapeau, une charmante chose avec un large rebord et un plumet orange.

— Cet endroit où vous vous rendez… ce club…

— La Poule et Le Vautour…

— C’est cela…

Anstruther paraissait vaguement embarrassé.

— Est-ce que c’est vraiment un de ces endroits… enfin… où des hommes… et même des femmes…

— Se travestissent parfois ? C’est ce que je me suis laissé dire…

Nick sourit.

— Un endroit bien trop scandaleux pour un garçon rangé comme vous…

— Des hommes habillés en femme, murmura Anstruther d’un air dégoûté. Qu’est-ce que cela peut bien avoir d’attirant ?

— Je suppose que tout l’attrait de la chose est dans l’ambiguïté. L’endroit est également fréquenté par quelques-unes des plus belles courtisanes de Londres. Vous voyez donc qu’il y en a pour tous les goûts…

— Mon Dieu, tout cela est aussi peu britannique que possible, dit le jeune homme, qui semblait réellement scandalisé.

— Estimez-vous heureux de ne pas être obligé de m’accompagner, Anstruther…

Nick regarda son compagnon, d’une sobre élégance dans son habit noir de soirée. Dexter Anstruther lui avait été adjoint sur ordre du secrétaire d’Etat à l’Intérieur en personne. C’était un jeune civil, diplômé d’Oxford depuis un an seulement, mais intelligent, diplomate et travailleur. De plus la mission actuelle de Nick, qui était de freiner les ardeurs excessives de son propre cousin, le comte de Rashleigh, requérait l’assistance d’un adjoint d’une absolue discrétion. Dexter Anstruther, malgré son jeune âge, était l’homme de la situation.

— Comment vous habilleriez-vous, si vous deviez visiter La Poule et Le Vautour, Anstruther ?

— Eh bien, mais… comme un gentleman anglais, je suppose, répondit-il en regardant la tenue colorée de Nick avec une sorte de réprobation horrifiée. Pas comme… le personnage que j’ai devant moi, sauf votre respect, major. Que dirait lord Kinloss, s’il venait à apprendre… ? Il en aurait une attaque. L’héritier d’un marquis dans une maison… enfin… un mauvais lieu…

— Je croiserai probablement quelques pairs du royaume dans l’établissement en question, répliqua calmement Nick. Alors, je serais bien surpris qu’on m’y montre du doigt.

Anstruther secoua la tête, pas convaincu.

— Avec la réputation qui est la vôtre, major, il est vraiment étrange de vous voir accoutré ainsi.

— Mon cher, je vous remercie mille fois de me la reconnaître, mais il se trouve que j’ai aussi la malchance d’être le cousin de Rashleigh.

— Et l’un des hommes les plus braves d’Angleterre, fine lame, excellent tireur au pistolet, assidu à la salle de boxe du grand « Gentleman Jackson », compléta le jeune homme avec une admiration non feinte.

Nick sourit.

— Vous êtes trop bon. Mais plus sérieusement, Anstruther, lord Hawkesbury sait pertinemment qu’il s’agit pour moi d’une affaire de famille, bien que je déteste mon cousin.

Il pencha la tête sur le côté et montra le faux grain de beauté de mousseline noire qu’il avait collé sur sa joue.

— Et la mouche, demanda-t-il. Ce n’est pas un peu trop ?

Anstruther soupira.

— Vous avez l’air d’une tenancière de maison close, major.

— C’est l’effet recherché.

— Lord Hawkesbury dit que c’est une affaire très délicate, fit remarquer Dexter en dansant d’un pied sur l’autre, comme s’il était gêné de se trouver dans la même pièce que quelqu’un qui portait une tenue aussi équivoque. Il a même dit que « cette histoire pourrait bien ébranler les fondements de notre société ».

— Oui, elle est diablement délicate. Vous savez que mon cousin Rashleigh a emprunté des sommes astronomiques à toute l’aristocratie de ce pays, Anstruther. Il s’attaque aux rejetons des plus vieux noms d’Angleterre, pourvu qu’ils soient riches et peu surveillés. Et à présent que cela se sait, il y a une ligne de comtes et de barons d’Aberdeen jusqu’à Anglesey qui rêvent de l’envoyer tout droit en enfer. Lord Hawkesbury veut qu’il lui soit clairement délivré un avertissement ce soir même et que l’argent soit entièrement remboursé avant que l’un de ces pères, ou pairs si vous me permettez ce mauvais jeu de mots, ne le tue.

Nick s’interrompit en songeant qu’en d’autres temps, Dexter Anstruther aurait pu faire partie de ses victimes ; le père du jeune homme, quoique roturier, venait d’une famille honorablement connue et il avait été riche, avant de dilapider son héritage dans les salles de jeu.

— J’ai toujours entendu dire que c’était un noceur, approuva Anstruther. Je m’en excuse, car il est votre cousin, mais il est tout à fait infréquentable.

— Mon cher, à qui le dites-vous ? répondit le major sur un ton bienveillant. Je n’ai jamais pu le supporter une seconde. Il vient d’ailleurs d’une branche tout à fait détestable de ma famille : les frères de ma mère rivalisent volontiers d’abjection.

— Fâcheux tout de même qu’il vous faille vous rendre dans ce… club, pour le rencontrer. Avez-vous essayé de lui rendre visite chez lui ?

Nick rit avec indulgence.

— Si fait ! Il n’a pas voulu me recevoir. Nous ne nous sommes pas parlé depuis des années et la dernière fois, il m’a solennellement maudit parce que je refusais de lui prêter de l’argent.

— Dommage qu’il soit un habitué de La Poule et Le Vautour, plutôt que du White’s, vous auriez au moins pu passer une bonne soirée.

— Rashleigh y est persona non grata depuis belle lurette, pour y avoir abusé de son crédit.

— On ne peut décidément pas se fier à lui.

Une fois de plus, Anstruther se mit à danser d’un pied sur l’autre, comme si cette conversation même le gênait.

— Lord Hawkesbury dit qu’il a été détroussé à son tour par l’une de ses maîtresses, il y a quelques années. Il paraît que toute la bonne société en a fait des gorges chaudes.

Les lèvres de Nick se pincèrent légèrement.

— Exact. C’était une Russe. Rashleigh avait une propriété en Russie, héritée de sa grand-mère. Il s’est même vanté devant moi d’avoir vendu ses serfs un très bon prix.

Sa bouche se tordit un peu, de dégoût cette fois.

— Je crois que c’est là que j’ai commencé à le haïr.

Sa voix s’était durcie. Anstruther le regardait avec un air surpris, mais Nick n’épilogua pas. Il avait passé sa vie d’adulte dans l’armée, à se battre pour des principes auxquels il croyait. Son code moral personnel était de fer et plus encore depuis que sa femme était morte, de mort violente, trois ans auparavant. Son cousin, lui, considérait les êtres humains comme des marchandises que l’on pouvait vendre et acheter, comme si leurs âmes, au reste, ne valaient rien. Il écrasait les faibles et les pauvres sous ses talons rouges de prétendu aristocrate. Rashleigh riait au nez des réformateurs et prétendait que ceux qui, en Russie, voulaient abolir le servage étaient des imbéciles. Ce qui faisait de lui, dans l’échelle des valeurs de Nick, l’échelon immédiatement inférieur à celui de la fange.

— Bon, dit-il à Anstruther, coupant court à ses pensées. J’y vais.

Il inclina son chapeau d’un air canaille.

— Bonne chance, major. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas que je vous accompagne ?

— C’est une offre généreuse et je vous en remercie. Mais dans cette tenue, vous tomberiez, si vous me passez l’expression, comme un cheveu sur la soupe.

Il donna au jeune homme une tape amicale sur l’épaule.

— Je vous verrai tout à l’heure. Quand je serai sûr de pouvoir affirmer à Lord Hawkesbury que la mission est accomplie.

Il sortit sur ces mots. Dehors, une fraîche brise d’avril chassait les nuages et dégageait le Clair de Lune. Nick s’installa sur la banquette d’un fiacre qui se mit en route tandis qu’il observait distraitement le paysage urbain défiler devant la portière. Il n’avait que peu de goût pour le spectacle qui l’attendait dans ce bouge et moins encore pour la perspective d’y rencontrer son cousin. Ce dernier n’avait fait que semer le trouble depuis le jour de sa naissance et si Nick avait accepté la mission que lui avait confiée le secrétaire d’Etat, c’était uniquement pour le bien de sa famille. Anstruther avait raison : M. lecomte de Rashleigh était la lie de l’humanité.

Le fiacre s’arrêta dans un grincement de roues. Nick poussa un soupir résigné et sauta à terre, en retenant son chapeau au plumet ridicule, afin que le vent ne le lui enlève pas. Il n’avait sans doute jamais porté un accoutrement plus éloigné de son uniforme habituel.

Vu de l’extérieur, La Poule et Le Vautour ressemblait à n’importe quel bouge du quartier de Brick Hill. Les volets étaient clos, mais l’on devinait, derrière, la lueur tremblotante des chandelles, on sentait jusque dans la rue les odeurs de tabac et d’alcool, on percevait les rires et les voix criardes des clients. Nick carra ses épaules ; il avait connu bien des aventures au cours de sa carrière au 7e dragon de la Garde, mais aucune ne ressemblait à celle-ci.

Il poussa la porte.

A l’intérieur, il faisait si sombre que durant quelques instants, il n’y vit rien du tout. Puis ses yeux s’accommodèrent à la pénombre et il chercha un coin tranquille, pour finalement s’asseoir sur un banc, derrière une table tachée par les ronds de verre. En dépit de la réputation déplorable de l’établissement, il n’y avait apparemment là que deux travestis. L’un d’eux arborait un corset brodé de dentelles, à manches de satin et une impressionnante robe à traîne. Il portait une perruque poudrée, des boucles d’oreilles et une mouche à côté de laquelle celle de Nick faisait pâle figure. L’autre était le serveur, un jeune homme qui aurait pu aisément passer pour une fille. Il déposa un pot de bière sur la table avec un sourire engageant, qui s’élargit encore lorsque Nick déposa dans sa main le prix de la consommation, ainsi qu’un généreux pourboire.

Nick jeta un coup d’œil autour de lui. A première vue, Rashleigh n’était pas encore arrivé. Il avala une gorgée de bière. Elle avait le goût d’eau sale et il reposa bien vite la chope sur la table. Si les boissons étaient toutes d’aussi mauvaise qualité, la soirée promettait d’être bien morne. Il croisa alors le regard d’une femme seule, masquée, qui portait une robe mauve très ajustée. Comme lui, elle était assise dans un coin sombre et semblait attendre quelqu’un. Elle soutint son regard un long moment et, en dépit du lieu, en dépit de l’accoutrement équivoque de Nick, propre à faire douter n’importe qui de l’orthodoxie de ses mœurs, quelque chose de très violent passa entre eux, au point qu’il en ressentit comme un coup au creux l’estomac.

L’inconnue se leva et traversa nonchalamment la salle pour venir s’asseoir près de lui.

— Bonsoir, chéri, lui dit-elle d’une voix chaude et indiscutablement féminine.

Nick se mit à réfléchir rapidement. En montrant clairement son intérêt pour cette fille, il s’était évidemment désigné comme un client potentiel. Les « créatures » qui fréquentaient ce genre d’endroits ne le captivaient guère, d’ordinaire, mais mieux valait feindre de s’intéresser à celle-ci pour ne pas trop attirer l’attention. Cela dit, elle était si jolie que Nick n’avait pas vraiment à jouer la comédie.

Depuis trois ans qu’il était veuf, il n’avait pratiquement regardé aucune femme. Anna avait été son amour d’enfance et, très tôt, le mariage avait été arrangé par les deux familles. La cérémonie avait eu lieu dès que Nick eut atteint vingt et un ans. Il espérait alors vivre heureux avec Anna… Hélas, la réalité avait été quelque peu différente. Sa jeune épouse était trop délicate pour le suivre dans ses affectations et Nick, lui, souhaitait servir à l’étranger, si bien qu’ils avaient vécu le plus souvent séparés. Il avait bien essayé de se persuader que ce n’était pas grave, que son mariage était plus solide que bien d’autres, mais il savait, au fond, que quelque chose n’allait pas. Cela aurait pu continuer néanmoins, vaille que vaille, si un vol à la tire, en plein Londres, n’avait pas mal tourné. Son épouse y avait perdu la vie et Nick avait dû faire face à sa culpabilité, à ses manques. Le chagrin l’avait submergé, non seulement à cause de la mort d’Anna, mais aussi pour tout ce qui aurait pu être et ne serait jamais. L’éloignement et l’impuissance le rendirent à demi fou de douleur, d’autant que le temps qu’il reçoive la nouvelle et rentre en Angleterre, il n’avait pu lui faire ses adieux.

Depuis, il ne s’était plus intéressé à aucune femme, à l’exception de celle qui se trouvait en ce moment devant lui, et qui, inexplicablement, l’attirait malgré lui.

Elle dégageait un doux parfum de fleurs, frais et léger, pas du tout capiteux comme on aurait pu s’y attendre. Cet effluve fit naître un frisson sur sa peau, attisant le désir qu’il ressentait déjà pour la sublime créature. Il ne parvenait pas à se souvenir de la dernière fois où le parfum d’une femme avait ainsi charmé ses sens. Il était si troublé par la présence de cette femme qu’il en ressentit une certaine gêne, comme s’il offensait la mémoire d’Anna. Reprenant ses esprits, il repoussa très vite cette idée embarrassante et sourit aimablement à la fille. Après tout, il avait une mission à accomplir.

— Bonjour, charmante inconnue. Que puis-je faire pour vous ?

Elle le regarda droit dans les yeux.

— Plusieurs choses me viennent à l’esprit, murmura-t-elle.

Elle n’était pas timide et ne faisait pas même semblant de l’être. Cela n’était pas pour déplaire à Nick. Il n’aimait guère les artifices. Etant lui-même un homme plutôt direct, il préférait la franchise à toute forme de dissimulation. Qui qu’elle puisse être, elle paraissait honnête.

Il prit le temps de l’observer un bon moment. Elle avait des cheveux blonds bouclés et sous son masque de velours, ses grands yeux candides étaient si sombres que Nick les crut totalement noirs, avant que la flamme d’une chandelle proche ne s’avive et ne révèle du vert et des pépites d’or dans leurs profondeurs. Elle était bien trop maquillée pour l’âge qu’elle paraissait avoir, mais il fallait bien admettre que le rouge cerise de ses lèvres pulpeuses attirait irrésistiblement le regard. Délibérément, elle passa le bout de ses doigts sur la dentelle de son décolleté généreux, attirant ainsi son attention sur ses seins hauts et fermes. Nick suivit son mouvement et il sentit sa propre chair s’éveiller en réponse. Il releva la tête et vit qu’elle le regardait, une lueur amusée dans les yeux.

— Comment vous appelle-t-on ? lui demanda-t-il d’une voix un peu trop rauque à son goût.

Elle lui adressa un sourire malicieux.

— Molly.

Nick laissa échapper un petit rire. Il doutait que Molly soit son véritable prénom, même si cela allait très bien avec le lieu où ils se trouvaient.

Elle glissa sur le banc pour se rapprocher de lui. Sa cuisse habillée de satin se pressa contre la sienne et, de nouveau, il ressentit une poussée de désir violente au creux de son ventre. Damnation ! Il avait toujours voulu s’imposer une discipline d’acier, mais en cet instant, il était incapable de dompter son excitation, qui croissait au moindre mouvement provocant de la jupe de Molly contre sa cuisse.

— Et vous, qui êtes-vous ? lui murmura-t-elle à l’oreille.

Sa voix était basse et un peu rauque, elle aussi. Son souffle lui caressait la joue.

— Je m’appelle… John.

Elle eut de nouveau son petit sourire espiègle.

— Et qu’êtes-vous venu chercher ici, John ?

— Un peu de compagnie.

Pour se donner une contenance, Nick but une gorgée de sa bière insipide en fixant la charmante créature par-dessus le rebord de sa chope.

— Et vous ?

Elle haussa légèrement les épaules. La lumière des chandelles brillait sur sa peau, la faisant paraître plus douce et plus désirable. Il y avait d’adorables petites taches de rousseur sur ses épaules et une jolie fossette à la base de sa gorge qui faisait bouillir le sang de Nick, tant il ressentait l’envie frustrante d’y poser ses lèvres et de goûter sa chair. Il remua nerveusement sur son banc.

— Je cherche quelqu’un, moi aussi, lui dit-elle.

— Quelqu’un en particulier, ou bien n’importe qui ?

Il crut voir, un bref instant, flamboyer quelque chose dans ses yeux, trop rapidement toutefois pour qu’il puisse l’interpréter.

— Quelqu’un de spécial, chéri. Quelqu’un comme toi.

Nick se pencha vers elle pour l’embrasser. Un baiser était peu de choses et il le désirait, la désirait, avec une faim qu’il avait le plus grand mal à contrôler. Elle s’écarta.

— Pas si vite, chéri. Il y a un prix à payer.

Nick fronça les sourcils.

— Tu demandes de l’argent pour un baiser ?

— Je demande de l’argent pour tout.

La courbe de ses lèvres était vraiment trop tentante. Nick passa doucement son doigt à l’intérieur de son bras, sur sa peau douce. Elle frémit à peine. Quel sang-froid ! Décidément, les courtisanes les plus expérimentées étaient celles qui feignaient l’innocence.

— Et si je demandais un acompte ? murmura-t-il.

Le regard de la belle blonde s’éteignit derrière le masque.

— C’est contre toutes les règles, répondit-elle.

Il sentit sa main se poser sur sa cuisse.

— Laisse-moi te persuader d’ouvrir ta bourse, chuchota-t-elle.

Il prit le menton de la fille entre ses doigts et le tourna vers lui pour la forcer à le regarder.

— Laisse-moi te persuader d’enfreindre les règles, répondit-il sur le même ton.

Elle se raidit soudain, comme un animal sauvage devant le danger. L’espace d’un instant, Nick put voir la terreur dans les profondeurs de ses yeux sombres et il recula. Il ne voulait avoir aucune part dans les violences que les tenanciers de ce genre de maison devaient faire peser sur les femmes pour les forcer à faire un métier qu’elles étaient déjà obligées d’exercer pour survivre. Mais alors, Molly posa sa main sur sa nuque et, l’attirant à elle, l’embrassa. La surprise le prit de court mais très vite, il s’absorba dans le bouquet de sensations que ce baiser faisait naître en lui. Molly hésita un instant encore avant de lui ouvrir ses lèvres et de s’abandonner totalement à leur étreinte. Elle glissa alors sa langue contre la sienne et une violente bouffée de désir s’empara de lui, aussi désespérée que s’il avait été un adolescent. Ses émotions étaient si puissantes qu’il en resta abasourdi. Jamais encore il n’avait ressenti cela avec aucune femme, et singulièrement pas avec Anna. Le désir était si fort que l’espace d’un instant il oublia ses scrupules, ses souvenirs et jusqu’à la raison de sa présence dans ce bouge, pour un baiser qui les laissa tous deux à bout de souffle.

Quand elle s’écarta enfin, il ressentit comme une sorte de vertige, qui le laissa complètement désorienté. Puis elle recula encore davantage en glissant le long du banc, une main sur la bouche et le visage apeuré. Elle tremblait et semblait si vulnérable que la colère et l’envie de la protéger de toute menace se mêlèrent en lui au désir. La voir ainsi, tellement sans défense, ramenait à sa mémoire de terribles souvenirs qui lui tordaient le cœur : il n’avait pas su protéger sa propre femme quand il l’aurait fallu, il avait manqué à ses devoirs et de plus d’une manière. Tentant de remettre de l’ordre dans son esprit, il enfouit son visage dans ses mains. Ce n’était pas le moment de penser à ce genre de choses. Jamais il n’aurait dû toucher cette fille. Mais comment aurait-il pu deviner qu’un simple baiser le rendrait aussi vulnérable ?

Avec un violent effort, il chassa toutes ces pensées pour se concentrer sur Molly dont l’attention semblait captivée par quelque chose, à l’autre bout de la salle. Il suivit son regard et vit que son cousin, Robert Rashleigh, venait d’entrer dans le bouge. A son habitude, il se pavanait en perruque blanche, jaquette argent, culotte dorée et chaussures vermillon. Il attirait tous les regards.

Il y eut quelques murmures dans la salle, puis tout le monde se remit à s’occuper de ses propres affaires, à boire et à lutiner filles et garçons. Pourtant, Molly, elle, demeurait crispée, pleine d’une tension qu’il ne comprenait pas. Toutes ses pensées semblaient dirigées sur la silhouette extravagante du comte.

— Excusez-moi, murmura-t-elle.

Puis elle se leva et se dirigea droit vers Rashleigh. Elle posa sa main sur le bras du comte et fit signe à l’équivoque « servante » de la taverne de lui apporter à boire.

Les yeux étrécis, Nick regarda attentivement l’échange qui se déroulait entre son cousin et la fille. Il se maudissait de sa coupable faiblesse envers elle. Il fallait croire que ne pas avoir eu de femme depuis longtemps lui manquait, pour s’être enflammé aussi vite. Molly l’avait immédiatement délaissé pour aller rejoindre Rashleigh, à qui elle faisait maintenant signe de la suivre, vraisemblablement vers une chambre. Elle ne faisait preuve d’aucune réticence. Elle avait sûrement feint d’hésiter lorsqu’elle l’avait embrassé, à moins qu’elle n’ait simplement pensé qu’il ne valait pas la peine qu’elle perde son temps. La fragilité, la vulnérabilité qu’il avait cru discerner en elle, tout cela n’était visiblement que le produit de son imagination surchauffée. Il serra les dents en la voyant décerner à Rashleigh le même sourire tentateur qu’elle lui avait adressé un peu plus tôt.

Son cousin vida alors son verre de vin en une gorgée, avant d’en demander un autre qu’il expédia de la même façon, sans quitter la porte des yeux. Nick supposa que la fille lui avait demandé quelques minutes pour qu’elle puisse se préparer à le recevoir dans son lit. Il était temps de gâcher un peu la soirée de son cousin. Il s’avança vers lui d’un pas nonchalant.

Leurs regards se croisèrent alors et ils s’observèrent un moment, puis le comte tourna les talons et sortit sans un mot en claquant la porte, si fort qu’elle trembla sur ses gonds. La flamme des chandelles vacilla un instant et certaines s’éteignirent. On entendit quelques jurons dans la salle. Nick s’élança vers la porte à son tour. Il n’allait pas laisser Rashleigh s’en tirer comme cela.

Au-dehors, la ruelle était plongée dans l’obscurité. Au-dessus de sa tête, l’enseigne de la taverne grinçait au vent. Nick s’arrêta sur le seuil, afin d’accommoder sa vision. Il tendait l’oreille, pour percevoir le moindre bruit mais n’entendit rien. Il n’aurait pu dire dans quelle direction Rashleigh était parti mais il était déterminé à le retrouver et à lui signifier les menaces de lord Hawkesbury, avant que son maudit cousin n’ait eu le temps de se mettre au lit avec cette traînée.

Enfin, il aperçut quelque chose au bout de la ruelle, là où celle-ci débouchait dans une artère plus large. Il retint son souffle et, pris d’une impulsion, il se précipita dans la première taverne en criant, sur le seuil :

— De la lumière, vite !

Le patron se précipita, une lanterne sourde à la main. Nick discerna alors la fameuse jaquette argent qui brillait dans la nuit. Elle brillait moins, d’ailleurs, car elle était étendue au sol, tachée par la boue du caniveau.

Les clients de la taverne, curieux, s’attroupaient déjà à la porte. Une autre lanterne vint éclairer la ruelle. Rashleigh gisait au sol, son visage maquillé déformé par la surprise et la douleur, sa perruque poudrée de travers, un bras étendu, l’autre ramené près du corps, la main crispée sur l’arme qui l’avait tué : Nick, en se penchant, put voir le manche d’un poignard entre ses côtes, enfoncé jusqu’à la garde. A côté du cadavre, une autre perruque, blonde celle-ci, et un loup de satin.

L’image de sa femme, Anna, étendue morte à la place de son cousin, ses beaux yeux bleus déjà voilés, assaillit alors son esprit. Une vague, trop familière, de chagrin et de remords l’envahit. Au prix d’un grand effort, il chassa ce souvenir douloureux et se força à se concentrer sur le cadavre de son cousin. Sans guère d’émotion, cette fois. Le comte de Rashleigh était mort comme il avait vécu, dans l’indignité, dans une posture et une tenue grotesques. Il avait l’air de ce qu’il était : un pitoyable débauché. Nick chercha son cœur. Il ne battait plus. Le monde serait un tout petit peu plus moral, sans lui.

La brise agitait doucement sa jaquette ainsi qu’un bout de carton, qu’il serrait entre ses doigts. Nick le lui retira discrètement. C’était une carte de visite, sur laquelle était gravé un paon en or, qui déployait sa queue. Nick fronça les sourcils. Il connaissait ce symbole héraldique. Il apparaissait sur le blason de son vieil ami d’école Charles, duc de Cole. Il retourna la carte ; au verso était écrit : Château de Peacok Oak (le chêne au paon) propriété campagnarde de Charles, dans le Yorkshire.

Nick leva les yeux. Le travesti qui servait à boire à La Poule et Le Vautour avait rejoint le lieu du crime et il regardait le cadavre de Rashleigh, les yeux agrandis par la terreur. Nick se releva et vint vers lui.

— Vous étiez près de lord Rashleigh quand cette fille lui a parlé, avez-vous entendu ce qu’ils se disaient ? lui demanda-t-il, sans préambule.

— Vous… vous êtes de la police ? bégaya le jeune homme.

Nick pensa à lord Hawkesbury. Qu’allait-il dire de tout cela ?

— Quelque chose comme ça. Répondez.

Le travesti secoua la tête. Il avait tellement peur qu’un peu de sueur perlait à sa lèvre et il l’essuya du revers de sa manche.

— Il lui a demandé si elle connaissait un endroit où ils pourraient parler tranquillement et elle lui a dit d’attendre quelques minutes, puis de la rejoindre dans la rue. C’est tout ce que je sais.

Nick lui mit la carte de visite sous les yeux.

— Et ça, vous l’avez déjà vu ?

Le jeune homme prit le morceau de bristol et le présenta dans la lumière. Puis il sursauta et lança un regard apeuré par-dessus son épaule.

— Mais… mais c’est la carte de Glory !

Bouche bée, il se tourna de nouveau vers Nick.

— Vous ne l’avez jamais vue, m’sieur ? On l’a reproduite dans toute la presse. Glory laisse toujours sa carte, quand elle détrousse une victime.

Un murmure excité parcourut la foule des badauds. Glory ! La plus fameuse des coupe-jarrets d’Angleterre. Une femme, mystérieuse, insaisissable. Tout le monde connaissait son nom.

— Il ne manquait plus que ça ! murmura Nick en regardant autour de lui.

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Commentaire le plus apprécié

Argent

Un beau roman avec des personnages intéressants, de l'aventure, de l'amour,... Malheureusement, j'ai trouvé qu'il y avait quelques longueurs et en plus, j'ai lu La duchesse scandaleuse en premier sans savoir que c'était la suite de Lady secret

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par Ellana06 2019-10-02T07:52:07+02:00
Argent

Depuis le temps je pensais avoir lu tous les romans de Nicola Cornick et quelle n'a pas été ma surprise de découvrir qu'il en manquait un ! C'est très agréable de replonger dans une bonne lecture après tout ce temps, ce n'est pas le meilleur roman de l'auteure, j'aurais aimé en savoir un peu plus sur le côté russe de Marina, mais en vérité cela n'a pas vraiment d'impact sur la lecture globale, et j'ai passé un très bon moment, les personnages sont profonds, l'histoire est bien menée ainsi que la romance, donc je le conseille !

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Commentaire ajouté par sameera 2015-03-14T02:15:51+01:00
Or

Une belle histoire mais qui a beaucoup de longueurs et pas assez d'action. J'ai apprécié tous les personnages féminins, Hester en particulier.

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Commentaire ajouté par inel23 2013-04-17T10:31:55+02:00
Diamant

je suis fan :) j'aime le lire et le relire. J'aime que les faux semblant et les petits stratèges qu'elle élabore pour passer inaperçu. Marina a deux amies, l'une très calme et représentant la femme d'intérieur parfaite qui se languit d'amour pour un mari qui ne la mérite pas et l'autre célibataire complètement déjanté qui ne souhaite qu'une chose la liberté mais au fond, elle n'attends qu'une chose être dompté. hihihihih Pour Marina et Nick, c'est quelque peu prévisible le jeu: ton cerveau dit "non, c'est dangereux" et le cœur dit "oui, sans concession" l'éternel joute intérieur. par contre, j'apprécie comment tout cela est mené. :)

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Commentaire ajouté par pandora222 2012-10-13T13:38:14+02:00
Argent

Une histoire agréable à lire malgré quelques longueurs. je pense lire le tome suivant avec Laura Cole.

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Commentaire ajouté par Misschoup 2011-12-21T19:48:58+01:00
Bronze

Des personnages où on peut se retrouver et très attachants. Une agréable histoire. Je le recommande!

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Commentaire ajouté par 3l0ise96 2011-08-12T12:15:30+02:00
Argent

L'histoire est très belle... mais aussi ce que j'ais appréciée c'est le personnage de Marina =)

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Commentaire ajouté par Selenia 2011-08-01T13:16:40+02:00
Argent

Un beau roman avec des personnages intéressants, de l'aventure, de l'amour,... Malheureusement, j'ai trouvé qu'il y avait quelques longueurs et en plus, j'ai lu La duchesse scandaleuse en premier sans savoir que c'était la suite de Lady secret

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Date de sortie

Lady Secret

  • France : 2011-07-01 - Poche (Français)

Activité récente

kekeli le place en liste or
2019-08-19T08:16:14+02:00

Évaluations

Les chiffres

Lecteurs 56
Commentaires 7
Extraits 2
Evaluations 17
Note globale 7.29 / 10

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