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Commentaires de livres faits par LadyC

Extraits de livres par LadyC

Commentaires de livres appréciés par LadyC

Extraits de livres appréciés par LadyC

date : 04-11
Faisant volte-face, je l’étudiai. Il était en train de se redresser puis de s’asseoir, tout en s’essuyant les mains sur son jean. Ouais, c’était bien le Wick que j’avais en tête.

Wick Webster : l’ennemi juré de Topher.

Aussi canon que les quatre Chris : Pratt, Pine, Evans et Hemsworth. C’était le safety de l’équipe de foot.
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date : 04-11
Toujours pieds nus, je m’avance vers l’autre côté de l’appartement et pénètre dans la petite cuisine ouverte.

Dos à moi, un type est en train de verser de l’eau sur sa main en lâchant des jurons entre ses dents.

– Salut, dis-je d’une voix rendue rauque par le sommeil.

Sam tourne son visage vers moi, les yeux à moitié ouverts.

– Euh… salut.

Vu son regard, je dois avoir une tête à faire peur. Tayron a passé son temps avec sa main dans mes cheveux alors je suis sûre que ma chevelure doit ressembler à un nid d’oiseaux. Mais Sam continue son inspection silencieuse et en comprenant que j’ai dormi ici, un petit sourire taquin s’installe sur son visage.

Je ne connais pas bien ce gars et je dois avouer que je suis assez gênée étant donné qu’il m’a déjà vue à moitié à poil. Mais je me contente d’avoir l’air naturelle et finis par lui demander en indiquant sa main sous l’eau froide :

– Ça va ?

– Je viens de me brûler. Mon index est tellement dans un sale état que je ne pourrai certainement plus doigter aucune fille. Mais tout va bien.

Est-ce qu’il vient vraiment de dire ça ? La bouche grande ouverte comme celle d’un poisson rouge, je continue à fixer Sam qui noie son pauvre doigt sous l’eau glacée.

J’entends un bruit au loin et découvre que la télévision est allumée et diffuse un dessin animé. En apercevant Oggy et les Cafards sur l’écran, je ne peux retenir un sourire.

– Non mais de base, je regardais un documentaire ! tente de se justifier Sam. Je me suis trompé de chaîne.

– Hum… ouais… ouais.

– C’est vrai ! s’exclame-t-il en se tournant vers moi. Je viens d’apprendre un truc carrément dégueu. Tu savais qu’en Chine, il existe une recette appelée tong zi dan – ou un truc comme ça – dans laquelle on fait cuire des œufs de poule dans de l’urine de petits garçons ?

La grimace qui étire mon visage le fait rire.

– Ouais… en fait Oggy, c’est bien.

– Tu vois. Y a du café si tu veux, ajoute-t-il en pointant la cafetière.

Après quelques secondes de réflexion, je me sers une tasse, puis verse du café également dans celle de Sam. Il hoche la tête en signe de remerciement et coupe enfin l’eau.

[...]

– Est-ce que tu savais qu’il ne fallait pas appuyer sur le bouton tant que le couvercle n’était pas correctement placé ?

– Hum… ça me semble être logique, ouais… dis-je en me moquant doucement.

Il marmonne une nouvelle chose dans sa barbe et ajoute plusieurs sucres dans sa tasse.

Je ne sais pas vraiment quoi dire alors je sucre ma boisson et la sirote silencieusement. En baissant ma tasse, je découvre qu’il me fixe.

– Alors, me demande-t-il en s’accoudant à l’îlot central, dis-moi, ça fait quoi de passer la nuit avec un mec aussi naze que T-J ? Est-ce que tu vas faire des cauchemars toute ta vie ?

Je comprends immédiatement qu’il n’est pas sérieux et cherche juste à me tester pour une raison que j’ignore.

– Je crois que je vais effectivement cauchemarder jusqu’au restant de mes jours. D’ailleurs… j’ai dû l’abattre en pleine nuit. Son corps est sous le lit, il faudra s’en débarrasser.

Sam rentre dans mon jeu et laisse échapper un petit rire. Mes yeux se posent sur son torse nu. Il est bien gaulé, c’est sûr. Mais rien à voir avec le lion endormi à quelques mètres de là.

– Maintenant que la concurrence a disparu, reprend-il, et si on faisait connaissance ? Ton père est un voleur, il a volé toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux.

Je me retiens d’exploser de rire et réplique à mon tour :

– Et toi, tu ne t’es pas fait mal quand t’es tombé du paradis ?

Sam rit de ma réplique nulle et complètement clichée. Il s’adosse un peu plus, fait jouer ses sourcils et reprend :

– Je m’appelle Prince. Et je suis charmant. Tu accepterais que je sois ton prince charmant ?

Je m’apprête à lui rétorquer quelque chose d’encore plus nul mais une voix fatiguée et rauque retentit à quelques mètres :

– Et moi je m’appelle « Ferme-la ou je te casse les dents », tu veux faire ma connaissance ?

Sam se redresse et nous regardons Tayron débarquer dans la cuisine, l’air bougon. Mais dès que nos regards se croisent, il se radoucit et s’approche de moi.

– T’es vraiment pas drôle mec, s’exclame Sam en récupérant sa tasse avant de rejoindre le canapé devant les dessins animés.

Je passe ma langue sur mes lèvres en découvrant Tayron à moitié nu. Ce dernier ignore son colocataire et se place juste devant moi.

– Tu n’es pas partie.

Cela a l’air de lui faire plaisir.

– En fait… je devais partir. Mais ton ami m’a dit qu’il y avait du café et ça me semblait… naturel d’accepter.

– Ce mec n’est pas mon ami, c’est un gros con.

– J’ai entendu, sale trou du cul ! hurle Sam depuis le canapé. Tu ne pourrais pas vivre sans moi. On est un peu un couple, nous deux !

Tayron lève les yeux au ciel mais je vois bien qu’il est amusé. Après tout, si les deux habitent ensemble, c’est qu’ils doivent avoir le même caractère et partager une vraie amitié. Un peu comme Isaa et moi.

– Est-ce que t’es censé être le mari avec la p’tite bite ?

– Et toi, la femme frigide ?

Le blond étouffe un juron tout en se retenant de rire. J’ai l’impression de me voir avec Isaa, il y a des années. Je devrais me dépêcher de rentrer chez moi, mais tandis que Tayron se place à mes côtés et se sert une tasse, je savoure simplement le bonheur d’être à ses côtés en cette belle matinée.
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date : 04-11
– Mais qu’est-ce que tu fous ? m’exclamé-je, ma voix couverte par le bruit de l’eau qui coule.

Il prend un air désolé, pourtant je sais qu’il ne l’est absolument pas.

– Je crois que je me suis trompé de chambre. Mais maintenant que je suis là… on devrait se doucher ensemble, histoire d’économiser l’eau.

Tandis que ses mains se posent sur son caleçon et entreprennent de le retirer, je récupère ce qui se trouve sous ma main et l’envoie dans sa direction.

– Putain Rose, marmonne-t-il quand mon savon vient percuter le haut de sa poitrine.

Cela ne l’arrête pas. Je tends mes deux mains devant moi pour le repousser en retenant un sourire moqueur.

La vérité, c’est que j’arrive pas à le cerner et je suis si perdue que je ne sais plus ce que je ressens. Il y a quelques heures, je lui en voulais, et là j’ai presque besoin de lui.

Pourquoi est-ce que ça me tombe dessus sans que je ne puisse émettre une quelconque opposition ?

Finalement, j’explose de rire en voyant la trace de savon sur son torse musclé. Mais mon rire s’interrompt rapidement lorsque Tayron se redresse et ferme la porte de la douche sur nous et sur nos corps brûlants qui se frôlent presque.
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—Achète les billets et loue une voiture, point.

Il se leva, son assiette en main, et avança jusqu’à l’évier avant d’ajouter:

—Où est-ce qu’on dormira?

—Je comptais réserver un hôtel.

—Très bien. Qu’est-ce que tu vas dire à ta famille?

Bonne question! Pas trop de vérité mais pas trop de mensonge non plus. Le dosage juste.

—J’en parlerai seulement à ma mère. Et si elle pose des questions, je lui dirai seulement que j’ai démissionné et que tu es revenu me chercher. Après t’être rendu compte que tu étais fou amoureux de moi et que…

Aiden poussa un grognement. Auquel je répondis en posant ma main sur la table, le majeur bien dressé, tout en lui souriant.

—… et que tu ne peux pas vivre sans moi, donc on s’est enfuis pour se marier. Je pense qu’il faut qu’il y ait au moins un petit bout de vérité pour que ça ne devienne pas trop compliqué. Ça te pose un problème?

Il secoua la tête, les lèvres pincées par un drôle de rictus.

—Non.

Je ne pus m’empêcher de rire.

—Alors fais-le pour l’équipe. C’est l’histoire que l’on racontera à tous ceux qui l’apprendront, d’accord?

—Quelle équipe?

—Toi et moi. L’équipe Graves-Mazur. On a signé un contrat ensemble, non? répondis-je en souriant.

Je vis sa bouche frémir.

—Ça marche. Je le ferai pour l’équipe.

***

—Je peux habiter presque n’importe où. Il faudra juste que je m’achète des habits plus chauds pour l’hiver, répondis-je.

—C’est vrai?

Pourquoi sa voix semblait-elle si joyeuse, subitement?

—Oui. Des bottes de neige, une bonne écharpe, des gants, et ça ira. Enfin, je crois.

—Je t’achèterai une dizaine de manteaux et de bottes, si tu veux! lança-t-il avec enthousiasme.

Sa remarque me fit un peu tiquer.

—Ce n’est pas nécessaire, tu sais. Tu en fais déjà assez pour moi.

Ses doigts pianotèrent sur le volant.

—Van, je t’achèterai un manteau ou dix si j’en ai envie. Je te rappelle qu’on est ensemble, sur ce coup-là.

Je me retrouvai à nouveau totalement désarmée.

—Pas vrai? demanda-t-il d’une voix hésitante.

Je tournai la tête pour le regarder. Il y avait quelque chose de tellement sublime dans son profil que c’en était… énervant, tiens! Il y avait quelque chose de tellement puissant en lui que c’en était tout aussi énervant.

—Oui, bien sûr, murmurai-je. On est l’équipe Graves.
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Je prends une cuillère et la plonge dans l’onctueuse mixture chocolatée. Pour qu’il garde sa bonne humeur, je l’approche de sa bouche jusqu’à ce qu’il l’ouvre.

À la dernière seconde, ma cuillère fait brusquement demi-tour et se dirige vers ma bouche.

Mais – croyez-en mon expérience – n’essayez jamais de feinter un hockeyeur professionnel. Il est si rapide que je ne vois pas sa main bouger avant qu’elle n’attrape la mienne. Je me débats en poussant un petit cri. La cuillère est presque à moi. J’arrive à étaler un peu de chocolat sur ma lèvre avant que Blake ne reprenne le contrôle et n’engloutisse la glace.

Ses yeux pétillent comme il lèche la cuillère.

— Ça te va bien, dit-il en montrant du menton la trace sur ma lèvre.

Il la fixe un moment, puis son regard s’emplit de désir.

Lentement et de manière tout à fait délibérée, je passe ma langue sur l’endroit en question.

— J’en ai encore ?

Je l’allume sans pitié à cet instant, mais ça n’a pas l’air de lui déplaire.

— Oui, répond-il d’une voix rocailleuse. C’est… Laisse-moi faire.

Il s’avance d’un pas. Tandis qu’il parcourt mon corps du regard, ses lèvres ne sont plus qu’à un souffle des miennes. Je me tortille d’anticipation comme il pose une main sur ma joue.

— Jess… murmure-t-il.

Puis Blake passe son pouce sur ma lèvre et recule d’un pas, en soupirant.

Une seconde s’écoule. C’est une blague ? se demande mon corps. Je me sens terriblement démunie. Je suis habituée à ce que Blake essaie de coucher avec moi. À présent, il n’en fait rien et c’est horriblement déroutant.

Je reprends la cuillère et la plonge dans le pot. Blake m’observe, ses yeux brûlants de passion. Je la glisse entre mes lèvres. Puis je l’emplis à nouveau de glace et je nourris Blake.

C’est onctueux, frais et délicieux. Le paradis, en somme. Une cuillerée pour moi. Une cuillerée pour lui. Il continue de m’observer, concentré sur le moindre de mes gestes. Sous l’intensité de son regard émeraude, je me sens vivante. Je ne suis plus une étudiante fauchée ou une calamité en pharmacologie. Je suis simplement présente, ici et maintenant. Et c’est magnifique.

Je reprends un peu de glace, et cette fois, je garde la cuillère en bouche un moment. Blake a l’air peiné. Puis, au lieu de lui donner la prochaine bouchée, je la mange, elle aussi, en lui décochant un grand sourire.

Les paupières de Blake se baissent. Il marmonne quelque chose comme « Oh, et puis merde ! » et avant que j’aie pu ciller, il jette ma cuillère sur le comptoir et attrape ma tête, m’attirant contre lui. Dans un râle de désir, il prend possession de ma bouche, écartant mes lèvres avec sa langue. Notre baiser est froid et torride et voracement chocolaté.
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date : 25-10
Mes craintes disparaissent dès que je le vois franchir la porte du bar. Je range mon portable dans la poche arrière de mon jean, puis déboule vers lui comme une fusée.

– Putain, papy, tu étais où ? J’essaie de te joindre depuis une heure ! Où est-ce que tu étais passé ? m’affolé-je.

Je tente de me calmer et baisse d’un ton. Crier sur lui ne sert à rien, même si son silence me met hors de moi. Papy sourit.

– Je discutais avec un ange, répond-il, évasif.

– Quoi ? Tu délires ?

Je ne comprends pas où il veut en venir. Ses médicaments pour le cœur ont dû lui faire perdre la tête, ou alors il a fumé un bon joint. Non, impossible. Papy ricane, amusé par mes questions, qu’il doit juger idiotes. Il s’avance dans le pub en m’ignorant.

– Avec qui tu étais ? insisté-je.

– Avec moi, intervient une voix qui me tape immédiatement sur les nerfs.

Qu’est-ce qu’elle fout ici ?

La présence de la Française ne m’enchante pas, mais savoir qu’elle a passé du temps avec mon grand-père me met hors de moi. Je lui lance un regard noir, comme si je la foudroyais sur place. Je n’oublie pas qu’elle m’a envoyé une bière au visage trois jours plus tôt. Je ne supporte pas cette nana. Le pire, c’est que je vois ce bon à rien de Fionn la mater avec une envie non dissimulée.

Quelle idée de s’habiller en short au milieu de mecs !

[...]

– Ne me donne pas d’ordre, crétin ! Je peux savoir ce qui te prend de te comporter de cette manière ? D’accord, le coup de la bière était exagéré, mais ça n’excuse pas tout !

– Tu n’as pas l’air de te rendre compte de mon inquiétude ! Il était introuvable…

– Comment j’aurais pu le savoir ? me fait-elle remarquer.

Elle n’a pas tort. Je ne peux pas la rendre responsable du silence de mon grand-père. J’ai eu peur pour lui, alors elle en paie injustement les conséquences. Je ne sais pas pour quelle raison je me comporte aussi mal avec elle.

Faye lève un sourcil, croise ses bras sur sa poitrine et attend que je m’excuse, ce qui n’arrivera pas. Je reste bloqué sur la courbure de ses seins tout en repensant au soir où elle est partie en soutif à dentelle. Dans son débardeur noir, ils paraissent plus volumineux, parfaits. Mon regard descend sur ses jambes fines et dorées. Elle n’est pas grande, c’est certain, mais elle n’a rien à envier aux mannequins d’un mètre quatre-vingts.

Je secoue la tête pour reprendre mes esprits. Elle ne me plaît pas. Non. C’est hors de question.

– Où est-ce qu’il était ? demandé-je pour changer de sujet.

– Pas loin du pub, à la River Corrib. Il m’a vue et m’a rejointe. On a parlé un moment ensemble et je l’ai accompagné ici parce qu’il…

– De quoi avez-vous bien pu parler pendant des heures ? la coupé-je.

Ça me dépasse. Mon grand-père et elle n’ont rien à voir. Faye ne tient pas en place. Elle tripote nerveusement le bas de son débardeur et n’ose pas me regarder dans les yeux. Je la mets mal à l’aise, et j’adore ça !

– De livres. Écoute, je ne savais pas qu’il devait te voir. Si je l’avais su, je l’aurais ramené bien avant, s’excuse-t-elle à demi-mot.

– Un SMS aurait été cool, oui.

– Je n’ai pas ton numéro, réplique-t-elle en plongeant ses yeux gris-vert dans les miens.

J’esquisse un sourire. Elle a réponse à tout, cette nana. À chaque fois qu’elle rétorque, j’ai envie de la pousser dans ses retranchements. La provoquer est devenu mon passe-temps favori.

– Manière subtile de me le demander ? la taquiné-je.

Elle glousse. C’est assez mignon chez elle.

– Pourquoi est-ce que je voudrais ton numéro ?

Elle arrange son chignon désordonné. Je n’avais pas remarqué qu’elle avait un cou aussi attirant. Je suis certain que sa nuque est douce et sensible. Un simple baiser doit la faire décoller.

Putain, il faut vraiment que je reprenne le contrôle sur mes pensées !

– À toi de me le dire, petite fée.

Elle lève les yeux au ciel, mais ne peut retenir un sourire. Je crois que c’est la première fois que nous avons un semblant de conversation sans que ça tourne à la dispute et au drame.

– Merci de l’avoir accompagné ici, dis-je enfin.

Faye fronce les sourcils, étonnée.

– Peux-tu sortir du bureau, j’ai du travail ! C’est un concept que tu ne connais pas, n’est-ce pas ? la taquiné-je.

C’est plus fort que moi, j’ai besoin de la piquer.

– Comme toi et le concept de gentillesse, dragon, riposte-t-elle.

Elle me passe devant et me bouscule exprès avant de quitter le bureau. Je pouffe de rire. Cette nana est loin de se laisser démonter et je crois que j’aime beaucoup ça…

Je quitte le bureau à mon tour. Faye se trouve à une table avec mon grand-père, qui rit à gorge déployée. À contrecœur, je me dirige vers eux. Visiblement, papy l’apprécie beaucoup. Je me demande comment elle peut être agréable avec les autres et aussi chiante avec moi. Je suis en partie responsable, j’imagine.

Faye lève les yeux vers moi comme si elle avait senti ma présence.

– Vous restez boire un verre ? l’interroge papy.

– C’est très gentil, Edmond, mais je vais rentrer, décline-t-elle.

– Rendez-vous amoureux ?

Ce n’est pas vrai, il n’en loupe pas une !

Papy adore les histoires d’amour, il en devient même très curieux. Étrangement, je suis tout ouïe quant à la réponse de Faye.

– Vous êtes bien curieux, Edmond, glousse-t-elle.

Elle s’approche de lui, penche sa tête vers son oreille et dit :

– Je vais vous confier un secret, Edmond. J’ai bien un rendez-vous…

Elle marque une pause, me regarde, puis chuchote sa réponse à papy, qui explose de rire. Avec qui elle a rendez-vous ? Ne me dites pas qu’elle a accepté de voir cet abruti d’Alistair ? Elle est encore plus stupide que je l’ai pensé.

Papy lève les yeux vers moi et déclare :

– Caleb, j’adore cette fille. Invite-la à dîner !

Je déglutis. Il ne vient quand même pas de me suggérer de sortir avec l’emmerdeuse ? Je pose les yeux sur elle et remarque ses joues cramoisies. La voilà une nouvelle fois gênée. Dès qu’elle croise mon regard, je détourne le mien. Je déteste être pris au dépourvu de cette manière.

– Votre petit-fils me méprise beaucoup trop pour réussir à me supporter plus de cinq minutes, alors un dîner serait la fin du monde, lance-t-elle.

Sa pique me fait doucement sourire. Elle se fout bien de me clasher devant mon grand-père, surtout que je ne trouve pas le moindre mot à répondre.

– C’est un crétin, dit-il tout en secouant la tête.

– C’est ce que je répète tout le temps ! Un crétin, se moque-t-elle.

Elle dépose un baiser sur la joue de mon grand-père en guise d’au revoir. Son geste étonne agréablement papy. Il est tombé sous le charme de la Française. Faye se tourne vers moi et m’adresse seulement un signe de tête.
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date : 25-10
– Je n’arrive pas à croire qu’on soit enfin en Irlande ! s’enthousiasme Ève, surexcitée. À nous la nouvelle vie !

Elle sautille sur place, puis me serre dans ses bras, exprimant toute la joie qu’elle ressent à l’idée d’être en terrain inconnu.

– Tu m’étouffes, protesté-je, comprimée.

– Menteuse, je te sens encore respirer !

Je lève les yeux au ciel tandis qu’Ève consent à me libérer.
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date : 22-10
Craignant de la voir s’effondrer une nouvelle fois, je me tournai vers Izzy et la suppliai du regard. Ma sœur n’avait pas de coloc. Le second lit de sa chambre était inoccupé. Elle y laissait traîner son linge propre quand elle avait la flemme de le ranger. C’était dans le même bâtiment que l’ancien appartement de Haven, et j’étais sûr qu’elle pourrait être transférée dans la chambre d’Izzy sans problème.

Izzy leva la main pour capter l’attention générale.

— Wick cherche un coloc.

J’ouvris grand la bouche.

— Izzy ! m’écriai-je, incrédule.

Qu’est-ce qui lui prenait ? Ce n’était pas ce qu’elle était censée dire.

— Quoi ? se défendit-elle. C’est vrai. Tu me disais encore tout à l’heure que tu aurais du mal à joindre les deux bouts, tant que tu n’aurais pas trouvé quelqu’un pour louer l’autre chambre.

— Ouais, mais…

— Il y a une autre chambre ? s’étonna Haven.

L’espoir dans sa voix me laissa bouche bée. Elle était aussi cinglée que ma sœur.

— Tout à fait, répondit Izzy en sautillant comme une puce. Et, franchement, elle a une taille raisonnable. Tu veux la voir ? Il n’y a pas de salle de bains attenante, mais Wick en a une dans sa chambre. Tu aurais celle au bout du couloir pour toi toute seule. Elle a une baignoire, en plus.

Haven cligna des yeux.

— J’aurais ma propre salle de bains ? murmura-t-elle d’un air ébahi.

— Ouaip.

Izzy hocha la tête avec enthousiasme.

— Viens, je vais te faire visiter.

Je levai la main pour les interrompre.

— Euh…

Mais Izzy conduisait déjà Haven dans le couloir.

— J’aurais bien emménagé ici moi-même, expliqua-t-elle, mais les élèves de première année sont obligés de vivre sur le campus, s’ils n’habitent pas chez leurs parents.

Tandis qu’elles s’éloignaient, je me tournai vers les parents de Haven, pensant qu’ils trouveraient ce plan aussi ridicule que moi. Haven ne pouvait pas vivre ici. Impossible. Jouer au héros et la serrer dans mes bras pendant qu’elle perdait pied était une chose, mais vivre avec elle ? Je n’avais jamais rien entendu de si dément. C’était impensable.

Bizarrement, ils semblaient moins effarés que je ne m’y attendais. La panique me gagna.

— Euh…, répétai-je.

Il fallait absolument que je leur fasse comprendre que je n’étais pas partant.

— Vous n’aviez pas envisagé la possibilité d’une coloc de sexe féminin, je me trompe ? devina sa mère, plus amusée qu’inquiète.

— Non, répondis-je en secouant la tête. Pas du tout.

Son père balaya le salon du regard d’un air pensif.

— Vous organisez beaucoup de fêtes, ici ?

— Non. Jamais.

Mais pourquoi est-ce que je lui répondais ? Pire, pourquoi est-ce que je lui répondais honnêtement ? J’aurais dû être en train de l’effrayer, pour qu’il rejette ce plan ridicule.

Pourquoi diable n’était-il pas déjà effrayé, d’ailleurs ? Nicholl m’avait forcément descendu auprès d’eux ; il avait sûrement balancé toutes sortes de choses horribles à mon sujet.

— Pourquoi ai-je l’impression que vous envisagez l’idée qu’elle emménage ici ? demandai-je de but en blanc. Vous n’avez pas une dent contre moi ?

Pitié, rappelez-vous que vous avez une dent contre moi !

M. Gamble gloussa, l’air surpris.

— Oh ! nous n’envisageons rien. Ce n’est pas nous qui emménageons. Haven prend ses décisions, qu’on soit d’accord ou pas. Et pourquoi aurions-nous une dent contre vous ? Nous ne vous connaissons pas.

— Vous avez aidé notre fille lorsqu’elle en a eu besoin, intervint sa femme. Cela compte beaucoup pour nous.

— Et qu’en est-il des drogues ? De l’alcool ? reprit son mari.

Il finit d’examiner la pièce et hocha la tête d’un air satisfait.

— Des femmes ? poursuivit-il en me perçant du regard.

Haven regagna le salon à ce moment-là, Izzy sur les talons.

— Papa, s’il te plaît, grogna-t-elle. Tous les joueurs de l’équipe se font tester toutes les deux semaines. Et, honnêtement, je n’ai jamais vu Wick à une seule fête avec les autres gars. Il boit probablement moins que moi. Quant aux nanas…

Elle haussa les épaules.

— Ça ne devrait pas être un problème non plus. J’ai entendu dire qu’il était gay.

Elle me pointa du doigt et plissa les yeux.

— Ne couche avec aucun de mes futurs petits amis, et tu seras un meilleur coloc que la précédente.

J’ouvris la bouche, abasourdi, mais aucun mot ne sortit.

À côté de moi, Izzy gloussa.

— Wick n’est pas gay ! Qu’est-ce qui a bien pu te faire croire ça ?

— Je…

Haven se mit à rougir.

— Oh ! navrée ! Topher a dit que tu l’étais.

— Topher ? ricanai-je en secouant la tête.

Pardi, ce bon vieux Topher.

— Ça ne m’étonne pas.

Croisant le regard contrit de Haven, je continuai, plus gentiment :

— Mais… non, désolé. Je ne suis pas gay.

En réalité, je n’en étais pas désolé du tout, car j’espérais bien que la découverte de mon statut d’hétéro la ferait changer d’avis.

Elle pencha la tête et murmura d’un air pensif :

— Tu ne m’as probablement jamais traitée de grosse bouffonne aux dents de cheval non plus ?

Je reniflai d’un air sarcastique.

— Il t’a dit ça aussi ?

Elle acquiesça.

— Et tu l’as cru ?

Impensable !

Elle haussa les épaules.

— Je n’avais aucune raison de ne pas le croire.

— Tu possèdes bien un miroir, non ? rétorquai-je sèchement.

Elle devait savoir qu’elle était assez belle pour couper le souffle à un mec.

— Tu ne vas pas me faire croire que tu ignores à quel point tu es jo…

Je m’interrompis brusquement et me plaquai une main sur la bouche pour m’empêcher de complimenter la petite amie de mon ennemi juré. Enfin, l’ex-petite amie. Je reportai mon attention sur ses parents. Son père haussait les sourcils pour me mettre en garde. Sa mère semblait sur le point d’éclater de rire.

Les dents serrées, je me retournai vers Haven, qui me dévisageait, bouche bée.

— L’important dans tout ça, grondai-je, c’est que je ne suis ni gay ni aveugle.

Elle leva les yeux au ciel et poussa un soupir excédé.

— Je m’en fiche. Tant que tu ne t’envoies pas en l’air dans le salon quand je suis à la maison, tout ira bien. Oh !

Elle claqua des doigts, puis pointa l’index vers moi.

— Essaye de ne pas manger la nourriture que j’étiquette à mon nom. Mon ancienne coloc avait la mauvaise habitude de faire ça. La garce ! Elle ne pouvait pas se retenir de poser ses sales pattes sur ce qui m’appartenait.

Je secouai la tête. Et merde. Mon statut d’hétéro ne l’avait pas dissuadée.

— Tu n’as rien à craindre de Wick, intervint Izzy. Il est du genre solitaire. Il a trois sœurs, pas de frères, alors je peux t’assurer qu’il est très respectueux des affaires des filles. Il a aussi l’habitude de voir traîner des tampons et des soutiens-gorge. Mais, comme vous ne partagerez ni salle de bains ni chambre, ça ne devrait pas être un problème. Il n’a jamais piqué la nourriture de qui que ce soit, non plus.

Elle leva les yeux au ciel d’un air théâtral.

— C’est Charlie, la grande pilleuse de nourriture, dans notre famille. Une vraie plaie !

N’ayant visiblement jamais rencontré d’Izzy auparavant, Haven cligna des yeux.

— D’accord, merci, répondit-elle finalement. C’est bon pour moi.

Elle se tourna vers moi.

— Combien pour le loyer ?

— Mais…, protestai-je.

Je détournai le regard. Ses yeux étant si grands, si beaux, si suppliants, qu’il était impossible de rester concentré. Raison de plus pour laquelle elle ne pouvait absolument pas être ma coloc.

Je ne pouvais pas vivre avec quelqu’un qui m’attirait autant. Je ne serais jamais capable de me détendre… ou de me concentrer… ou de respirer normalement. Ici, c’était ma maison ; l’endroit où je pouvais me cacher du reste du monde et ne m’inquiéter de rien. Si j’étais constamment sur mes gardes, chez moi, je vivrais un enfer. Rien que d’y penser, une vague de panique me submergea.

Mais comment lui faire comprendre, surtout avec ses parents qui me dévisageaient ? J’aurais aimé pouvoir sortir Le Guide de l’introverti et leur montrer le commandement numéro 1 : Tu n’envahiras point son espace.

— On voit que tu es réticent, Wick, commenta sa mère. Qu’est-ce qui te gêne ?

Je lui lançai un regard incrédule. J’étais outré qu’elle me mette ainsi sur la sellette. Bon sang, pourquoi étaient-ils partants ?

J’aurais pu énumérer des centaines de raisons, la principale étant que laisser emménager ici l’ex de mon ennemi juré ferait de moi une cible.

— Je ne veux pas d’elle ici parce qu’elle a des… des seins, balbutiai-je, désignant sa poitrine d’un geste.

Voilà. C’était dit. Ils m’avaient forcé à avouer la vérité. J’espérais qu’ils étaient contents.

Haven afficha un air confus.

— Des seins ? répéta-t-elle lentement.

Je serrai les dents. Génial. Non seulement ils me forçaient à être honnête, mais en plus ils voulaient que je m’explique ? Cette famille me rendait dingue.

— Oui ! m’emportai-je. Poitrine. Nichons. Nibards. Peu importe comment tu veux les appeler. J’aurai envie de les voir. Chaque fois que j’entrerai dans une pièce, je serai crispé, je penserai à eux et me demanderai… est-ce enfin le moment où je vais la surprendre sans T-shirt et par accident apercevoir un téton ? C’est mal, je le sais. Mais je ne veux pas culpabiliser en permanence d’avoir envie de reluquer tes seins, alors je serai toujours inquiet et sur mes gardes, essayant d’être respectueux et de ne pas regarder des choses que j’ai vraiment envie de voir. Ça me rendra dingue. Comment un mec peut-il vivre comme ça ? C’est ma maison. J’ai envie de pouvoir me détendre, ici.

Écœuré de moi-même – pour l’amour du ciel, pourquoi avais-je dit ça à voix haute ? – je me passai nerveusement la main dans les cheveux et lui lançai un regard plein d’amertume. J’étais furieux d’avoir déballé tout ça.

Sa mère éclata de rire et me lança un sourire amusé.

— Il me plaît ! annonça-t-elle. Il est marrant.

Tant mieux si la situation faisait rire quelqu’un, parce que, moi, je ne m’amusais pas du tout.

À côté de Mme Gamble, Haven souffla impatiemment et écarta les bras pour exposer ses seins.

— Ça rendrait les choses plus faciles si je te les montrais, là, tout de suite ? demanda-t-elle sèchement.

Autant être honnête.

— Oui. Mais ensuite j’aurai envie de voir le reste.

— OK, les enfants, ça suffit.

Riant nerveusement, M. Gamble vint se placer devant sa fille, comme s’il craignait qu’elle ne se déshabille sur-le-champ. Levant les mains, il se tourna vers elle.

— Wick nous dit qu’il ne se sent pas de partager son appartement avec une femme, et on doit respecter ça. Alors, le mieux à faire pour toi maintenant, c’est de rentrer à la maison avec nous ce soir.

— Non, déclara Haven. Je veux rester ici.

Contournant son père, elle se planta devant moi, les yeux emplis d’une détermination de fer, la mâchoire serrée et les poings sur les hanches.

Des hanches joliment dessinées et généreuses.

Je voulais les voir, elles aussi, sans vêtements pour en obstruer la vue.

— Tu me forcerais à faire quelque chose contre ma volonté ? demanda-t-elle.

Je reculai, horrifié.

— Quoi ? Bien sûr que non !

Elle pointa un doigt accusateur vers moi.

— C’est bien ce que je pensais.
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— Halboro, souffla-t-elle comme si elle se parlait à elle-même. J’ignorais.

— Bonté divine, ne me dites pas que nous sommes parents, dit-il en fronçant les sourcils.

Il veillait scrupuleusement à ne jamais s’accoupler avec une quelconque parente, si éloignée fût-elle. Le fruit consanguin d’une telle union, fût-il ou non accidentel, serait un désastre.

— Non, répondit-elle en reportant son attention sur lui. Je viens simplement de prendre conscience que je ne connaissais pas votre nom de famille. Pas plus que votre prénom.

— Ah. Michael.

— Michael, répéta-t-elle.

Saint se surprit à observer sa bouche, ce qui n’avait en soi rien d’inhabituel, sauf qu’il ne le fit pas parce qu’il avait envie de l’embrasser – même s’il en avait effectivement envie. Très peu de femmes l’avaient appelé par son prénom, et il n’avait pas aimé qu’elles le fassent. Cela supposait un degré d’intimité qu’elles n’avaient pas mérité. En couchant avec lui, elles gagnaient à peine le droit de le cajoler. Mais quand la virginale et angélique Evelyn Marie Ruddick avait murmuré son nom, son pouls s’était accéléré. Voilà qui était étrange.

[...]

— Rien ne peut me mettre mal à l’aise, Evelyn, murmura-t-il en se rapprochant d’elle. Je n’ai aucune morale ; c’est du moins ce que l’on prétend.

La lueur prédatrice qu’elle vit étinceler dans son regard incita Evelyn à reculer. Les hommes de peine qu’elle avait engagés pour la journée se trouvaient à portée de voix, et lord Dare s’était seulement porté garant de leur ardeur au travail. Il ne lui avait pas promis qu’ils garderaient le secret, si d’aventure St. Aubyn s’avisait de l’embrasser devant eux.

— Vous dites cela pour me provoquer, répondit-elle d’un ton faussement amusé, s’efforçant de paraître blasée.

Il secoua la tête.

— Pour vous prévenir. Comme je vous l’ai dit, je ne fais jamais rien gratuitement. J’entends bien être payé pour ce que je fais aujourd’hui.

— Je n’ai pas sollicité votre aide, répliqua-t-elle.

Elle savait pourtant qu’il ne fallait pas le défier. St. Aubyn ne reculait devant rien, et jusque-là, le défier lui avait seulement valu d’être embrassée ou tournée en ridicule, selon l’humeur du marquis.

— Non, vous avez seulement sollicité mon indulgence, ma chère. Et, du diable si je sais pourquoi, j’ai accepté de me montrer indulgent. Mais le diable et moi sommes bons amis, Evelyn Marie, ajouta-t-il avec un sourire sensuel. Vous feriez mieux de ne pas trop nous tenter.

Avec cette aisance nonchalante qui le caractérisait, il leva la main pour caresser sa joue, le regard rivé sur sa bouche. Evelyn déglutit mais, avant qu’elle ait eu le temps de protester et de l’informer qu’il n’était pas question qu’il s’avise de l’embrasser encore une fois, les doigts de Saint frôlèrent le creux de sa gorge, disparurent derrière son cou… puis réapparurent pour faire osciller devant ses yeux son pendentif en perle.

Elle ne l’avait même pas senti actionner le fermoir.

— Vous… Comment…

— Et vous ne m’avez pas encore vu dégrafer une robe, murmura-t-il en examinant attentivement le pendentif. Voilà mon paiement pour la peine que je me suis donnée aujourd’hui. Si vous souhaitez le récupérer, demandez après moi au bal des Dundredge, ce soir. Je suppose que vous y assisterez ?

— Je… Oui.

— Dans ce cas, moi aussi, semble-t-il. Bonne journée, mademoiselle Ruddick. Prévenez la concierge quand vous aurez fini de jouer.

— Je ne joue pas, répliqua-t-elle d’une voix affreusement tremblante tandis qu’il disparaissait au bout du couloir.

***

— Bonsoir, mademoiselle Ruddick, dit-il de sa belle voix de baryton qui se répercuta le long de sa colonne vertébrale. Vous êtes donc venue.

— Croyiez-vous que j’allais rester cachée sous mon lit ? répondit-elle d’une voix qui, à sa grande satisfaction, ne tremblait pas.

— Quand je pense à vous, ce n’est pas sous un lit que je vous imagine. Je crois que vous avez une question à me poser…

Juste Ciel. Dans cette salle de bal, un nombre incalculable d’oreilles indiscrètes pouvaient surprendre les propos qu’ils échangeaient. Et elle ne voyait pas comment poser sa question sans que cela paraisse scandaleux ou indécent. C’était évidemment ce qu’il voulait. Quoi qu’elle dise, il pourrait le retourner contre elle. Elle aurait mieux fait de rester cachée sous son lit.

Autant en finir au plus vite.

— Lord Dare a mentionné un collier que vous auriez trouvé à la soirée des Hanson. Je pense qu’il s’agit du mien. Pourrais-je le voir ?

Les lèvres de Saint esquissèrent un sourire.

— Oui, je l’ai trouvé dans le saladier de punch, répondit-il tranquillement en glissant la main dans sa poche. Se pourrait-il que ce soit le vôtre ?

Evie en chancela presque de soulagement.

— Oh, merci infiniment, milord, bredouilla-t-elle sans même lui laisser le temps de soumettre le bijou à son examen. C’est un pendentif auquel je tiens beaucoup, et je craignais de ne jamais le retrouver, ajouta-t-elle en tendant la main.

— Permettez-moi, dit Saint en la contournant pour se placer derrière elle.

Evie n’eut que le temps de déglutir et devint écarlate quand le marquis fit glisser la chaînette autour de sa gorge. Ses doigts effleurèrent les fins cheveux de sa nuque lorsqu’il ajusta le fermoir, et il s’inclina vers son oreille.

— Bien joué, Evelyn Marie, murmura-t-il. À présent, souriez et dites : « Merci, Saint », sinon je vous mords l’oreille.

Si le cœur d’Evelyn s’était mis à battre plus vite, il se serait échappé de sa poitrine. Elle plaqua un sourire sur ses lèvres, le regard rivé devant elle.

— Merci, Saint. C’était très prévenant de votre part.

— Vous m’excitez, murmura-t-il. Et je vous le ferai payer, ajouta-t-il avant de s’écarter d’elle.

La leçon, se souvint-elle quand elle ferma les yeux, rien qu’un instant, pour se ressaisir.

***

— De quoi s’agissait-il, au juste ? demanda Saint en la toisant d’un air sombre.

— Je cherchais seulement à savoir si vous le feriez. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, j’ai prom…

Saint allongea le bras pour lui bloquer le passage. Cruellement consciente qu’un simple rideau les séparait du couloir et de la salle de bal qui se trouvait au-delà, Evie déglutit. Ses amies l’avaient prévenue du danger qu’il y avait à vouloir donner une leçon à St. Aubyn, mais par le biais d’un étrange raisonnement, elle trouvait juste, s’il avait l’intention de nuire à sa réputation, de tenter quant à elle de le réformer.

— Écartez-vous, je vous prie.

— Embrassez-moi.

— Maintenant ? répondit-elle en levant les yeux vers lui.

— Oui, maintenant.

Evie soupira pour couvrir le soudain emballement de son cœur.

— Très bien.

Il se contenta de l’observer sans bouger. Elle se demanda ce qu’il pouvait bien voir qui l’incitait à la torturer ainsi. Une petite femme aux cheveux ni bruns ni roux, aux yeux gris et au teint perpétuellement empourpré. Quoi d’autre ? La jugeait-il aussi naïve et inutile que ses amies le faisaient ?

— Eh bien ? murmura-t-elle au bout d’un moment. Finissez-en donc.

Saint secoua la tête.

— C’est vous qui allez m’embrasser.

Les yeux mi-clos, il fit glisser son doigt sur sa peau, à la limite du décolleté de son corsage.

— Si vous ne m’embrassez pas, Evelyn, je trouverai quelque chose de plus intime à faire avec vous.

Sa peau était devenue brûlante là où il l’avait touchée. Elle comprit soudain ce qui la retenait – elle avait envie de l’embrasser. Elle voulait retrouver la sensation qui l’avait saisie quand il l’avait embrassée à l’orphelinat.

Il fit lentement glisser sa robe sur son épaule, et sa caresse se révéla tiède et douce lorsque ses doigts glissèrent sous l’étoffe.

— Embrassez-moi, Evelyn Marie, répéta-t-il plus doucement.

Tremblante, à peine capable de respirer, elle se hissa sur la pointe des pieds et posa ses lèvres sur les siennes. Un flot de chaleur envahit son corps quand la bouche de Saint répondit ardemment à ce contact timide, accentuant si puissamment leur étreinte qu’elle eut l’impression de flotter. Aucun baiser ne lui avait jamais fait cet effet. C’était comme si son corps tout entier vibrait et palpitait.

***

Elle prit une grande inspiration, remonta l’épaule de sa robe, se redressa et regagna le couloir. Devant le miroir placé près de la porte de la salle de bal, elle s’assura qu’elle n’était pas décoiffée et que le marquis n’avait dérangé aucun autre élément de sa toilette ni repris son collier.

Evelyn se figea quand ses yeux se posèrent sur le pendentif qui brillait à sa gorge. Un diamant, niché au centre d’un cœur en argent, étincelait sous ses yeux. Elle leva lentement une main tremblante et le toucha. Elle ne rêvait pas. Le marquis de St. Aubyn lui avait dérobé son pendentif en perle cet après-midi et l’avait remplacé ce soir par un diamant. Un somptueux diamant.

— Ô mon Dieu, souffla-t-elle.

Si tout avait un prix, qu’espérait-il en échange de cela ? Après leur dernier baiser, une part d’elle-même souhaitait vivement le savoir.
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— Comment vous êtes-vous retrouvé à la tête de cet orphelinat ? demanda-t-elle.

— Par pure malchance, répondit-il en la rejoignant.

— J’aurais pensé qu’un homme tel que vous ne croyait pas à la chance.

— Dans certains cas, l’habileté ne suffit pas à se tirer d’affaire. C’est ce que j’appelle de la malchance.

— Quelle malchance vous a donc conduit ici ?

Il eut un sourire froid.

— Vous pouvez feindre la curiosité autant qu’il vous plaira, mais quand il sera évident que votre prétendu projet se limite à des distributions de bonbons, chacun connaîtra la véritable raison de votre présence ici.

— Et quelle est-elle, milord ? Pensez-vous que je vienne ici pour vous ? Apprenez, pour commencer, qu’aucune femme qui se respecte n’aimerait être vue en votre compagnie, et sachez ensuite que cet établissement que vous dirigez est le plus pitoyable de tous les orphelinats que j’aie jamais vus.

C’était le seul qu’elle eût jamais vu de près, mais il n’avait pas besoin de le savoir. Saint marmonna quelque chose qu’Evelyn préféra ne pas chercher à interpréter. Avant qu’elle ait pu renouveler sa question, il saisit son bras et la guida contre le mur.

Il eut beau ne pas faire usage de la force, elle n’aurait jamais pu se dégager de son étreinte. Elle fut d’ailleurs trop stupéfaite pour essayer.

— Sachez, de votre côté, murmura-t-il en inclinant la tête vers son visage, que si vous me provoquez délibérément, vous devez vous attendre à en payer les conséquences.

Il se pencha davantage, effleura doucement sa bouche de la sienne, puis se redressa.

— Allons-y, voulez-vous ? dit-il avec ce petit sourire cynique qui n’appartenait qu’à lui, en désignant l’extrémité du couloir.

Evelyn se sentit gagnée par le vertige.

— Vous… Milord, vous n’êtes qu’un… un débauché !

St. Aubyn, qui s’était remis en marche, s’arrêta net, pivota sur ses talons et revint droit sur elle. Evelyn reprit son souffle pour lancer quelque chose d’encore plus insultant, mais il captura sa bouche d’un baiser ardent et brutal en la poussant contre le mur. Evelyn entendit vaguement son carnet tomber par terre, et ses mains se refermèrent sur les revers de l’habit du marquis.

Expérimenté ou non, blasé ou non, St. Aubyn savait embrasser.
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— Vous compliquez les choses, vous savez, dit-elle dans un soupir.

— Je m'excuse, marmonna-t-il, faute de trouver une réplique bien sentie.

Les yeux bleus rétrécirent derrière les lunettes.

— Je ne crois pas à vos regrets, monsieur Cross. Selon les ragots qui circulent parmi les dames, et je vous prie de croire qu'il y en a beaucoup, vous êtes un véritable débauché.

Dieu le délivre des dames et de leurs bavardages...

— Vous ne devriez pas prendre pour argent comptant ce que vous entendez dans les salons.

— D'ordinaire, je ne le fais pas mais, à force, on finit par penser qu'il y a un fond de vérité. Il n'y a pas de fumée sans feu, vous connaissez le dicton.

— Je n'imagine pas du tout ce que vous avez pu entendre.

Mensonge. Il l'imaginait sans peine.

— Bien sûr, certains de ces racontars ne tiennent pas debout. On prétend par exemple que vous pouvez débarrasser une dame de ses vêtements sans utiliser vos mains.

— Oh, vraiment ?

— C'est idiot, commenta-t-elle avec un sourire. Je n'en crois pas un mot.

— Pourquoi ?

— Sans l'apport d'une force physique, un objet au repos reste au repos, récita-t-elle.

Il ne put résister.

— Dans ce théorème, l'objet au repos, ce sont les vêtements des dames ?

— Oui. Et la force physique exigée pour déplacer l'objet en question viendrait forcément de vos mains.

Avait-elle une idée de l'image affolante qu'elle décrivait aussi scientifiquement ? Il en doutait.
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Maggie serra les dents. Les hommes ! Ils étaient insupportables. C’était la malédiction des femmes que d’être éternellement attirées par ces grands idiots.

— Avec vous, tout se règle toujours par un bain de sang. N’y en a-t-il pas un parmi vous qui soit capable de s’asseoir à une table et de discuter ?

Il inclina la tête sur le côté et esquissa un sourire qui creusa ses fossettes.

— Si c’était le cas, nous serions des femmes et vous ne nous aimeriez pas autant.

— Peut-être, mais nous vous estimerions plus.

Il haussa les sourcils d’un air interrogateur.

Maggie leva les yeux au ciel.

— Comment peux-tu prendre la situation aussi à la légère ? demanda-t-elle. Tu n’as pas peur de mourir au combat ?

— Non, petit cœur, répondit-il doucement. Aucun de nous n’en a peur. Nous sommes des Highlanders, nés pour le combat et la fornication. Personnellement, je préfère la fornication mais, comme tu le sais, je ne rechigne jamais à me battre.

Irritée par sa nonchalance, Maggie tenta de se concentrer sur son problème : comment obtenir de Lochlan qu’il cesse la guerre.

***

Sin lança un regard admiratif aux jambes de Maggie.

— Certes, mais, entre les deux, ce sont ses jambes que je préfère.

Braden suivit son regard avec un petit sourire lubrique. Combien de temps encore devrait-il attendre avant de les goûter ?

— Moi aussi, opina-t-il.

— Vous avez bientôt fini ? pesta Maggie en se relevant. Y a-t-il un moment dans la journée où les hommes pensent à autre chose qu’à forniquer ?

— Oui, répondit Braden. Cela ne dure que quelques minutes, et c’est parce que nous sommes en train de manger.

Elle poussa un soupir excédé.

— Dire que Lochlan se demande encore pourquoi j’ai choisi cette méthode pour faire plier ses guerriers !
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— Que dois-je faire, Ewan ? lui demanda-t-il.

Ewan tentait de mâcher la viande, ce qui lui donnait l’air d’une vache ruminante. Il capitula et repoussa son écuelle.

— Apprendre à cuisiner, sinon tu mourras de faim.

— Je suis sérieux, Ewan !

— Moi aussi, répondit son frère.

Il but une longue gorgée de bière pour chasser le goût fétide de viande calcinée dans sa bouche.

— Ewan…

— Il me semble pourtant que la solution est simple.

— Et quelle est-elle ?

— Tu te rends à l’église, tu balances Maggie ingen Blar par-dessus ton épaule, tu la ramènes ici et tu la forces à nous préparer un repas mangeable.

— Tu crois que je n’y ai pas pensé ? soupira Lochlan. Elle s’est retranchée avec les autres sur un terrain consacré. Je ne peux pas violer leur sanctuaire.

Ewan se leva lentement.

— Dans ce cas, je m’en chargerai. Le trône de Satan gèlera avant que je ne laisse une autre femme me ridiculiser.

— Tu as bien raison, répondit une voix familière. C’est pour ça que notre Seigneur m’a placé sur cette terre.

En se retournant, Lochlan vit son plus jeune frère sur le seuil.

Les cheveux noirs de Braden étaient ébouriffés comme après un grand galop. Son tartan vert et noir était jeté négligemment par-dessus son épaule. Il affichait son habituel air espiègle.

Lochlan éclata de rire pour la première fois depuis deux semaines.

— Tiens, tiens, le fils prodigue est de retour ! s’exclama-t-il en traversant la salle pour étreindre son petit frère vagabond et irrévérencieux.

En arrivant à sa hauteur, il aperçut l’homme qui se tenait dans l’ombre derrière Braden. Son sourire se figea.

Non, ce ne pouvait pas être…

Et pourtant, si.

Il n’avait pas vu son demi-frère Sin depuis des années. Enfant déjà, Sin était plus renfrogné qu’Ewan et rempli de haine.

Lorsque, contre sa volonté, il avait été envoyé à la cour du roi Henry, que leur père détestait de tout son cœur, l’adolescent avait juré de ne plus jamais remettre un pied au nord du mur d’Hadrien.

Lochlan se demandait bien ce qui avait pu le faire changer d’avis. Peu importait, il en était heureux. Il aimait son frère aîné, et ce dernier lui avait manqué.

Sin avait toujours les mêmes yeux noirs perçants et sans joie qui semblaient voir au fond de votre âme. Il était aussi brun que Braden et, étonnamment, ne portait pas ses cheveux courts, à la mode anglaise, mais longs comme les Highlanders.

En revanche, sa tenue noire racontait une autre histoire. Ses chausses, ses bottes, son surcot et son haubert étaient bien anglais. Étrangement, il ne portait pas de blason.

Se remettant de sa surprise, Lochlan se tourna vers Braden.

— Tu nous as ramené un invité d’Angleterre ?

Il tendit la main à Sin, qui mit une bonne minute avant de la prendre. Lochlan lui donna une tape dans le dos.

— Je suis heureux de te voir, bráthair. Cela faisait trop longtemps.

Les traits de Sin se détendirent légèrement. De toute évidence, il n’avait pas été certain d’être bien accueilli.

— Je ne pouvais pas laisser Braden rentrer seul, dit-il. Il l’a échappé belle trop de fois en Angleterre. Je redoutais qu’un mari ou un père furieux ne le trucide en chemin.

Ewan reconnut son frère à son tour et poussa un cri de joie. Il traversa la salle en quelques enjambées et le serra contre lui en le soulevant du sol.

Sin se raidit.

— Veux-tu bien me lâcher, espèce de grand úbaidh !

— Au moins, tu n’as pas oublié tes racines, déclara joyeusement Ewan en le reposant. Avec ta tenue, je me demandais si tu étais bien mon frère enfin de retour chez lui ou l’une des conquêtes de Braden.

Ce dernier s’esclaffa tandis que Sin le fusillait du regard.

— En parlant de conquêtes, où sont les femmes ? demanda Braden. Je n’en ai pas vu une seule depuis que nous sommes entrés sur les terres MacAllister.

Ewan prit un air faussement affolé.

— Juste Ciel ! Braden a passé une heure entière sans forniquer ? Vite, Lochlan, fais venir le guérisseur avant qu’il ne soit terrassé par une crise d’abstinence !

— Ne plaisante pas avec ce sujet, dit gravement Braden. Il n’est pas bon pour un homme de rester trop longtemps sans femme. Ses jus lui remontent dans le cerveau et, en un rien de temps, il se transforme en ours mal léché et aigri.

Il écarquilla les yeux avant de glisser un bras autour de l’épaule d’Ewan et de s’exclamer :

— Ah, mais voilà donc ce qui t’est arrivé ! Nous devons te trouver une femme au plus vite avant que ton état n’empire.

Ewan le repoussa avec une grimace.

— Tu vas arrêter tes âneries ? Ramène-le en Angleterre avant que je ne l’étripe, ajouta-t-il en se tournant vers Sin.

Lochlan ne prêta pas attention à leurs chamailleries. Braden et Ewan ne savaient communiquer entre eux que de cette manière.

— Ça fait vraiment plaisir de te voir, dit-il à Sin.

— Vous m’avez manqué, Kieran, Braden, Ewan et toi, répondit Sin. Mais, sans vouloir t’offenser, je préfère de loin le luxe anglais à votre mode de vie rustique.

— Tu es devenu un vrai Sassenach, grommela Ewan avec une moue écœurée.

[...]

— Pas d’insultes, dit-il sévèrement à Ewan. Du moins, pas dirigées contre Sin. Défoule-toi plutôt sur Braden.

— Merci ! s’indigna Braden. C’est ça, ton amour fraternel ?

— Oui, répondit Lochlan avec un sourire sardonique. Tu observeras que je ne t’ai pas encore taquiné moi-même.

Braden lança un regard intrigué dans la salle vide. Il semblait attendre quelque chose. Avant même qu’il n’exprime sa pensée, Lochlan l’avait devinée. C’était la première fois que son plus jeune frère rentrait chez lui sans qu’une armée de femmes se précipite pour l’accueillir, jouant des coudes pour être la première à lui proposer de la nourriture et d’autres plaisirs qu’elles étaient ravies de lui offrir.

— Où sont les servantes ? demanda Braden.

Lochlan ouvrit la bouche pour répondre, mais Ewan le prit de vitesse.

— Non, non, Lochlan, laisse-moi le plaisir de le lui annoncer, dit-il avec une lueur de jubilation rare dans ses yeux bleus.

— Comme tu voudras, concéda Lochlan.

— Dis-moi, Braden, te souviens-tu de la petite sœur d’Anghus et d’Aidan, Maggie ingen Blar ?

Braden plissa le front.

— La petite diablesse rouquine avec des taches de rousseur et des dents de lapin ? Comment pourrais-je l’oublier ?

Lochlan fut surpris. Il n’avait jamais entendu son frère décrire une femme autrement qu’en vantant sa beauté. En outre, même si Maggie méritait qu’on la traite de diablesse, elle avait une belle dentition.

— Je ne me souviens pas qu’elle ait jamais eu des dents de lapin, objecta-t-il.

— C’est parce qu’elle ne t’a jamais mordu, répliqua Braden. Moi, elle n’arrêtait pas de m’attaquer. Je me demande encore pourquoi.

— Ce devait être ta personnalité avenante qui la charmait, intervint Sin.

Ewan se planta devant Braden et lança un regard noir à Lochlan et à Sin.

— Cela vous ennuierait-il de me laisser terminer mon histoire ?

— Je t’en prie, répondit Lochlan.

— Merci, dit Ewan.

Il plaça ses deux mains sur les épaules de Braden afin de savourer sa réaction.

— Dents de lapin ou pas, Maggie a convaincu toutes les femmes de se rebeller.

— De se rebeller contre qui ? demanda Braden, perplexe.

— Nous, les vilains hommes libidineux.

— Tu plaisantes ?

Il se tourna vers Lochlan.

— Il plaisante ?

— Non, hélas, soupira Lochlan. C’est la vérité. Les femmes ont décidé que, tant que je n’aurais pas mis un terme à notre querelle avec les MacDouglas, elles ne nous serviraient plus.

— De quelque manière que ce soit, précisa Ewan.

Braden pâlit et saisit le revers de Sin.

— Par les orteils velus de Satan, je dois être mort et arrivé en enfer.

— J’en doute fort, petit frère, rétorqua Sin. Il fait trop froid ici pour que ce soit l’enfer.
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Elle se mit à marcher entre les tombes.

— Ma grand-mère m'a dit qu'elle venait souvent s'asseoir ici, autrefois. Je parie qu'elle les entendait.

— Pourquoi ne vous a-t-elle pas accompagnée ?

— Je le lui ai proposé, mais elle préférait que je vienne seule.

Elle repoussa ses cheveux en arrière et regarda Aidan. Il était à sa place, ici, dans ce lieu antique et sacré, au milieu de ces ruines évoquant un passé tragique et grandiose.

Et elle, où était sa place ? En avait-elle seulement une ? Elle entra dans la cathédrale, où le ciel servait de toit.

— Je crois qu'elle veut que j'apprenne une leçon : comment devenir Jude en moins de six mois.

— Ça marche ?

— Un peu, fit-elle.

Elle suivit du doigt les inscriptions oghamiques gravées dans la pierre et, un bref instant, elle sentit une sorte de chaleur pénétrer en elle.

— Et qu'est-ce que Jude aimerait être ?

— Heureuse et en bonne santé, pour commencer.

— Vous n'êtes pas heureuse ?

Les doigts de Jude dansèrent de nouveau sur la pierre.

— Je n'étais pas heureuse d'enseigner, du moins à la fin. Je n'étais pas un bon professeur. C'est décourageant d'être mauvais dans le métier qu'on a choisi de faire toute sa vie.

— Votre vie est loin d'être finie, vous avez le temps de changer de voie. Et je parie que vous exerciez ce métier mieux que vous ne le pensez.

— Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? demanda-t-elle en se remettant à déambuler.

— Disons que le peu de temps que j'ai passé avec vous m'a permis d'apprendre plein de choses à votre sujet.

— Pourquoi passez-vous du temps avec moi, Aidan ?

— Parce que vous me plaisez.

— Vous ne me connaissez pas, protestat-elle.

— J'aime ce que je vois.

— Il ne s'agit que d'une attirance physique.

— Cela vous pose un problème ?

— Oui, admit-elle en se tournant vers lui. Mais je travaille à le résoudre.

— J'espère que vous travaillez vite, car j'ai hâte d'avoir le plaisir de vous faire l'amour.

Jude en eut le souffle coupé.

— Je ne sais que répondre, avoua-t-elle, lorsqu'elle eut retrouvé sa voix. C'est la première fois que j'ai une conversation de ce genre avec un homme. Quoi que je dise, ça aura l'air incroyablement stupide.

Il fit quelques pas vers elle. La brise agitait la fleur blanche. Craignant qu'elle ne s'envole, il l'enfonça plus profondément dans les cheveux de Jude.

— Pourquoi cela aurait-il l'air stupide, si c'est ce que vous pensez ?

— Parce que, quand je suis nerveuse, j'ai la mauvaise habitude de dire des âneries.

— Je croyais que cela vous faisait chanter.

— L'un ou l'autre, répondit-elle en reculant prudemment.

— Vous êtes nerveuse, en ce moment ?

— Oui ! s'écria-t-elle en tendant les mains pour le repousser. Arrêtez. Je n'ai jamais éprouvé ça. Cette attirance immédiate. Il faut que j'y réfléchisse.

Ignorant ses protestations, il l'attrapa par les poignets et l'attira contre lui.

— Pourquoi réfléchir ? Pourquoi ne pas vous abandonner à vos instincts ? Votre cœur bat à toute allure. J'aime le sentir s'emballer comme ça et voir vos yeux s'embrumer. Embrassez-moi. Vous déciderez ensuite de ce que vous voulez faire.

— Je n'embrasse pas aussi bien que vous. Aidan s'esclaffa.

— Seigneur, quelle drôle de fille vous êtes ! Laissez-moi donc le soin d'en juger.

Jude voulait sentir de nouveau le goût de sa bouche, sa saveur et sa chaleur. Il souriait, et une lueur joyeuse brillait dans ses yeux. La joie, se dit-elle. Pourquoi y voir autre chose que de la joie partagée ?






Elle s'approcha et se hissa sur la pointe des pieds. Puis elle pencha la tête sur le côté et effleura ses lèvres.

— Recommencez, s'il vous plaît.

Subjuguée par son regard, elle obéit. Elle avait l'impression que le bleu enchanteur de ses yeux se communiquait à l'univers tout entier.

[...]

— Ce que tu aimes, c'est commander. Contrôler la situation.

— C'est l'habitude qui veut ça, répliquat-il en lui prenant la main. Mais si tu désires me remplacer et assumer le rôle de la séductrice, Jude chérie, je peux devenir un petit garçon faible et docile.

Elle pouffa de rire.

— Ça m'étonnerait que tu y arrives.

— Tu viendras me voir soir après soir, poursuivit-il, tandis qu'ils marchaient. Tu commanderas un verre de vin et tu t'assiéras au comptoir, afin que je puisse te dévorer des yeux et souffrir en silence.

— Mon Dieu, que tu es irlandais, murmura-t-elle.

— Jusqu'à la moelle, renchérit-il, en levant la main de Jude pour y déposer un baiser. À propos, tu embrasses très bien.

Une fois de plus, Jude resta sans voix.
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— Vous êtes toujours aussi raisonnable ?

— Oui.

Il s'arrêta et l'examina un bref instant, puis il éclata de rire.

— Bon sang, Jude, si vous vous étiez mise à crier et à jeter des choses, nous aurions eu une jolie petite bagarre qui se serait terminée sur le carrelage de la cuisine. Quant à moi, ça m'aurait calmé.

— Je ne crie pas, je ne jette rien et je ne me bats pas.

— Jamais ?

— Jamais.

Il eut un sourire énigmatique.

— Je devrais pouvoir changer ça... On parie ? demanda-t-il, en tendant la main pour lui tirer doucement les cheveux.

— Non. Je n'aime pas les paris.

— Vous vous appelez Murray et vous n'aimez pas les paris ! Vous faites honte à votre sang.

— Je fais honneur à mon éducation.

— Entre l'éducation et le sang, le dernier l'emporte toujours, croyez-moi... Bon, je m'en vais. Marcher sous la pluie m'éclaircira les idées, ajouta-t-il en décrochant sa veste de la patère.

— Vous n'êtes pas fâché ?

— Pourquoi le serais-je ? Vous avez le droit de refuser, non ?

— Oui, bien sûr. Mais la plupart des hommes seraient fâchés.

— Je ne suis pas la plupart des hommes. En outre, j'ai l'intention de vous faire l'amour, et j'y arriverai. Si ce n'est pas aujourd'hui, ce sera un autre jour.

Elle en resta bouche bée.

— Pensez-y, Jude Frances, ajouta-t-il en souriant, et pensez à moi en attendant que je pose de nouveau les mains sur vous.

La porte se referma derrière lui. Clouée sur place, Jude songea à cette menace et à toutes les brillantes reparties qu'elle aurait dû lui jeter à la figure.
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—Je vais convertir vos gains, ce sera moins encombrant. Et surtout moins voyant.

Du tiroir, il sortit un coffret de marqueterie qu’Angélique considéra avec méfiance. Il ressemblait au coffret où son frère rangeait ses pistolets de duel.

—Je ne vole et ne viole les jeunes vierges que le lundi et le mercredi, vous savez, déclara Lavoie, pince-sans-rire.

Là, aucun doute, il se moquait bel et bien d’elle.

—Je ne suis plus…

Elle s’interrompit en rougissant, furieuse et horrifiée. Furieuse qu’il s’amuse à ses dépens, horrifiée par ce qu’elle avait failli révéler. Peut-être cela n’avait-il plus d’importance.

Après tout, lady Angélique Archer se trouvait dans un tripot, en compagnie d’un possible assassin, serrant contre elle un sac plein d’argent qu’elle venait de gagner au jeu. Tout cela parce qu’un mufle de baron lui avait pincé le sein. Le problème de sa vertu lui paraissait hors de propos.

—Je ne suis pas une idiote, reprit-elle, le menton haut.

—Je ne l’ai jamais pensé. Je vous présente mes excuses. Je voulais vous mettre à l’aise, mais cette remarque était déplacée.

—Cela n’a pas d’importance.

Cela n’en avait effectivement plus. Elle n’avait jamais cru trouver dans les cartes des lendemains qui chantent, pas plus qu’elle ne croyait aux châteaux en Espagne.

Lavoie ouvrit le coffret. À la lueur des chandelles, l’éclat de l’or accrocha son regard.

—Laissez-moi vous aider, dit-il en désignant son réticule.

Ces simples paroles emportèrent la décision d’Angélique. C’était la première personne à lui avoir jamais offert son aide –même s’il ne pouvait savoir quel genre d’aide elle désirait. Parce que, en vérité, Lavoie ne pouvait pas vraiment l’aider. En l’occurrence, elle était seule.

En revanche, il pouvait convertir son argent.

—Si vous insistez, dit-elle en posant son réticule sur le bureau.

Il l’observa un instant avant de s’emparer du sac à main et d’en vider le contenu.

—Voulez-vous boire quelque chose pendant que je compte ceci?

—Non, merci.

—Quelque chose à manger?

—Non, merci.

—Voulez-vous vérifier ce que je compte?

—Oui.

—Très bien, dit-il.

Les bras croisés, Angélique fixa les yeux sur lui tandis qu’il commençait à empiler les pièces. De temps en temps, son regard s’égarait sur les registres ouverts. Celui qui se trouvait le plus près avait l’air d’inventorier les livraisons des achats de la semaine passée, depuis les alcools jusqu’au pain. Il n’était pas différent de celui qu’elle tenait chez elle, hormis le nombre de zéros. Du coin de l’œil, elle parcourut les longues colonnes de chiffres alignés et fit la grimace en arrivant aux totaux.

—Quelque chose ne va pas dans mes comptes? s’enquit Lavoie sans cesser d’empiler les pièces.

—Non, pas du tout.

Cet homme avait donc des yeux sur le côté de la tête?

—Vous êtes sûre? Vous avez l’air d’avoir avalé du vinaigre.

Angélique se renfrogna. Il se moquait encore d’elle.

—Tout va bien dans vos comptes journaliers, répliqua-t-elle froidement. Pour vos comptes hebdomadaires, en revanche, c’est une autre histoire.

Seigneur, elle se serait giflée! Qu’est-ce qui lui avait pris? Lavoie pouvait lui dire ce qu’il voulait, se moquer d’elle autant qu’il voulait, elle devait rester prudente, se contenter de hocher la tête et de sourire. Et se taire.

—Je vous demande pardon? dit-il en la regardant.

—Ce n’est rien. Je me mêle de ce qui ne me regarde pas.

—Vous ne pensez visiblement pas que ce n’est rien.

Encore une fois, sous ce regard pénétrant, Angélique perdit tous ses moyens.

—Eh bien, puisque vous y tenez, votre total hebdomadaire, tous achats confondus, est faux.

—Cela me paraît peu probable, rétorqua-t-il en arquant un sourcil.

—Et pourquoi cela?

—Parce que c’est moi qui fais les comptes hebdomadaires et que je n’ai pas l’habitude de faire des erreurs.

—Bien sûr. Oubliez ce que je viens de dire.

Elle détourna les yeux. Ce n’était pas son affaire, après tout.

—Et personne n’est capable de faire une addition aussi rapidement. Surtout en lisant à l’envers, ajouta Lavoie.

—Je le répète, oubliez ce que je viens de dire.

Visiblement, Alexander Lavoie ne semblait pas prêt à oublier quoi que ce soit. Abandonnant les piles de pièces, il prit le registre.

Angélique sentit son estomac se nouer

—Peut-être pourriez-vous terminer de compter les pièces, ainsi je pourrais m’en aller…

—Un instant! l’arrêta-t-il en parcourant du doigt la colonne des totaux, le front plissé.

Arrivé en bas, il releva les yeux.

—Vous avez raison, reconnut-il. Je ne comprends pas. Comment avez-vous fait?

—Un simple coup de chance. À présent, j’aimerais…

—Nom de nom, souffla-t-il, j’avais entendu parler de gens comme vous, mais je n’en avais encore jamais rencontré.

—Franchement je ne sais pas de quoi vous parlez, assura Angélique, clouée sur place par ce regard si troublant.

—Deux cent quatre-vingt-six multipliés par trois cent cinquante-quatre?

—Cent un mille deux cent quarante-quatre.

—Vous venez de le calculer mentalement, n’est-ce pas?

—Non, mentit-elle.

—Divisé par huit?

—Douze mille six cent cinquante-cinq. Et demi!

—Vous ne pouvez pas vous en empêcher. Vous trouvez tout de suite la bonne réponse!

Décidément, ce regard d’ambre était beaucoup trop pénétrant.

—Non, mentit-elle de nouveau.

—Vous… voyez les nombres, en quelque sorte, n’est-ce pas?

Angélique était parvenue à dissimuler son don prodigieux pour les chiffres dès son plus jeune âge. Sa mère s’était bien aperçue qu’elle était plus à l’aise avec les calculs compliqués qu’avec les pas de danse. D’autant qu’elle l’avait prise en train de chiper les livres de mathématiques de son frère l’année de ses dix-huit ans. Si elle voulait faire un beau mariage, il lui fallait se concentrer sur les leçons qui convenaient à une jeune fille, avait décrété sa mère en lui reprenant les livres. Et la géométrie n’en faisait pas partie.

Du reste, les messieurs –ceux du moins qu’une jeune fille de bonne famille devait souhaiter épouser– n’aimaient pas les femmes plus brillantes qu’eux dans les domaines qui leur étaient réservés, lui avait expliqué la marquise. Angélique avait donc obéi, s’était appliquée à cacher ses dons, et avait fait de son mieux pour devenir ce que ses parents, et la société en général, attendaient d’elle.

Pour ce que cela lui avait servi.

—Milady?

—J’aimerais rentrer chez moi.

—Mmm…

Elle se rapprocha du bureau, où son argent était soigneusement empilé. Elle ne pouvait partir sans son argent.

—Vous comptez les cartes, reprit Lavoie en tambourinant distraitement sur le registre. Vous vous rappelez celles qui sont tombées, et cela vous permet de déterminer lesquelles risquent de sortir à la prochaine main. Dites-moi, est-ce que vous utilisez une martingale? Ou est-ce que vous vous rappelez simplement chaque carte?

—Encore une fois, je ne vois pas de quoi vous parlez.

Ce n’était pas tout à fait faux. Les chiffres s’imprimaient et s’ordonnaient tout seuls dans sa mémoire, tout simplement.

—Vous vous souvenez de chaque carte, n’est-ce pas?

—Je ne sais pas…

—Je vous ai posé une question qui n’appelle que deux réponses, oui ou non. Je vous en prie, n’insultez pas votre intelligence, qui est considérable, et répondez-moi.

—Oui, avoua Angélique.

—Je vous remercie. Cela ne fait pas longtemps que j’ai une table de vingt-et-un. Je n’ai pas pris la peine d’embaucher un donneur compétent et, pour ne rien vous cacher, je ne m’attendais pas à un tel succès. Comme vous avez pu le constater, j’ai laissé les joueurs tenir la banque à tour de rôle, hélas, cela ne rapporte pas beaucoup au club. Je ne gagne de l’argent que sur les alcools et les consommations des clients pendant qu’ils jouent.

—Pourquoi me racontez-vous tout cela?

—Parce que je n’ai encore jamais rencontré un joueur de vingt-et-un avec un tel potentiel. Je suis heureux que vous ayez gagné l’argent de Daventon, et pas le mien!

—Un tel potentiel?

—Oui, et cela vous rend encore plus fascinante!

Il marqua une pause, puis:

—Vous ne seriez pas intéressée par un emploi, j’imagine?

—Un emploi?
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Mademoiselle Tramell, voulez-vous me suivre, s’il vous plaît ? dit-il en souriant,

Intriguée, je l’accompagnai jusqu’au petit bureau dans lequel on m’avait remis mon badge le jour de mon embauche. Il m’ouvrit la porte, et je découvris Gideon qui m’attendait à l’intérieur.

Appuyé contre le bureau, les bras croisés, il affichait une expression à la fois narquoise et amusée. La porte se referma derrière moi et il secoua la tête en soupirant.

— Y a-t-il d’autres personnes de mon entourage que tu as l’intention de harceler à mon sujet ? s’enquit-il.

— Tu recommences à m’espionner ?

— Je te couve d’un regard protecteur.

— Comment sais-tu si je l’ai harcelé ou non ? répliquai-je en haussant les sourcils.

Son sourire s’élargit.

— Parce que je te connais.

— Eh bien, figure-toi que je ne l’ai pas harcelé. Vraiment, insistai-je tandis qu’il me jetait un regard incrédule. J’en avais l’intention mais, finalement, je me suis abstenue. Tu peux m’expliquer ce que nous faisons dans cette pièce ?

— C’est une sorte de croisade à laquelle tu te livres, mon ange ?

— Est-ce que tu réalises que tu prends très calmement le fait que je viens de déjeuner avec Christopher ? Et que je réagis moi aussi très calmement au fait que tu passes tout ton temps libre avec Corinne ? Nos réactions sont totalement différentes de ce qu’elles étaient il y a un mois.

Il était différent. Il sourit et la façon dont ses lèvres s’incurvèrent me fit fondre.

— Nous nous faisons mutuellement confiance, Eva. C’est agréable, tu ne trouves pas ?

— Que je te fasse confiance ne m’empêche pas d’être déconcertée par ce qui se passe entre nous.

Il s’approcha de moi et déposa un baiser tendre sur mes lèvres.

— Je t’aime.

— Tu es de plus en plus doué pour le dire.

Il m’effleura les cheveux du bout des doigts.

— Tu te souviens de la nuit où tu as fait ce cauchemar, alors que j’étais sorti ? Tu te demandais où j’étais.

— Je me le demande toujours.

— Je suis allé à l’hôtel vider la chambre. Ma garçonnière, comme tu l’appelles. T’expliquer cela alors que tu étais en train de rendre tripes et boyaux ne m’a pas semblé opportun.

Un soupir de soulagement franchit mes lèvres.

— J’avais complètement oublié l’existence de cette chambre jusqu’à ce que tu en parles chez le Dr Petersen, continua-t-il. Nous savons tous deux que je n’en aurai plus jamais l’usage. Ma petite amie est davantage portée sur les moyens de transport que sur les lits, conclut-il en ouvrant la porte.
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Angus porta les doigts à la visière de sa casquette, puis se glissa derrière le volant de la Bentley. L’autre chauffeur vint remettre un trousseau de clefs à Gideon.

— Mademoiselle Tramell, me salua-t-il.

— Eva, je te présente Raúl.

— Nous nous sommes déjà rencontrés, dis-je. Vous avez bien transmis le message dont je vous avais chargé la dernière fois ?

Je sentis les doigts de Gideon se raidir dans mon dos.

— Il me l’a transmis, confirma-t-il.

— Merci, Raúl, dis-je avec un grand sourire.

Ce dernier rejoignit Angus dans la Bentley tandis que Gideon m’escortait jusqu’à la Mercedes et m’ouvrait la portière passager. Un petit frisson d’excitation me parcourut quand il s’installa au volant et régla le siège pour l’adapter à ses longues jambes. Il mit le moteur en marche et s’inséra avec aisance dans le flot de voitures qui encombraient les rues new-yorkaises.

— J’adore te regarder conduire, lui avouai-je, notant au passage que sa main se crispait sur le volant. Ça m’excite.

— J’en étais sûr, dit-il en me jetant un regard oblique. Tu es une fétichiste des moyens de transport.

— Je suis surtout une fétichiste de Gideon, répliquai-je. Ça fait des semaines… ajoutai-je en baissant la voix.
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J’ouvris la porte à la volée et faillis percuter Gideon qui attendait, appuyé contre le mur à côté de la porte. Il m’attrapa par le bras, mais son regard était braqué sur le Dr Lucas, brillant de haine et d’une fureur glaciale.

— Ne l’approchez pas, lui jeta-t-il.

— C’est elle qui est venue me trouver, répliqua Lucas avec un sourire venimeux.

Le sourire que lui renvoya Gideon me fit frémir.

— Si vous la voyez revenir, je vous conseille de fuir dans l’autre direction.

— Amusant. C’est exactement le conseil que je lui ai donné vous concernant.

Je gratifiai le bon docteur d’un doigt d’honneur.

Ricanant, Gideon me prit par la main et m’entraîna dans le couloir.

— Qu’est-ce que c’est que cette manie de faire des doigts d’honneur, Eva ?

— Quoi ? Tout le monde en fait !

— Vous n’avez pas le droit de faire irruption ainsi, glapit la secrétaire quand nous passâmes devant son bureau.

— Vous pouvez annuler l’appel que vous venez de passer à la sécurité, lui lança Gideon. Nous partons.

— C’est Angus qui m’a mouchardée ? demandai-je quand nous atteignîmes le palier.

— Non. Toutes les voitures sont équipées d’un traceur GPS.

— Tu sais que tu es un grand malade ?

Il pressa le bouton de l’ascenseur et me fusilla du regard.

— Ah bon ? Et toi, qu’est-ce que tu es ? Tu pars dans tous les sens ! Ma mère. Corinne. Lucas. Qu’est-ce que tu fous, Eva ?

— Ça ne te regarde pas. On a rompu, tu t’en souviens ?

Sa mâchoire se crispa. Il se tenait là, incarnation du citadin raffiné dans son costume chic, alors qu’intérieurement il bouillonnait d’une énergie fiévreuse et sauvage. Le contraste entre ce que je voyais quand je le regardais et ce que je ressentais aiguillonna mon désir.

Nous pénétrâmes dans l’ascenseur. Un frisson d’excitation me traversa. Il m’avait couru après. Il inséra une clef dans le panneau de commande.

— Existe-t-il une seule chose dont tu ne sois pas propriétaire à New York ? m’exclamai-je.

La seconde d’après, il fondait sur moi. Une main enfouie dans mes cheveux, l’autre plaquée sur mes fesses, il écrasa ma bouche sous la sienne, me caressant de la langue.

Je gémis, lui agrippai la taille et me hissai sur la pointe des pieds pour intensifier notre baiser.

Il me mordit la lèvre au point de me faire mal.

— Tu crois qu’il te suffit de dire que c’est fini pour que tout s’arrête ? Il n’y a pas de fin, Eva.

Il me poussa et je me retrouvai plaquée contre la paroi de la cabine.

— Tu me manques, murmurai-je en lui empoignant les fesses pour le presser contre moi.

— Mon ange, gronda Gideon.

Il m’embrassait à pleine bouche, avec une passion folle teintée de désespoir.

— Qu’est-ce que tu fais, Eva ? souffla-t-il. Tu vas, tu viens, tu renverses tout sur ton passage.

— J’ai plein de temps libre depuis que j’ai plaqué mon imbécile de petit ami, répondis-je dans un murmure.

Je tressaillis tandis que sa main se crispait dans mes cheveux.

— Tu ne peux pas tout arranger d’un simple baiser, Gideon. Pas cette fois.

C’était tellement dur de le repousser ; presque impossible après avoir été si longtemps privée de lui.

Il appuya son front contre le mien.

— Tu dois me faire confiance.

[...]

Il glissa la main dans sa poche en un geste à la fois nonchalant et maîtrisé que j’avais appris à reconnaître comme particulièrement dangereux.

— Tu es complètement ingérable, déclara-t-il.

— Quand je suis habillée, oui. Autant que tu t’y fasses.

Les portes coulissèrent et je sortis de l’ascenseur. Sa main se posa au creux de mes reins, m’arrachant un frisson. Depuis le tout début, ce contact anodin éveillait en moi un puissant désir.

— Si je te revois un jour poser la main sur Corinne de cette façon-là, je te brise les doigts.
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Comme il ne disait plus rien, elle se risqua à lever les yeux vers lui. Il contemplait ses mains. Cinder les croisa d’un geste vif sur sa poitrine, en vérifiant que ses gants étaient bien enfilés.

— Vous ne les enlevez donc jamais ? s’étonna-t-il.

— Non.

Kai pencha la tête sur le côté en la scrutant, comme s’il pouvait voir jusqu’à la plaque en métal à l’arrière de son crâne. L’intensité de son regard ne faiblit pas.

— Je crois que vous devriez venir au bal avec moi.

Elle se tordit les doigts. Il paraissait beaucoup trop sincère et sûr de lui. Elle avait les nerfs à vif.

— Par les étoiles ! grommela-t-elle. Vous ne me l’avez pas déjà demandé ?

— J’espère obtenir une réponse plus favorable, cette fois. Il semble que je sois de plus en plus désespéré.

— Charmant.

Kai fit la moue.

— S’il vous plaît… ?

— Pourquoi ?

— Pourquoi pas ?

— Je veux dire : pourquoi moi ?

Kai mit ses mains dans ses poches.

— Pour avoir quelqu’un de compétent sous la main si mon hover de secours tombe en panne ?

Elle leva les yeux au ciel. Incapable de lui faire face, elle fixa le bouton d’arrêt d’urgence à côté de la porte.

— Je suis sérieux. Je ne peux pas y aller seul. Il est hors de question que j’y aille avec Levana.

— Eh bien, il doit y avoir deux cent mille jeunes filles célibataires dans cette ville qui tueraient pour avoir le privilège de vous accompagner.

Un silence passa entre eux. Bien qu’il ne la touche pas, elle pouvait sentir sa présence, chaleureuse et irrésistible. Elle eut l’impression qu’il faisait soudain très chaud dans l’ascenseur, malgré sa jauge de température qui indiquait le contraire.

— Cinder.

Ce fut plus fort qu’elle. Elle se tourna vers lui. Ses défenses s’effritèrent devant la franchise qui se lisait dans les yeux bruns du prince. Sa prestance avait cédé la place à l’inquiétude. Au doute.

— Deux cent mille jeunes filles célibataires, répéta-t-il. Alors pourquoi pas vous ?

Un cyborg,
Spoiler(cliquez pour révéler)
une Lunaire
, une mécanicienne… Elle était la dernière chose qu’il désirait.

Alors qu’elle s’apprêtait à répondre, l’ascenseur s’arrêta.

— Je regrette. Mais, croyez-moi, ce ne serait pas une bonne idée d’y aller avec moi.

La porte s’ouvrit, et la tension se dénoua. Elle jaillit de la cabine, tête baissée, en évitant de croiser les regards des personnes qui attendaient l’ascenseur.

— Soyez ma cavalière pour le bal.

Elle se figea, comme tout le monde dans le couloir.

Cinder se retourna. Kai était toujours dans l’ascenseur, retenant la porte avec sa main.

Toutes les émotions de la dernière heure convergeaient chez elle en un seul et même sentiment écœurant : l’exaspération. Le couloir était rempli de médecins, d’infirmières, d’androïdes, de fonctionnaires, de techniciens, qui tous s’étaient mis à parler à voix basse et fixaient le prince et la fille en pantalon treillis avec laquelle il était en train de flirter.

De flirter.

Le dos bien droit, elle retourna dans la cabine et repoussa Kai au fond, sans se soucier que ce soit avec sa main en métal.

— Bloquez l’ascenseur, ordonna-t-il à l’androïde alors que la porte se refermait sur eux. (Il sourit.) J’ai au moins réussi à attirer votre attention.

— Écoutez-moi, dit-elle. Je suis sincèrement désolée. Mais je ne peux pas aller au bal avec vous. Croyez-moi sur parole.

Il baissa les yeux sur sa main gantée posée contre son torse. Cinder recula, en croisant les bras sur sa poitrine.

— Mais pourquoi refuser d’y aller avec moi ?

Elle soupira.

— Ce n’est pas que je refuse d’y aller avec vous, c’est simplement que je n’irai pas.

— Donc, vous seriez d’accord pour m’accompagner.

Cinder raidit les épaules.

— Peu importe. C’est impossible.

— Mais j’ai besoin de vous !

— De moi ?

— Oui. Vous ne comprenez donc pas ? Si je passe toute la soirée en votre compagnie, la reine Levana ne pourra pas m’entraîner dans une conversation, ou… (Il frémit.)… dans une danse.

Cinder chancela, le regard flou. La reine Levana. Bien sûr, c’était elle, le problème ! Que lui avait donc raconté Peony, il y avait des siècles ? Des rumeurs concernant un mariage politique ?

— Je n’ai rien contre la danse, continua Kai. Je sais danser, si vous en avez envie.

Elle plissa les paupières.

— Pardon ?

— Ou pas, si vous préférez vous abstenir, ou si vous ne savez pas danser. Ce qui n’a rien de honteux.

Elle se massa le front pour prévenir un début de migraine, puis s’interrompit en se rappelant ses gants crasseux.
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— Qu’en pensez-vous, mademoiselle Lowell ? s’enquit Mark avec un sourire énigmatique. Imaginez qu’un homme imposant, un homme de la taille d’Ash, par exemple, vous attaque ? Que feriez-vous ?

Ce n’était pas ce qu’Ash avait eu en tête. Et même si l’idée de lutter avec elle lui plaisait grandement, il préférait ne pas avoir de public. En outre, il ne voulait surtout pas qu’elle se sente le moins du monde contrainte.

— Mark, je ne peux pas frapper une dame.

— Cela va de soi. Lui attraper le poignet suffira. Avec douceur, si possible.

Le battement de paupières de Mark pouvait passer pour un clin d’œil et tout à coup, Ash comprit le stratagème de son frère. C’était fort simple. Il n’avait plus qu’à se préparer à l’inévitable – une bonne gifle, où peut-être un direct féminin au foie. Elle ne pouvait lui faire mal, pas s’il était prêt à encaisser ses coups, mais il pouvait lui laisser croire qu’elle y était parvenue. Ainsi, il lui donnerait confiance en elle, tout en gagnant la sienne. Et s’approcherait suffisamment pour lui toucher le poignet.

Ce serait tout bénéfice, il n’y avait pas à hésiter. Son frère était décidément un génie.

— Je ne sais pas, Mark, intervint Mlle Lowell. Je… je ne voudrais pas faire mal à votre frère. Je n’ai pas un tempérament violent.

Elle jeta un regard gêné à Ash, les événements de la nuit passée contredisant cette affirmation.

— En général, précisa-t-elle.

Ash réprima un sourire. Si elle pouvait lui faire mal, ce n’était certes pas avec ses poings.

— Que ne ferais-je pas pour une bonne cause ? déclara-t-il. Je devrais être capable de supporter quelques bleus. Et puis, ne put-il s’empêcher d’ajouter, je n’ai rien contre un peu de violence à l’occasion.

Mlle Lowell rougit.

— Voilà qui est parler en homme, décréta Mark. Les hommes aiment souffrir. C’est comme cela qu’ils se lient d’amitié, vous savez.

— On mesure l’intimité entre hommes au degré de barbarie dont ils font preuve en l’absence de toute compagnie féminine. Un homme sait qu’il est avec des amis quand il se sent libre de brailler comme un veau et de se battre comme un chiffonnier, expliqua Ash en se demandant toutefois s’il n’en faisait pas trop.

— Et puis, combien d’infirmières peuvent se vanter d’avoir mis à genoux le futur duc de Parford ? enchaîna Mark, une lueur espiègle au fond des yeux.

Cette allusion lui était destinée, devina Ash. Très bien. Il se laisserait frapper, il tituberait peut-être un peu, avant de tomber à terre. Elle aurait une victoire facile. Quant à lui, sa fierté s’en remettrait d’autant plus facilement qu’il savait ce que cette victoire représenterait pour elle.

— Vous pourrez le raconter à vos petits-enfants, un jour, ajouta Mark en guise de conclusion.

— Nous allons commencer en douceur, expliqua Ash en attrapant le poignet de Margaret pour l’attirer sans brusquerie vers lui.

Les lèvres entrouvertes, elle leva les yeux vers lui. Il percevait avec acuité sa proximité. Si son frère et la femme de chambre n’avaient pas été présents, il aurait peut-être été tenté de se pencher et de poser ses lèvres sur les siennes. Pour l’heure, elle était si proche qu’il avait l’impression de la goûter. Son parfum lui frôlait les lèvres…

Bam !

Quelque chose lui heurta le menton, sa bouche se ferma brutalement, et il se mordit la langue. Il sentit le goût métallique du sang. Il était occupé à ravaler la douleur lorsque…

Vlan !

Il s’écroula, ses genoux cognèrent durement le parquet avant qu’il ait le temps d’amortir la chute. Il lui fallut une seconde pour comprendre qu’elle lui avait fait un croche-pied.

C’est à ce moment-là que quelque chose lui toucha l’entrejambe. Pas un coup violent, Dieu merci, mais pas non plus une caresse. Il ouvrit les paupières. Il était à genoux aux pieds de Mlle Lowell, dont les yeux étincelaient.

— C’est ici, dit-elle en désignant son entrejambe du bout de son soulier, que je vous aurais frappé si vous m’aviez réellement attaquée. Toutefois, et malgré votre prédilection déclarée pour la violence, j’ai pensé qu’il était préférable de me retenir.

— Vous avez bien fait.

Il avait la bouche sèche et le souffle court, ce qui pouvait s’expliquer en partie par sa chute, en partie parce qu’elle venait de dévoiler une cheville délicate, mais surtout par la place de son pied, qui frottait doucement un organe trop heureux qu’elle le touche, même de cette façon incongrue.

Si elle avait le triomphe modeste, elle n’en rayonnait pas moins de plaisir. Elle l’avait vraiment pris par surprise avec ce crochet à la mâchoire. Pour un peu, il aurait plaint l’homme qui essaierait de lui voler un baiser.

— Seigneur ! J’avais oublié de te prévenir que Mlle Lowell était une élève très douée, s’écria Mark d’un ton faussement innocent.

Il avait évidemment tout manigancé pour le simple plaisir de voir son aîné à genoux.

Et l’aîné en question pouvait difficilement lui en vouloir.

— Mlle Lowell est une envoûtante petite sorcière, et elle le sait, lâcha Ash.

Le menton haut, Margaret recula d’un pas et lissa les plis de sa robe.

Ash serait tombé à genoux si cela n’était déjà fait. Avec ses cheveux un peu en désordre et ses joues roses, elle était resplendissante ; il ne restait plus trace de l’inexplicable chagrin qui la consumait la nuit précédente. La victoire lui allait bien, et d’autant mieux qu’il s’agissait d’une vraie victoire, sans qu’il ait eu besoin de faire semblant.

— Viens m’aider, dit-il à son frère, je ne suis plus tout jeune.

— Comme tu veux, mon vieux !

Mark rayonnait. Il avait gagné, lui aussi, en amenant son aîné à sous-estimer Mlle Lowell. D’une certaine façon, c’était comme s’il avait envoyé Ash au tapis, et cela emplissait celui-ci de fierté. Il saisit la main que son cadet lui tendait et le geste avait quelque chose de fraternel – leurs deux mains jointes en signe d’amitié, c’était ce qu’il avait toujours désiré.

Ash pesa de tout son poids sur la main de son frère, qui dut se raidir.

— Tu m’as vraiment pris pour un vieux croûton ? chuchota-t-il à l’oreille de Mark. Pour un génie, tu manques singulièrement de jugeote parfois.

D’un mouvement, vif, il lui fit perdre l’équilibre, avant de le clouer au sol. Leurs regards se croisèrent.

Mark lui sourit.

La victoire d’Ash était complète.
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— Je crois que je lui plais, dis-je.

La main de Dez effleura mon dos lorsqu’il s’éloigna des rochers.

— Tu plais à tout le monde, Jas.
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— Comment a-t-il réagi ?

— Il n’a pas eu l’air enchanté, et il m’a fait une liste détaillée de tous les dangers que représentait un voyage à D.C. Mais finalement, il a accepté.

— C’est vrai ?

Un coin de ses lèvres se releva.

— Seulement après m’avoir promis de m’arracher tous les membres un par un si quelque chose t’arrivait.

Je me fendis d’un grand sourire et il fronça les sourcils.

— J’espère que tu souris parce qu’il a donné son accord, pas parce qu’il a menacé de me démembrer.

— Parce qu’il a donné son accord, bien sûr.

Avec un rire, je lâchai mes cheveux pour lui donner un coup de poing dans le bras.

— Et peut-être un peu aussi pour le démembrement.

Il me saisit la main.

— Ce n’est pas très gentil.

Je lui adressai un sourire taquin.

— Désolée ?

— Quelque chose me dit que ce ne sont pas des excuses sincères.

L’air espiègle, il inclina la tête sur le côté, puis tendit mon bras entre nous.

— Ton père est franchement effrayant. Je risque mes bras, mes jambes, et mes bijoux de famille en…

— Oh, mon Dieu, m’esclaffai-je. Trop d’informations, Dez.

— Écoute, je veux juste que tu aies conscience des enjeux.

Il tira sur mon bras, m’entraînant vers l’avant.

— J’ai comme l’impression que je vais avoir besoin de mes…

Je lui balançai un coup de ma main libre, mais il l’intercepta aussi.

— Non, je peux te garantir que tu ne t’en serviras pas de sitôt.

— Je ne suis pas du tout d’accord.

Une expression canaille traversa ses yeux une seconde avant qu’il m’arrache à ma chaise pour m’asseoir sur ses genoux. Il m’enlaça fermement la taille pour m’empêcher de me libérer.

— Jas, dit-il d’une voix soudain grave. Tu devrais arrêter de gigoter.

Il marqua une pause.

— Ou pas, finalement. Il y a aussi des avantages.

Je me figeai, les mains plaquées sur ses épaules, et le feu me monta aux joues.

— Tu es horrible.

— Je suis un tas de choses en ce moment même.

Il baissa la tête, l’approchant de la mienne, et inspira profondément.

— Je parie que tu peux en deviner une ou deux.
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— Votre père ne se doutait pas que nous nous connaissions, et je me demande pourquoi vous semblez tellement décidée à ce qu’il n’en sache rien.

— Mon père fait un commerce des informations qu’il recueille, et j’ai compris depuis longtemps que moins je lui en disais, mieux je me portais.

Iain éclata de rire.

— En d’autres termes, mieux vaut lui mentir par omission. Ce n’est pas une politique que je recommande d’ordinaire, mais dans ce cas… A vrai dire, je doute que cet homme se soit jamais montré honnête avec quiconque dans sa vie. Pas même avec lui-même.

— Surtout pas avec lui-même. C’est grâce à cela qu’il parvient à rendre ses mensonges aussi convaincants, dit Cordelia avec ressentiment.

Ses joues s’étaient empourprées. Ils n’étaient plus séparés que de quelques centimètres. Dans l’atmosphère tendue qui régnait encore dans la pièce, elle percevait la présence de ce lien entre eux — il était toujours là.

Souviens-toi de moi.

Non, elle ne voulait pas se souvenir. Elle ne voulait pas remarquer que les petites rides entre ses sourcils s’étaient légèrement creusées, que ses cheveux étaient toujours de ce même roux sombre, et qu’il les portait toujours coupés aussi court. Elle éprouvait les plus grandes difficultés à maîtriser le rythme de sa respiration. Plus que tout, elle mourait d’envie de l’approcher, de le toucher, mais elle aurait préféré mourir plutôt que de l’admettre. Il fallait absolument qu’elle s’éloigne de lui, qu’elle établisse un plan de bataille, qu’elle se reprenne. Tout bien pesé, elle avait envie de se mettre au lit dans une chambre obscure, de plonger sous les couvertures et de se cacher.

D’ailleurs, peut-être était-il tout aussi pressé de s’échapper de ce traquenard. Après tout, il était venu à Cavendish Square dans l’intention de conclure une affaire très lucrative et, par inadvertance, elle lui avait mis des bâtons dans les roues. Chacun d’eux pâtissait de la conduite détestable de son père, mais Iain, lui, était une victime innocente.

— Oubliez ce qui s’est passé entre nous deux, dit Cordelia. Cela n’a aucun rapport avec ce qui nous préoccupe actuellement. Si je n’avais pas été présente quand vous êtes arrivé ici, rien de tout cela ne se serait passé. Je suis terriblement navrée de m’être trouvée sur votre chemin. Je suis certaine que, quand mon père sera revenu à la raison et qu’il comprendra que vous préférez renoncer à ce contrat plutôt que d’avoir à m’épouser…

— Je n’ai aucune intention de renoncer à ce contrat, la coupa Iain.

— Oui, je sais. Je veux dire, je m’en doutais… C’est ce que vous m’avez dit à Glasgow, vous vous souvenez ? Vous avez dit que vous aviez besoin de nouveaux marchés. Je sais à quel point tout ceci doit être important pour vous, mais ce que je voulais dire, c’est que vous allez mettre mon père au pied du mur.

— Oh ! Mais c’est exactement ce que j’ai l’intention de faire, croyez-moi.

— Très bien. Parfait.

Cordelia ramassa sa capote.

D’autorité, Iain la lui prit des mains et la reposa sur la chaise.

— Vous vous en souveniez, n’est-ce pas ? A l’instant où vous m’avez bousculé, vous vous êtes souvenue de ce jour. De cette nuit.

— Je vous ai dit qu’il fallait l’oublier.

— Je n’y suis pas parvenu. Et vous ?

Cordelia sentit son estomac se nouer. Etait-elle seulement capable de mentir ?

— Oh ! Pour l’amour du ciel…, s’emporta-t-elle. Non ! Voilà, vous êtes content ?

— Vous ne vous souvenez même pas des cris de plaisir que je vous ai arrachés ?

Iain avait couvert le peu de distance qui les séparait encore. Sa voix s’était faite douce et basse, c’était un chuchotement rauque et caressant, dénué de la rudesse de l’accent des Lowlands. N’était l’expression de son regard, elle aurait juré qu’il tentait de la séduire. S’emparant de l’une de ses mèches artificiellement bouclées, il commença à l’enrouler autour de son index. Il avait des mains d’artiste, avec des doigts longs et délicats, bien que la peau en soit marquée.

Elle se sentit fondre de l’intérieur.

— Vous étiez tout aussi… Vous avez apprécié ce moment autant que moi, si mes souvenirs sont bons.

— En effet.

Il laissa la boucle de cheveux glisser de son doigt. A la place, il lui prit le menton et fit glisser son pouce sur sa lèvre inférieure.

— J’en ai apprécié la moindre seconde, c’est le moins qu’on puisse dire.

Puis il posa ses lèvres sur les siennes avec une lenteur infinie.

Sa bouche semblait si parfaitement faite pour la sienne… Cordelia n’avait jamais rencontré personne qui lui corresponde si bien. Elle répondit d’abord à son baiser, bouche entrouverte, écartant instinctivement les bras pour les nouer autour de son cou, son corps plaqué contre celui de Iain. Heureusement, la raison lui revint juste à temps. D’un mouvement vif, elle se jeta en arrière et lui assena une gifle retentissante.

* * *

Iain recula en titubant, la paume sur la joue. Cordelia n’y était pas allée de main morte et, à en juger par le regard noir qu’elle posait sur lui, elle n’hésiterait pas à frapper plus fort si elle en avait l’occasion. Ou plus précisément, elle le frapperait de nouveau s’il insistait. Il ne put s’empêcher de rire.

— J’imagine que vous allez me dire que je l’ai mérité, lança-t-il.

Elle croisa les bras et releva le menton sans répondre.

— Et vous allez aussi prétendre que vous ne vouliez pas que je vous embrasse ? ajouta-t-il avec un sourire.

Elle fronça les sourcils et fit la moue, lui adressant un regard où le scepticisme le disputait à la défiance.

— Je ne crois pas avoir jamais rencontré personne qui soit doté d’un ego aussi démesuré que le vôtre, monsieur Hunter, dit-elle enfin.

Cette fois, il éclata franchement de rire.

— Allons donc, réfléchissez mieux. Vous connaissez une telle personne : elle vient à peine de quitter la pièce ! Mais, tant qu’à être radical, laissez-moi vous dire que je n’ai jamais rencontré de femme telle que vous, madame… je veux dire, lady Cordelia.

— S’agit-il d’un compliment ?

Iain haussa les épaules.

— C’est la vérité. Je suppose que vous ignoriez comme moi la proposition que votre père allait me soumettre aujourd’hui ?

— Je suis presque certaine que mon père l’ignorait lui-même avant qu’on lui remette votre carte. C’était en quelque sorte une attaque surprise, il est très doué pour cela. Vous savez, il a toujours été un fervent admirateur de Wellington, même après que le duc fut tombé en disgrâce. Et avec lui mon cher père.

[...]

— C’est peut-être votre père, dit-il en revenant au sujet, mais vous êtes une femme adulte, Cordelia. A mon sens, il ne peut pas vous obliger à faire quelque chose si vous vous y refusez.

— C’est facile, pour vous, de dire cela. Vous êtes un homme.

— Certes, et quand vous me regardez ainsi, je suis très content d’en être un, répondit Iain en décelant de nouveau cette lueur moqueuse dans les yeux de Cordelia.

C’était une expression provocante qu’il trouvait irrésistible, tout autant que le petit sourire sensuel qui flottait sur ses lèvres.

Il lui prit le bras et la tourna face à lui. Son parfum et le froissement de sa robe contre ses jambes lui firent perdre le fil de ses pensées. Il la dévisagea avec chaleur et, cette fois, elle ne recula pas.

— Je ne vais pas vous embrasser, déclara-t-elle.

Son ton était froid, mais son petit sourire et ses yeux brillants semblaient dire tout l’inverse de ses paroles. Par provocation, il fit remonter sa main le long de son dos, jusqu’à sa nuque où la peau, juste sous ses cheveux, était délicieusement nue.

— Vous feriez bien de ne pas me frapper de nouveau, dit-il tout bas.

— Pourquoi, vous me rendriez ma gifle ? Autant vous avertir, Iain, je ne suis pas le genre de femme à apprécier ce type de plaisirs.

— Premièrement, je ne frappe jamais les femmes, quel que soit leur genre, répliqua Iain en passant l’autre bras autour de sa taille pour l’attirer à lui.

Elle portait un parfum exotique qu’il ne parvenait pas à identifier et qui lui montait à la tête. La façon dont elle prononçait son nom le faisait frissonner. Il sentait les muscles de son bas-ventre se contracter et le sang s’échauffer dans ses veines.

— Et deuxièmement, vous semblez avoir oublié que je sais parfaitement quel genre de plaisirs vous aimez.

Elle ne bougea pas. En dépit de ses protestations, il savait que, cette fois, elle lui rendrait son baiser. Rien qu’à la toucher, il sentait un sentiment de possession l’envahir. Que lui arrivait-il ? Jamais il n’avait ressenti une attirance aussi violente, une emprise aussi totale. Et cette idée lui sembla si choquante qu’il la lâcha.

— Je veux ce contrat, Cordelia, prononça-t-il d’une voix qu’il espérait maîtrisée. Dites-moi, quel est son pouvoir sur vous ? Je ne suis pas un âne : vous ne seriez pas ici, à discuter avec moi, si votre père n’avait pas un quelconque ascendant sur vous.
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J’ai tout juste posé la casserole sur le feu que Cameron débarque dans la cuisine. Vêtu d’un short de sport gris et d’un débardeur blanc qui fait ressortir les muscles de ses bras, il passe une main molle dans ses cheveux bruns en bataille. J’ai toujours trouvé Cameron très séduisant, son mètre quatre-vingt lui donne une vraie prestance quand il entre dans une pièce. Il ne se coiffe jamais et entretient une petite barbe de trois jours qui lui donne un effet négligé. Ce qui rend de nombreuses filles du lycée folles de lui. Moi par contre, je ne l’imagine pas autrement qu’en tant que membre de ma famille, même recomposée.

– Déjà debout ? lui demandé-je. Je pensais que tu allais traîner dans ton lit plus longtemps.

Il vient m’embrasser sur le front, regarde l’eau que j’ai mise à bouillir puis s’assied sur une chaise haute face à la table.

– Je voulais, mais j’ai été réveillé par ma mère.

– Pareil, c’est pour ça que je suis allée courir.

– T’es déterminée, toi, le matin, dit-il, un brin moqueur.

– Je me fais des pâtes, tu en veux ?

– Grave ! J’ai une de ces gueules de bois, c’est puissant !

Je rigole tout en sortant deux verres que je remplis d’eau et dans lesquels je plonge un cachet pour le mal de crâne. Il prend celui que je lui tends et le cogne contre le mien.

– Santé, sœurette !

– Cul sec, réponds-je du tac au tac.

Une fois mon breuvage avalé, je me concentre sur les pâtes tandis que Cameron sort des assiettes et des couverts pour mettre la table dans le salon. Il allume la télé et nous regardons un épisode de Dexter, le temps d’avaler notre repas.

– Au fait, Jayden rentre.

Cameron m’annonce la nouvelle entre deux bouchées. Je reste muette, essayant difficilement d’avaler la cuillerée de pâtes que j’ai dans la bouche – ou peut-être est-ce la nouvelle qui est compliquée à assimiler. Il ne manquait plus que ça.

– Si tôt ? réponds-je en geignant presque.

– Oui, apparemment il a été viré de la fac. Ma mère était hors d’elle ce matin, c’était avec lui qu’elle était au téléphone. Il rentre ce soir.

Je repousse l’assiette qui se trouve sous mes yeux, mon appétit a disparu. C’est le retour des emmerdes.
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Au moment où les toasts devraient commencer, obtenir le silence semble mission impossible. Après avoir fait tinter délicatement une fourchette contre un verre plusieurs fois et ne pas avoir obtenu le moindre résultat, Ethan se lance finalement dans son toast, que les gens l’écoutent ou pas.

– Je suis sûr que la plupart d’entre vous auront bientôt envie d’aller aux toilettes, commence-t-il en parlant dans un micro géant et duveteux. Donc, je ferai court. (La foule finit par se calmer, il continue.) Je ne pense pas que Dane ait réellement envie de m’écouter parler aujourd’hui, mais dans la mesure où non seulement je suis son frère aîné mais aussi son seul ami, il n’a guère le choix.

C’est à cet instant que je me surprends moi-même à laisser échapper un ricanement assourdissant. Ethan marque une pause et se tourne vers moi, un sourire déconcerté aux lèvres.

– Je suis Ethan, poursuit-il. (Il saisit une télécommande près de son assiette et un diaporama de photos d’Ethan et Dane enfants défile sur l’écran.) Meilleur frère, meilleur fils. Je suis ravi que nous puissions partager cette journée non seulement avec autant d’amis et de membres de notre famille mais aussi avec de si bonnes bouteilles. Sérieusement, avez-vous vu ce bar ? Que quelqu’un garde un œil sur la sœur d’Ami parce que si elle force sur le champagne, cette robe ne restera pas longtemps sur son dos. (Il m’adresse un sourire goguenard.) Tu te souviens de la fête des fiançailles, Olivia ? Parce que, si tu ne t’en souviens pas, moi oui.

Natalia me saisit le poignet avant que j’aie le temps d’attraper un couteau.

Dane hurle un « Mec ! » d’ivrogne, puis éclate d’un rire trop tapageur pour être politiquement correct. Maintenant, je regrette que les malédictions mortelles n’existent pas réellement. (De fait, je n’ai pas retiré ma robe pendant la fête des fiançailles. Je me suis juste essuyé le front une ou deux fois avec l’ourlet. C’était une nuit très chaude et la tequila me fait transpirer.)

– Si vous regardez attentivement ces photos de famille, lance Ethan en désignant les clichés d’Ethan et Dane au ski, faisant du surf et s’exhibant en général comme des blaireaux bien dotés par la nature, vous devinerez que j’étais le grand frère modèle. Je suis allé en colonie en premier, j’ai appris à conduire en premier, j’ai perdu ma virginité en premier. Désolé, il n’y a pas de photo à l’appui. (Il adresse un clin d’œil charmant à la foule et une volée de gloussements parcourt la salle). Mais Dane a trouvé l’amour le premier. (Les invités se fendent d’un ronronnement collectif – waaaaah.) J’espère un jour être assez chanceux pour trouver quelqu’un qui arrive à la cheville d’Ami. Prends soin d’elle, Dane, parce qu’honnêtement, tu ne la mérites pas. (Il saisit son whisky et près de deux cents bras se joignent à lui pour porter un toast.) Félicitations à tous les deux. Buvons !

Il se rassoit et me jette un coup d’œil :

– Est–ce que tu dirais que je t’ai suffisamment botté le cul avec ce discours ?

– C’était presque charmant. (Je regarde par-dessus son épaule.) Il fait encore jour. Ton démon intérieur doit encore dormir.

– Allez, lance-t-il. Avoue que tu as ri.

– À notre surprise à tous les deux.
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