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« -...Je m’en sortais très bien tout seul. Mais toi, ça ne t’allait pas. Tu as créée les Chasseurs et tu m’as collé sur le dos la responsabilité de leur vie. Cette responsabilité, je la prend très au sérieux, alors désolé, mais non, je ne les tuerai pas sous prétexte que madame souffre de SPM inversé !

- De quoi ?

- De syndrome prémenstruel ! Sauf que toi, à la différence des autres femmes, tu es emmerdante vingt-huit jours par mois !...»

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Acheron resta interdit en découvrant la femme debout à côté d'elle. Ce visage... Il l'avait vu en rêve. Les traits en étaient semblables aux siens, mais surtout à ceux d'Artémis.

Sa fille !

— Katra ? bredouilla-t-il.

La sfora se délita en une myriade de gouttelettes à la seconde où les deux femmes se tournèrent vers lui. Les yeux verts qui s'étaient rivés sur lui lui donnèrent envie de pleurer. Il se contint. Il était trop habitué au chagrin pour se trahir.

— Apostolos... dit Apollymi avant de se lever. Son regard inquiet allait de la jeune femme à son fils.

— Es-tu en colère ? continua-t-elle.

Kat s'était pétrifiée. À la façon dont Acheron avait prononcé son nom, elle avait compris qu'il savait. Son père... il était là... devant elle.

Non, pas exactement. Il ne s'agissait que de son image. Il n'était pas là en chair et en os. Il lui était impossible de venir en personne chez Apollymi.

Mais son expression, alors qu'il la fixait, était bouleversante.

Elle avait rêvé de ce moment tant de fois au cours de sa vie. Avait imaginé mille scénarios pour leurs retrouvailles, mais jamais celui-ci. Elle brûlait de se précipiter vers lui, de se jeter dans ses bras. Hélas, l'immatérialité d'Acheron l'en empêchait. Et puis, il était tellement figé que cela l'effrayait.

— Papa ? dit-elle d'un ton mal assuré.

Il détourna les yeux, mais elle eut le temps d'apercevoir la larme qui roulait sur sa joue. Submergée par l'émotion, elle lutta contre ses propres larmes. Sa grand-mère lui posa gentiment la main sur l'épaule.

— Va vers lui, Katra. Il a besoin de toi.

Kat acquiesça d'un hochement de tête, puis s'envola vers l'Olympe. Elle se matérialisa sur la terrasse, son aire de jeu favorite lorsqu'elle était enfant. Et Acheron se trouvait à côté d'elle.

Kat se sentait décontenancée. Elle ne savait que faire ni que dire. Son esprit n'était que tumulte et agitation. Aussi immobile qu'une statue, Acheron contemplait le jardin.

Et, tout à coup, il sursauta. Il venait de prendre conscience de la présence de Kat. Il écarquilla les yeux, incrédule, et Kat, incapable de s'en empêcher, se mit à pleurer. Furieuse contre elle-même, elle s'essuya rageusement les joues.

— Je ne fais pas ça, d'habitude ! Je ne suis pas du genre émotif !

Acheron n'avait toujours rien dit. Il s'avança vers elle à pas lents, comme s'il n'en croyait pas ses yeux, comme s'il se pensait victime d'une hallucination.

De près, il paraissait gigantesque, songea Kat. Incroyablement puissant. Il était normal qu'un père semble intimidant à son enfant. Mais lui, il était carrément effrayant

— Ta vie a-t-elle été belle ? demanda-t-il d'une voix douce.

Kat fut de nouveau incapable de retenir ses larmes.

— Il ne m'a manqué qu'une chose, bredouilla-t-elle entre deux sanglots.

— Et c'était...

— Toi.

Acheron respirait avec difficulté. Il avait la gorge nouée et se traitait mentalement de tous les noms : jamais il ne pleurait. Jamais !

Il avait manqué tant de siècles de la vie de sa fille ! Pour elle, il était un parfait étranger. Cette pensée le mettait au supplice. Combien d'enfants avait-il choyés et protégés au cours de son existence ? Combien en avait-il serré dans ses bras, rêvant qu'ils soient siens mais se sachant incapable d'en engendrer ? Et pendant tout ce temps, il avait une fille et n'en savait rien !

Quelle injustice !

Il déglutit avec peine, réprimant son envie de toucher Kat. Il avait peur qu'elle ne le repousse, ainsi que tous l'avaient fait par le passé. Elle devait le haïr de l'avoir négligée. Et il ne pouvait le lui reprocher : n'avait-il pas réagi de même, avec ses véritables parents ? Il les avait haïs de lui avoir caché qui ils étaient, de n'avoir jamais été présents quand il avait besoin de réconfort et d'amour.

Jusqu'à maintenant, il n'avait pas été vraiment conscient de ce qu'avait dû éprouver sa mère lors de leur première rencontre.

— Je ne sais même pas quoi te dire... murmura-t-il.

— Moi non plus. Alors, on reste comme ça, à se regarder en pleurant ?

Il éclata de rire.

Kat s'essuya de nouveau les yeux puis demanda :

— Je peux te serrer dans mes bras ?

Lentement, Acheron ouvrit les bras, et elle se précipita contre lui. Ce qu'il ressentit alors le bouleversa jusqu'au fond de l'âme. Sa fille ! C'était sa fille qu'il étreignait ! La chair de sa chair, le sang de son sang. Ô dieux ! L'amour qui le submergeait était indescriptible. Il n'avait jamais rien éprouvé de tel.

Il comprenait maintenant la colère de sa mère quand elle avait appris ce qui lui était arrivé. Lui aussi, il voulait punir ceux qui avaient fait du mal à son enfant. Elle avait été malheureuse, et il n'avait pas été là pour la consoler. Il se sentait affreusement coupable. Elle avait grandi sans rien savoir de son père, hormis qu'il avait donné son ADN pour la concevoir.

Mais lui, au moins, ignorait l'existence de cette enfant. Cela avait certainement été bien pire pour sa mère : elle, elle savait qu'elle avait un fils. Quelle torture, pour elle, de ne pouvoir l'approcher...

— Je suis désolé, souffla-t-il, la bouche dans les cheveux de la jeune femme. J'ignorais tout de ton existence.

— Je sais.

— Pourquoi n'es-tu pas venue vers moi, Katra ?

— Quand j'étais petite, j'avais peur que tu ne sois en colère contre moi. Chaque fois que je t'ai vu, tu étais furieux. Tu haïssais Artémis, et je craignais que tu ne me détestes parce que j'étais le lien entre vous.

Il recula et prit son visage entre ses mains.

— Jamais je ne pourrais te détester.

Kat avait attendu sa vie entière d'entendre ces paroles. D'étreindre son père. De l'embrasser. Et le faire enfin était encore plus merveilleux qu'elle ne l'avait imaginé.

— Je t'aime, papa.

Acheron laissa échapper un sanglot. Les mots de sa fille le bouleversaient, faisaient vibrer la plus ténue des fibres de son corps.

— Je regrette tellement, Katra.

— Moi aussi, je regrette. J'aurais dû tout te dire, mais je ne savais pas comment tu aurais réagi face à maman. Je... j'avais peur que tu ne la tues.

Il eut un petit rire amer.

— Ouais, c'est probablement ce que j'aurais fait.

Il secoua la tête, sourit, puis examina longuement Kat des pieds à la tête.

— Tu es si belle... Je suis tellement triste de ne pas t'avoir connue enfant.

— Tu n'as pas manqué grand-chose. J'avais les dents de travers et les cheveux raides comme des baguettes de tambour.

— J'en doute, répliqua Acheron en riant.

— Oh, mais si, c'est vrai. J'étais moche, jusqu'à l'adolescence. Une grande bringue. Je me cognais partout. Remarque, ça m'arrive encore, de temps à autre.

— Tu es bien ma fille...

— C'est sûr. N'empêche, je n'arrive pas à croire que tu sois maladroit.

— Détrompe-toi, je le suis. J'ai si souvent heurté la pancarte « Sortie » sur des portes que ces cinq lettres devraient être incrustées sur mon front.

Le rire cristallin de Kat enchanta Acheron. Elle lui ressemblait ! Elle réagissait comme lui. C'était extraordinaire.

Une pensée soudaine vint troubler son allégresse : que Katra lui ressemble tant avait dû lui créer des problèmes.

— Ta mère a-t-elle été gentille avec toi ?

— Disons que selon ses critères, oui, elle l'a été. Sauf qu'elle n'acceptait que je l'appelle matisera que lorsque nous étions en tête à tête. Sinon, elle a été gentille. Très gentille.

Cela avait quand même dû être triste pour Katra, quand elle était en public, de se comporter comme si Artémis et elle étaient des étrangères. Une souffrance qui lui était bien familière. Sa colère contre Artémis se raviva. Elle l'avait fait souffrir, mais elle avait également fait souffrir sa fille. Quelle monstrueuse égoïste !

— Elle t'aime, Katra ?

La question mit Kat mal à l'aise. Acheron craignait qu'Artémis n'ait été froide avec elle, mais en dépit des accès de mauvaise humeur de la déesse, cela n'avait pas été le cas.

Il fallait qu'Acheron le sache.

Elle lui prit les mains, ferma les yeux et le laissa lire ses souvenirs.

Acheron vit la fillette de sept ans seule avec sa mère dans la chambre de cette dernière. Artémis et elle étaient allongées sur le lit, étroitement enlacées.

— Pourquoi pleures-tu, matisera ? demandait Kat en caressant la joue humide de la déesse.

— Tu es trop jeune pour comprendre, mon petit.

— Dis-moi quand même. Je ne comprendrai pas, mais tu te sentiras mieux et tu seras de nouveau heureuse.

Artémis sourit à travers ses larmes et remonta la couverture sur les épaules de la fillette.

— J'ai commis une terrible erreur.

— Mais, maman, tu es une déesse ! Tu ne peux pas te tromper !

Artémis prit la main de Kat et déposa un baiser sur sa paume.

— Hélas si, ma chérie. Tout le monde peut commettre des erreurs. Même les dieux. Et leurs fautes sont bien pires que celles des humains. Car, à la différence des humains, nous ne sommes pas les seuls à souffrir de nos fautes. Quand nous nous trompons, nous faisons souffrir des milliers d'êtres. C'est pour cela que tu dois apprendre à être comme ton père, à contenir ta colère et tes chagrins, et à ne jamais punir ceux que tu aimes.

— Mais moi, tu ne me punis pas, matisera.

Artémis déposa un baiser sur son front.

— Non, Katra, je ne te punis pas. Je t'aime, mon petit trésor.

Kat était un peu rassurée, mais pas totalement : que sa mère pleure l'inquiétait.

— C'est moi, ton erreur, matisera ?

— Par l'Olympe, non ! Pourquoi penses-tu cela, ma chérie ?

— Parce que personne ne sait, pour moi. Et quand tu te trompes, tu ne veux pas qu'on le sache.

— Non, mon bébé, ce n'est pas à cause de cela que je dois te cacher. C'est seulement que je ne veux te partager avec personne. Tu es à moi et à moi seule. Tu seras toujours ma petite fille.

— Tu ne crois pas que mon père pourrait m'aimer ?

Artémis tapota de l'index le bout du nez de la fillette avant de répondre.

— Ton père t'aimerait encore plus que je ne t'aime. Il te couvrirait de baisers et te mettrait au lit après t'avoir fait plein de câlins.

— Alors, pourquoi on ne peut pas aller le chercher ?

— Parce qu'il me hait et ne veut pas entendre parler de moi, déclara tristement Artémis.

— Personne ne peut te haïr, matisera ! Tu es merveilleuse, tu es gentille. Tu es tendre.

La déesse caressa les cheveux blonds de sa fille.

— Je lui ai fait du mal, Katra. Beaucoup de mal. J'avais le monde entier entre mes mains, et je l'ignorais. La stupidité m'a aveuglée, et cela m'a fait perdre Inn père.

— Alors, dis-lui que tu es désolée.

— Comme le dirait ton père, il est des fautes que des excuses et des regrets ne sauraient effacer. Les mots n'y suffiraient pas, même s'ils sont sincères.

Kat s'assit.

— Je peux tout guérir, matisera. Je poserai ma main sur son coeur et mon père se sentira mieux. Et il t'aimera de nouveau.

Artémis la serra contre elle.

— Mon petit trésor... J'aimerais tellement que tu puisses faire cela. Mais tout va bien. Il t'a donnée à moi, et ça, je ne le regretterai jamais.

Kat lâcha les mains d'Acheron et recula, rompant le fil de ses souvenirs.

— Elle n'a pas toujours été une mère parfaite, papa, mais je n'aurais pu en avoir de meilleure. Pas une seule seconde je n'ai douté de son amour.

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- «... Si je commets la sottise de poser la main sur un sein, je suis arrêté illico. Mais sais-tu combien de femmes se sont permis de m’attraper les parties quand l’envie les en a prises, et ce en toute impunité ?

- Papa ! »

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- Mon père est le grand messager de la mort, et ma grand-mère, la Destructrice. Ma mère est la déesse de la chasse. Je crois que je m'en sortirai.

- C'est sûr que tu portes en toi toute une histoire de terreur pure et de cruauté, dit Sin en reculant.

- Ouais. Souviens-t'en, s'il te prend l'envie de me piquer mon goûter.

- Promis.

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— Vous avez de la place pour trois de plus ? demanda M'Adoc à Sin.

— Oh que oui. Un peu plus de carburant pour le bûcher ne peut pas faire de mal.

— Hé, je ne brûle pas bien, moi, intervint Kish.

Xirena lui renifla les cheveux.

— Crois-moi, humain, tous ceux de ton espèce brûlent vachement bien.

— C'est vrai, ajouta Simi. Je peux même les rendre très croustillants

— Charmant, lâcha Kish dans un soupir.

Tous les autres avaient rejoint Sin devant la carte.

— La bonne nouvelle, dit-il, c'est qu'ils n'ont pas encore eu le temps de réunir assez d'humains pour le sacrifice. J'espère que lorsqu'ils ont accéléré l'horloge, ils n'ont pas compris les conséquences que cela pourrait avoir.

— Et s'ils l'ont fait exprès ? demanda Damien

— Soyons positifs, OK ? proposa Kat sur un ton de maîtresse d'école.

Faisons comme si nous étions tous sûrs de survivre à cela.

— Je suis avec Kat, approuva Kish. J'aime son plan. Beaucoup.

Sin ramena vers lui l'attention de tous d'un claquement de doigts.

— Bon, les enfants ! Nous allons débarquer dans une soirée où nous ne serons pas les bienvenus. Chacun de vous sait ce qui l'attend ?

— Pas le moins du monde, dit Kish, mais j'ai ma petite idée : mort, dépeçage, pluie d'entrailles, peau écorchée...

— Toujours positif, hein, Kish ?lança Damien en riant.

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Je ne sais pas. On ne peut pas haïr comme je la hais quand on n’a pas aimé d’abord. Mais lorsque la haine s’émousse, reste-t-il quelque amour?

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Vengeance.

Pour certains, elle est un poison qui s'infiltre dans l'âme, la met à nu et détruit celui qui l'assouvit.

Mais pour d'autres, elle est le lait nourricier qui leur donne une raison d'exister lorsque plus rien ne les retient sur terre.

Cette histoire est celle d'un de ces êtres qui ne vivent que pour se venger. Né dieu en des temps où l'espèce humaine n'était encore qu'à ses balbutiements, Sin, également appelé Nana, gouvernait l'univers. Il siégeait au sommet du panthéon, et tous ceux qui l'entouraient lui rendaient hommage.

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La tuer alors qu'elle était toujours une divinité risquait de déclencher le chaos dans l'univers.

Il n'y avait qu'un moyen de détruire un dieu : fractionner ou absorber ses pouvoirs, puis le supprimer.

De toute façon, il tenait à la voir souffrir, à scruter ses yeux quand elle comprendrait que la mort allait la frapper, quand elle se rendrait compte qu'il s'appropriait ses pouvoirs et redevenait un dieu. Il ne voulait rien manquer de son humiliation, de sa terreur face à sa nouvelle vulnérabilité.

Cela exigeait qu'elle soit consciente et, bien entendu, vivante.

Et merde. Il allait devoir attendre.

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— Pouah ! Des gens tout nus ! Je vais vomir !

Sin se crispa, puis tourna lentement la tête vers la porte. Oh non ! Ce n'était pas un Démon charonte qui se tenait là, mais deux !

Du moins lui semblait-il, car il n'y avait pas de spirales colorées tournoyantes sur leur peau, l'une des spécificités de leur espèce. En fait, ces Démons-là avaient tout de deux jeunes, filles d'une vingtaine d'années.

— Si ça te colle la gerbe, ne regarde pas, dit la brune à la blonde, laquelle ressemblait étrangement à Apollymi. Tourne tes yeux par là !

Et elle pointa l'index sur le tableau de Dali accroché au mur.

— Il y a de chouettes peintures, ici, continua-t-elle. Si tu les fixes, tu ne seras pas malade, OK ?

Amusée, Kat fit apparaître ses vêtements sur elle, puis lança

— Salut, Simi !

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Tu as créé les Chasseurs et tu m'as collé sur le dos la responsabilité de leur vie: Cette responsabilité, je la prends très au sérieux, alors désolé, mais non, je ne les tuerai pas sous prétexte que madame souffre de SPM inversé !

— De quoi ?

— De syndrome prémenstruel ! Sauf que toi, à la différence des autres femmes, tu es emmerdante vingt-huit jours par mois !

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