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Elle était sous le porche, la porte d'entrée grande ouverte. Je me plaçai derrière elle.

- Au moins, il ne l'a pas mis sous le porche comme je l'avais demandé, dit-elle.

Un gros lapin était étendu sur l'herbe, la gorge tranchée, les yeux ouverts et aveugles. Le sang formait une flaque sous son corps, poisseuse et sombre. Les mouches tournoyaient tout autour, atterrissant sur ses pattes raides.

"Je ne mangerai pas ce truc", fut la première chose que je dis.

Ma mère me donna un coup de coude dans le ventre.

- Il doit écouter ! me siffla-t-elle.

- Je veux dire...Heu...Waouh ! Ça a l'air bon !

Je criais presque.

- Subtil, Ox.

- Un loup-garou veut me séduire avec un lapin mort. Il n'y a rien de subtil là-dedans.

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_Maman! Maman. Il faut que tu le sentes! C'est comme...comme...je ne sais même pas à quoi ça me fait penser! Je marchais dans les bois pour évaluer notre territoire comme le ferait papa, et puis, ça a été comme...waouh. Et puis il était là, debout, et il ne m'a pas vu au début, parce que je deviens vraiment bon à la chasse. J'étais tout graou et grrr, mais ensuite, j'ai encore senti cette odeur et c'était lui, et c'était tout badaboum! Je ne sais même pas! Je ne sais même pas! Tu dois le sentir, puis me dire pourquoi c'est tout sucre d'orge, et pomme de pin, et épique, et génial.

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Son regard chercha le mien.

— Je peux t’embrasser ?

Ce fut dit avec tellement de timidité, tellement d’hésitation, que ça me fit mal.

— Tu en as envie ? demandai-je doucement.

Il hocha rapidement la tête, une seule fois.

— Je suppose qu’on peut, dis-je.

— Je ne suis pas ton premier.

— Non.

— Et tu n’es pas le mien.

— Non, répondis-je, les mâchoires serrées.

— Mais tu es le seul qui compte. Alors, c’est comme si c’était la première fois. Pour tous les deux.

Alors je l’embrassai. Je ne pouvais pas ne pas le faire après ça.

Il poussa un grognement de surprise quand nos lèvres se touchèrent, une petite bouffée d’air qui ressemblait à un soupir. Ce fut chaste, à peine là. Ses lèvres étaient entrouvertes et ses yeux étaient ouverts, sur moi, et je crus qu’ils étaient sans fin. Il caressa mon nez du sien et serra ses doigts autour des miens. Je pris sa joue en coupe, mes doigts sur son oreille, le maintenant en place.

Il s’enflamma passionnément en moi, éclatant et chaud.

C’était doux-amer, fort et enivrant.

Je me reculai le premier.

Il frissonna et appuya son front contre le mien.

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-Je ne...

-Ne me dis pas que tu ne sais pas! Lui hurlai-je. Dis-moi un truc que tu sais, merde!

-Je t'aime.

Son souffle se comprima dans sa poitrine.

Et moi je...

Je ne respirai plus.

Tout me parut trop bruyant. Trop réel. Trop vif. J'eus envie de me faire mal pour savoir si je rêvais ou si j'étais éveillé. De toutes les choses qu'il aurait pu me dire, c'était celle à laquelle je m'attendais le moins.

Et c'était injuste.

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- Je suis désolé.

Nous venions à peine de nous rencontrer. Il n'avait aucune raison de s'excuser.

- Pour quoi ?

- Pour ce qui vient de te rendre triste.

Comme s'il savait à quoi je pensais. Comme s'il savais ce que je ressentais. Comme s'il était ici et réel.

- Je rêve, dis-je. Parfois, j'ai comme l'impression d'être éveillé. Et finalement, je ne le suis pas.

Et il dit :

- Tu es réveillé maintenant. Ox, Ox, Ox. Ne vois-tu pas ?

- Voir quoi ?

Il chuchota, comme si le dire plus fort le rendrait inexact.

- Nous sommes si proches l'un de l'autre.

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le grand moment entre Ox et Joe

Les journées étaient chaudes et humides. Les infos disaient que cela allait être l’été le plus caniculaire depuis des années. Une vague de chaleur, disaient-ils. Qui pourrait durer des semaines et des semaines.

C’était presque mon vingt-troisième anniversaire. Je me disais qu’il était peut-être temps de déménager de chez ma mère, mais l’idée de ne pas vivre près de la meute me causait des sueurs froides, alors je n’y mettais pas tellement d’entrain. Ma mère ne s’en plaignait pas. Elle aimait m’avoir avec elle. Et cela signifiait que je pouvais assurer sa sécurité au cas où les monstres attaqueraient de nouveau.

Donc, peu de temps avant d’avoir été sur terre depuis vingt-trois ans, je me rendis chez les Bennett pour le dîner dominical. Elizabeth me demanda d’aller cueillir quelques tomates dans le jardin. Elle me sourit et m’embrassa sur la joue.

Joe, Carter et Kelly sortaient des bois, terminant leur course tandis que je revenais du jardin.

Ils riaient et se bousculaient comme le font des frères. Je les aimais tous les trois.

Sauf.

Sauf.

Joe portait un short taille basse. La plus minuscule des choses.

Et rien d’autre.

Il était presque aussi costaud que moi à présent. Nous étions de la même taille, ou si près que ça ne comptait pas, ce qui faisait qu’il mesurait presque un mètre quatre-vingt-dix.

Une couche de sueur faisait luire son buste. Quelques poils blonds humides frisaient sur son torse qui paraissait taillé dans le granit. Ses muscles abdominaux étaient joliment dessinés. Une goutte de transpiration atteignit la ligne de poils sous son nombril et mouilla la ceinture de son short.

Il se retourna pour dire quelque chose à Carter et je vis les fossettes au-dessus de ses fesses. La façon dont ses jambes se pliaient et se détendaient pendant qu’il sautait d’un pied sur l’autre.

Il pointa vivement du doigt quelque chose dans les bois ; une veine bleue ressortit sur son biceps et j’eus envie de la retracer de mes doigts, parce que quand un tel truc était-il arrivé ?

Et ces mains. Ces putains de grandes mains et je…

Joe avait grandi.

Et d’une certaine façon, je ne l’avais pas vraiment remarqué jusqu’à ce que ce soit pleinement exposé. Juste devant mes yeux.

Il avait dû me voir du coin de l’œil. Il se retourna et me sourit, et c’était Joe, mais c’était Joe.

Alors, naturellement, ce fut là que je m’encastrai dans le mur de la maison. Les tomates dans mes mains s’écrasèrent contre moi. Ma tête tapa contre le revêtement de bois et je me dis : Oh, merde !

Je m’écartai de la maison. Des bouts de tomates tombèrent au sol.

Mince.

Je sentis mon visage s’échauffer lorsque je regardai à nouveau les frères Bennett. Ils étaient tous plantés là, à m’observer d’un air inquiet.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Carter. Tu sais qu’il y a une maison juste ici, hein ? Elle est là depuis… quasiment toujours.

— Heu… dis-je d’une voix faiblissante.

Je ne pouvais même pas l’empêcher.

— Hé. Les gars ! Ça roule ? Je cueillais juste… des tomates.

Je croisai les bras sur mon torse et les tachai de tomate. Je voulus m’appuyer contre la maison, mais j’étais allé plus loin que je ne le pensais et trébuchai à l’intérieur.

— Qu’est-ce qui se passe là ? demanda Kelly.

Joe fit un pas dans ma direction, et les muscles de son ventre se contractèrent et une vague de désir fit rage en moi. Je me souvins alors que les loups-garous pouvaient le sentir, et je me reculai, pris d’une terreur absolue.

— Hé, dis-je d’une voix cassée.

Je me raclai la gorge et réessayai.

— Hé. Heu… Je dois. Vérifier un truc. Chez moi. Avant le dîner.

Ils me regardaient tous bizarrement maintenant. Ils ne pouvaient pas encore sentir ma bouffée immorale de désir. Ou peu importe ce que c’était. Mes sentiments. Que je ne pouvais pas avoir.

Joe s’avança encore vers moi, et il avait des pectoraux. Il avait un torse tout simplement… tout simplement très chouette qui me donnait des idées et je dis :

— Ola, cow-boy !

Je m’enguirlandai intérieurement d’une telle connerie.

— Qu’est-ce qu’il y a chez toi ? demanda Joe.

Et ce salaud commença à renifler autour de lui.

— Ox, dit Carter. Ton cœur bat à un rythme de dingue.

Saletés de loups-garous ! Et Joe était pile devant moi. Avec des muscles.

— Me changer ! m’écriai-je.

Ils reculèrent tous les trois. Je baissai la voix.

— Je dois… me changer. Enfin, le tee-shirt, dis-je en le montrant du doigt. Les tomates et les maisons ne font pas bon ménage. Ha ha ha !

— Je ne sais toujours pas ce qui se passe, intervint Kelly.

— Je reviens tout de suite, lançai-je avant de me tourner dans la direction opposée, me retenant vainement de courir.

— Euh, Ox ?

Je m’arrêtai.

— Oui, Joe ?

— Ta maison est de l’autre côté.

— Tout à fait.

Mais au lieu de les dépasser et risquer qu’ils sentent mon odeur, je fis un long détour en contournant toute la maison. Quand je réapparus sous leurs yeux, ils se tenaient au même endroit, me regardant.

Je rentrai chez moi et verrouillai la porte.

— Qu’est-il arrivé à ton tee-shirt ? demanda ma mère.

— Tomates, dis-je.

— Tu es tout rouge. Ton visage est écarlate.

— Il fait chaud dehors.

— Ox. Il s’est passé quelque chose ?

— Nan. Rien. Nada. Que dalle.

— Ta respiration est vraiment très bruyante.

— C’est un truc qui arrive. Aux mecs balèzes, tu vois ? Il leur faut de grandes inspirations.

— Oui, dit ma mère. Je ne pense pas que ce soit un truc.

— Je dois changer de tee-shirt.

Je refusai de la regarder dans les yeux.

— Tu veux que je t’attende ?

Je secouai la tête.

— Non. Non. C’est… bon.

Je voulais qu’elle parte afin de pouvoir cogner dans quelque chose.

Elle attendit que je m’éloigne de la porte avant de me dépasser. Elle fronça les sourcils lorsqu’elle tenta de tourner la poignée.

— Tu l’as verrouillée ?

Je souris. Je ressemblais probablement à un dingue.

— L’habitude.

— Hmm.

Elle sortit et ferma la porte derrière elle.

Je donnai un coup de poing dans le mur. Ça fit un mal de chien.

Il n’avait que dix-sept ans. C’était mal.

Sauf qu’il en avait presque dix-huit.

Ce qui était… convenable.

Mais.

C’était Joe.

Les arguments tournaient en boucle dans mon esprit.

Mon téléphone bipa. Un SMS.

Joe.

T où ???

Je regardai la pendule. J’étais déjà assis devant la porte depuis vingt minutes.

— Merde, marmonnai-je.

Je ne pouvais pas ne pas aller dîner. C’était une tradition. Et si je prétendais être malade, quelqu’un (JoeJoeJoe) viendrait veiller sur moi.

Alors je devais y aller.

Je ne pouvais rien faire pour mon rythme cardiaque. Ils l’avaient entendu de toute façon. Je trouverais bien un truc.

Mais l’odeur.

Je remontai l’escalier en courant et retirai mon tee-shirt, en attrapant un autre dans le tiroir. Je l’enfilai tout en entrant dans la salle de bain. Je trouvai un vieux flacon d’eau de Cologne que je ne portais plus puisque les loups n’aimaient pas ça. Ça te masque, m’avait dit une fois Joe. En grande partie, en tout cas.

Je m’en aspergeai au moins six fois.

J’envoyai un SMS en retour.

en route

Il me fallut vingt autres minutes pour me convaincre de retourner à la maison au bout du chemin.

En fin de compte, je me dis de grandir parce que j’avais presque vingt-trois ans, putain, et j’avais combattu des monstres (une fois) et je m’entraînais avec des loups (souvent). Et c’était seulement Joe.

À qui je voulais de toute évidence faire des choses.

Ça ne calma en rien les battements de mon cœur.

J’avais l’impression d’aller vers ma mort à chaque pas que je faisais pour me rapprocher de la maison des Bennett.

Je pouvais tous les entendre. Probablement prêts à manger. Des rires. Des discussions. Des cris.

Et puis la conversation mourut. Simplement.

Avant même que j’atteigne le côté de la maison.

— C’est Ox ? entendis-je demander Mark.

Il avait l’air inquiet.

Il y eut du fracas et plusieurs bruits de course.

Ils tournèrent à l’angle de la maison et s’immobilisèrent.

— Où est-ce que c’est ? exigea Mark.

— Nous sommes attaqués ? demanda Thomas, prêt à muter.

Ses yeux devinrent rouges.

— Ox ? demanda Carter. Sérieux. Ton cœur, vieux. Tu as l’air terrifié.

— Salut, les gars !

J’avais appris très tôt qu’on ne devait pas fuir un loup sur le point de se transformer. Ça aiguisait ses instincts. J’avais tellement envie de m’enfuir.

Parce que Joe se tenait en première ligne. Il s’était changé. Un short blanc. Un tee-shirt vert qui ne cachait rien. Il était pieds nus. Et ses pieds étaient foutrement sexy.

— Euh. Salut, les gars, répétai-je.

— Pourquoi est-ce que j’ai le sentiment qu’il se passe un truc que je devrais capter ? dit Kelly.

Joe fronça le nez.

— C’est quoi, cette odeur ?

Alors, bien sûr, tous les hommes Bennett se mirent à renifler autour d’eux. Ce n’était pas drôle. Du tout.

Carter fit un pas vers moi.

— Bon sang, Ox ! Mais dans quoi tu t’es baigné ?

— Rien, dis-je, un peu sur la défensive alors même que je reculais. Je ne vois pas de quoi tu parles.

— Ox, dit Joe en fronçant les sourcils. Ça va ?

Je ne parvins pas à le regarder quand je dis :

— Je vais bien. Tout va bien.

— Tu… mens, dit Kelly.

Joe s’approcha d’un pas. Je reculai d’autant.

— Est-ce qu’il s’est passé quelque chose aujourd’hui ? demanda Thomas.

J’eus envie de dire : « j’ai peut-être commencé à imaginer ton fils mineur nu », mais j’ignorais si c’était quelque chose qu’on pouvait dire à un loup-garou Alpha.

Alors je répondis :

— Non, rien. Je voulais juste… avoir une odeur. Différente ?

Les mâles Bennett me dévisagèrent. Mon regard se fixa derrière leurs épaules.

— Ox, dit Joe.

— Oui, répondis-je en regardant un arbre.

— Hé !

— Quoi ?

— Regarde-moi.

Putain de bordel de merde. Je le regardai.

Même moi, je pouvais lire l’inquiétude sur son visage. Son stupide magnifique visage.

Je me sentis rougir.

— Nous devrions peut-être… commença Mark.

Mais Carter s’écria :

— Non ! C’est pas vrai !

— Carter, je peux te parler un instant ? dis-je encore plus fort. Maintenant ? S’il te plaît ? Tout de suite ?

Carter m’adressa le plus faux-cul des sourires alors même que Joe nous jetait des coups d’œil soupçonneux.

— Qu’est-ce que tu as fait ? demanda-t-il à son frère.

— Absolument rien, répondit Carter, l’air plutôt ravi. Et c’est merveilleux.

— Carter ! aboyai-je. Tout de suite !

Avant que les autres puissent protester, Carter s’avança et m’agrippa le bras, m’entraînant vers les bois.

— Ça ne sera pas long, lança-t-il joyeusement par-dessus son épaule.

— Qu’est-ce qui ne sera pas long ? entendis-je Joe dire.

— Oh, je suis persuadé que tu le découvriras bien assez tôt, déclara Mark.

Oh, mon Dieu ! J’étais maudit !

************

Carter me fit rentrer chez moi pour me doucher, disant que je puais trop et qu’il était hors de question que je puisse manger avec eux en portant cette odeur.

Je le cognai aussi fort que je pus.

Il se moqua simplement de moi.

Je tentai de la faire durer aussi longtemps que possible, en pensant à toute autre chose que Joe.

La douche dura quatre minutes.

J’étais habillé et me dirigeais vers la maison des Bennett dix minutes plus tard.

Je pouvais tous les entendre dans le jardin, y compris ma mère. Elizabeth riait. Carter criait sur Kelly. Ma mère discutait avec Mark.

Avant de pouvoir contourner la maison, je sentis une main sur mon épaule.

Je n’eus même pas besoin de me retourner pour savoir qui c’était.

Mais je le fis quand même.

Joe se tenait derrière moi, le regard inquiet, ses doigts courant sur mon bras, agrippant légèrement mon coude. Nous étions si près l’un de l’autre, à quelques centimètres à peine. Je sentais sa chaleur, ses genoux butant contre les miens.

— Hé ! dit-il.

— Salut ! réussis-je à répondre.

— Ça va ?

— Oui. Bien. Tout va bien.

— Hmm. Tu veux réessayer ?

— J’ignore de quoi tu parles.

— Ox, dit-il de ce ton qui me faisait faire tout ce qu’il me demandait, ce que nous savions tous les deux.

Et maintenant que j’étais conscient de ce que cela impliquait exactement, je pouvais à peine respirer.

— Le loup, lâchai-je.

— Quoi ? Quel loup ?

Je lui lançai un regard noir.

— Celui que tu m’as offert.

À cette distance, je pus voir son cou rosir légèrement. Mais ses yeux ne se détournèrent pas des miens.

— Oui ?

— Je… Merci ? Pour le cadeau. Je suppose.

— De rien ? Pourquoi tu… attends ! De quoi vous avez discuté, Carter et toi ?

— Euh… de rien ?

— Vraiment. C’est ça ta réponse ?

— De rien, insistai-je.

— Tu agis bizarrement.

— Tu agis bizarrement.

Il leva les yeux au ciel.

— Cette odeur, t’être enfui dans les bois avec Carter, parler du loup comme ça. Et je ne parle même pas du fait que tu sois rentré dans le mur de la maison quand nous sommes revenus de…

Il s’interrompit, et je reconnus cette expression sur son visage. Je savais ce que cela signifiait. C’était l’air qu’il prenait quand son esprit se mettait en branle, remettant tous les morceaux en place.

— On devrait probablement aller manger, dis-je hâtivement. On ne devrait pas faire attendre les autres. C’est très grossier.

Il écarquilla les yeux.

Eh merde !

— Ox, dit-il, une trace de son loup apparaissant, les yeux luisants. Tu n’as rien à me dire ?

— Non, répondis-je rapidement. Absolument rien.

— Tu en es sûr ? demanda-t-il, sa prise sur mon coude se raffermissant.

Je réussis seulement à libérer mon bras.

— J’ai faim, déclarai-je d’une voix rauque. Nous devrions…

— Bien sûr. Allons-y.

Je cillai.

Il me sourit.

Mon cœur eut un raté.

Le sourire s’élargit.

Personne ne fit de commentaires lorsque nous arrivâmes, bien que je sois persuadé que chacun d’eux, en dehors de ma mère, avait entendu toute la conversation. Carter me fit un clin d’œil. Kelly avait l’air plutôt ravi. Mark eut son sourire mystérieux. Elizabeth me regarda tendrement. Ma mère avait simplement l’air perdue.

Mais Thomas… Thomas semblait plus à l’aise que je ne l’avais jamais vu.

Joe me colla au corps, s’asseyant près de moi, ne laissant aucun espace entre nous.

Le repas fut une torture.

Il s’appuya souvent contre moi pour me parler, son souffle dans mon cou, me chuchotant à l’oreille.

Il me toucha le bras, la main, la cuisse.

Il avait une paille dans son soda. Il n’utilisait jamais de paille. Jamais. Mais il en avait une maintenant, sortie de nulle part, et il battait des cils tout en me regardant pendant qu’il aspirait, ses joues creusées.

Je lâchai ma fourchette. Elle tinta bruyamment dans mon assiette.

— Joe, soupira Thomas. Vraiment ?

— Oups, dit Joe. Désolé.

Il ne semblait pas du tout désolé.

— Oh punaise, tout s’éclaire ! s’exclama Kelly. Et c’est encore plus dégueu.

— J’ai fait une tarte pour le dessert, dit Elizabeth en revenant à table. Recouverte de crème fouettée.

Je poussai un gémissement.

Joe eut l’air enchanté.

Encore plus quand il fit courir un doigt dans la crème et le lécha sans jamais me quitter des yeux.

Carter et Kelly affichaient le même air dégoûté et horrifié.

— Arrête, lui sifflai-je.

Joe inclina la tête sur le côté avant de se pencher vers moi et de dire à voix basse :

— Oh, Ox. Je ne fais que commencer.

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— Tu ne peux pas partir, dis-je d’une voix brisée. Tu ne peux pas me laisser, Joe.

— Tu crois que j’en ai envie ? pleura-t-il. Tu crois que c’est ce que je veux ? Ox, je ne veux pas être loin de toi. Je ne veux pas être séparé de toi. Je ne veux être nulle part où tu n’es pas. Tu es tout pour moi. Quand je t’ai vu, quand t-tu étais avec mon p-père et cet homme, je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. D’accord ? Tu comprends ? Il m’a enlevé. Il m’a torturé. Pendant des semaines. Mais le pire moment de ma vie a été quand j’ai cru qu’il allait te faire souffrir toi. Alors, tu vas rester ici, putain ! Tu vas f-faire ce que je dis, parce que je ne peux pas te perdre, Ox. Je ne peux pas. Pas toi. Pas toi aussi.

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La première année fut la plus difficile.

Parce que nous ne savions pas qu’il allait y avoir une première année.

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Je longeais la route jusqu’à chez moi. La poussière formait de petits nuages alors que je traînais des pieds. Le ciel était gris et il menaçait de pleuvoir.

Et puis, il fut là. Debout. Ses grands yeux brillant.

Je le connaissais depuis presque un an. Il avait grandi entre-temps. Ses frères le traitaient encore d’avorton, mais je ne trouvais pas que ce soit vrai à présent. Il serait aussi grand que les autres. Il était un Bennett, après tout.

Il ne me quitta pas des yeux tandis que j’avançais lentement, doutant de ma place. Il ne m’attrapa pas la main quand je m’approchai. Une partie de moi voulait se mettre en colère, pour dire : « Ce n’était qu’un fichu dîner, je n’ai raté qu’un seul jour, c’est injuste, tu ne peux agir comme ça ». C’était une petite partie, mais elle était là et je m’en détestais.

Et puis, il dit : « Hé, Ox ! » d’une petite voix si différente de d’habitude que tout disparut instantanément.

Alors je dis : « Salut, Joe », et ma voix était un peu rauque.

Il avait l’air de vouloir tendre le bras pour me toucher la main, mais il s’interrompit. J’attendis, ne voulant pas le pousser.

— J’avais envie de te voir, dit-il.

Il regarda ses pieds et donna un coup dans une feuille séchée. Quelque part, un oiseau siffla un chant douloureux.

Je dis la seule chose qui me vint à l’esprit.

— J’ai eu un téléphone portable. J’ai ton numéro. Je ne sais pas envoyer les SMS. Tu peux m’apprendre ? Parce que je veux t’écrire des trucs et je ne sais pas comment faire.

Il leva ses grands yeux vers moi ; sa lèvre inférieure tremblait.

— Oui. Oui. Je peux t’apprendre. Ce n’est pas difficile. Est-ce que tu l’aimes ?

— Non. Je ne l’aime pas comme ça, dis-je.

Il me sauta alors dans les bras, s’accrochant à moi et pleurant dans mon cou. Je le tins fermement et je suppose que je n’étais pas encore un homme parce que mes yeux fuyaient aussi. Je lui dis que j’étais désolé d’avoir été absent au dîner dominical, et que ça n’arriverait plus jamais parce qu’il était Joe et que j’étais Ox, et que les choses étaient ainsi.

Il trembla et sanglota, et mon cou me parut collant, mais en fin de compte, il se calma et se blottit contre mon torse. Une fois installé, il prit une grande inspiration, comme s’il inhalait chaque partie de moi. Je le portai jusqu’à chez lui.

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Nous étions allongés sur son lit, l’un face à l’autre, nos genoux se cognant, nos visages à quelques centimètres. La pièce était sombre. Ses yeux étaient brillants et son souffle était chaud sur mon visage. Je ne savais pas quelle heure il était, mais je savais qu’il devait être tard. Et je savais aussi que si je m’endormais, Joe serait parti quand je me réveillerais.

Je devais lutter contre le sommeil.

Aussi longtemps que je le pouvais.

Parce que je ne supportais pas l’idée de me réveiller seul.

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