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Le clan des MacKinloch, Tome 3 : Un Highlander pour prisonnier



Résumé

Ils ont soif de vengeance : seul l'amour pourra les sauver d'eux-mêmes

Écosse, 1305

Face aux flots déchaînés, Lady Marguerite de Montpierre n’a qu’une envie, sauter du bateau qui la conduit en Angleterre. Elle n’aime qu’un homme, un prisonnier de guerre, le séduisant Callum MacKinloch, et refuse de voguer vers le cruel comte de Cairnross auquel sa famille la destine. Mais peut-elle vraiment désobéir à son père, au risque qu’il la renie à tout jamais ?

* * *

Description en VO :

His Silent Strength Reached Out To Her

After years of brutal torture, Callum MacKinloch is finally free of his captors—but his voice is still held prisoner. He'd never let anyone hear him scream.

Although Lady Marguerite de Montpierre's chains may be invisible, they threaten to tie her to a loveless and cruel marriage.

When Marguerite discovers Callum waiting to die, her heart aches for the warrior beneath the suffering—but they can have no future. Yet she is the one woman with the power to tame the rage locked inside him. Maybe he can find another reason to live . . . for her.

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Classement en biblio - 15 lecteurs

Extrait

** Extrait offert par Michelle Willingham **

Chapitre 1

Écosse — 1305

Le cri déchirant d’un homme tira Marguerite de Montpierre de son sommeil. D’un bond, elle se redressa dans son lit, agrippa la couverture et regarda d’un air inquiet Trinette, sa servante.

— Qu’est-ce que c’était ? demanda-t-elle.

Trinette secoua la tête, les yeux agrandis par la peur.

— Je l’ignore, mais nous devrions rester ici, en sécurité, répondit celle-ci en blêmissant.

Marguerite se dirigea vers la fenêtre et contempla le ciel faiblement éclairé par la lune. Les cris de l’homme s’étaient arrêtés et elle savait ce que cela signifiait.

Son esprit lui ordonnait de rester dans sa chambre, de ne pas s’en mêler. Que pouvait-elle faire ? Elle n’était qu’une jeune fille de dix-huit ans. Son père et Lord Cairnross seraient tous les deux furieux s’ils apprenaient qu’elle était sortie seule dans la nuit.

Mais si quelqu’un avait besoin d’aide, ne fallait-il pas agir ? La peur ne devait pas prendre le pas sur la compassion.

— Je vais voir ce que c’était, dit-elle à Trinette. Tu peux rester ici, si tu veux.

— Non, milady, n’y allez pas ! Votre père ne le permettrait pas.

Non, en effet. Et Marguerite imaginait sans mal la voix autoritaire de son père lui intimant de ne pas quitter son lit. Elle prit une inspiration, déchirée par le doute. Si elle restait dans la tour, elle serait en sécurité et ne provoquerait la colère de personne.

Mais quelqu’un pouvait mourir. Ce n’était pas une question d’obéissance. Il s’agissait d’essayer de sauver une vie.

— Tu as raison, murmura-t-elle. Il ne me le permettrait pas. Seulement, il n’est pas là, n’est-ce pas ?

Chaque jour, elle priait pour que son père revienne aussi vite que possible, car, depuis son départ, sa vie se muait chaque jour un peu plus en cauchemar.

Guy de Montpierre, duc d’Avignois, ignorait tout de ce qui se passait ici. Le fiancé de Marguerite avait fait montre de la plus grande courtoisie envers sa famille. Son père était un homme qui valorisait la richesse et le rang, et Gilbert de Bouche, comte de Cairnross, représentait une solide alliance avec les Anglais. Une fille cadette ne pouvait espérer meilleur mariage.

Mais le comte Gilbert avait beau traiter Marguerite avec respect et honneur, sa cruauté l’horrifiait. Il croyait fermement que les Écossais devaient être tenus en servitude. Il avait fait plusieurs prisonniers de guerre, et Marguerite les avait vus construire des murs de pierre des heures durant.

Trinette frissonna, les yeux baissés sur le couvre-lit.

— Je ne pense pas que vous souhaitiez provoquer la colère de Lord Cairnross en quittant votre chambre, milady…

Marguerite ne chercha pas à la contredire, mais le cri du prisonnier la hantait. Il tourmentait sa conscience. Elle avait vu les esclaves de Cairnross. Des hommes très maigres, le désespoir gravé sur leurs traits. Deux d’entre eux étaient déjà morts depuis son arrivée au château. Et, d’après les cris qu’elle venait d’entendre, elle devinait qu’un autre homme gisait quelque part, à l’agonie.

— Je ne peux pas rester ici sans rien faire, murmura-t-elle.

Dans le cas contraire, elle ne vaudrait pas mieux que le comte. Elle enfila une cotte ajustée avec de longues manches, un surcot rose et un manteau sombre. Trinette poussa un soupir résigné et l’aida à finir de s’habiller, avant de passer ses propres habits.

Il était plus de minuit et les soldats dormaient, allongés dans les longs couloirs et dans la salle plus vaste de la grande tour en bois. Le cœur battant, Marguerite avança le dos plaqué contre le mur et passa devant eux. Son père avait laissé une demi-douzaine d’hommes de sa garde personnelle pour la protéger. Aucun doute qu’ils auraient cherché à l’arrêter, s’ils s’étaient réveillés.

Elle quitta la tour en bois et se dirigea vers la cour intérieure. Elle découvrit alors l’origine des cris. Un homme à peine plus âgé qu’elle gisait, prostré au sol. Son dos était couvert de sang et il avait les chevilles entravées. Ses longs cheveux noirs lui obscurcissaient le visage, mais elle vit ses épaules bouger. Il était encore en vie… pour l’instant.

— Apporte de l’eau et des chiffons propres, chuchota-t-elle à Trinette. Dépêche-toi !

Elle ignorait tout de cet homme, mais elle ne pouvait pas tourner le dos à sa souffrance. Il avait besoin de son aide pour survivre à cette nuit.

Trinette obéit aussitôt. Dès qu’elle eut disparu, Marguerite avança timidement vers l’homme. Une fois à ses côtés, elle le vit frissonner, comme s’il avait froid. Pour ne pas l’effrayer, elle dit doucement en anglais :

— Me permettez-vous de soigner vos blessures ?

L’homme se raidit et appuya les mains contre le sol. Lentement, il tourna la tête vers elle et lui présenta son visage tuméfié et couvert de bleus. Ses yeux sombres étaient vides, comme s’il ne ressentait rien. Marguerite s’agenouilla près de lui et aperçut le sang qui maculait le sol.

— Je m’appelle Marguerite de Montpierre, poursuivit-elle alors en gaélique, dans l’espoir de se faire comprendre.

Elle avait beau être douée pour les langues et avoir étudié celle des Écossais pendant un an, elle ne se sentait pas très sûre d’elle.

— Comment vous appelez-vous ?

Il la dévisagea, mais ne répondit pas. La douleur marquait son visage et il la contempla avec incrédulité, comme s’il ne comprenait pas pourquoi elle lui manifestait autant de compassion. Une boucle de cheveux lui tombait sur les yeux et elle tendit la main pour la lui ôter du visage.

Ce geste était destiné à l’aider à mieux voir mais, dès l’instant où elle le toucha, il s’empara de sa main. Sa paume était froide ; il la serra comme si elle était un papillon fragile.

La douceur de ce geste la surprit. Son premier réflexe fut de retirer sa main, mais quelque chose l’en empêcha. Au-delà des blessures sur son visage, elle devinait les traits durs et déterminés d’un homme qui avait connu l’enfer et y avait survécu.

Elle attendit de nouveau qu’il parle, mais il garda le silence et lui lâcha la main. Marguerite se demanda si Lord Cairnross avait ordonné qu’on lui coupe la langue. Elle baissa les yeux, mais n’osa pas lui poser la question.

Lorsque Trinette revint avec un récipient en bois rempli d’eau chaude et des linges propres, Marguerite vit les épaules de l’homme se crisper.

— Reste en arrière, murmura-t-elle à la servante, et appelle-moi si tu vois quelqu’un approcher.

Elle trempa le premier linge dans l’eau et l’essora doucement. Puis elle le posa délicatement sur le dos ensanglanté du prisonnier. Il gémit faiblement lorsqu’elle le toucha.

— Pardonnez-moi. Je n’ai pas l’intention de vous faire du mal.

Il serra les dents lorsqu’elle recommença, mais ne fit aucun mouvement pour s’écarter d’elle. Marguerite tenta de laver le sang et la poussière dans son dos. Elle espérait que l’eau tiède apaiserait la douleur. Elle n’avait jamais soigné de plaies aussi profondes que celles-ci, car son père ne la laissait pas approcher des soldats quand ils étaient blessés.

La vue du sang la bouleversa ; elle s’efforça cependant de contenir son anxiété. Il avait besoin d’elle. Elle veilla à nettoyer ses plaies avec délicatesse, car elle imaginait à quel point il devait souffrir. Le fouet avait profondément entaillé sa chair et laissé des stries profondes.

— Pourquoi vous a-t-il fait cela ? demanda-t-elle en essorant de nouveau le linge.

Elle lui humecta la joue avec le linge tiède et il effleura des doigts sa propre bouche et sa gorge en secouant la tête, pour lui faire comprendre qu’il ne pouvait pas parler.

— C’est vous qui avez crié, un peu plus tôt ?

Il nia d’un signe de tête, puis tendit la main et désigna un endroit plongé dans l’obscurité. Marguerite aperçut alors le corps sans vie et le regard vide d’un prisonnier.

* * *

Chacun de ses os et chacun de ses membres lui faisaient souffrir le calvaire. Même s’il l’avait voulu, il n’aurait pas pu bouger. Les soldats anglais l’avaient battu jusqu’au sang, avant de lui assener vingt coups de fouet.

Ils ne l’avaient pas encore tué, mais cela ne saurait tarder. C’était devenu un test d’endurance. Pourtant, si son corps était faible et brisé, son esprit était devenu aussi dur que le fer. Il n’avait pas poussé un seul cri de douleur, car il avait perdu la capacité de parler depuis presque un an. Après toutes les horreurs dont il avait été le témoin.

Un autre linge humide couvrit ses blessures et il frémit. Cette femme lui avait offert sa compassion, alors que personne d’autre ne l’avait fait. Pourquoi ? Elle était la fiancée du comte, une jeune noble qui n’aurait jamais dû quitter le sanctuaire de la forteresse. Il l’observa du coin de l’œil. Sa robe rose mettait en valeur sa frêle silhouette et, lorsqu’elle se pencha en avant, de longues mèches de cheveux blonds s’échappèrent de sous son voile.

Il ne méritait pas son attention. Il avait été fait prisonnier sept ans plus tôt, alors qu’il n’était encore qu’un enfant. Son père était mort au cours de l’attaque de leur fort, et il avait été capturé en même temps que son frère aîné, Bram.

Il baissa les yeux vers le sol et se demanda si Bram avait réussi à s’échapper. Il était parti depuis longtemps et, même s’il avait juré de revenir le libérer, Callum n’y croyait plus. Comment Bram aurait-il pu le faire ?

Personne ne pouvait le sauver. C’était impossible. Il était voué à mourir sous la torture.

Il ferma les yeux et grimaça lorsque la jeune femme épongea l’une de ses plaies les plus profondes. Son parfum féminin lui parvint à travers l’air fétide, semblable à un souffle de miséricorde. Il inspira profondément, comme s’il pouvait, par ce geste, absorber le souvenir de cette femme.

Lorsqu’elle eut terminé, elle ôta les linges de son dos et l’aida à s’asseoir. Callum aperçut alors son visage et se demanda si, finalement, il n’était pas mort. Elle avait un visage pâle en forme de cœur, qui lui donnait l’air fragile, des lèvres douces et des yeux azur qui le hanteraient jusqu’à la fin de ses jours. Jamais il n’avait vu une créature aussi belle de toute sa vie !

— Vous avez froid, murmura-t-elle en ôtant son manteau, avant de le lui passer autour des épaules.

Il se laissa envelopper par son parfum de fleurs exotiques légèrement citronné, et par la chaleur de son corps. On aurait dit des effluves venus d’un pays lointain. Tout en la détaillant, il remarqua ce qui témoignait de sa richesse : non seulement sa riche robe en soie, mais encore ses mains douces et sa peau claire.

Comment pouvait-elle épouser un homme comme le comte de Cairnross ? L’idée qu’un tel monstre puisse posséder tant d’innocence le remplissait de rage.

Mais comment l’en empêcher ? Même s’il essayait, il n’y parviendrait pas, lui murmura la voix de la raison. Les coups de fouet avaient failli le tuer. Il ignorait encore pourquoi les soldats s’étaient arrêtés de le battre. Ils l’avaient abandonné là, croyant certainement qu’ainsi exposé à l’air froid de la nuit il finirait par mourir.

À la place, Lady Marguerite était intervenue. Il aurait aimé qu’elle puisse l’aider à s’enfuir, mais tout effort en ce sens aurait été vain. Une douzaine de gardes surveillaient la porte et il ne se sentait pas assez fort. Il pouvait à peine tenir debout. Comment imaginer, dans ces conditions, sortir en courant de Cairnross ?

Il essaya de se lever, mais ses genoux ployèrent sous son poids. Lady Marguerite lui tendit la main et l’aida à garder son équilibre. Elle rougit de l’avoir touché, mais lui dit malgré tout :

— Laissez-moi vous aider.

Il secoua la tête pour refuser et se retint à un mur en pierre. Il préférait avancer à quatre pattes, comme un chien, plutôt que de voir la jeune femme s’abaisser de cette façon. Elle avait soigné ses blessures et lui avait donné son manteau pour le réchauffer… Qu’est-ce qui pouvait bien la pousser à secourir un étranger, écossais de surcroît ?

Il ferma les yeux et l’entendit murmurer des paroles de réconfort dans sa langue. Il distingua la douceur de son accent français et sa voix apaisante glissa sur lui comme de la soie.

Lorsqu’il essaya de faire un pas en avant, ses jambes se dérobèrent et il faillit trébucher à cause des chaînes qui lui entravaient les chevilles. Lady Marguerite se plaça alors à côté de lui et passa un bras autour de sa taille pour le soutenir. Il voulut refuser, car il était crasseux et couvert de sang. Elle ne devait pas être souillée à cause de lui.

Mais elle le guida vers la forteresse.

— Tout va bien se passer, dit-elle à voix basse. Je viendrai vous voir et je vous apporterai de la nourriture. Lorsque vous aurez repris des forces, je demanderai au comte de vous libérer.

Il lui lança un regard interrogateur. Pourquoi gaspillait-elle son temps avec une personne comme lui ?

Le regard inquiet qu’elle lui rendit laissait entendre qu’elle-même n’avait pas de réponse. Il lui effleura les mains en retirant le manteau qu’elle lui avait donné. Il vit alors ses lèvres s’entrouvrir et eut envie de tomber à genoux devant elle, pour l’adorer comme la déesse qu’elle était.

Il ne voulait pas de sa compassion. Son corps et sa voix étaient peut-être abîmés, mais il ne lui permettrait pas de penser qu’il n’était plus un homme. Il lui enlaça les doigts et sa peau froide se fondit avec sa chaleur.

Il porta la main de la jeune femme à sa joue rugueuse et absorba cette chaleur. Les mèches échappées de son voile reposaient sur sa gorge, attirant là, malgré lui, son regard. Lorsqu’il porta sa main à ses propres lèvres, elle retint son souffle et étouffa un petit cri.

Il la lâcha aussitôt, s’attendant à ce qu’elle s’écarte de lui avec dégoût. À la place, elle laissa les doigts sur son visage et il vit que ses yeux étaient brillants de larmes.

— Je ne vous oublierai pas, promit-elle en prenant son manteau pour le passer autour de ses épaules.

Puis elle souleva ses jupes et disparut dans la nuit.

Callum aperçut alors un mouvement dans l’ombre et tourna la tête. Le comte de Cairnross se tenait là et le regardait. Ses prunelles sombres brûlaient de fureur.

* * *

— Je vous ai vue avec ce prisonnier, hier soir, commença Lord Cairnross, lorsque Marguerite vint le rejoindre à l’heure de la collation. Celui qui a été puni.

Elle garda les yeux rivés au sol, ne montrant aucune réaction. Si elle manifestait le moindre désarroi, aucun doute que le comte ferait exécuter le prisonnier.

— J’ai entendu un homme qui souffrait, murmura-t-elle. Cela m’a réveillée.

Elle s’efforça de s’exprimer d’un ton neutre, comme si elle parlait d’un animal blessé.

— Vous êtes tellement jeune, Lady Marguerite ! Vous n’avez pas affaire à des nobles, comme vous en avez l’habitude, expliqua-t-il comme s’il s’adressait à une petite fille. Il s’agit d’Écossais ignorants qui ont osé se dresser face au roi. Ils devraient nous être reconnaissants de leur donner la possibilité d’expier leurs péchés.

Leurs péchés ? Marguerite contempla ses mains pour se donner une contenance. De quoi parlait-il ? Même si certains d’entre eux étaient des rebelles aux yeux des Anglais, le prisonnier avait à peu près son âge. Et, d’après son apparence, il vivait en captivité depuis des années.

Un frisson la parcourut. Le regard déterminé de ce prisonnier ne laissait aucun doute : il était capable de tuer son maître sans l’ombre d’un regret.

— Ne punissez pas cet homme à cause de mon ignorance, milord. Je l’ai vu en train de saigner. Je ne voulais que soigner ses blessures.

Le comte prit ses mains entre les siennes.

— Lady Marguerite, Callum MacKinloch a osé vous toucher. C’est un geste que je ne peux lui pardonner.

Cette réponse la glaça, tandis qu’elle le regardait fixement. Dans ses yeux, elle voyait un homme qui croyait en sa supériorité, et qui ne pensait à personne d’autre qu’à lui-même.

— Lui avez-vous ôté la vie ? demanda-t-elle.

Sa voix contenait un tremblement qu’elle détestait, mais elle s’efforça de s’exprimer calmement. S’il l’avait fait, ce serait sa faute.

— J’aurais dû, mais le clan MacKinloch n’est pas très loin d’ici. Ils ont continué à résister aux troupes anglaises et j’ai décidé de le garder en otage. Sans vous faire prendre le moindre risque, ma très chère fiancée.

Il posa un regard possessif sur elle, comme s’il avait deviné les sentiments étranges qu’elle éprouvait à l’égard de l’homme qu’elle avait sauvé.

— Je l’ai envoyé au sud, là où il ne vous importunera plus, conclut-il.

Marguerite fit semblant d’approuver, même si, en son for intérieur, elle sentit une froide colère l’envahir.

— Vous êtes un homme d’une grande bonté, milord, mentit-elle.

Son sourire arrogant lui donna la nausée, tandis qu’il portait sa main à ses lèvres. Qu’il lui ait dit la vérité ou non, elle connaissait maintenant le nom de l’homme qui l’avait touchée, cette nuit : Callum MacKinloch.

Elle ignorait ce qui la fascinait tant chez lui. Il était à peine plus qu’un homme sauvage, avec son apparence dépenaillée qui aurait dû la rebuter.

Pourtant, le contact de sa bouche sur sa peau avait allumé un brasier vibrant en elle. Depuis qu’elle l’avait vu, elle ne pensait qu’à lui.

Il était un guerrier qui avait résisté à l’ennemi, survécu à des événements insurmontables. Lorsqu’il la regardait, elle avait l’impression qu’il voyait en elle plus que ce que les autres percevaient. Elle avait l’impression d’être une femme forte et non quelqu’un qui obéissait aveuglément aux autres.

À sa place, elle se serait effondrée. Ce n’était pas dans sa nature de défier les autres. Elle obéissait à son père et faisait ce qu’on lui demandait. En tant que fille cadette, elle était fière de cette obéissance.

Mais n’était-ce pas plutôt de la lâcheté ? Elle avait laissé son père lui choisir un mari sans même connaître l’homme qu’on lui destinait. Elle avait fait le voyage jusqu’en Écosse, dans une région où presque personne ne parlait sa langue. Elle avait beau se dire que son père voulait le meilleur pour elle, elle doutait sérieusement de son choix de la fiancer à Lord Cairnross. Ce mariage était censé renforcer leur alliance avec l’Angleterre, après la récente guerre qui venait de prendre fin.

Pourtant, elle ne s’imaginait pas épouser Lord Cairnross, après ce qu’il avait infligé aux prisonniers. Il aimait faire souffrir et elle détestait tout en lui.

Elle songea alors à Callum et à la manière dont il avait lorgné les portes de la forteresse, comme s’il était prêt à tout pour s’enfuir. Ils se ressemblaient de bien des façons. Ils étaient tous les deux captifs, même si ses chaînes à elle étaient invisibles.

D’une manière ou d’une autre, elle trouverait le moyen de se libérer de ce mariage !

Deux jours plus tard

Endormi sur le sol gelé, Callum rêvait de Marguerite. Les corps des autres prisonniers étaient entassés tout près de lui. C’était le seul moyen de survivre au froid glacial. Ils avaient été emmenés à la forteresse de Lord Harkirk pour mourir. Il avait déjà vu les plus faibles succomber à l’invitation silencieuse de la Mort.

Il revoyait le beau visage de Marguerite, la délicatesse et l’innocence de ses gestes. Il ignorait pourquoi elle n’avait pas fui devant lui et avait soigné ses blessures. Pourtant, il était un homme horriblement abîmé.

Mais il n’était pas faible ! Au fil du temps, il avait fortifié ses bras en soulevant des pierres pour construire des murs. Pendant ses toutes premières années de captivité, il avait appris à voler des portions de nourriture supplémentaires, lorsque les gardes ne le voyaient pas, pour ne pas mourir de faim. Lorsque son frère et lui avaient été faits prisonniers, Bram lui avait conseillé de garder des forces. Un jour viendrait où ils s’échapperaient ensemble, lui avait-il promis.

Mais Bram avait repris sa liberté et l’avait laissé derrière lui, alors même que les soldats tenaient une épée sous sa gorge.

Callum ferma les yeux et essaya de chasser son ressentiment. Ils ne l’avaient pas tué ce jour-là, même s’il s’était attendu à périr. Bram leur avait dit qu’ils bluffaient et cela avait fonctionné.

Au fond de lui, il savait que ce dernier ne l’avait pas abandonné ; il rêvait pourtant de pouvoir quitter cet endroit. Sept années avaient passé, emportant sa voix avec elles.

Quelques jours plus tôt, lorsque les gardes étaient venus le chercher et l’avaient forcé à monter dans un chariot avec quatre autres hommes, il avait essayé de parler à ces derniers. Ils avaient peut-être une chance de s’échapper, si tous se joignaient à lui pour résister aux soldats. Hélas… Malgré tous ses efforts, pas un seul mot n’avait franchi la barrière de sa gorge. C’était comme si quelqu’un l’avait verrouillée, le retenant piégé dans le silence.

Pire encore, on le traitait comme s’il était attardé. Certains parlaient même de lui comme s’il ne les entendait pas.

Lorsqu’un prisonnier avait essayé de le pousser, à leur arrivée, il lui avait pris le bras et l’avait fixé durement. Le regard surpris de l’homme s’était mué en excuse et Callum l’avait lâché, en lui lançant un avertissement silencieux. L’autre s’était frotté le bras et tourné vers les autres, qui considéraient désormais Callum d’un œil nouveau.

Il était peut-être privé de la parole, mais il comprenait chaque mot.

À compter de cet instant, ils avaient gardé leur distance.

* * *

À mesure que les jours passaient à la forteresse de Lord Harkirk, Callum voyait ses espoirs d’être libéré s’évanouir. Il ne connaissait aucun des prisonniers et, sans un visage familier auquel se raccrocher, il commença à glisser dans une forme de folie qui s’était déjà emparée de beaucoup de ses codétenus. Les visions se bousculaient dans son esprit et il essayait de se concentrer sur Lady Marguerite et les souvenirs qu’il conservait d’elle. Ainsi, il pouvait presque sentir l’odeur de sa peau et la douceur de ses mains.

Elle était bien réelle. Il serra un ruban tout froissé, qu’il avait volé dans ses cheveux blonds. Il était d’un bleu plus clair que ses yeux, et lui rappelait qu’il n’avait pas imaginé la jeune femme. Elle avait soigné sa chair blessée et l’avait traité comme un homme, non comme un esclave.

Il était capable de mourir pour protéger une femme comme elle ! Elle était pure, innocente, et elle méritait d’être avec un homme qui l’aimait, un homme prêt à déposer un royaume à ses pieds. Comme jamais il ne pourrait le faire.

Il contempla les palissades en bois qui entouraient la forteresse. Lord Harkirk avait commencé à les remplacer par de la pierre grâce au travail de prisonniers écossais, comme lui. Il caressa le ruban soyeux en imaginant que c’était la joue de Marguerite.

Il n’abandonnerait jamais son projet de s’enfuir. Ne serait-ce que pour la revoir une dernière fois.

Une semaine plus tard

La forteresse était en feu. La fumée tourbillonnait dans le ciel nocturne. À l’extérieur, Marguerite entendait les cris des hommes qui se battaient. Ses mains tremblèrent lorsqu’elle s’empara de son manteau, tout en priant à voix basse pour que Trinette et elle réussissent à sortir en vie de la tour principale.

Même s’il était plus sûr de rester caché dans la chambre, Marguerite savait que le feu pouvait s’y propager. Mourir par le fil d’une épée était une fin plus douce que de périr brûlée vive.

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Date de sortie

Le clan des MacKinloch, Tome 3 : Un Highlander pour prisonnier

  • France : 2019-02-01 - Poche (Français)

Activité récente

Titres alternatifs

  • Tempted by the Highland Warrior - Anglais
  • Tempted by the Highland Warrior (The MacKinloch Clan #3) - Anglais

Les chiffres

Lecteurs 15
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Extraits 1
Evaluations 3
Note globale 7.67 / 10

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