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Tandis qu'il regardait les créatures qui, pour une nuit encore, s'étaient emparées de son monde, Arlen se mit à rêver de retrouver ces vieilles runes. Il rêva de voyager hors de Val Tibbet et prit la décision de partir un jour, même s'il devait pour cela passer une nuit dehors.

Avec les démons.

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Dans la cour, le vent hurlait et transformait les gouttes de pluie en piqûres d'insectes. Il vit Marea et sa mère revenir en courant vers la maison à l'instant où les démons apparurent. Comme d'habitude, les démons des flammes sortirent en premiers, leurs silhouettes brumeuses s'élevant du sol. Il s'agissait des chtoniens les plus petits : ils prenaient forme accroupis sur leurs quatre pattes et ne mesuraient pas plus de quarante-cinq centimètres au garrot. Une fumée lumineuse faisait briller leurs yeux, leurs narines et leurs bouches.

- Cours, Silvy ! cria Jeph. Cours !

Elles semblèrent près d'y parvenir quand Marea trébucha et tomba. Silvy se retourna pour l'aider et, à cet instant, le premier chtonien se solidifia. Arlen partit en courant vers sa mère, mais Norine agrippa son bras pour le retenir.

- Ne fais pas l'idiot, souffla la femme.

- Debout ! ordonna Silvy en tirant Marea.

- Ma cheville ! cria Marea. Je ne peux pas ! Continue sans moi !

- Par la nuit, tu rêves ! tonna Silvy. Jeph ! hurla-t-elle. Aide-nous !

Les chtoniens se formaient dans toute la cour. Jeph resta figé lorsque les créatures remarquèrent les femmes et lancèrent des hurlements de plaisir en se ruant sur elles.

- Lâchez-moi ! gronda Arlen en marchant sur le pied de Norine.

Elle cria et le garçon dégagea son bras. Il s'empara de l'arme la plus proche, un seau à lait en bois, et partit en courant dans la cour.

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Avec un bruit qui glaça même le sang d'Arlen, le démon de pierre fléchit ses jambes cuirassées et traversa le filet de protection pour tomber dans le cercle. Fend l'Aube gémit et tira sur ses entraves.

[...]

Même s'il avait grandi depuis leur première rencontre, Arlen se sentait aussi minuscule face au Manchot que lors de cette terrifiante première nuit. De ses pieds griffus jusqu'au bout de ses cornes, le démon de pierre mesurait près de cinq mètres, trois fois la taille d'un homme. Arlen était obligé de lever la tête pour croiser le regard du chtonien, rivé sur lui.

[...]

Arlen eut l'impression que sa vie entière l'avait conduit à cet instant, sans même qu'il s'en rende compte. Il n'était pas sûr d'être prêt pour cette épreuve. Mais après avoir été chassé par ce démon pendant plus de dix ans, la pensée de repousser la confrontation à plus tard lui était insupportable. Même maintenant, il pouvait encore retourner se protéger dans le cercle, à l'abri des attaques du démon de pierre. Il s'en écarta délibérément pour s'obliger à combattre. Soit il mourrait là, soit il prouverait qu'il avait le droit d'être libre.

[...]

Arlen s'autorisa un petit sourire lorsque le Manchot s'effondra en se convulsant. Mais en voyant les spasmes du démon s'espacer, il sentit un vide profond s'insinuer en lui. Il avait rêvé de ce moment d'innombrables fois, imaginé ce qu'il ressentirait, ce qu'il dirait, mais cela ne se passait pas comme il l'avait prévu. Il n'éprouvait aucun soulagement, mais plutôt un sentiment de dépression et de perte.

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Gared prit place aux côtés de Leesha, affichant un air protecteur. Steave et lui étaient venus s'asseoir avec la faille de la jeune fille. Elle avait envie qu'il la prenne dans ses bras, mais ce n'était pas convenable, même s'ils étaient promis, avant qu'elle en ait l'âge et que leur union soit scellée par le Confesseur. Même alors, ils ne devraient pas aller plus loin que de chastes caresses et des baisers, jusqu'à leur nuit de noces.

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Le demon en tête du groupe fut frappé à la poitrine et rejeté en arrière, parmi ses camarades, mais même la peau d'un petit demon des flammes était trop dure et coriace pour être percée par une fourche. La créature prit l'outil entre des griffes, enflamma le manche de bois en y crachant du feu, puis le jeta sur le côté.

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Tu as tout à fait raison ! dit Keerin en claquant des doigts. Nous avions appris beaucoup de choses sur la marche du monde, sur la médecine et les machines, mais nous avions oublié la magie et, pire, nous avions oublié les chtoniens. Au bout de trois cents ans, plus personne ne croyait qu’ils avaient un jour existé. » Ce qui explique, dit-il d’un ton grave, que nous n’étions pas préparés lorsqu’ils sont revenus. » Au fil des siècles, les démons se sont multipliés, alors que le monde les avait oubliés. Puis, il y a trois cents ans, ils sont sortis du Cœur une nuit, en très grand nombre, pour le reprendre. » Des villes entières furent détruites cette première nuit, tandis que les chtoniens fêtaient leur retour. Les hommes ripostèrent, mais même les formidables armes de l’Ère de la Science n’avaient que peu d’effet contre les démons. L’Ère de la Science touchait à sa fin pour être remplacée par celle de la Destruction. » La Deuxième Guerre Démoniaque venait de débuter. Arlen imagina cette nuit, il vit les villes qui brûlaient et les gens qui fuyaient, terrorisés, et se faisaient férocement attaquer par les chtoniens qui les attendaient. Il vit des hommes qui se sacrifiaient pour gagner du temps afin que leurs familles s’échappent, il vit des femmes prendre des coups de griffes destinés à leurs enfants. Mais surtout, il vit les chtoniens danser, s’ébattre dans une joie brutale tandis que du sang coulait de leurs dents et de leurs serres. Keerin s’avança alors vers les enfants qui eurent un mouvement de recul effrayé.

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Il lança un poing en l’air et les enfants l’acclamèrent. C’était communicatif et Arlen, fou de joie, chatouilla Jessi. — Pendant que notre magie et nos tactiques s’amélioraient, dit Keerin, les humains se mirent à vivre plus vieux et notre nombre augmenta. Nos armées s’étoffaient et les démons devenaient moins nombreux. On commençait à espérer pouvoir vaincre les chtoniens une fois pour toutes. Le Jongleur fit alors une pause et son visage arbora une expression sérieuse alors qu’il poursuivait : — Puis, sans prévenir, les démons ont cessé de venir. Dans toute l’histoire du monde, il ne s’était jamais déroulé une soirée sans chtoniens. Mais à présent, les nuits passaient sans trace d’eux et nous étions déconcertés. (Il se gratta la tête, dans une confusion feinte.) Beaucoup ont cru que les pertes des démons dans la guerre avaient été trop grandes et qu’ils avaient abandonné le combat pour retourner se tapir avec effroi dans le Cœur.

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Comme le Porc l’avait promis, Arlen obtint une place au premier rang, dans la zone habituellement réservée aux enfants les plus jeunes. Les autres le regardaient avec envie et le garçon se sentait très spécial. Il était rare, pour lui, d’être jalousé. Le Jongleur était grand, comme tous les Milniens, et son habit était constitué de plusieurs pièces de tissu de couleurs vives qui semblaient avoir été volées dans la poubelle d’un teinturier. Il avait un bouc effilé, de la même couleur carotte que ses cheveux, mais la moustache ne rejoignait pas la barbe et l’ensemble semblait pouvoir s’effacer en frottant. Tout le monde s’émerveillait de ses cheveux clairs et de ses yeux verts, en particulier les femmes.

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Marcher jusqu’à Place du Village prenait deux heures si l’on suivait le chemin. Celui-ci n’était rien de plus qu’une piste creusée par les charrettes que Jeph et quelques autres habitants entretenaient. Elle faisait un détour pour mener jusqu’au pont, là où le ruisseau était le moins profond. Agile et rapide, Arlen pouvait réduire le temps de trajet par deux en coupant par les pierres glissantes qui dépassaient de l’eau. Ce jour-là, il avait plus que jamais besoin de temps pour pouvoir s’arrêter en chemin. Il courut le long de la berge boueuse à une allure folle, en sautant par-dessus les broussailles et en évitant des racines dangereuses, avec l’assurance de celui qui avait emprunté ce raccourci d’innombrables fois. Il sortit du bois pour passer devant les fermes sur son chemin, mais il n’y avait personne. Tout le monde était dans les champs ou en train d’aider au Hameau. Le soleil était presque à son zénith lorsqu’il atteignit le Trou du Pêcheur. Quelques pêcheurs avaient sorti leurs bateaux sur la petite mare, mais Arlen ne vit pas l’intérêt de crier pour les prévenir. Par ailleurs, le Trou était lui aussi désert. En arrivant à Place du Village, il se sentit triste. Le Porc avait peut-être paru plus gentil que d’habitude la veille, mais le garçon avait déjà vu sa réaction lorsqu’on lui coûtait de l’argent. Il n’allait pas laisser Arlen voir le Jongleur pour seulement deux crédits. Il aurait de la chance si le propriétaire du magasin ne lui donnait pas une correction.

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Cette nuit-là, Arlen rêva de collines qui touchaient le ciel, et de mares si grandes qu’on pouvait poser une ville entière à leur surface. Il vit du sable jaune s’étendant jusqu’à l’horizon et une forteresse entourée de remparts, cachée dans les arbres. Mais il voyait tout cela entre une paire de jambes qui se balançait mollement devant ses yeux. Il leva le regard et aperçut son propre visage, qui tournait au violet à cause du nœud coulant. Il se réveilla en sursaut, sa paillasse trempée de sueur. Il faisait encore noir, mais une faible lumière apparaissait à l’horizon, là où le ciel indigo retenait une pointe de rouge. Il alluma une bougie à moitié consumée, enfila sa salopette et se précipita dans la salle commune. Il trouva un croûton qu’il mâchonna tout en sortant le panier à œufs et les cruches de lait, qu’il posa ensuite près de la porte. — Tu te lèves tôt, lança quelqu’un derrière lui.

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