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On fait dire tout ce qu'on veut aux statistiques, pourvu qu'on en établisse un assez grand nombre, avec un but bien déterminé en tête, surtout si l'on fait fi de documents probants, mais gênants."

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Bailey se sentit beaucoup mieux. Mais que c'était étrange de n'avoir pu se débarrasser de ses angoisses malgré les efforts intellectuels déployés dans ce but, malgré toute sa force de volonté, et d'y parvenir en un clin d’œil parce que sa fatuité venait d'être d'être agréablement chatouillée.

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Bailey, comme n'importe quel Terrien, n'ignorait rien de la situation politique. Les Mondes Extérieurs, en dépit d'une population qui, à eux tous, était inférieure à celle de la Terre seule, possédaient un potentiel militaire peut-être cent fois plus important. Sur leurs planètes sous-peuplées, dont l'économie reposait sur l'emploi intensif de robots positroniques, la production énergétique par tête était des milliers de fois supérieure à celle de la Terre. Et c'était cette capacité de production d'énergie par chaque habitant qui conditionnait la puissance militaire, le standard de vie et tous ses à-côtés.

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Jamais sous aucun prétexte, Rikaine n'eut accordé à quelqu'un d'autre le privilège de lui parler en présence effective; il était bien trop vétilleux. Peut-être vétilleux n'est pas le mot qui convient après tout : c'était simplement qu'il était dépourvu de toute anomalie, de toute dépravation. C'était un bon Solarien, bien équilibré.

- Vous, considéreriez donc que d'avoir accepté de me voir était une dépravation? demanda Baley

-Oui, répondit Quemot, j'en suis persuadé. J'irai même jusqu'à dire que c'était du masochisme.

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1

Une question se pose

Elijah Baley luttait obstinément contre la panique.

Depuis quinze jours ses appréhensions n’avaient cessé de croître ; depuis plus longtemps même, depuis le moment où on l’avait convoqué à Washington et, une fois là, informé de sa nouvelle affectation.

La convocation à Washington, en elle-même, était déjà assez troublante. Elle était arrivée sans explication : une véritable sommation, et cela ne faisait qu’aggraver les choses. Il y avait des bons de voyage, aller et retour par avion, joints : du coup, tout allait de mal en pis !

Ses appréhensions étaient partiellement dues au sentiment d’urgence que sous-entendait le trajet par voie aérienne et, d’un autre côté, à l’idée même qu’il dût effectuer le voyage par air : tout juste cela ; et pourtant ce n’était là que le début de ses craintes, donc des sentiments encore facilement contrôlables.

Après tout, Lije Baley avait circulé en avion quatre fois déjà ; une fois même, il avait survolé le continent de bout en bout. Aussi, quoiqu’un voyage aérien ne fût jamais agréable, ce ne serait pas toutefois un véritable passage dans l’inconnu.

De plus, le trajet de New York à Washington ne prendrait qu’une heure. Le décollage s’effectuerait de la rampe 2 de New York qui, comme toutes les rampes officielles, était convenablement close, avec un sas ne s’ouvrant à l’air libre qu’une fois la vitesse ascensionnelle atteinte. L’arrivée aurait lieu à la rampe 5 de Washington, enclose de la même façon.

Bien plus, et Baley ne l’ignorait pas, l’appareil ne comportait pas de hublot. L’éclairage artificiel y était bon, la nourriture correcte et tous les éléments d’un confort moderne y figuraient. Le vol, dirigé par radio, allait se passer sans histoire, avec à peine une sensation de mouvement une fois l’appareil en vol.

Il se répétait toutes ces excellentes raisons et les ressassait à Jessie, sa femme, qui, n’étant jamais montée en avion, envisageait ces périples avec terreur.

— Mais je n’aime pas que tu prennes l’avion, Lije, dit-elle. Ce n’est pas normal. Pourquoi ne peux-tu prendre l’express ?

— Parce que j’en aurais pour dix heures de trajet.

Et le visage de Baley se figea d’amertume.

— Et parce que j’appartiens aux forces de l’ordre de la ville, et que je dois obéir aux ordres de mes supérieurs. Du moins si j’entends conserver un échelon C. 6.

Qu’opposer à pareil argument ?

Baley monta dans l’avion et conserva les yeux fixés sur la bande d’actualités qui se déroulait uniformément et incessamment du kinescope placé à hauteur des yeux. La ville était fière de ce service actualités, articles, séries humoristiques ou éducatives, quelquefois des romans.

Un jour viendrait où les bandes seraient remplacées par des films, disait-on, parce que ainsi les passagers, en gardant les yeux sur les oculaires d’une visionneuse, seraient encore mieux séparés du décor réel.

Baley gardait obstinément les yeux fixés sur la bande qui se déroulait, non seulement pour se distraire, mais aussi parce que la politesse l’exigeait. Il y avait avec lui cinq autres passagers dans l’avion (il n’avait pu s’empêcher de le remarquer) et chacun d’eux avait le droit que les autres respectent toutes les craintes et les angoisses que sa nature et son éducation pouvaient lui faire éprouver.

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"Et une vision gagna l'esprit de Baley. Le soleil descendait sur l'horizon parce que la surface de la planète s'écartait de lui, à deux mille kilomètre-heure, tournoyant sous l'éclat nu du soleil, tourbillonnant sans rien pour sauvegarder ces microbes qu'on appelle des hommes qui grouillaient sur sa surface tournoyante, tournoyant à jamais comme une toupie folle, tournoyant, tournoyant..."

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"Les civilisations ont toujours été en forme de pyramide. A mesure que l'on grimpe vers le sommet de l'édifice social, on bénéficie de loisirs accrus et de possibilités accrues de rechercher le bonheur. Mais, à mesure que l'on grimpe on rencontre aussi de moins en moins de gens capables de jouir de plus en plus de leur situation. (...) Et rappelez-vous ceci : il importe peu que les couches au bas de la pyramide soit bien ou mal à leur aise d'un point de vue absolu ; elles s'estiment toujours dévalorisées par rapport à celles au-dessus d'elles."

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L’astronef était évidemment un bâtiment des Spaciens : tout le commerce interstellaire passait par leurs mains. Il était tout seul maintenant, juste en dehors des remparts de la ville. On l’avait baigné, récuré, aseptisé, jusqu’à ce qu’on puisse le considérer comme suffisamment sain, d’après les normes spaciennes, pour pénétrer à bord. Même ainsi, c’est un robot qui était venu l’accueillir, car Baley était encore porteur de cent et un germes de maladies variées contractées dans la grouillante cité. Il était immunisé contre ces microbes, mais les Spaciens, nés et élevés en couveuse, y étaient sensibles. La forme du robot se dessina vaguement dans la nuit, ses organes de vision luisant d’un rouge sombre

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C’était une espèce de canon gigantesque, pointé sur le zénith, et Baley, par intervalles, frissonnait dans l’air frais des espaces libres. La nuit était tombée (et il en était bien heureux), formant une muraille d’un noir d’encre qui s’achevait au-dessus de sa tête en un plafond aussi obscur

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— Ce sont les risques du métier. Et écartant l’objection d’un geste de la main, il ajouta : — De toute façon, vous devez y aller. Le jour du départ est fixé. L’astronef qui doit vous transporter est prêt à partir. — Déjà ! Quand ? dit Baley en se raidissant. — Dans deux jours. — Alors, il faut que je rentre aussitôt à New York, ma femme..

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