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Prologue

Hawkins Hollow ; juin 1994

Par une belle matinée d’été, un caniche nain abricot se noya dans la piscine des Bestler. Lynne Bestler, sortie en catimini pour piquer une tête tranquillement avant le réveil des enfants, crut tout d’abord qu’il s’agissait d’un écureuil – ce qui aurait été déjà assez triste. Mais lorsqu’elle trouva le courage de récupérer la boule de poils dégoulinante, elle reconnut Marcell, le chien adoré de sa voisine.

En général, les écureuils ne portaient pas de collier en strass.

Les cris de Lynne et les gerbes d’eau quand elle laissa retomber l’infortuné animal en même temps que le filet dans la piscine alertèrent son mari qui se précipita dehors en caleçon. Réveillées par les sanglots de leur mère et les jurons de leur père, qui avait sauté à l’eau pour attraper le manche du filet et tirer le petit cadavre jusqu’au bord, les jumelles se retrouvèrent bientôt en train de hurler sur la terrasse dans leurs chemises de nuit Mon Petit Poney aux coloris coordonnés. En quelques instants, l’hystérie familiale ameuta les voisins qui accoururent à la clôture à l’instant où M. Bestler se hissait hors de l’eau avec son macabre fardeau. Comme beaucoup d’hommes, il avait développé un attachement immodéré pour ses sous-vêtements sans âge et le poids de l’eau fut fatal à l’élastique distendu.

Ce fut donc avec un chien mort, mais sans caleçon, qu’il émergea de sa piscine, si bien que la belle matinée d été débuta à la fois dans le drame et la farce à Hawkins Hollow.

Fox apprit la mort prématurée de Marcell quelques minutes après avoir franchi le seuil de chez Mae, où il était venu acheter une bouteille de Coca et deux Slim Jim.

Son père, qu’il aidait à rénover une cuisine dans Main Street, lui avait accordé une petite pause. Mme Larson souhaitait changer les plans de travail, les portes de placard, le revêtement de sol et la peinture. Ce qu’elle appelait un rafraîchissement était pour Fox l’occasion de gagner un peu d’argent de poche qui lui permettrait de payer une pizza à Ally- son Brendon, puis de l’inviter au cinéma samedi soir. Avec un peu de chance, il la persuaderait de monter ensuite à l’arrière de sa vieille Coccinelle.

Ce travail ne le dérangeait pas, même s’il croisait très fort les doigts pour ne pas passer le restant de ses jours à manier le marteau et la scie sauteuse. Son père était toujours de bonne compagnie, et ce boulot le dispensait de la corvée de désherbage ou des soins aux animaux de la ferme. À lui aussi les Coca et les Slim Jim – l’un comme l’autre n’avaient pas droit de cité dans la famille O’Dell-Barry sur laquelle régnait son écolo de mère.

Il apprit donc la mort du chien par Susan Kee- faffer, qui encaissait ses achats tandis que quelques consommateurs désœuvrés échangeaient des ragots devant un café.

Fox ne connaissait pas Marcell, mais il avait un faible pour les animaux et il ressentit un pincement de chagrin pour l’infortuné caniche. Ce chagrin fut toutefois atténué par la mésaventure de M. Bestler qui, selon les termes de Susan Keefaffer, « se tortillait, nu comme un ver, au bord de sa piscine ».

Même s’il était triste pour le pauvre chien, il ne fit pas le lien – pas alors – avec le cauchemar que ses deux meilleurs amis et lui avaient vécu sept ans plus tôt.

La nuit précédente, un rêve curieux avait hanté son sommeil. Un rêve de feu et de sang, et de voix psalmodiant une étrange mélopée dans une langue inconnue. Cela dit, ce même soir, il avait enchaîné deux vidéos avec Caleb et Gage — La Nuit des morts- vivants et Massacre à la tronçonneuse. Ceci expliquait sans doute cela.

Il ne fit pas le rapprochement entre un caniche noyé et les événements qui avaient ébranlé Hawkins Hollow juste après son dixième anniversaire. Après la nuit fatidique à la Pierre Païenne qui avait bouleversé leur vie, et la tranquillité de leur ville.

D’ici quelques semaines, Caleb, Gage et lui souffleraient leurs dix-sept bougies. Baltimore avait une bonne chance de remporter le championnat cette année. Il entrerait en terminale au lycée – enfin au sommet de la chaîne alimentaire – et bientôt, ce serait l’université. Voilà ce qu’il avait en tête.

Les pensées qui occupaient l’esprit d’un adolescent de presque dix-sept ans étaient bien différentes de celles d’un gamin qui en avait sept de moins. En tête de liste : conclure avec Allyson Brendon.

Aussi, quand il redescendit la rue, grand échalas dégingandé dont les épais cheveux bruns étaient rassemblés en une courte queue-de-cheval et les yeux noisette protégés du soleil par des lunettes Oakleys, ce n’était pour lui qu’une journée comme les autres.

La ville était fidèle à elle-même. Proprette, un brin désuète avec ses vieilles maisons et boutiques aux murs de pierre, ses porches peints, ses trottoirs pavés. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule en direction du Bowling & Fun Center où Caleb et Gage travaillaient pendant les vacances.

Après sa journée, il passerait y faire un tour.

Il traversa la rue et entra chez les Larson. Le blues envoûtant de Bonnie Raitt lui parvint de la cuisine, accompagné par la voix claire et tranquille de son père qui vérifiait avec son niveau à bulle l’horizontalité des étagères du placard à provisions. Bien que la porte de derrière et les fenêtres, protégées par des moustiquaires, soient ouvertes, la pièce empestait la sciure et la colle qu’ils avaient utilisée le matin pour installer le nouveau plan de travail en Formica.

Son père portait un vieux Levis et un T-shirt Give Peace a Chance. Ses cheveux étaient plus longs que ceux de Fox d’une bonne vingtaine de centimètres. Lui aussi les portait en queue-de-cheval sous un bandana bleu. Il avait rasé la barbe et la moustache qui lui mangeaient le visage depuis aussi longtemps que remontaient les souvenirs de Fox. Ce dernier n’était pas encore tout à fait habitué à voir autant les traits de son père – et à y trouver une telle ressemblance avec les siens.

— Un chien s’est noyé dans la piscine des Bestler, dans Laurel Lane, lui annonça-t-il.

Brian s’arrêta de travailler et se retourna.

— Pauvre bête. On sait comment c’est arrivé ?

— Pas vraiment. C’était un caniche nain ; il a dû tomber à l’eau et n’a pas été capable de ressortir.

— Et personne ne l’a entendu aboyer ? Triste fin.

Brian posa ses outils et sourit à son fils.

— Donne-moi donc un de tes Slim Jim.

— Quels Slim Jim ?

— Ceux que tu caches dans ta poche arrière. Tu n’as pas de sac en papier à la main, et tu n’es pas parti assez longtemps pour t’enfiler une pizza ou un hot dog. Tel que je te connais, je parie que tu as acheté des Slim Jim. Donne-m’en un et ta mère ne saura jamais que nous avons avalé des sous- produits carnés et des substances chimiques. Tu sais comment ça s’appelle, mon garçon ? Du chantage.

Avec un sourire, Fox lui en tendit un. Il en avait acheté deux exprès. Le père et le fils déchirèrent l’emballage et mastiquèrent leur mini-salami en silence.

— Le plan de travail rend bien.

Brian passa la main sur la surface lisse couleur coquille d’œuf.

— C’est vrai. Je ne partage pas les goûts de Mme Larson pour les couleurs, mais c’est du bon travail. Je me demande qui va me servir d’apprenti quand tu seras à la fac.

— Ridge est le prochain sur la liste, répondit Fox, pensant à son jeune frère.

— Ridge serait incapable de retenir des mesures plus de deux minutes, et il rêvasse tellement qu’il se trancherait sans doute un doigt avec la scie circulaire. Non, dit Brian, qui haussa les épaules avec un sourire fataliste. Ce genre de boulot n’est pas pour Ridge, ni pour toi d’ailleurs.

— Je n’ai jamais dit que je n’aimais pas.

Pas à voix haute.

Son père le regarda comme cela lui arrivait parfois, avec l’air de connaître quelque mystérieux secret.

— Tu as l’œil et tu es habile de tes mains, c’est sûr. Tu seras un bon bricoleur chez toi plus tard. Mais tu ne gagneras pas ta vie avec une boîte à outils. En attendant de trouver ta vocation, va donc me jeter ces saletés.

— D’accord.

Fox rassembla les chutes de bois et autres déchets, puis traversa l’étroit jardin jusqu’à la benne que les Larson avaient louée pour la durée des travaux.

Au passage, il jeta un coup d œil au jardin voisin où jouaient des enfants. À leur vue, il se pétrifia et lâcha son chargement qui atterrit sur le sol avec fracas.

Les jeunes garçons s amusaient avec des camions, des pelles et des seaux dans un bac à sable bleu vif. Sauf que le bac n était pas rempli de sable. Les bras maculés de sang, ils poussaient leurs camions Tonka dans une gadoue sanguinolente en imitant des bruits de moteur. L’immonde magma rouge dégoulinait le long des parois du bac jusque dans l’herbe. Fox tituba en arrière.

Sur la clôture bordée d’hydrangeas qui séparait les deux jardins était accroupi le garçon qui n’en était pas un. Un rictus hideux dévoila ses dents pointues, tandis que Fox s’enfuyait à toutes jambes vers la maison.

— Papa ! Papa !

La panique qui perçait dans sa voix fit jaillir Brian de la maison.

— Que se passe-t-il ?

— Tu ne vois pas ? Regarde !

Mais alors même qu’il prononçait ces mots, l’index braqué vers le grillage, un déclic se fit dans l’esprit de Fox : ce qu’il voyait n’était pas réel.

Brian empoigna son fils par les épaules.

— Quoi donc ? Qu’est-ce que tu vois ?

Le garçon qui n’en était pas un entama une danse sautillante sur le grillage tandis qu’un torrent de flammes réduisait les hydrangeas en cendres.

— Je dois absolument voir Caleb et Gage, papa. Tout de suite !

Brian lâcha son fils sans émettre la moindre objection.

— Vas-y.

Fox traversa la maison en trombe, déboucha sur le trottoir et s’élança vers la grand-place. À sa grande horreur, la ville avait perdu son habituelle quiétude. En esprit, il la voyait dévastée par un chaos qui dépassait l’imagination.

Comme dans son rêve. Comme sept ans auparavant.

Il fit irruption dans le bowling où les compétitions d’été battaient leur plein. Le fracas des boules et des quilles renversées lui martelait le crâne tandis qu’il courait droit au comptoir de l’accueil où travaillait Caleb.

— Où est Gage ? demanda-t-il sans préambule.

— Qu’est-ce qui t’arrive ? s’étonna Caleb. Ça va ?

— Où est Gage ? répéta Fox, et les yeux gris amusés de Caleb s’assombrirent.

— Il est occupé dans la galerie de jeux. Attends...

Caleb fit signe à Gage qui les rejoignit de son pas nonchalant.

— Salut, les gonzesses. Qu’est-ce...

Son sourire narquois s’évanouit devant la mine sombre de Fox.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Il est de retour.

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a se yeux, cette nuit était magique à plus d'un titre. Ils avaient fait des choix, et trouvé leur voie.

Le reste n'était que détails.

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La douleur fut aussi soudaine que brutale, une déchirure d’une violence inouïe qui lui lacéra le cerveau, le cœur, les entrailles. Intolérable, la souffrance lui arracha un cri et, à la même seconde, elle entrevit le livre. Juste un flash et déjà il s’était évanoui, la douleur avec, la laissant faible et en proie au vertige.

— Désolée, je l’ai perdu.

Ses jambes se dérobèrent sous elle. Gage la rattrapa sous les aisselles.

— Doucement, ma belle. Cybil.

— C’est bon, je la tiens. Appuie-toi sur moi une minute, Layla. Tu as l’air d’avoir fait un mauvais trip.

— J’entendais les nuages bouger et le jardin pousser. Ça faisait comme un bourdonnement. Les fleurs bourdonnent en terre, tu te rends compte ? Bon sang, j’ai l’impression d’être...

— Défoncée ? suggéra Quinn. C’est effectivement l’impression que tu donnes.

— Ça doit être à peu près comparable. Dis donc, Fox, est-ce que tu...

Layla s’interrompit net quand elle réussit à accommoder. Il était à genoux sur les graviers trempés, flanqué de ses amis accroupis. Il y avait du sang sur sa chemise.

— Mon Dieu, que s’est-il passé ?

D’instinct, elle voulut explorer son esprit, mais se heurta à un mur. Elle trébucha jusqu’à lui, s’accroupit.

— Tu es blessé. Tu saignes du nez.

— Ça ne serait pas la première fois. Ras le bol, je venais juste de laver ce stupide sweat-shirt. Donnez- moi un peu d’air. Juste un peu d’air.

Il tira un bandana de sa poche et le pressa contre son nez, tandis qu’il s’asseyait sur les talons.

— Ramenons-le à l’intérieur, proposa Quinn, mais Fox secoua la tête, puis plaqua sa main libre contre son crâne, comme pour l’empêcher de tomber.

— Laisse-moi souffler une seconde.

— Caleb, va lui chercher de l’eau. Essayons le truc de ta mère, Fox, intervint Cybil qui se plaça derrière lui. Respire bien.

Elle localisa les points et exerça une pression.

— Dois-je te demander si tu es enceinte ?

— Le moment est mal choisi pour me faire rire. Pas la grande forme.

— Pourquoi est-ce pire pour lui que pour Quinn ? voulut savoir Layla. La réaction était censée être moins forte vu que nous étions à deux. Tu sais pourquoi, n’est-ce pas ? demanda-t-elle à Gage avec un regard féroce. Dis-le-moi.

— Étant un O’Dell, il t’aura fait un rempart de son corps et pris le coup de plein fouet. Enfin, c’est mon hypothèse. Et du fait de votre lien, le coup a été d’autant plus méchant.

Furieuse, Layla se tourna vers Fox.

— C’est vrai ? J’écoute les nuages et toi, tu t’en prends plein la figure ?

— Ton visage est plus beau que le mien. Légèrement. Tu peux te taire une minuté ? Pitié pour le blessé.

— Ne recommence plus jamais ça, compris ? Plus jamais. Promets-le-moi ou je laisse tomber.

— Je n’aime pas les ultimatums, maugréa Fox avec une lueur de colère qui perça dans son regard rendu vitreux par la douleur. En fait, ils me gonflent.

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Dans un concert de piaillements suraigus et de claquements d’ailes, la nuée d’oiseaux fondit sur eux avec la puissance d’une tornade. Fox poussa Layla dos contre le mur, puis au sol. Plaquant le visage de la jeune femme contre son torse, il l’enveloppa de ses bras et lui fit un rempart de son corps.

Une pluie de verre s’abattit autour de lui. Les crissements de pneus se mêlaient au fracas métallique des carrosseries qui se percutaient. Le martèlement de pas précipités ponctués de cris de panique lui résonnait aux oreilles. Avec une force sidérante, les corbeaux l’attaquaient en piqué, lacérant ses vêtements et transperçant son dos de leurs becs acérés. Les bruits d’impact mats et humides qu’il entendait étaient ceux des oiseaux heurtant le bitume après avoir percuté les murs et les vitres.

L’assaut ne dura guère plus d’une minute. Un enfant hurlait – une seule longue note suraiguë après l’autre.

Le souffle court, Fox se redressa un peu afin que Layla puisse voir son visage.

— Reste ici.

— Tu saignes. Fox...

— Ne bouge pas, d’accord ?

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Un crissement de pneus sur la chaussée lui fit vaguement relever le nez. Reconnaissant la voiture de Block Kholer, il jura entre ses dents avant même que ledit Block n’en descende avec un claquement de portière de sinistre augure.

— Sale petite ordure !

Block fondit sur lui, ses battoirs à viande serrés en deux poings menaçants, ses Wolverines pointure cinquante-deux battant le pavé.

« Et merde ! » se dit-il avant de lancer à voix haute :

— Laisse tomber, Block, et calme-toi.

Ils se connaissaient depuis le lycée, et l’espoir de le voir obtempérer était plutôt mince. Block était certes d’un naturel assez paisible, mais il pouvait entrer dans des colères noires et une fois remonté, malheur à celui qui tombait entre ses mains.

Bien décidé à ne pas être celui-là, Fox fit appel à son don de télépathie et parvint à esquiver le premier coup.

— Arrête, Block. Je suis l’avocat de Shelley, point final. Si ce n’était pas moi, ce serait un autre.

— À ce qu’y paraît, tu es plus que ça. Depuis combien de temps tu baises ma femme, espèce d’enfoiré ?

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