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-En dépit de ce que pourrait laisser croire la comportement de certains...

Il regarde Ava à la dérobée, et elle leva au ciel des yeux axaspérés.

-Nous ne tolérons pas la luxure.

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« — Sur une échelle de un à dix, on te mettrait au moins huit, et à moi seulement quatre. Nous ne pouvons pas sortir ensemble, c’est la société qui veut ça »

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— Que puis-je faire ?

— Continue de te battre jusqu’à ce que tu aies épuisé toutes tes chances. Et même après ça, continue, Kate !

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Qu’allais-je bien pouvoir lui dire pour le convaincre de continuer à se battre, et pas uniquement pour moi ? Rien ne me venait. Alors, après un instant qui me parut durer une éternité, je dis d’une petite voix :

— S’il te plaît, ne laisse pas tomber.

Quand il répondit enfin, il parla si bas que j’eus du mal à l’entendre.

— Je vais essayer.

— S’il te plaît, répétai-je avec plus de conviction cette fois. Après tout ce qui s’est passé… tu ne peux pas tout lâcher. Je sais qu’elle te manque, mais…

— Mais quoi ?

— Donne-moi une chance.

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Prologue

Henry détourna le regard de la jeune fille étendue sur le lit. Diana, sa meilleure amie, sa confidente, sa famille à tous points de vue, excepté celui du sang, se tenait près de lui.

— Je l’ai trouvée qui flottait dans la rivière, tôt ce matin, dit-il. Pas de témoins, pas d’empreintes de pas, rien qui indique qu’elle ne se soit pas jetée volontairement à l’eau.

— Alors, c’est probablement ce qu’elle a fait, reconnut Diana. Soit elle a paniqué, soit c’est un accident.

— Onze filles en quatre-vingts ans ! s’exclama Henry. Ne viens pas me dire que ce sont des accidents !

Diana caressa la joue déjà froide de la jeune fille et soupira :

— Avec celle-ci, nous étions tellement proches du but…

— « Celle-ci » ? Elle s’appelait Bethany, et elle avait vingt-trois ans. A présent, à cause de moi, elle ne fêtera jamais plus son anniversaire…

— Henry…, reprit Diana avec douceur. De toute façon, elle n’aurait jamais atteint ses vingt-quatre ans, tu le sais bien. Même si elle n’avait pas été l’élue.

La colère d’Henry explosa.

— Mais elle aurait dû réussir ! Je pensais…

Diana le dévisagea.

— C’est ce que nous pensions tous.

Abattu, il se laissa tomber sur une chaise. Le poids familier du chagrin. Combien d’épreuves comme celle-ci allait-il encore devoir endurer avant que le Conseil et les autres le laissent enfin en paix ?

— Nous avons encore le temps, affirma Diana avec conviction. Il nous reste encore vingt ans…

Ces mots lui firent l’effet d’un coup de poignard. Il y avait déjà eu trop de mortes. Mais Diana insista :

— Vingt ans, Henry. Tu ne peux pas renoncer maintenant.

— Vingt ans qui n’y changeront rien, répliqua-t-il.

Elle s’agenouilla devant lui pour lui saisir les mains et l’obliger à la regarder en face.

— Tu m’as promis un siècle.

— Non. Je ne laisserai plus personne mourir à cause de moi. Que comptes-tu faire ? Amener ainsi chaque année une nouvelle élue au manoir jusqu’à ce qu’il y en ait une qui réussisse ? Qui passe Noël ?

— Si c’est le prix à payer pour te sauver, oui. Elle aura le choix, tu le sais aussi bien que moi. Je la choisirai jeune, mais pas stupide.

— Le Conseil n’acceptera jamais, objecta Henry en désespoir de cause.

— Je leur ai déjà fait ma requête. J’ai leur autorisation…

Quoi ? Elle avait manigancé dans son dos ?

— Sans me consulter au préalable ?

— Je savais ce que tu dirais. S’il te plaît… Laisse-moi essayer…

Il ferma les yeux, saisi d’un terrible sentiment d’impuissance. Il n’avait plus d’échappatoire. Pas si le Conseil avait donné son accord.

— Vous ne pourrez pas obtenir de moi que je tombe amoureux d’elle.

— Ce n’est pas ce qu’on te demande.

Diana sourit et ajouta :

— Mais une surprise se produira peut-être. Je te connais, et je sais quelles erreurs j’ai commises précédemment. Je ne les réproduirai pas.

Henry s’accorda encore quelques secondes de répit et de réflexion. Après tout, songea-t-il, il ne s’agissait que de vingt ans ; il pouvait bien tenir jusque-là si cela lui permettait de ne pas blesser Diana davantage. Et, cette fois, lui non plus ne commettrait pas les mêmes erreurs.

— Cette fille sera la dernière, annonça-t-il solennellement. Si elle échoue, je renonce pour de bon.

Diana lui étreignit la main. Qu’elle ne se méprenne pas : il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour que la prochaine fille reste en vie.

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— Je veux que tu tombes amoureuse et que tu fondes ta propre famille, une famille qui te durera plus longtemps que celle que j’ai construite.

Elle me saisit la main et l’étreignit doucement.

— Trouve-toi quelqu’un de gentil et ne le laisse jamais partir, d’accord ?

J’avais la sensation d’être en train de me noyer. Envisager l’avenir sans elle était insupportable.

— Maman, je ne sais pas comment on fait tout ça !

Elle m’adressa un sourire triste.

— Au début, personne ne sait jamais, Kate. Mais tu es prête, je te le promets. J’ai fait tout ce que j’ai pu.

Elle s’interrompit un instant, le regard posé sur nos mains enlacées.

— Tu es prête, et tu vas très bien t’en sortir. Tu vas faire l’impossible, et même si tu crois que je ne serai plus à tes côtés, en réalité je serai toujours là. Je ne te quitterai jamais — n’oublie pas ça, d’accord ? Je ne te quitterai jamais… Parfois, tu auras l’impression que je suis partie, mais je serai toujours là quand tu auras besoin de moi.

(...)

— Promets-moi que tu resteras toi-même et que tu feras ce qui te rend heureuse, quoi qu’il arrive, poursuivit-elle en prenant ma main entre les siennes. Tu es destinée à de grandes choses, mon cœur, mais plus tu lutteras contre toi-même, plus ce sera difficile. Quels que soient les obstacles qui te barrent la route, rappelle-toi que tu peux tous les surmonter si tu en as la volonté. Tous, Kate…

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Chapitre 1

Eden

J'ai fêté mon dix-huitième anniversaire sur la route entre New York City et Eden, dans le Michigan, où je conduisais ma mère afin qu'elle puisse mourir comme elle le souhaitait, dans la ville qui l'avait vue naître. Mille cinq cents kilomètres de bitume que j'ai parcourus avec une unique pensée : chaque panneau que nous dépassions me rapprochait un peu plus du moment le plus terrible de ma vie.

J'ai conduit tout le trajet. Ma mère était trop épuisée pour rester éveillée bien longtemps et à plus forte raison pour prendre le volant. Il nous a fallu deux jours pour arriver au pont menant à la péninsule supérieure du Michigan.

-Kate, prends la prochaine sortie, me demanda soudain ma mère.

Je lui lançai un regard surpris, mais enclenchai néanmoins le clignotant.

-Nous ne sommes pas censées sortir de l'autoroute avant au moins cinq kilomètres, tu sais…

-Je sais, oui. Mais je voudrais te montrer quelque chose.

J'en avais assez de toute cette route et j'étais peu désireuse de rallonger encore le trajet, mais j'obtempérai. Il y avait peu de chances pour qu'elle ait une autre occasion de faire ce détour.

Nous nous engageâmes bientôt sur une route de terre bordée de pins aux silhouettes élancées et menaçantes. Aucun panneau, aucune borne kilométrique ; il n'y avait que des arbres et ce chemin qui semblait ne mener nulle part.

Au bout de huit kilomètres, je fus saisie d''une inquiétude.

-Tu es sûre que c'est la bonne route ?

-Évidemment !

Ma mère appuya son front contre la vitre de sa portière. Elle avait l'air si faible que j'en eus une nouvelle fois le cœur serré de douleur.

-Il n'y en a plus pour longtemps

Sa voix était à peine audible.

-Où va-t-on ?

-Tu verras…

Au bout de quelques kilomètres, les pins firent place à une grande haie. Elle s'étirait le long de la route, se haute et si touffue qu'il était impossible de voir ce qui se trouvait derrière. Nous dûmes parcourir encore trois kilomètres avant qu'elle dévie à angle droit, comme si elle marquait les frontières d'un territoire. Tout le temps que nous la longeâmes, ma mère la contempla à travers la vitre avec un air d'étrange contentement.

-Alors c'est ça que tu voulais me faire voir ? demandai-je sur un ton plus acerbe que je ne l'aurais voulu.

Ma mère ne releva pas.

-Bien sûr que non… Tourne à gauche, trésor.

Je lui obéis.

-J'admets que c'est joli, dis-je avec précaution pour ne pas la blesser, mais c'est juste une haie. On ferait peut-être mieux de trouver la maison et de…

-Ici ! s'exclama-t-elle avec une ferveur qui me surprit. C'est juste ici !

Je ralentis, tendant le cou, et vis enfin ce qu'elle tenait tant à me montrer. Au beau milieu de la haie se profilait un portail en fer forgé noir, et à mesure que nous nous en approchions, je le trouvais de plus en plus imposant. A vrai dire, ses dimensions était manifestement destiné à coller la frousse de sa vie à quiconque aurait été tenté de le franchir !

J'arrêtai la voiture devant et fis de mon mieux pour jeter un coup d’œil à travers ses barreaux, mais tout ce que je pus distinguer, c'étaient des arbres, et encore des arbres. Au loin, le sol semblait s'incliner en pente douce, mais j'eus beau me tordre le cou, il me fut impossible de voir ce qui se trouvait au-delà.

-C'est magnifique, tu ne trouves pas ?

Il y avait dans la voix de ma mère un enthousiasme qu'elle n'avait plus eu la force de manifester depuis longtemps. Pendant un instant, j'eus l'impression de l'entendre telle qu'elle était avant sa maladie. Elle glissa sa main dans la mienne et je l'étreignis aussi fort que je l'osai.

-C'est l'entrée su Manoir d'Eden…

-Ça a l'air… énorme, dis-je en m'efforçant, sans grand succès, de paraître enthousiaste. Tu connais ? Tu y es déjà allée ?

Au regard qu'elle m'adressa, je sentis que la réponse était tellement évidente que, même se je n'avais jamais entendu parler de cet endroit auparavant, j'aurais dû le savoir.

Un instant, elle ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, la fugace animation que j'avais vue dans son regard s'était dissipée.

-Il y a très longtemps, répondit-elle d'une voix abattue.

Je me mordis les lèvres de dépit. J'avais rompu le charme, et je m'en voulais.

-Je suis désolée, Kate. Je voulais juste le voir. On peut repartir, maintenant.

Puis elle me lâcha la main, et je remarquai soudain combien l'air qui ma caressait la paume était froid. Tout en appuyant sur la pédale d'accélérateur, je repris sa main. J'avais besoin de la toucher. Elle garda le silence et, quand je détournai un instant les yeux de la route pour la regarder, elle avait de nouveau posé la tête contre la vitre.

Nous n'avions pas parcouru un kilomètre qu'une vache surgit soudain en plein milieu de la route, à moins de cinq mètres de la voiture.

Ecrasant la pédale de frein, je donna un brusque coup de volant. La voiture partit en tête-à-queue et je me retrouvai projetée contre ma portière. Ma tête heurta la vitre, mais je réussis tant bien que mal à garder le contrôle du véhicule qui s'immobilisa dans un hurlement de pneus, évitant par miracle la rangée d'arbres en bordure de la route.

-Maman ! criai-je, paniquée.

Je la vis secouer la tête.

-Je n'ai rein, Kate… Que s'est-il passé ?

-Il y a une…

Je m'interrompis pour scruter la route. La vache avait disparu.

Interloquée, je jetai un coup d’œil dans le rétroviseur. Une silhouette était plantée au milieu de la route : un garçon brun d'à peu près mon âge, vêtu d'un manteau noir dont le vent soulevait les larges pans. Je me retournai d'un bond pour mieux le voir à travers le pare-brise arrière, mais il avait disparu.

Qu'est-ce que c'était que ça ? Agitée d'un frisson, je me frottait la tempe. Une bosse y avait poussé. Ça, au moins, c'était bien réel !

-Je ne sais pas, répondis-je d'une voix tremblante. Je pense que j'ai juste passé trop de temps au volant c'est tout… Je suis désolée.

Tout en redémarrant avec précaution, je lançai un dernier regard dans le rétroviseur ? La haie… La route déserte… D'une main, j'agrippai fermement le volant e, de l'autre, j'attrapai de nouveau celle de ma mère.

Nous n'avions pas eu la possibilité de visiter la maison avant de l'acheter, mais l'agent immobilier qui nous l'avait vendue nous avait juré ses grands dieux qu'elle était en parfait état. De toute évidence, ce crétin avait menti : le plafond de ma chambre fuyait. Et dans doute n'étions-nous pas au bout de nos mauvaises surprises…

Le premier soir, je me contentai de déballer le strict nécessaire pour la nuit, dont une casserole pour récupérer l'eau que dégoulinait du plafond. Nous n'avions pas apporté grand-chose avec nous, juste ce qui rentrait dans la voiture. Pour le reste, les meubles d'occasion que j'avais commandés avaient déjà été livrés.

Même si ma mère n'avait pas été mourante, j'aurais été malheureuse, ici. Les voisins les plus proches de la maison habitaient à plus d'un kilomètre, les seules odeurs environnantes étaient celles de la campagne, et la petite ville d'Eden ne comptait pas le moindre livreur de pizzas.

Et encore ! quand je dis « petite ville », je suis généreuse… A peine une bourgade. C'est bien simple : son nom ne figurait même pas sur la carte que j'avais utilisée pour y arriver. Dans la rue principale, longue de huit cents mètres, les magasins se résumaient – pour ce que j'en avais vu – à des commerces d'antiquités ou des épiceries. Aucune qui propose quoi que ce soit de mettable. Ni McDonald, bien sûr, ni Pizza Hut, ni Taco Bell… Rien du tout ? Juste un café-restaurant vieillot et un petit commerce qui vendait des bonbons au kilo.

-Ça te plaît ?

Ma mère était lovée dans le fauteuil à bascule installé près de son lit, la tête calée contre son oreiller préféré. Un oreiller tellement défraîchit et usé que sa couleur d'origine n'était plus qu'un lointain souvenir, mais il avait survécu à quatre années de séjours à l'hôpital et de chimiothérapies. Contre toute attente, ma mère aussi.

-La maison ? Oui, mentis-je tout en faisant son lit. Elle est… mignonne…

Ma mère sourit et me lança un regard qui signifiait qu'elle n'était pas dupe.

-Tu t'y habitueras, tu verras… Tu finiras peut-être même par l'aimer assez pour y vivre quand je serai partie.

Je pinçai les lèvres, refusant de répondre. Elle venait de déroger à la règle tacite selon laquelle il nous était interdit d'évoquer ce qui se passerait après sa mort.

-Kate…, dit-elle avec douceur.

Le fauteuil craqua. Elle s'était levée. Instinctivement, je redressai la tête, prête à passer à l'action se elle chancelait.

-Il va bien falloir qu'on en parle, un de ces jours.

La surveillant du coin de l’œil , je repliai le drap et attrapai une couette que j'étalai sur le lit, avant de m'attaquer aux oreillers.

-Oui, mais pas maintenant.

Quand ce fut fait, je m'écartai d'un pas pour que ma mère puisse se glisser dans le lit. Ses gestes, lents et douloureux, me faisaient du mal. Je détestai la voir souffrir à ce point.

-Pas encore…

Une fois installée, elle posa sur moi ses yeux rougis et fatigués.

-Bientôt, Kate…, dit-elle, presque à voix basse. S'il te plaît.

Je ne répondis rien, les larmes au bord des yeux ? Je ne parvenais pas à concevoir de vivre sans elle, et moins j'essayais, moins cela m'était douloureux.

Je déposai un baiser sur son front.

-L'infirmière de jour sera là demain matin ? Je vais faire en sorte que tout soit prêt pour l'accueillir et qu'elle sache exactement ce qu'elle aura à faire avant que je parte pour le lycée.

-Pourquoi ne resterais-tu pas ici cette nuit ? Proposa-t-elle en tapotant la place vide à côté d'elle. Tiens-moi compagnie.

J'hésitai.

-Tu as besoin de te reposer.

Elle me caressa la joue. Le bout de ses doigts était glacé.

-Je me reposerai mieux se tu es là.

Je ne pus résister à l'idée de me pelotonner contre elle comme quand j’étais enfant. La tentation était trop forte, d'autant plus que, chaque fois que je la laissais seule, je n'étais jamais certaine de la revoir vivante. Cette nuit, au moins, j'allais m'épargner cette angoisse.

-O.K.

Je me glissai à côté d'elle dans le lit en m'assurant qu'elle était assez couverte avant de remonter sur mes jambes le reste des draps. Une fois certaine qu'elle ne risquait ps d'avoir froid, je l'enveloppai de mes bras, humant son odeur si familière ? Au cours des dernières années, elle avait passé l'essentiel de son temps à l'hôpital, mais elle n'en continuait pas moins de sentir la pomme et le freesia. Elle se blottit contre moi et je fermai les yeux pour contenir mes larmes.

-Je t'aime, murmurai-je

J'avais envie de la serrer très fort, mais son corps, je le savais, était trop fragile pour le supporter.

-Moi aussi, je t'aime, Kate, répondit-elle doucement. Je serai encore là demain matin, je te le promets.

Mais un jour, quoi qu'elle en dise, elle ne serait plus capable de tenir cette promesse.

Cette nuit-là, les cauchemars se succédèrent, peuplés de vaches aux yeux rouges, de rivières de sang et d'eaux sombres qui m'engloutissaient. Je finis par m'éveiller en sursaut, le souffle court et l'esprit égaré. Repoussant les couvertures, j'épongeai mon front moite. Avais-je toujours profondément endormie à côté de moi.

J'avais passé une nuit atroce, et la journée risquait de l'être également. Je faisais ma rentrée au lycée d'Eden High parce qu'il le fallait bien, mais je n'avais absolument aucune envie de faire les efforts nécessaires à mon intégration dans un environnement nouveau. L'établissement, un bâtiment de briques, ressemblait plus à une grange surdimensionnée qu'à un établissement scolaire. Il abritait si peu d'élèves qu'il était surprenant qu'on ait pris la peine de le construire, et plus encore de la maintenir en activité. C'est ma mère qui m'avait poussée à m'y inscrire ; j'avais passé ma première année de terminale à la soigner au lieu d'aller en cours et, à présent, elle était bien décidée à s'assurer que j'aurai mon bac.

Pour bien commencer, j'arrivai au lycée avec quelques minutes de retard. Il n'y avait déjà plus personne dans le parking ni dans la cour. Ma mère avait été saisie de nausées en se réveillant, et je ne faisais pas encore confiance à l'infirmière – une femme bien en chair, aux allures de matrone, prénommée Sofia – pour prendre correctement soin d'elle. Non qu'elle m'ait semblé incompétente, mais après avoir passé l'essentiel de ces quatre dernières années à m'occuper de ma mère, je savais précisément ce qu'il fallait faire selon les circonstances et je savais le faire correctement. J'étais bien tentée de rester avec elle, mais elle avait insisté pour que j'aille en cours. La journée avait plutôt mal commencé, mais j'étais certaine que le pire restait à venir.

Au moins, me dis-je en apercevant un autre élève qui traversait le parking sur mes talons, je ne serais pas la seule à être en retard. Le garçon semblait trop jeune pour avoir le permis, et ses cheveux ébouriffés, d'un blond presque blanc, ne parvenaient pas à masquer une paire d'oreilles démesurées. A en juger par son expression réjouie, il se moquait éperdument d'être à la bourre.

Alors que j'approchais de la porte d'entrée, il se précipita et me devança pour l'ouvrir puis pour me laisser entrer. Un geste un rien désuet pour quelqu'un de ma génération qui me surprit. Dans mon ancien lycée, personne n'aurait jamais fait ça.

-Après vous, mademoiselle, me dit-il en français.

Mademoiselle ? Là, c'était un peu trop ! Je fixai mes pieds, me retenant de lui lancer un regard consterné. Inutile de me montrer malpolie dès le premier jour.

-Merci, marmonnai-je en entrant.

Puis je pressai le pas pour ne pas me trouver à sa hauteur, mais il était plus grand que moi et, avec ses longues jambes, il me rattrapa en un rien de temps. Ce que je voulais absolument éviter arriva donc : au lieu de ma dépasser, il ralentit et se mit à marcher à mes côtés.

-Je te connais ?

Tenait-il vraiment à ce que je réponde à cette question stupide ? Non, apparemment, car il ne me laissa même pas le temps d'ouvrir la bouche, avant d'ajouter :

-Je ne te connais pas.

Brillante remarque, Einstein !

-Mais je devrais te connaître…

Nous étions arrivés devant le secrétariat. Là, il pivota brusquement sur ses talons, s'interposant entre la porte et moi, et me tendit la main.

-Je m'appelle James, dit-il.

Maintenant qu'il me faisait face, je pus l'examiner à loisir. Il y avait quelque chose d'enfantin dans son visage, mais il n'était sans doute pas aussi jeune que je ne l'avais cru au premier abord. Ses traits étaient marqués, son expression plus mûre que je ne m'y attendais.

-James McDuffy. Ne ris pas, s'il te plaît, sinon je vais être obligé de te détester.

J'affichai un petit sourire forcé et serrai la main qu'il me tendait.

-Kate Winters.

Il me regarda avec attention, l'air un peu niais. Quelques secondes s'écoulèrent ainsi et je restais là, me balançant maladroitement d'une jambe sur l'autre.

-Euh… tu pourrais peut-être…, fis-je en désignant du regard ma main qu'il tenait toujours.

-Quoi ? Oh… pardon !

Il me lâcha et ouvrit la porte du secrétariat, qu'il tint de nouveau ouverte pour me laisser passer.

-Après toi, Kate Winters…

Mon sac serré sur le ventre, j'entrai dans le bureau, où je trouvai une femme vêtue de bleu des pieds à la tête et dotée d'une extraordinaire chevelure auburn. J'aurais tout donné pour avoir la même.

-Bonjour, je suis…

-Kate Winters, m'interrompit James en venant se poster à côté de moi.

La secrétaire émit un son qui tenait à la fois du rire et du soupir.

-C'est quoi, ton excuse, cette fois James ?

-Un pneu crevé.

Puis il précisa, avec un grand sourire :

-J'ai dû le changer moi-même.

La femme griffonna quelques mots sur un bloc de formulaires roses puis en déchira une page qu'elle lui tendit.

-Tu viens à pied.

-Ah bon ?

Le sourire de James s'élargit encore.

-Vous savez, Irène, si vous continuez à mettre ma parole en doute, je vais penser que vous ne m'aimez plus. On se voit demain ? A la même heure ?

Elle étouffa un rire, et James disparut. Au lieu de le suivre du regard, je gardai obstinément les yeux rivés sur une annonce scotchée sur le comptoir : les photos de classe auraient lieu dans trois semaines.

-Katherine Winters, dit la femme – Irène, donc — quand la porte du bureau se fut refermée. Nous t'attendions.

Elle s'absorba dans un dossier, et je restait là, mal à l'aise, cherchant désespérément quelque chose à dire. Je n'étais pas très douée pour les discours mais, au moins, je pouvais tenir une conversation. Enfin, quelquefois…

-Vous avez un joli prénom.

Elle me considéra un instant, ses sourcils parfaitement épilés arqués dans une expression amusée.

-Tu trouves ? Je suis contente qu'il te plaise. Personnellement, je l'aime bien aussi. Ah, voici ce que je cherchais !

Extrayant une feuille du dossier, elle me la tendit.

-Ton emploi du temps, ainsi qu'un plan su lycée.

Tu ne devrais pas avoir de mal à te repérer. Il y a des codes couleurs dans tous le couloirs, et si tu te perds, n'hésite pas à demander ton chemin. Tout le monde est plutôt gentil, par ici.

Hochant la tête, je jetai un coup d’œil à mon emploi du temps pour voir quel était mon premier cours. Maths. Génial.

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Je t'aime tellement que je ne sais pas comment te le dire. Je t'aime tellement que j'ai peur que les mots soient incapables d'exprimer ce que je ressens vraiment.

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Kate & Henri - Noël

- Je resterai dans ma chambre à deux conditions, répondis-je sèchement. Premièrement, quand la fouille du manoir sera terminée, tu laisseras tout le monde se rendre au repas de Noël. Je pense qu'il reste largement assez de temps pour faire les deux.

Avec une moue réticente, Henry hocha la tête.

- D'accord. Et ta seconde condition?

J'hésitai. S'il rejetait ma proposition, je perdais beaucoup plus qu'une agréable soirée, mais il fallait que j'essaie.

- Deuxièmement, tu passes la soirée avec moi. Et tu arrêtes de faire la tête, parce que ça commence à me porter sur le système!

Il ne répondit pas tout de suite. Puis, après quelques instants de silence, il se contenta se hocher de nouveau la tête. Pendant une fraction de seconde, il me sembla voir sur ses lèvres l'ombre d'un sourire.

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— Henry ? N’interprète pas mal ce que je vais te dire, mais…

Je le vis se tendre et, aussitôt, je me sentis coupable. Je fis de mon mieux pour masquer mon malaise derrière un regard que je voulais rassurant, et un tantinet aguicheur.

— Laisse-moi finir. N’interprète pas mal mes paroles, mais comme c’est Noël… est-ce que tu voudrais passer la nuit avec moi ?

Il cilla, apparemment sidéré par mon audace, et je ’empressais de secouer la tête, les joues rouges de confusion, pour dissiper le malentendu que mes propos ne manquaient pas d’induire.

— En fait, je ne te parle pas de ça. Ça, il faut le mériter, et ça te coûtera plus qu’une photo.

Cette pauvre tentative d’humour parvint à briser la tension, juste assez pour qu’il me décoche un sourire contrit. Je poursuivis bravement :

— Mais… tu peux rester ici cette nuit, quand même…

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