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"L'adulte apprend à l'enfant à ne plus craindre la nuit et l'enfant apprend à l'adulte à ne plus craindre le jour."

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Autrefois, Jean-Philippe était impatient, emporté, intransigeant. À cette époque, il cochait toutes les cases des mauvais travers burnés. Chez lui, il voulait régner en maître. Dans le salon familial, point de table ronde. Car comment trôner, avec une table ronde ? Dans les conversations, il ne cherchait pas à discuter. Il cherchait à avoir raison. Même sans raison. Il aimait faire du bruit. Il imposait sa présence en faisant tout claquer, les portes comme les placards, marquage sonore de territoire, pisse symbolique et ô combien animale, archaïsme persistant, résurgence d’une ère préhistorique qui faisait alors douter Romane de l’évolution réelle de la civilisation…

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— PAPA !

Romane serra son père dans ses bras et sentit son corps se décontracter.

— Alors, comment tu as trouvé ?

— Tu as été très bien ! Je suis fier de toi.

Elle lui sourit, contente. Le flot des participants s’écoulait lentement vers la sortie. Des gens l’arrêtaient encore ici et là pour la féliciter ou lui poser des questions. Un journaliste l’interpella :

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Malgré tout, elle le trouva beau. Des cheveux brun foncé aux reflets noirs, suffisamment longs pour laisser miroiter leur texture soyeuse et dans lesquels, mille fois, elle s’était imaginé passer les doigts. Un visage harmonieux, aux mâchoires volontaires, crispées en cet instant par la tension nerveuse. Et enfin ces yeux étonnants, marron glacé, brillants d’un éclat particulier, qui avaient le don de vous figer sur place.

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Clémence entendit la porte du bureau de Maximilien claquer lourdement. Ouh là là, ça va barder, se dit-elle. Elle commençait à bien connaître Maximilien Vogue et elle savait qu’une telle altercation le mettrait d’une humeur massacrante. À pas feutrés, la jeune femme contourna son bureau pour aller s’asseoir et tenter de retrouver son calme. Ses mains tremblaient légèrement tandis qu’elle rangeait dans le tiroir des dossiers « spéciaux ». Le bon-pour-accord du gros client italien attendrait. Monsieur Vogue ne serait sûrement pas disposé à avoir dans l’immédiat la moindre conversation, fût-elle annonciatrice d’une bonne nouvelle… Clémence verrouilla le tiroir sensible et remit la petite clé dans son pot à crayons, sa cachette secrète. Puis, l’esprit ailleurs, elle essaya de s’immerger dans le traitement des courriels qui arrivaient en flot incessant. La sonnerie insistante de l’interphone la fit violemment sursauter. C’était lui.

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Elle s’approcha du bureau de Maximilien et se figea en entendant les éclats d’une conversation houleuse percer la porte. Visiblement, ce n’était pas le moment d’intervenir. Clémence décida de se replier dans son bureau, séparé de celui de Maximilien par une simple paroi… Elle ferma sa porte ainsi que les stores pour jouir d’une parfaite intimité et put alors tranquillement coller son oreille contre la cloison pour écouter la conversation. Au diable les scrupules.

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CINQ ANS QUE CLÉMENCE était au service de Maximilien Vogue, directeur général de l’empire Cosmetics & Co. Mais travailler auprès de cet homme, c’était comme pour les vies de chien, ça multipliait le temps par sept… À ceci près que son sort lui convenait tout à fait. « Assistante personnelle », comprendre : bras droit. Même si, dans le principe, c’étaient plutôt plusieurs bras ; Shiva aurait dû être son deuxième prénom. Mais peu lui importait. Clémence adorait se sentir indispensable. Elle n’aurait pas fait ça pour tout le monde, mais pour Maximilien, elle aurait grimpé l’Himalaya. Elle souriait en longeant les couloirs de l’entreprise, pressée d’aller lui apporter la bonne nouvelle : elle venait de recevoir le bon-pour-accord pour une commande de la plus haute importance, un marché que Cosmetics & Co avait remporté de haute lutte. Elle avait regardé Maximilien manœuvrer au fil des semaines et n’avait pu s’empêcher d’admirer une fois encore son incroyable habileté à se couler dans la psychologie de sa cible pour mieux séduire et convaincre… Quand son patron jetait son dévolu sur un client potentiel, plus rien ne pouvait le détourner de son objectif et il s’y accrochait comme un bouledogue féroce, tout en avançant avec le magnétisme d’une panthère noire… Elle repensait à toutes ces soirées où elle était restée pour le soutenir et à l’étrange complicité qui s’était installée entre eux. Clémence goûtait alors le calme apaisant des bureaux vides après l’effervescence presque hystérique de la journée, et savourait de l’avoir un moment pour elle toute seule… N’ayant ni mari ni enfants, elle reculait toujours l’instant de rentrer chez elle : sa vie était ici, entre ces murs… Et si possible, au plus près de cet homme qui la fascinait. Certains soirs où Maximilien Vogue estimait qu’ils avaient bien travaillé, il lui arrivait de lui proposer un verre. Il sortait alors de sa réserve secrète un grand cru de Bordeaux qu’ils sirotaient lentement. Elle le voyait enfin se détendre et déposer, un fugitif instant, son masque de fer. Pour montrer un visage que peu de gens avaient le privilège de connaître !

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Son père. Ils étaient devenus tellement proches… Qui l’eut cru ? Lui qui autrefois raflait toutes les palmes de la burnerie… Aujourd’hui, il avait bien changé et s’investissait comme personne dans l’entreprise, aux côtés de Romane. La jeune femme était contente qu’il puisse être présent pour la soutenir lors de sa conférence. Elle s’appuyait beaucoup sur lui ces derniers mois, il est vrai. Depuis son divorce un an et demi plus tôt, il était redevenu un pilier dans sa vie. Le savoir là l’aiderait à dépasser son trac tout à l’heure devant le public. Romane poussa un soupir de soulagement à cette idée tandis qu’elle pénétrait dans le fast-food. Heureusement, à cette heure, il n’y avait pas trop de monde.

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Devant le miroir, Romane répétait son texte pour se rassurer tout en se maquillant pour la circonstance. Elle n’aimait pas le clinquant, aussi avait-elle appris auprès d’une professionnelle à mettre son visage en lumière sans abuser d’artifices trop voyants… Elle tenait ses yeux couleur vert d’eau de son père aux origines lituaniennes. Sa mère, quant à elle, lui avait transmis toute la grâce de sa lignée vénitienne. Ce choc des cultures avait marqué la personnalité de Romane d’une irrémédiable dualité. Elle pouvait être aussi expansive que réservée, aussi sauvage que sociable, aussi douce qu’implacable. Il n’était pas à la portée du premier venu de composer avec ces contradictions. Peter Gardener en avait fait les frais et leur mariage s’était soldé par un échec en moins de deux ans. Romane n’avait gardé de cette expérience maritale que le nom de famille, et avait depuis lors laissé sa vie sentimentale en friche, préférant se consacrer corps et âme au développement de son entreprise.

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14 h 30. Les minutes ne faisaient jamais de quartier en pareil cas et s’égrenaient impitoyablement. Pas de temps à perdre. Romane bondit hors de son lit et chassa d’une main preste les signes de sieste sur son visage. Elle noua rapidement ses longs cheveux bouclés bruns en un chignon sauvage dans lequel elle planta le premier crayon venu en guise de peigne. Son négligé tomba à ses pieds sans résistance tandis qu’elle pénétrait dans la cabine de douche. Le pommeau eut tout loisir d’observer les courbes franches de ce joli corps vallonné de trentenaire sportive et ses chromes auraient probablement rougi s’il avait eu forme humaine.

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