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« Le livre de l’intranquillité » fait partie de ces ouvrages qui se vivent plus qu’ils ne se racontent. Ni les quatrièmes de couverture, ni les critiques ne pourront se targuer de transmettre justement au « néo-lecteur » la foule d’impressions vagues et de contradictions que la plume de Pessoa vient éveiller. Pourtant, j’ai envie d’essayer d’en parler, ne serait-ce que pour fixer dans ma mémoire cette pluie d’émotions qui m’a traversée pendant ma lecture.

Et ce fut une lecture ardue ! C’est sans conteste un des ouvrages les plus complexes qu’il m’ait été donné de lire dans ma courte carrière de lectrice. La lecture est douloureuse. Tant à cause du fond que de la forme. Ici, pas d’histoire au sens romanesque du terme : pas d’action, pas de rebondissements ni même de chapitres. « Le livre de l’intranquillité » est avant tout une mosaïque de fragments. Ces fragments, ce sont ceux qui dessinent le paysage intérieur du narrateur, Bernardo Soares. On se perd, pour le meilleur et pour le pire, dans le dédale de sa psyché.

Les points de convergence de ces mille et une réflexions ? En premier lieu, l’absurdité du monde. Mais aussi l’insatisfaction chronique, la perte de soi-même, l’impossibilité de la relation à autrui, la fuite du temps, ou encore l’impuissance créatrice. En émerge une philosophie atypique, qui place le renoncement au centre de tout et promeut la fuite dans le rêve et en soi-même, seul moyen d’échapper aux tourments d’une pensée qui marche dans sa cage sans jamais s’arrêter. Le narrateur cultive son jardin intérieur, car il constitue la seule réalité qui ait du sens à ses yeux.

C’est si beau. A titre personnel, je hais le défaitisme. J’ai été de nombreuses fois en désaccord avec le narrateur. Mais comment ne pas comprendre son ressenti ? Pendant les 100 premières pages du livre, je me suis spontanément identifiée à lui tant mon ressenti était en adéquation parfaite avec le sien. Malgré les nombreux points de divergence de nos philosophies, je ne peux m’empêcher d’éprouver une esquisse d’empathie pour lui. Bernardo Soares, c’est un peu le reflet de cette menace qui nous guette tous : un détachement complet du monde, qui mène au point de non-retour. A savoir, un auto-bannissement du monde des Hommes et un exil intérieur perpétuel. Le narrateur pense trouver ainsi la véritable liberté, mais la liberté est-elle encore chérissable si c’est une liberté sans but ni certitude ?

Au-delà de ça, cette production artistique est une perle dans le choix des mots, la pertinence des images et l’articulation poétique des phrases. Stylistiquement parlant, c’est un véritable choc. Quelle puissance, quelle habileté dans l’art d’aligner les perles sur un fil… On n’en ressort ni indifférent, ni indemne, mais comme abîmé.

Ce livre - ou plutôt « non-livre » comme il est souvent très justement nommé – avec ces quelques 560 pages en grand format, a mobilité mon esprit pendant plus d’un mois et demi. Un véritable voyage, de ceux qui marquent une vie !

Je crois qu’il mérite amplement le titre de chef d’œuvre.

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