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Extrait ajouté par Lilinie 2011-09-25T21:24:01+02:00

Prologue

CAMP DE CONCENTRATION DE MAUTHAUSEN,

AUTRICHE

10 AVRIL 1945

Tous les prisonniers l'appelaient Ourho, « l'Oreille », parce qu'il était le seul Russe du baraquement 8 à parler l'allemand. Jamais personne ne lui donnait son véritable nom, Karol Borya. Le sobriquet d'Ourho lui avait été attribué dès son arrivée au camp, l'année précédente. Une distinction dont il était très fier. Symbole d'une responsabilité qu'il prenait très à cœur.

« Tu entends quelque chose ? » chuchota l'un des prisonniers, dans le noir.

Blotti contre la fenêtre, il respirait à petits coups. Les bouffées de vapeur sortant de ses poumons brouillaient peu à peu la vitre glacée.

« Ils ont encore envie de s'amuser ? » ajouta un autre prisonnier.

Deux nuits auparavant, les gardes étaient venus chercher un Russe du baraquement 8. Un fantassin de Rostov, sur la mer Noire, entré récemment à Mauthausen. Le staccato d'une rafale de mitraillette avait fait taire, à l'approche du matin, les cris que lui arrachait la torture. Comme de coutume, la vue du corps ensanglanté, pendu près du grand portail, avait étouffé dans l'œuf toute improbable velléité de révolte.

Ourho se détourna brièvement de son poste de guet.

« Ta gueule ? Avec ce vent, je comprends pas ce qu'ils disent. »

Superposées par trois, infestées de poux, les couchettes offraient à chaque prisonnier moins d'un mètre carré d'espace. Et cent regards fiévreux ne quittaient pas la nuque de l'observateur.

Tous attendaient la traduction des paroles gutturales qui se succédaient, là-dehors. Aucun ne bougeait. Les atrocités de Mauthausen avaient tout détruit en eux. Même la peur.

Brusquement, Ourho s'écarta de la fenêtre.

« Les voilà ! »

Un instant plus tard, la porte s'ouvrit violemment. L'air glacial de la nuit s'engouffra à la suite du sergent Humer, chef du baraquement 8.

« Achtung ! »

Claus Humer était Schutzstaffel, SS. Deux autres SS se tenaient derrière lui. Tous les gardes de Mauthausen étaient des SS. Humer ne portait aucune arme. Jamais. Sa stature colossale, ses bras énormes, lui assuraient toute la protection nécessaire.

« On demande des volontaires ? Toi, toi, toi et toi ? »

Y compris Borya. Que se passait-il ? En principe, on mourait peu la nuit. La cellule de mort restait inemployée. Il fallait bien évacuer le gaz des précédentes exécutions et laver le carrelage à grande eau, en vue des prochaines. La nuit, les gardes restaient dans leur casernement, groupés autour des poêles garnis du bois de chauffage que les prisonniers abattaient dans la journée. Quant aux toubibs et à leurs assistants, ils puisaient dans le sommeil l'énergie nécessaire à leurs expériences journalières. Sur animaux et cobayes humains.

Humer regardait fixement Borya.

« Tu comprends tout ce que je dis, pas vrai ? »

L'interpellé s'abstint de répondre. Une année de terreur lui avait enseigné la valeur du silence.

« Rien à dire ? Bravo ? Contente-toi de piger. Et de fermer ta gueule. »

Un autre garde contourna le sergent, les bras chargés de quatre vieux manteaux de laine.

« Des manteaux ? » s'étonna l'un des Russes.

Aucun prisonnier ne disposait d'un manteau. Chacun d'eux touchait, à son arrivée, une chemise de treillis et un pantalon en lambeaux, aussi sales l'une que l'autre. Vêtements récupérés sur des morts et redistribués aux nouveaux arrivants. Tels quels. Puants et de plus en plus crasseux.

Le garde jeta les manteaux par terre. Humer ordonna, en allemand :

« Mäntel anziehen ! »

Borya s'empara d'une des capotes verdâtres.

« Le sergent nous dit de les enfiler. »

Les trois autres volontaires désignés suivirent son exemple.

La laine rugueuse lui irritait la peau, mais c'était bon quand même. Il y avait une éternité qu'il n'avait pas eu aussi chaud.

« Dehors ? » aboya Humer.

Les trois Russes regardèrent Borya, qui leur indiqua la porte. Tous sortirent dans la nuit.

Humer les conduisit, à travers neige et glace, jusqu'au terrain d'exercice. Le vent qui hurlait entre les baraquements charriait des lames de rasoir. Quatre-vingt mille détenus s'entassaient dans ces sommaires constructions de bois. Plus de monde qu'il n'y en avait eu dans toute la province natale de Borya, en Biélorussie. Un coin de pays qu'il doutait de jamais revoir. Le temps ne signifiait pratiquement plus rien, mais pour sa santé mentale, il essayait tout de même d'en conserver le sens. On était à fin mars. Non. Au début d'avril. Et il gelait toujours. Pourquoi ne pas se laisser mourir tout bonnement ? Ou se faire tuer, comme des centaines d'autres chaque jour ? Son destin était-il de survivre à cet enfer ?

Et pour quelle raison ?

Sur le terrain, Humer tourna à gauche, marchant à grands pas vers un vaste espace découvert bordé de baraquements sur l'un de ses côtés. De l'autre côté, s'alignaient la cuisine, la prison et l'infirmerie du camp. Au bout, trônait le rouleau compresseur, une tonne d'acier chargée de tasser la terre meuble, jour après jour. Borya ne put s'empêcher de souhaiter que leur tâche nocturne n'eût rien à voir avec cette corvée.

Humer s'arrêta devant quatre gros poteaux plantés côte à côte.

Deux jours plus tôt, une équipe de dix prisonniers, dont Borya, avait été conduite dans la forêt environnante. Ils avaient abattu quatre peupliers. En tombant, l'un d'eux avait blessé un prisonnier qu'un des gardes avait achevé sur-le-champ d'une balle dans la tête. Ébranchés et équarris, transformés en poteaux, les troncs avaient été transportés au camp et solidement enfoncés dans la terre. Placés sous la garde de deux hommes armés, dans la lumière intense de plusieurs projecteurs, ils étaient restés inutilisés depuis l'avant-veille.

« Attendez ici », commanda Humer.

Le sergent monta lourdement quelques marches et disparut à l'intérieur de la prison. Par la porte ouverte, s'étira un long rectangle de lumière jaune. Un instant plus tard, quatre hommes nus furent poussés au bas des marches de bois. Leur tête blonde n'était pas rasée comme celle des Russes, des Polonais et des juifs qui constituaient la majorité des hôtes de Mauthausen. Aucun signe de carence musculaire ni d'épuisement, non plus. Pas de regards apathiques ni d'yeux profondément enfoncés dans leurs orbites. Pas d'œdèmes enflant des corps émaciés. Ces hommes étaient robustes. Des soldats allemands. Borya en avait déjà croisé de cette sorte. Visages de granit, sans émotion perceptible. Glacés comme la nuit.

Ils marchaient droit, le regard défiant, les bras le long du corps. Comme s'ils ne ressentaient aucunement la morsure de ce froid effroyable dont leur peau très blanche subissait l'impact. Humer, qui les suivait, leur désigna les quatre poteaux.

« Là ! Pas ailleurs ! »

Les quatre Allemands obéirent. Le sergent jeta sur le sol quatre cordes soigneusement lovées.

« Attachez-les aux poteaux. »

Les trois compagnons de Borya le consultèrent du regard. Il ramassa les quatre cordes qu'il répartit entre eux, avec les explications nécessaires. Ils entreprirent d'attacher les quatre Allemands qui se tenaient au garde-à-vous, adossés aux troncs de peuplier grossièrement aplanis. Quel crime avait pu leur valoir cette sanction démentielle ?. La tâche répugnait si visiblement à Borya que le sergent rugit, à pleine gorge

« Serrez bien, nom de Dieu ? Ou gare ? »

Tous tirèrent plus fort sur le chanvre râpeux qui écorchait les poitrines dénudées. Borya observait sa victime dont le visage ne trahissait aucune crainte. Tandis que Humer s'occupait des trois autres, Borya en profita pour chuchoter, en allemand :

« Qu'est-ce que vous avez fait, tous les quatre ? »

Pas de réponse.

En doublant le dernier nœud, Borya murmura :

« Même nous, ils ne nous traitent pas comme ça.

— C'est un honneur de tenir tête à son tortionnaire », riposta l'Allemand, à mi-voix.

Bien vrai ! songea Borya.

Humer ordonna aux quatre Russes de s'écarter du milieu. Ils s'éloignèrent de quelques pas, dans la neige fraîche. Afin de lutter contre le froid, Borya fourra ses deux mains sous ses aisselles, en se balançant d'un pied sur l'autre. Le manteau était merveilleux. La première sensation de chaleur qu'il eût connue depuis son arrivée au camp. Le jour où son identité lui avait été confisquée, remplacée par le nombre 10 901 tatoué sur son bras droit. Plus un triangle cousu sur sa chemise, à gauche, correspondant à sa nationalité russe. La couleur était importante. Rouge pour les prisonniers politiques. Verte pour les criminels. Jaune pour l'étoile de David réservée aux juifs. Noir et marron pour les prisonniers de guerre.

Humer semblait attendre quelque chose.

Puis d'autres lampes à arc illuminèrent le terrain jusqu'au portail principal. La route menant à la carrière, de l'autre côté de l'enceinte barbelée, s'estompa dans l'obscurité. Aucune lumière dans le bâtiment du quartier général. Borya regarda s'ouvrir le portail devant le visiteur attendu. L'homme portait un manteau doublé d'une fourrure qui lui descendait jusqu'aux genoux. Où commençait un pantalon clair que complétait une paire de bottes cavalières de teinte fauve. Un képi d'officier complétait sa tenue.

Il marchait d'un pas résolu, grosses cuisses et jambes arquées supportant une brioche proéminente. La lumière révélait un nez pointu et des yeux clairs. Un visage plutôt agréable.

Et tellement connu.

Ancien commandant de l'escadron Richthofen, commandant des Forces aériennes allemandes ; numéro un du Parlement allemand, Premier ministre de Prusse, président du Conseil d'État prussien, grand maître des Forêts et du Gibier, président du Conseil de défense et maréchal du Grand Reich. Le successeur élu du Führer.

Hermann Goering.

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Extrait ajouté par Laurine-25 2019-11-11T17:51:08+01:00

La juge Rachel Cutler regarda par-dessus la monture de ses lunettes. L’avocat s’était trompé de nouveau, et cette fois il n’allait pas s’en tirer aussi facilement. « Pardonnez-moi, maître. – J’ai dit que le défendeur invoquait une erreur judiciaire. – Non. Avant cela, qu’avez-vous dit ? – J’ai dit "Oui, monsieur le juge". – Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, je ne suis pas un monsieur. – Exact, Votre Honneur. Je vous présente mes excuses. – Vous l’avez dit quatre fois ce matin. J’en ai pris note. » L’avocat haussa les épaules. « Il s’agit d’un détail sans importance. Pourquoi Votre Honneur a-t-elle pris le temps de noter une simple inadvertance de ma part ? » L’insolent salopard allait jusqu’à sourire. Rachel se redressa sur son siège et le toisa du regard. Puis elle se rendit compte de ce que T. Marcus Nettles était en train de faire et se tu

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Extrait ajouté par Caroline 2013-04-14T17:23:24+02:00

"- Ils ont révélé quelque chose ?

- Rien. Juste gueulé Mein Führer jusqu'à mourir de froid. Leurs visages gelés reviennent souvent dans mes cauchemars. Étrange, Herr Knoll, mais d'une certaine façon, je dois la vie à un Allemand.

- Comment cela ?

- Si l'un des quatre avait parlé, Goering m'aurait fait exécuter sur place. "

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Extrait ajouté par ricou 2013-02-04T12:30:40+01:00

Loring se planta au centre de l'espace disponible .

" C'est très simple, ma chère. La plus grande partie de ce que vous voyez ne consiste pas en reproductions.

Ce sont les pièces originales.

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