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Le Neveu de Rameau



Description ajoutée par Hillja 2018-08-13T18:58:35+02:00

Résumé

Ce dialogue, qui est presque un roman, Diderot l'écrit au sommet de son art, à près de soixante ans, et le revoit encore dix ans plus tard. Il met aux prises deux personnages seulement, « Moi », et le Neveu. Ce personnage se dédouble sans cesse : qu'est-ce qu'un homme qui prétend ne pas avoir de conscience, ne pas avoir d'unité, mais qui a en même temps une sensibilité esthétique, celle d'un musicien averti ? Diderot mêle la grosse plaisanterie, les motifs et les sujets les plus divers, la lutte contre les adversaires des philosophes, dans cette mise en scène d'une conversation sans fin. Le Neveu pose des questions importantes, et soudain, pour notre amusement, l'argumentation déraille. « Moi » est fasciné par ce bouffon sublime. Ainsi va cet enchaînement de numéros, de pantomimes, cette fausse pièce, ce faux roman, où l'auteur a mis, sous une allure burlesque, toute sa vie, tout son cœur et tout son esprit.

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Classement en biblio - 148 lecteurs

Extrait

Extrait ajouté par Biquet 2011-10-28T00:17:20+02:00

_Vertumnis, quotquot sunt, natus iniquis _(Horat., Lib. II, Satyr. VII)

Qu'il fasse beau, qu'il fasse laid, c'est mon habitude d'aller sur les cinq heures du soir me promener au Palais-Royal. C'est moi qu'on voit, toujours seul, rêvant sur le banc d'Argenson. Je m'entretiens avec moi-même de politique, d'amour, de goût ou de philosophie. J'abandonne mon esprit à tout son libertinage. Je le laisse maître de suivre la première idée sage ou folle qui se présente, comme on voit dans l'allée de Foy nos jeunes dissolus marcher sur les pas d'une courtisane à l'air éventé, au visage riant, à l'oeil vif, au nez retroussé, quitter celle-ci pour une autre, les attaquant toutes et ne s'attachant à aucune. Mes pensées, ce sont mes catins. Si le temps est trop froid, ou trop pluvieux, je me réfugie au café de la Régence ; là je m'amuse à voir jouer aux échecs. Paris est l'endroit du monde, et le café de la Régence est l'endroit de Paris où l'on joue le mieux à ce jeu. C'est chez Rey que font assaut Légal le profond, Philidor le subtil, le solide Mayot, qu'on voit les coups les plus surprenants, et qu'on entend les plus mauvais propos ; car si l'on peut être homme d'esprit et grand joueur d'échecs, comme Légal ; on peut être aussi un grand joueur d'échecs, et un sot, comme Foubert et Mayot. Un après- dîner, j'étais là, regardant beaucoup, parlant peu, et écoutant le moins que je pouvais ; lorsque je fus abordé par un des plus bizarres personnages de ce pays où Dieu n'en a pas laissé manquer. C'est un composé de hauteur et de bassesse, de bon sens et de déraison. Il faut que les notions de l'honnête et du déshonnête soient bien étrangement brouillées dans sa tête ; car il montre ce que la nature lui a donné de bonnes qualités, sans ostentation, et ce qu'il en a reçu de mauvaises, sans pudeur. Au reste il est doué d'une organisation forte, d'une chaleur d'imagination singulière, et d'une vigueur de poumons peu commune. Si vous le rencontrez jamais et que son originalité ne vous arrête pas ; ou vous mettrez vos doigts dans vos oreilles, ou vous vous enfuirez. Dieux, quels terribles poumons. Rien ne dissembleplus de lui que lui-même. Quelquefois, il est maigre et hâve, comme un malade au dernier degré de la consomption ; on compterait ses dents à travers ses joues. On dirait qu'il a passé plusieurs jours sans manger, ou qu'il sort de la Trappe. Le mois suivant, il est gras et replet, comme s'il n'avait pas quitté la table d'un financier, ou qu'il eût été renfermé dans un couvent de Bernardins. Aujourd'hui, en linge sale, en culotte déchirée, couvert de lambeaux, presque sans souliers, il va la tête basse, il se dérobe, on serait tenté de l'appeler, pour lui donner l'aumône. Demain, poudré, chaussé, frisé, bien vêtu, il marche la tête haute, il se montre et vous le prendriez au peu prés pour un honnête homme. Il vit au jour la journée. Triste ou gai, selon les circonstances. Son premier soin, le matin, quand il est levé, est de savoir où il dînera ; après dîner, il pense où il ira souper. La nuit amène aussi son inquiétude. Ou il regagne, à pied, un petit grenier qu'il habite, à moins que l'hôtesse ennuyée d'attendre son loyer, ne lui en ait redemandé la clef ; ou il se rabat dans une taverne du faubourg où il attend le jour, entre un morceau de pain et un pot de bière. Quand il n'a pas six sols dans sa poche, ce qui lui arrive quelquefois, il a recours soit à un fiacre de ses amis, soit au cocher d'un grand seigneur qui lui donne un lit sur de la paille, à côté de ses chevaux. Le matin, il a encore une partie de son matelas dans ses cheveux. Si la saison est douce, il arpente toute la nuit, le Cours ou les Champs-Élysées. Il reparaît avec le jour, à la ville, habillé de la veille pour le lendemain, et du lendemain quelquefois pour le reste de la semaine. Je n'estime pas ces originaux-là. D'autres en font leurs connaissances familières, même leurs amis. Ils m'arrêtent une fois l'an, quand je les rencontre, parce que leur caractère tranche avec celui des autres, et qu'ils rompent cette fastidieuse uniformité que notre éducation, nos conventions de société, nos bienséances d'usage ont introduite. S'il en paraît un dans une compagnie ; c'est un grain de levain qui fermente qui restitue à chacun une portion de son individualité naturelle. Il secoue, il agite ; il fait approuver ou blâmer ; il fait sortir la vérité ; il fait connaître les gens de bien ; il démasque les coquins ; c'est alors que l'homme de bon sens écoute, et démêle son monde. Je connaissais celui-ci de longue main. Il fréquentait dans une maison dont son talent lui avait ouvert la porte. Il y avait une fille unique. Il jurait au père et à la mère qu'il épouserait leur fille. Ceux-ci haussaient les épaules, lui riaient au nez ; lui disaient qu'il était fou, et je vis le moment que la chose était faite. Il m'empruntait quelques écus que je lui donnais. Il s'était introduit, je ne sais comment, dans quelques maisons honnêtes, où il avait son couvert, mais à la condition qu'il ne parlerait pas, sans en avoir obtenu la permission. Il se taisait, et mangeait de rage. Il était excellent à voir dans cette contrainte. S'il lui prenait envie de manquer au traité, et qu'il ouvrit la bouche ; au premier mot, tous les convives s'écriaient, ô Rameau ! Alors la fureur étincelait dans ses yeux, et il se remettait à manger avec plus de rage. Vous étiez curieux de savoir le nom de l'homme, et vous le savez. C'est le neveu de ce musicien célèbre qui nous a délivrés du plain-chant de Lulli que nous psalmodions depuis plus de cent ans ; qui a tant écrit de visions inintelligibles et de vérités apocalyptiques sur la théorie de la musique, où ni lui ni personne n'entendit jamais rien, et de qui nous avons un certain nombre d'opéras où il y a de l'harmonie, des bouts de chants, des idées décousues, du fracas, des vols, des triomphes, des lances, des gloires, des murmures, des victoires à perte d'haleine ; des airs de danse qui dureront éternellement, et qui, après avoir enterré le Florentin sera enterré par les virtuoses italiens, ce qu'il pressentait et le rendait sombre, triste, hargneux ; car personne n'a autant d'humeur, pas même une jolie femme qui se lève avec un bouton sur le nez, qu'un auteur menacé de survivre à sa réputation ; témoins Marivaux et Crébillon le fils.

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par Ledesignerdu29 2019-04-26T13:31:45+02:00
Lu aussi

Un bon ouvrage dans lequel je ne suis pas rentré mais je ne saurais dire pourquoi.

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Commentaire ajouté par ab0428 2019-02-10T12:28:19+01:00
Lu aussi

Je ne suis pas très fan de ce genre de livre, trop long et trop prise de tête néanmoins celui-là m'a plutôt plu.

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Commentaire ajouté par Miaouss 2017-07-12T02:26:11+02:00
Lu aussi

Je poursuis mes lectures avec un classique. Je ne connais que très peu Denis Diderot, alors pour une première rencontre c'était plutôt moyen.

Je n'arrive pas à cerner les 2 personnages principaux, et comme il n'y a que eux, ça a contribué à ma perte d'attention. L'intrigue ne m'intéresse que très peu, ça joue beaucoup sur les moeurs de l'époque et je n'ai que de vague connaissance sur la vie au XVIIIe siècle.

Et pour finir, le style proche du théâtre, est ce qui me plaît le plus. Il me semble que c'est la première fois que je lis un livre comme celui-ci. A voir pour une autre oeuvre de Diderot, ça pourrais être un peu plus intéressant.

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Commentaire ajouté par Emrys98 2017-04-28T14:35:17+02:00
Pas apprécié

On peut dire que ce livre participe à montrer les limites de ce que je suis capable de lire, s'il avait été plus long j'aurai déclaré forfait... C'est ma deuxième expérience avec cet auteur et c'est un échec encore plus cuisant que la première fois.

Je retiens une idée assez floue de ce qui se dit à travers MOI et LUI. Diderot suit ses pensées comme il regarde passer les gens. Pourquoi pas, cela permet de donner une forme de spontanéité à quelque chose de très réfléchi. Mais pour une personne aussi peu adepte de philosophie que moi, c'est très éprouvant.

Assez extraordinairement, la seule chose que j'ai apprécié dans cette oeuvre, c'est la préface. Qui n'a pas été écrite par Diderot oui. L'histoire du manuscrit, contrairement au manuscrit lui-même, m'a passionnée. Après avoir été vendu à Catherine II de Russie et être passé dans les mains de Goethe qui l'a traduit en allemand, il se perd. Puisqu'il n'avait jamais été proposé par les éditeurs français, il ne reste pendant des années qu'une traduction de la traduction, avant que par le plus grand des hasards, le manuscrit resurgisse. Oui, je trouve tout ça beaucoup plus palpitant que les grandes phrases du neveu de Rameau.

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Commentaire ajouté par KrisMos 2017-01-09T10:16:13+01:00
Diamant

Si on me demande quel est mon livre de chevet, celui que j'emporterais sur une île déserte, je réponds constamment "Le Neveu de Rameau". C'est écrit et composé avec l'immense maîtrise d'un écrivain au sommet de son art. C'est drôle et enlevé. Bref, c'est tout sauf ennuyeux. Il s'y trouve des morceaux de littérature immortels, ne serait-ce que l'introduction et ce "Mes pensées, ce sont mes catins". Je reconnais que mon commentaire reste profondément subjectif. C'est bien là l'un des travers auxquels on ne peut échapper quand on aime !

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Commentaire ajouté par yacat 2016-09-09T14:18:43+02:00
Bronze

Le genre du dialogue philosophique était tout nouveau pour moi et ce fut un plaisir de le découvrir grâce au Neveu de Rameau.

On peut l’interpréter de nombreuses manières, version romantiques, version fatalistes enfin bref.

Les personnages ont une profondeur extraordinaire, et plus on avance dans la lecture plus ils sont intéressants et nous dévoilent de leur secrets. Bien que ça soit des "LUI" et des "MOI", on découvre des idées très intéressantes, des modes de vies et des morales uniques à chacun. Se sont des personnages d'une extrême profondeur contrairement à ce que l'on peux penser " au premier abord" et qui se remettent en question.

De même pour l'histoire, en plus de traiter de "petits" sujets avec des débats des deux "héros", on a une véritable réflexion sur la morale. Qu'est ce qui est moral, qu'est ce qui ne l'est pas ? Enfin voilà, je ne vais pas m'attarder dessus.

C'est un livre avec une écriture très complexe, certes, mais que je vous conseille vraiment de lire et encore plus d'analyser.

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Commentaire ajouté par LinouPhrenic 2015-09-07T12:59:40+02:00
Lu aussi

A relire pour me refaire une idée en dehors de l'obligation de le lire pour les cours. Le texte m'apparaît vague en mémoire.

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Commentaire ajouté par Garance96 2015-05-09T18:32:10+02:00
Pas apprécié

Livre assez ennuyeux, mais philosophiquement intéressant. Il s'agit d'une discussion sur des sujets divers, avec l'utilisation par l'auteur de beaucoup de mots tirés de l'Encyclopédie. Beaucoup de personnalités sont citées, rendant le livre plus difficile à comprendre.

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Commentaire ajouté par Vagabonde16 2015-03-31T20:20:41+02:00
Lu aussi

Lire lu pour la fac, donc lecture obligatoire... Disons que je ne l'ai pas lu par plaisir mais ce n’était pas non plus pénible.

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Commentaire ajouté par queenregina 2014-04-02T17:04:38+02:00
Pas apprécié

Un livre philosophique, lu par obligation.

Cette lecture ne m'a pas intéressée et m'a ennuyée. De plus le style utilisé rend le livre encore plus pénible à soporifique à lire.

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Date de sortie

Le Neveu de Rameau

  • France : 2013-04-05 - Poche (Français)

Activité récente

Lilya99 l'ajoute dans sa biblio or
2018-09-23T19:03:47+02:00
palouk le place en liste or
2018-02-26T12:46:50+01:00

Les chiffres

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Commentaires 15
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Note globale 6 / 10

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