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- Cette fois-ci, ce n'est pas vraiment ma faute, Louis. Je vous assure que...

- Mais ce n'est jamais vraiment votre faute! l'interrompit-il sur le ton du tendre reproche.

- Vous aussi vous avez remarqué?

Griffont retint un juron en surprenant une étincelle moqueuse dans l'oeil ambré de la baronne.

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- Depuis combien de temps êtes-vous à mon service, Étienne?

- Cinq ans, Monsieur.

- Alors vous ne pouviez pas savoir.

- Quoi donc, Monsieur?

- D'abord que la baronne de Saint-Gil est mon épouse.

- Madame la baronne est... Madame?

- Oui. Par conséquent, vous n'avez pas à vous reprochezr de l'avoir fait entrer... Ensuite, l'auriez-vous voulu que vous n'y seriez pas parvenu. Pour arriver à ses fins, Madame sait se faire particulièrement... Comment dire?... Charmante.

- Je dirais même enchanteresse, glissa le chat-ailé.

- Très drôle, Azincourt...

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Claire et aérée, la Bibliothèque Royale d'Ambremer était véritablement un lieu public. Si l'on y respectait la tranquillité des lecteurs, on y venait volontiers se promener et bavarder. Elle avait des allures de palais avec ses plafonds vertigineux, ses grandes colonnades, ses fenêtres immenses. Les terrasses, cours et galeries étaient innombrables, de sorte que l'on ne savait jamais vraiment si l'on était à l'intérieur ou non. Cette illusion était encore entretenue par le lierre fleuri qui entrait par les ouvertures, grimpait les piliers ou cascadaient depuis les voûtes. De larges baies donnaient sur des jardins paisibles. Des arbres poussaient sous des dômes ajouré; des fontaines chantaient aux croisements des couloirs; des statues occupaient des alcôves dans les salles de lecture envahies de silence et de lumière. Des livres par milliers étaient alignés partout au long des murs, au creux des arcades, derrière des vitrines miroitantes. Mignonnes et colorées, des fées-lucioles voletaient joyeusement parmi les incunables, les éditions rares et les manuscrits reliés. Parfois, à la demande d'un bibliothécaire, elles allaient dénicher à plusieurs de lourds volumes sur des rayonnages inaccessibles; elle les y rapportaient ensuite, et dans l'intervalle, discrètes et haut perchées, gardaient toujours un oeil sur les ouvrages tandis qu'on les consultait.

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Ambremer était une cité médiévale, mais telle que vous, moi et l'essentiel de nos contemporains la rêvons. A savoir pittoresque et tortueuse, avec des venelles pavées plutôt que boueuses, des maisons en belle pierre plutôt qu'en mauvais torchis, des toits de tuile rouge plutôt que de chaume sale. Elle fleurait bon, et non l'urine, la crasse et le fumier mêlées. Des remparts la cernaient. En son centre, sur une hauteur, le fabuleux palais de la Reine des Fées dressait ses fines tours blanches. Un port était baigné par les eaux clames d'un grand lac, presque une mer intérieure. Aux angles de rues, aux façades des bâtisses, sous les arches enjambant les passages, pendaient des lanternes qui s'allumaient seules. Dans le ciel brillaient les deux soleil de l'OutreMonde, l'un jaune, l'autre bleu et plus petit, à peine visible. Le soleil jaune poursuivait une course ordinaire: il se levait et se couchait; le bleu restait immobile et la nuit, luisait comme la lune.

La population était pour le moins cosmopolite: gnomes, ogres, fées bien-sûr, ondines nues assises sur la margelle des fontaines, dryades tout aussi dévêtues à l'ombre de grands arbres. Les femmes et les hommes semblaient très représentées mais il ne fallait pas s'y fier, car nombre de créatures de l'OutreMonde prenaient sans malice apparence humaine. La plupart des habitants d'Ambremer étaient coiffés et apprêtées comme ils auraient pu l'être à la même époque à Paris. Seules les fées suivaient leur propre mode, une mode de drapées souples et d'étoffes légères qui habillaient à peine des corps longilignes. Elles allaient tête nue, belles et pleines de grâce hautaine, les cheveux libres ou retenus en une lourde natte qui leur caressait les reins. On les regardait passer. Elle ne voyaient personne.

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Assise dans un renfoncement aménagé en banquette, Isabel de Saint-Gil lisait à la lueur d'une lampe dont la flamme oscillait à peine. Elle était aussi belle qu'élégante. Grande et mince, la taille prise dans un corset qui l'obligeait à se tenir droite tout en soulignant de charmantes rondeurs, elle portait encore la robe beige à tournure ivoire qu'elle avait revêtue avant d'aller dîner, seule, au wagon-restaurant. Elle avait cependant ôté son chapeau, et son épaisse chevelure rousse, où serpentaient des flammèches blondes, était relevée en un chignon raffiné qui épargnait quelques virgules follettes au creux de la nuque. Absorbée par sa lecture, la jeune femme resta longtemps immobile sinon pour tourner une page, son délicat profil caressé par un rien de lumière dorée. Puis elle ramena une jambe sur l'autre dans un froufrou soyeux. Une jolie bottine vint pointer, qui souleva la jupe et les jupons dont la lourde corolle, dès lors, tangua selon les lents balancements que lui imprimait le train.

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Originaires de l’Outre-Monde, les chats-ailés ne se contentent pas de parler. Ils sont savants, qualité qu’ils doivent à une longévité exceptionnelle et à une capacité unique : celle de s’imprégner de la matière des livres sur lesquels ils dorment. Des livres ou des journaux, ou encore de tout écrit, imprimé ou non, correspondance comprise.

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« Aux olympiades de la mauvaise foi, après un triomphe, Isabel de Saint-Gil serait disqualifiée pour professionnalisme. »

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Les contes d’autrefois, ainsi que les fabuleuses créatures qui les inspirèrent, ont une patrie. Cette patrie se nomme l’OutreMonde. Ne la cherchez pas sur une carte, même millénaire. L’OutreMonde n’est ni un pays, ni une île, ni un continent. L’OutreMonde est… un monde, ma foi. Là vivent les fées et les licornes, les ogres et les dragons. Là prospèrent des cités et des royaumes que nous croyons légendaires. Et tout cela, au fil d’un temps qui s’écoule autrement. Cet univers voisine avec le nôtre. Jadis, ils étaient si proches qu’ils se frôlaient parfois. Alors naissaient des passages fugitifs, des chemins de traverse déguisés, des ponts incertains jetés sur l’abîme qui, d’ordinaire infranchissable, sépare les mondes. Tel promeneur pouvait ainsi rencontrer, au détour d’un sentier perdu, une reine attristée caressant un grand cerf blanc dont une flèche perçait le flanc ; tel berger explorait une ravine et découvrait au-delà une vallée que la vengeance d’un sorcier condamnait à un hiver éternel ; tel chevalier solitaire passait, en quête de gloire, le rideau étincelant d’une cascade vers des régions inconnues où attendait l’aventure. Combien firent semblables expériences ? Combien de poètes et ménestrels contèrent ces voyages ? Assez pour être entendus, sans doute. Trop peu pour être crus. A l’époque déjà, les esprits sages niaient l’existence de l’OutreMonde et de ses prodiges. Et les mêmes, aujourd’hui, continuent doctement à vouloir peindre nos rêves en gris…

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"La mémoire est un ciment solide. Si solide et durable que la nostalgie survit parfois longtemps à l'amitié. Elle peut même s'y substituer et nous tromper. Combien de fois nous sommes nous aperçus trop tard que rien ne nous attachait désormais à tel ou telle, sinon le souvenir d'une époque évanouie?

Quand cette idée frappe, douloureuse, le temps paraît faire un bond et nous nous découvrons subitement face à un étranger que les hardes de sentiments défunts ont cessé de déguiser.

Cela, plus que les ans, fait que l'on vieillit. L'âge est le catalogue de nos désenchantements intimes."

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Il était une fois le Paris des Merveilles…

Où l’on plante le décor d’un Paris qui n’exista jamais tout à fait.

 

Les contes d’autrefois, ainsi que les fabuleuses créatures qui les inspirèrent, ont une patrie. Cette patrie se nomme l’OutreMonde. Ne la cherchez pas sur une carte, même millénaire. L’OutreMonde n’est ni un pays, ni une île, ni un continent. L’OutreMonde est… un monde, ma foi. Là vivent les fées et les licornes, les ogres et les dragons. Là prospèrent des cités et des royaumes que nous croyons légendaires. Et tout cela, au fil d’un temps qui s’écoule autrement.

Cet univers voisine avec le nôtre. Jadis, ils étaient si proches qu’ils se frôlaient parfois. Alors naissaient des passages fugitifs, des chemins de traverse déguisés, des ponts incertains jetés sur l’abîme qui, d’ordinaire infranchissable, sépare les mondes. Tel promeneur pouvait ainsi rencontrer, au détour d’un sentier perdu, une reine attristée caressant un grand cerf blanc dont une flèche perçait le flanc ; tel berger explorait une ravine et découvrait au-delà une vallée que la vengeance d’un sorcier condamnait à un hiver éternel ; tel chevalier solitaire passait, en quête de gloire, le rideau étincelant d’une cascade vers des régions inconnues où attendait l’aventure. Combien firent semblables expériences ? Combien de poètes et ménestrels contèrent ces voyages ? Assez pour être entendus, sans doute. Trop peu pour être crus. À l’époque déjà, les esprits sages niaient l’existence de l’OutreMonde et de ses prodiges. Et les mêmes, aujourd’hui, continuent doctement à vouloir peindre nos rêves en gris…

Mais oublions les fâcheux et revenons à l’OutreMonde. Il existe bel et bien, et manqua de peu changer l’Histoire. Car que serait-il advenu si, au lieu de s’éloigner à jamais, ce monde et sa magie s’étaient au contraire approchés ? Que se serait-il passé si l’OutreMonde, à la faveur d’une conjonction astrale propice, ou d’un caprice du destin, avait librement étendu son influence sur Terre pour l’imprégner de merveilles que le temps écoulé nous aurait bientôt rendues familières ?

Avec votre permission, admettons qu’il en fût ainsi et transportons-nous au début du XXe siècle, en France. Plus précisément, considérons notre capitale. Que voyons-nous ? Nous reconnaissons d’abord un Paris pittoresque et vieillot, celui de la Belle Époque. C’est donc le Paris des Grands Boulevards et des immeubles haussmanniens, des rues pavées et des réverbères à gaz, des quartiers populaires où rien ne semble avoir changé depuis Vidocq. Mais c’est aussi le Paris des premières automobiles, de l’Art nouveau triomphant, de la fée Électricité qui pointe le bout de son nez. Sur les murs s’étalent des réclames peintes : elles vantent en lettres immenses les biscuits Lefèvre-Utile, les pneumatiques Michelin et le Cachou Lajaunie. Les messieurs ont de fières moustaches, des chapeaux melons, des canotiers ; les dames ont des corsets, des jupes et des jupons, des bottines à boutons. Déjà, de rutilants tacots pétaradent parmi les fiacres, les omnibus à impériale, les tramways attelés, les charrettes à bras, les cyclistes et les piétons intrépides. Dans les gares crachent, toussent et ronflent d’énormes locomotives à vapeur dont les sifflets, avant le départ, résonnent sous les toitures immenses. Du haut de ses vingt ans, la tour de M. Eiffel regarde une basilique pâtissière pousser au sommet de Montmartre. Çà et là fleurissent des marquises en verre et fonte verte – elles protègent les accès d’un chemin de fer métropolitain qui continue de s’étendre sous terre depuis l’Exposition universelle qui inaugura tant le siècle qu’une nouvelle ère.

Voilà pour Paris, en deux mots, tel qu’il fut. À présent, imaginez…

Imaginez des nuées d’oiseaux multicolores nichées parmi les gargouilles de Notre-Dame ; imaginez que, sur les Champs-Élysées, le feuillage des arbres diffuse à la nuit une douce lumière mordorée ; imaginez des sirènes dans la Seine ; imaginez une ondine pour chaque fontaine, une dryade pour chaque square ; imaginez des saules rieurs qui s’esclaffent ; imaginez des chats ailés, un rien pédants, discutant philosophie ; imaginez le bois de Vincennes peuplé de farfadets sous les dolmens ; imaginez, au comptoir des bistrots, des gnomes en bras de chemise, la casquette de guingois et le mégot sur l’oreille ; imaginez la tour Eiffel bâtie dans un bois blanc qui chante à la lune ; imaginez de minuscules dragons bigarrés chassant les insectes au ras des pelouses du Luxembourg et happant au vol les cristaux de soufre que leur jettent les enfants ; imaginez des chênes centenaires, et sages, et bavards ; imaginez une licorne dans le parc des Buttes-Chaumont ; imaginez la Reine des Fées allant à l’opéra dans une Rolls-Royce Silver Ghost ; imaginez encore de sombres complots, quelques savants fous, deux ou trois sorciers maléfiques et des clubs privés de gentlemen magiciens.

Imaginez tout cela, et vous aurez une (petite) idée du Paris des Merveilles…

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