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Liste des extraits

- Cette fois-ci, ce n'est pas vraiment ma faute, Louis. Je vous assure que...

- Mais ce n'est jamais vraiment votre faute! l'interrompit-il sur le ton du tendre reproche.

- Vous aussi vous avez remarqué?

Griffont retint un juron en surprenant une étincelle moqueuse dans l'oeil ambré de la baronne.

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Claire et aérée, la Bibliothèque Royale d'Ambremer était véritablement un lieu public. Si l'on y respectait la tranquillité des lecteurs, on y venait volontiers se promener et bavarder. Elle avait des allures de palais avec ses plafonds vertigineux, ses grandes colonnades, ses fenêtres immenses. Les terrasses, cours et galeries étaient innombrables, de sorte que l'on ne savait jamais vraiment si l'on était à l'intérieur ou non. Cette illusion était encore entretenue par le lierre fleuri qui entrait par les ouvertures, grimpait les piliers ou cascadaient depuis les voûtes. De larges baies donnaient sur des jardins paisibles. Des arbres poussaient sous des dômes ajouré; des fontaines chantaient aux croisements des couloirs; des statues occupaient des alcôves dans les salles de lecture envahies de silence et de lumière. Des livres par milliers étaient alignés partout au long des murs, au creux des arcades, derrière des vitrines miroitantes. Mignonnes et colorées, des fées-lucioles voletaient joyeusement parmi les incunables, les éditions rares et les manuscrits reliés. Parfois, à la demande d'un bibliothécaire, elles allaient dénicher à plusieurs de lourds volumes sur des rayonnages inaccessibles; elle les y rapportaient ensuite, et dans l'intervalle, discrètes et haut perchées, gardaient toujours un oeil sur les ouvrages tandis qu'on les consultait.

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Ambremer était une cité médiévale, mais telle que vous, moi et l'essentiel de nos contemporains la rêvons. A savoir pittoresque et tortueuse, avec des venelles pavées plutôt que boueuses, des maisons en belle pierre plutôt qu'en mauvais torchis, des toits de tuile rouge plutôt que de chaume sale. Elle fleurait bon, et non l'urine, la crasse et le fumier mêlées. Des remparts la cernaient. En son centre, sur une hauteur, le fabuleux palais de la Reine des Fées dressait ses fines tours blanches. Un port était baigné par les eaux clames d'un grand lac, presque une mer intérieure. Aux angles de rues, aux façades des bâtisses, sous les arches enjambant les passages, pendaient des lanternes qui s'allumaient seules. Dans le ciel brillaient les deux soleil de l'OutreMonde, l'un jaune, l'autre bleu et plus petit, à peine visible. Le soleil jaune poursuivait une course ordinaire: il se levait et se couchait; le bleu restait immobile et la nuit, luisait comme la lune.

La population était pour le moins cosmopolite: gnomes, ogres, fées bien-sûr, ondines nues assises sur la margelle des fontaines, dryades tout aussi dévêtues à l'ombre de grands arbres. Les femmes et les hommes semblaient très représentées mais il ne fallait pas s'y fier, car nombre de créatures de l'OutreMonde prenaient sans malice apparence humaine. La plupart des habitants d'Ambremer étaient coiffés et apprêtées comme ils auraient pu l'être à la même époque à Paris. Seules les fées suivaient leur propre mode, une mode de drapées souples et d'étoffes légères qui habillaient à peine des corps longilignes. Elles allaient tête nue, belles et pleines de grâce hautaine, les cheveux libres ou retenus en une lourde natte qui leur caressait les reins. On les regardait passer. Elle ne voyaient personne.

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Assise dans un renfoncement aménagé en banquette, Isabel de Saint-Gil lisait à la lueur d'une lampe dont la flamme oscillait à peine. Elle était aussi belle qu'élégante. Grande et mince, la taille prise dans un corset qui l'obligeait à se tenir droite tout en soulignant de charmantes rondeurs, elle portait encore la robe beige à tournure ivoire qu'elle avait revêtue avant d'aller dîner, seule, au wagon-restaurant. Elle avait cependant ôté son chapeau, et son épaisse chevelure rousse, où serpentaient des flammèches blondes, était relevée en un chignon raffiné qui épargnait quelques virgules follettes au creux de la nuque. Absorbée par sa lecture, la jeune femme resta longtemps immobile sinon pour tourner une page, son délicat profil caressé par un rien de lumière dorée. Puis elle ramena une jambe sur l'autre dans un froufrou soyeux. Une jolie bottine vint pointer, qui souleva la jupe et les jupons dont la lourde corolle, dès lors, tangua selon les lents balancements que lui imprimait le train.

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Originaires de l’Outre-Monde, les chats-ailés ne se contentent pas de parler. Ils sont savants, qualité qu’ils doivent à une longévité exceptionnelle et à une capacité unique : celle de s’imprégner de la matière des livres sur lesquels ils dorment. Des livres ou des journaux, ou encore de tout écrit, imprimé ou non, correspondance comprise.

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« Aux olympiades de la mauvaise foi, après un triomphe, Isabel de Saint-Gil serait disqualifiée pour professionnalisme. »

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- Depuis combien de temps êtes-vous à mon service, Étienne?

- Cinq ans, Monsieur.

- Alors vous ne pouviez pas savoir.

- Quoi donc, Monsieur?

- D'abord que la baronne de Saint-Gil est mon épouse.

- Madame la baronne est... Madame?

- Oui. Par conséquent, vous n'avez pas à vous reprochezr de l'avoir fait entrer... Ensuite, l'auriez-vous voulu que vous n'y seriez pas parvenu. Pour arriver à ses fins, Madame sait se faire particulièrement... Comment dire?... Charmante.

- Je dirais même enchanteresse, glissa le chat-ailé.

- Très drôle, Azincourt...

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"La mémoire est un ciment solide. Si solide et durable que la nostalgie survit parfois longtemps à l'amitié. Elle peut même s'y substituer et nous tromper. Combien de fois nous sommes nous aperçus trop tard que rien ne nous attachait désormais à tel ou telle, sinon le souvenir d'une époque évanouie?

Quand cette idée frappe, douloureuse, le temps paraît faire un bond et nous nous découvrons subitement face à un étranger que les hardes de sentiments défunts ont cessé de déguiser.

Cela, plus que les ans, fait que l'on vieillit. L'âge est le catalogue de nos désenchantements intimes."

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Petit et rond, Maniquet était un pimpant vieillard affublé d’une spectaculaire paire de bacchantes blanches. Bien que membre à part entière du Cercle Cyan, il était en quelque sorte un mage à la retraite. Il ne pratiquait donc plus et consacrait ses journées à une science nouvelle, inutile, qu’il avait inventée et qui l’amusait fort : l’alchimie absurde. Celle-ci consistait à vaincre l’élasticité du caoutchouc, à rendre friable le diamant, à corrompre le bois pour qu’il ne flotte plus. Tout cela, naturellement, au terme de laborieuses recherches. Maniquet promettait d’atteindre un jour le but ultime : transformer l’or en plomb. Il avait cependant renoncé à créer l’antipierre philosophale, pourvoyeuse de l’ignorance absolue. L’essentiel de l’humanité se débrouillait très bien sans elle, et depuis longtemps.

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Ils remontèrent sans hâte le boulevard des Capucines, passèrent devant l’Opéra, poussèrent jusqu’à la rue Drouot et revinrent sur leurs pas. Tout du long, ils profitèrent sous les arbres du spectacle qu’offraient les façades des grands hôtels et des théâtres, les vitrines des magasins, les devantures des restaurants, des glaciers, des salons de thé, les terrasses bondées des cafés.

On se bousculait un peu, la douceur du soir ayant attiré du monde. Le canotier était de saison : il coiffait aussi bien certains messieurs que les demoiselles qui, la taille serrée, allaient par deux ou trois, joyeuses, en jupe légère et chemisier blanc. Les célibataires guettaient les sourires rendus. Des couples passaient, bras dessus, bras dessous. On croisait régulièrement de superbes uniformes crânement portés. Perchés sur les bancs, des mauvais garçons chahutaient, lorgnaient les jeunes filles, raillaient les bourgeois. Quelques agents, le bâton blanc à la ceinture et l’œil sombre sous la visière du képi, veillaient. Des bonimenteurs intéressaient des grappes de curieux. Certains vendaient des produits miracle : couteaux inusables, détachants universels, torchons imputrescibles ; d’autres proposaient des colifichets, des foulards et mouchoirs, des cravates par douzaines, des jouets en carton. Un marchand de coco, sa fontaine chromée sur le dos, faisait tinter les gobelets dans lesquels il servait son eau de réglisse. Régulièrement, les fiacres libéraient des élégantes et des hommes en habit noir qui disparaissaient sous la marquise d’un théâtre ou par la porte d’un restaurant.

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