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Extrait de Le passager ajouté par Lilou 2012-01-06T22:13:25+01:00

Narcisse blêmit. Ma peinture n'est que repentir. Ses empreintes digitales dans la fosse de Saint-Jean... Sa présence auprès du corps de Tzevan Sokow... Il se visualisa en tueur psychopathe. Un homme le héros de ses toiles. Dominateur. Indifférent. Sarcastique. Changeant d'identité à chaque nouvelle victime. Un peintre qui noyait ses crimes dans le sang.

Il eut une autre idée. Ces œuvres contenaient peut-être une vérité sur ses origines. Un aveu. Un message subliminal, qu'il avait lui-même déposé, à son insu.

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Extrait de Le passager ajouté par Marty49 2011-10-11T08:06:38+02:00

La sonnerie pénétra sa conscience comme une aiguille brûlante. Il rêvait d'un mur éclaboussé de soleil. Il marchait en suivant son ombre le long de la paroi blanche. Le mur n'avait ni début ni fin. Le mur était l'univers. Lisse, éblouissant, indifférent...

La sonnerie, à nouveau. Il ouvrit les yeux. Découvrit les chiffres luminescents du réveil à quartz posé près de lui. 4 : 02. Il se leva sur un coude. Chercha à tâtons le combiné. Sa main ne rencontra que le vide. Il se souvint qu'il était dans la salle de repos. Il palpa les poches de sa blouse, trouva son portable. Regarda l'écran. Il ne connaissait pas le numéro. Il décrocha sans répondre.

Une voix coula dans la pièce obscure :

- Docteur Freire ?

Il ne répondit pas.

- Vous êtes le docteur Mathias Freire, le psychiatre de garde ?

La voix lui paraissait lointaine. Le rêve encore. Le mur, la lumière blanche, l'ombre...

C'est moi, dit-il enfin.

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Extrait de Le passager ajouté par bioki 2012-05-24T15:34:48+02:00

" Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort. " C'était une connerie. Du moins dans son acception banale et contemporaine. Au quotidien, la souffrance n'endurcit pas. Elle use. Fragilise. Affaiblit. Freire était payé pour le savoir. L'âme humaine n'est pas un cuir qui se tanne avec les épreuves. C'est une membrane sensible, vibrante, délicate. En cas de choc, elle reste meurtrie, marquée, hantée.

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Extrait de Le passager ajouté par Diego_1301 2012-02-04T08:27:01+01:00

L’âme humaine n’est pas un cuir qui se tanne avec les épreuves. C’est une membrane sensible, vibrante, délicate. En cas de choc, elle reste meurtrie, marquée, hantée.

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Extrait de Le passager ajouté par Diego_1301 2012-02-04T08:26:16+01:00

Je suis l'ombre.

Je suis la proie.

Je suis le tueur.

Je suis la cible.

Pour m'en sortir, une seule option : fuir l'autre.

Mais si l'autre est moi-même ?

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Extrait de Le passager ajouté par Lilou 2012-01-06T22:08:09+01:00

Ses toiles possédaient le même caractère sarcastique, grimaçant. Couleurs vives, torturées, toujours dominées par le rouge. Pâte épaisse, striée, tournoyant au fil des coups de brosse. Une peinture autant à toucher qu'à contempler, pensa Narcisse, qui n'avait pas le moindre souvenir d'avoir effectué ces portraits. C'était la limite de sa quête. Il voulait réintégrer des personnalités qui ne voulaient pas de lui. Il ne pouvait que les endosser de l'extérieur.

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Extrait de Le passager ajouté par Lilou 2012-01-06T21:47:19+01:00

Ses yeux ne quittent plus le serpent enroulé autour de la main du bourreau.

- Te gusta ?

C'est un nacanina, un reptile aquatique importé des marais argentins. Noir et mordoré, il n'est pas venimeux mais il ne cesse de dilater son cou sous l'effet de la colère.

Il n'est plus qu'à quelques centimètres de la bouche ouverte du prisonnier. L'homme grogne, rugit, s'agite, la gorge à vif. Le serpent se tord, se cambre, se tend. Sa tête triangulaire siffle et frappe le détenu aux lèvres. L'animal a peur, il veut trouer une cachette, s'enfouir dans une cavité humide, familière...

- TE GUSTA ?

L'homme hurle encore mais son cri s'arrête net. La main du bourreau a plongé le serpent dans sa bouche. Le reptile s'est aussitôt glissé à l'intérieur de l’œsophage, trop heureux de se cacher.

Un mètre de muscles, d'écailles et de sang tiède disparaît dans la gorge de la victime qui s'étouffe.

Anaïs se redressa en hurlant.

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Extrait de Le passager ajouté par Lilou 2012-01-06T07:28:41+01:00

Il prit la fuite, serrant son cubi comme s'il s'agissait d'un trèsor. Quand il parvint à nouveau sur la Canebière, il n'était plus Mathias Freire mais un sans-abri en errance. Il se jura de ne plus penser, un seul instant, en tant que Mathias Freire, psychiatre, mais seulement en tant que Victor Janusz, clochard en fuite.

De Janusz, il remonterait jusqu'à son identité précédente.

Et ainsi de suite jusqu'à découvrir son noyau d'origine.

Sa personnalité initiale.

La plus petite poupée russe.

Il suivit les rails du tramway, séchant sa puanteur au soleil.

Le Vieux-Port était en vue.

D'instinct, il devinait que les clodos étaient là-bas.

Il était certain qu'un des gars connaîtrait Victor Janusz.

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Extrait de Le passager ajouté par Lilou 2012-01-06T07:20:27+01:00

La première fois qu'Anaïs était entrée dans son bureau, Freire avait pressenti sa force. Elle imprimait sa marque sur le monde. Elle était forte parce qu'elle avait souffert. Mais elle était aussi fragile, vulnérable. Exactement pour les mêmes raisons. La fin du XXe siècle avait répété jusqu'à l'usure un lieu commun, résumé par la sentence de Nietzche, dans Le Crépuscule des idoles : "Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort". C'était une connerie. Du moins dans son acception banale et contemporaine. Au quotidien, la souffrance n'endurcit pas. Elle use. Fragilise. Affaiblit. Freire était payé pour le savoir. L'âme humaine n'est pas un cuir qui se tanne avec les épreuves. C'est une membrane sensible, vibrante, délicate. En cas de choc, elle reste meurtrie, marquée, hantée.

La souffrance devient alors maladie. Avec sa vie propre. Sa respiration. Ses oscillations. Elle se réveille sans prévenir et, plus dangereusement encore, se nourrit d'elle-même. Les crises surgissent. Sans lien visible avec le présent ni l'environnement. Ou alors si le lien existe, il est si profond, si enfoui, que personne, même pas le psy, ne peut le mettre en évidence.

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Extrait de Le passager ajouté par Lilou 2011-12-30T22:45:46+01:00

Anaïs examinait la gorge béante de l’animal. Les muscles et les chairs avaient pris une couleur violacée. Un panier de mûres noires. Des cristaux minuscules en pailletaient la surface.

— Parlez-moi de la mise à mort.

— Comment ça ?

— Comment est tué le taureau dans l’arène ?

L’homme prit un ton d’évidence :

— Le matador enfonce son épée dans la nuque du taureau jusqu’à la garde.

— La lame, combien mesure-t-elle ?

— 85 centimètres. On doit atteindre l’artère ou une veine pulmonaire.

En flash, Anaïs vit – sentit – la lame s’enfouir sous la cuirasse noire, violentant les chairs, les organes. Elle se revit, elle, petite fille terrifiée sur les gradins de pierre. Elle se jetait dans les bras de son père qui la protégeait en éclatant de rire. Salopard.

— Mais avant ça, les picadors ont tranché le ligament de la nuque avec leur pique.

— Ouais.

— Ensuite, les banderilleros continuent le boulot, en triturant la plaie et en précipitant l’hémorragie.

— Si vous avez les réponses, pourquoi vous posez les questions ?

— Je veux me faire une idée des étapes de la mise à mort. Tout ça doit saigner un max, non ?

— Non. Tout se passe à l’intérieur du corps. Le matador doit éviter les poumons. Si le taureau crache du sang, le public n’aime pas ça.

— Tu m’étonnes. L’épée, c’est le coup de grâce ?

— Vous commencez à m’emmerder. Vous cherchez quoi au juste ?

— Notre agresseur pourrait être un matador.

— Je dirais plutôt un boucher.

— Ce n’est pas synonyme ?

Le mayoral se dirigea vers la porte. L’entrevue était terminée. Anaïs avait encore une fois gâché son interrogatoire. Elle le rattrapa sur le seuil. La pluie s’était arrêtée. Un soleil incertain filtrait dans la cour, faisant briller les flaques comme des miroirs.

Elle aurait dû rattraper le coup mais ne put s’empêcher de demander :

— C’est vrai que les toros bravos ne voient jamais de femelles ? Ça les rend plus agressifs d’avoir les couilles pleines ?

Bernard Rampal se tourna vers elle. Il prononça entre ses dents serrées :

— La tauromachie est un art. Et tout art a ses règles. Des règles séculaires.

— On m’a dit que dans le campo, ils se montaient les uns sur les autres. Des enculés dans l’arène, ça la fout plutôt mal, non ?

— Cassez-vous de chez moi.

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