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Les Princes du désert, Tome 2 : Le Prince du Kharastan



Description ajoutée par mushu131 2012-06-13T22:54:24+02:00

Résumé

Cinq ans plus tôt, désespérée, Alexa a quitté Giovanni dont la jalousie faisait de sa vie un enfer. Pourtant, un désir intense brûlait entre eux... Mais alors qu'elle était convaincue que Giovanni ne la retrouverait jamais dans le petit village de son enfance où elle s'est réfugiée, Alexa, bouleversée, le voit un jour surgir devant la vitrine de sa boutique... Non seulement il a retrouvé sa trace, mais il exige qu'elle l'accompagne au Kharastan, où il doit impérativement se rendre pour rencontrer le cheikh Zahir dont il vient d'apprendre qu'il est son vrai père. Aussitôt, Alexa se sent submergée par la panique. Comment, dans ces conditions, cacher à Giovanni qu'elle a eu un fils de lui ?

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Classement en biblio - 18 lecteurs

Extrait

** Extrait offert par Sharon Kendrick **

1.

Pas besoin d’être en train de se noyer pour voir sa vie défiler en un instant devant ses yeux… Ni d’être profondément endormie pour plonger dans le pire des cauchemars…

Et Alexa n’en avait jamais fait d’aussi horrible…

Elle cligna des yeux comme quelqu’un qui, émergeant de l’eau, a la vue brouillée et tente d’y voir plus clair. Peut-être s’était-elle trompée ? Peut-être n’était-ce pas lui ?

L’espace d’un instant, un soudain optimisme déferla en elle et, à travers la vitrine, elle observa avec une intense concentration l’homme qui descendait d’un pas sûr le trottoir de l’autre côté de la rue. Elle ne distinguait pas ses traits, mais quand elle vit les femmes qu’il croisait se retourner sur son passage et marquer un temps d’arrêt, un froid glacial la saisit et elle sut de façon certaine que son affreux pressentiment était le bon. Il n’y avait qu’un seul homme pour attirer ainsi sur lui tous les regards féminins…

Il avançait du pas souple et déterminé qu’elle connaissait si bien, avec l’assurance presque arrogante qui le caractérisait. Le message qu’il affichait était clair : il était un battant, et rien ni personne ne lui résistait. Qu’on se le dise !

L’argent n’ayant jamais été un problème pour lui, il considérait comme normal d’être un des hommes les plus riches de sa génération. Il était né dans un monde de privilégiés, et son talent pour les affaires avait encore accru sa fortune. A présent, il se trouvait à la tête d’un véritable empire et pouvait s’offrir ce qu’il voulait. Ou du moins c’est ce qu’il croyait, songea Alexa avec une soudaine amertume.

Sa démarche dénotait l’athlète accompli, le sportif en pleine possession de ses moyens, et il dominait les passants de sa haute silhouette à la fois élancée et musclée. Ses cheveux bruns presque noirs, ses yeux sombres trahissaient ses origines italiennes et lui donnaient un charme auquel aucune femme ne pouvait rester insensible. Mais au-delà de son évidente séduction, il fallait une attention plus soutenue pour déceler la fierté provocatrice de son regard, la courbe parfois cruelle de son sourire.

Cet orgueil presque agressif était-il dû à ses ancêtres napolitains, ou au fait qu’il était né de père inconnu ? Avait-il une revanche à prendre sur son enfance solitaire de petit garçon mal aimé ? Car sa mère, aussi ravissante que narcissique, avait toujours préféré ses nombreux amants à son unique fils, s’étourdissant dans un tourbillon futile fait de séjours dans les palaces et de visites aux grands couturiers…

Son costume gris d’une extrême élégance — la précision était d’ailleurs inutile, il était toujours vêtu avec raffinement — mettait en valeur son corps viril, accentuant la sveltesse de sa silhouette et la longueur de ses jambes, et de nouveau, Alexa lut l’admiration dans le regard des femmes qu’il croisait. Elle était bien placée pour savoir qu’il dégageait une aura de virilité si prégnante qu’il éclipsait toute la gent masculine. Elle aurait presque ri de ce spectacle si tout ça n’avait pas été aussi triste. Tragique, même…

Tout à coup la peur enfouie au fond d’elle-même surgit sans crier gare, si puissante et dévastatrice qu’elle se mordit la lèvre pour ne pas crier.

Il était là, à quelques mètres d’elle, alors qu’elle avait tant espéré ne plus jamais le revoir. Giovanni, son mari… L’homme le plus jaloux, le plus possessif, le plus dur qu’elle ait jamais approché. Et que, pour son malheur, elle avait épousé…

Elle prononça son prénom en pensée, ce prénom qu’elle avait tenté d’effacer de sa mémoire sans jamais y parvenir. Mais comment l’aurait-elle pu, alors qu’elle était liée à lui à la fois par un contrat de mariage toujours valide, par des sentiments encore étrangement ambigus, et surtout par quelque chose de plus important que tout, quelque chose de si précieux que si jamais il…

Alexa déglutit péniblement, incapable de contrôler l’angoisse qui lui étreignait la poitrine. L’avait-il vue ? Savait-il qu’elle était là ?

Avant même qu’il ne s’arrête devant sa boutique, se plante devant la vitrine et lance à l’intérieur du magasin le regard d’un prédateur sur la piste de sa proie, elle comprit que ses questions étaient stupides. Bien sûr qu’il savait qu’elle était là ! Inutile de se cacher la vérité plus longtemps pour tenter, en vain, de chasser la peur qui la submergeait ! Un homme comme Giovanni n’avait rien à faire dans cette tranquille petite ville de la campagne anglaise, où il n’aurait certainement jamais mis les pieds s’il ne l’avait pas cherchée… Quand il n’était pas chez lui à Naples, il arpentait normalement les trottoirs de New York, de Tokyo ou de Paris où il se rendait régulièrement pour affaires, et cette bourgade obscure ne pouvait l’intéresser à aucun titre. Sauf parce qu’elle y vivait…

Qu’avait-il appris exactement ? se demanda-t-elle, le cœur battant.

Par pitié, non ! se dit-elle, atterrée, la main soudain crispée sur le chemisier de soie qu’elle s’apprêtait à remettre en rayon. Pourvu qu’il ne sache pas ! Elle se rendit compte qu’elle était en train de froisser le tissu et desserra son étreinte : si elle continuait ainsi, le vêtement ne trouverait jamais acquéreur. Dans la boutique de luxe où elle était vendeuse, les clientes étaient à juste titre très exigeantes.

A travers la vitrine, Alexa vit Giovanni s’approcher de la porte et poser la main sur la poignée. Il lui sembla que son cœur s’arrêtait de battre et elle dut se retenir au comptoir pour ne pas flancher. Il allait entrer, elle en était sûre à présent. Qu’allait-il lui dire ? Et que lui répondre s’il lui posait les questions qu’elle ne voulait entendre à aucun prix ?

Le petit carillon accroché à la porte fit entendre son tintement aigrelet, et Alexa eut le sentiment qu’il s’agissait d’un glas funèbre. Un glas qui, peut-être, allait sonner la fin de sa — toute relative — tranquillité d’esprit. Un glas qui en tout cas signifiait tragiquement la réapparition de Giovanni dans sa vie…

Au prix d’un douloureux effort, Alexa afficha sur ses lèvres un sourire crispé, dont elle espérait qu’il exprimait à la fois une politesse distanciée et une curiosité maîtrisée, et, rassemblant tout son courage, elle s’apprêta à affronter son mari.

— Bonjour, Giovanni, s’entendit-elle prononcer d’une voix crispée. Quelle…

— Surprise…, la coupa-t-il d’un ton à la fois narquois et méprisant. C’est un euphémisme, n’est-ce pas ? Je parie que tu t’imaginais définitivement débarrassée de moi, ma chérie !

— A vrai dire, je ne m’étais pas posé la question, répondit Alexa en affichant un air indifférent.

— Tu mens, cara mia, rétorqua-t-il aussitôt avec une brutalité qui la choqua. Ose prétendre que tu m’as chassé de ton esprit ! Les poules auront des dents avant que tu ne cesses de penser à moi ! Toutes les femmes que j’ai séduites restent obsédées par moi, et par bien des points tu es celle qui m’a le mieux connu, ne serait-ce que parce que tu es la seule que j’ai épousée…

Giovanni songea que si Alexa le connaissait si bien, ce n’était pas seulement parce que leur relation avait été d’une intensité exceptionnelle… Si exceptionnelle qu’il avait mis beaucoup plus de temps à effacer la jeune femme de son esprit qu’il ne l’aurait jamais cru. Non : Alexa était aussi la seule qui l’ait jamais fait sortir de ses gonds, la seule qui l’ait vu dans une situation de fragilité. Et aussi la première à lui avoir donné une pénible leçon qu’il n’avait jamais oubliée : ne jamais faire confiance au sexe faible… A présent, il avait compris, et on ne l’y reprendrait plus.

— Tu voulais me parler ? balbutia-t-elle d’une voix mal assurée.

— Quelle perspicacité ! rétorqua-t-il avec l’ironie cinglante dont il avait le secret. Et si j’étais ici plutôt pour acheter une robe ? Pour une de mes nombreuses maîtresses, comme il se doit ? Dans ce cas, m’aiderais-tu à choisir ?

Alexa ne releva même pas. En réalité, elle ne cessait de songer à ce secret qu’elle portait en elle, ce secret qu’elle avait jusque-là réussi à lui cacher. Etait-il au courant ? se demanda-t-elle en réfrénant une de ces bouffées de culpabilité qui l’assaillaient souvent. S’il était venu lui demander des comptes, comment réussirait-elle à se justifier alors qu’elle se posait tant de questions sur la façon dont elle s’était comportée ?

Chassant ses scrupules, elle redressa la tête, décidée à l’affronter. Après tout, si elle avait agi ainsi, c’est parce qu’il l’avait poussée dans ses retranchements. S’il ne s’était pas montré aussi dur, aussi insultant, aussi dogmatique, jamais elle n’aurait fait ce choix. Il était seul responsable de cette pénible situation, et elle n’avait pas à rougir de ses actes.

— Excuse-moi, déclara-t-elle, mais le moment est mal choisi pour parler. J’ai du travail.

— Je vois, fit-il.

Sa voix parfaitement détachée ne traduisait en rien le trouble profond qui s’était emparé de Giovanni quand il s’était retrouvé face à Alexa. Un trouble qu’il n’avait pas prévu… Lui dont chacun louait d’habitude les capacités d’anticipation, la finesse d’analyse, ne s’était aucunement préparé à l’effet détonant qu’elle avait sur lui.

Il l’observait avec acuité, presque comme s’il voulait se la réapproprier. Ses cheveux blond cuivré, noués dans une queue-de-cheval un peu sévère, mettaient en valeur la finesse de ses traits, l’ossature délicate de son visage. Ses vêtements passe-partout, chemisier blanc et jupe sombre, auraient été insignifiants sur n’importe qui, mais avec sa grâce et sa féminité si naturelles, Alexa avait le don de transformer la tenue la plus simple en quelque chose d’élégant. Et il était bien placé pour savoir que sous son apparence sage et maîtrisée se cachait une sensualité torride, capable de toutes les audaces…

Il déglutit péniblement au souvenir de toutes ces nuits où il l’avait possédée encore et encore, incapable de se rassasier d’elle.

— Alors, tu es toujours vendeuse ? demanda-t-il. A moins que tu ne sois la propriétaire du magasin, bien sûr…

— Non, je suis bien vendeuse, précisa-t-elle sèchement.

Donc il n’y avait pas eu de bouleversement dans sa vie, conclut Giovanni. Aucun amant richissime, séduit par ces yeux au vert mystérieux et ce corps à la sensualité si discrète en apparence, ne lui avait offert une existence de rêve. Avait-elle un homme à ses côtés, ou menait-elle simplement la vie tranquille et sans surprise d’une femme seule dans cette petite bourgade poussiéreuse ?

Il ignorait comment elle se débrouillait financièrement, mais restait très surpris qu’elle n’ait pas encore demandé le divorce pour obtenir une pension. Peut-être ses avocats lui avaient-ils expliqué que leur mariage n’ayant duré que trois mois, la récolte serait maigre ?

— Ta vie n’a pas l’air très glamour, fit-il observer d’un ton railleur. Vendeuse dans la petite ville de province où tu as passé ton enfance, il y a plus excitant, avoue-le !

— Tout le monde ne peut pas être P.-D.G. d’une société cotée en Bourse, rétorqua-t-elle en s’efforçant de rester calme. Je vais peut-être te paraître désagréable, Giovanni, mais il va falloir que tu me laisses travailler.

— Il n’y a aucun client ! s’exclama-t-il. Ne me raconte pas que tu es débordée !

— Non, mais je dois finir ma comptabilité avant la fermeture, expliqua-t-elle. Si tu as quelque chose à me dire, fais-le maintenant. Et rapidement, s’il te plaît.

Et s’il lui annonçait qu’il avait rencontré quelqu’un et souhaitait retrouver sa liberté pour pouvoir se remarier ? se demanda-t-elle, le cœur serré. Pourquoi cette perspective lui était-elle si pénible alors qu’ils ne vivaient plus ensemble depuis près de cinq ans ?

— Parce que tu crois que je suis venu d’Italie pour te parler rapidement ? rétorqua-t-il.

Il la fixa tout à coup avec une telle insistance qu’elle sentit ses jambes se dérober sous elle, tandis que le souvenir, violent et douloureux, de tout ce qu’ils avaient partagé remontait en elle. A quoi bon cette nostalgie, ce regret du passé ? songea-t-elle, furieuse contre elle-même. Tout était fini et bien fini. A une exception près, et de taille. Mais cela, c’était son secret…

— Tu aurais dû me prévenir de ton arrivée, balbutia-t-elle.

Et s’il l’avait fait, quelle stratégie aurait-elle adoptée ? se dit-elle. Se serait-elle enfuie le plus loin possible, en emmenant Paolo avec elle ? Pour aller où ? A l’autre bout du monde ? Giovanni avait les moyens de retrouver sa trace, où qu’elle aille !

— Tu aurais dû me prévenir, répéta-t-elle d’une voix à peine audible.

Giovanni nota sa voix mal assurée, ses gestes soudain nerveux, sa pâleur. Quelle intéressante réaction ! se dit-il en son for intérieur. Même s’il s’attendait à ce que sa visite la perturbe, il ne s’imaginait pas qu’elle serait aussi bouleversée.

Pourquoi semblait-elle si nerveuse ? Réalisait-elle enfin qu’en le quittant, elle avait échangé une vie de rêve contre un bien terne quotidien ? Son trouble était-il dû au simple souvenir de leur complicité physique ? Peut-être se remémorait-elle leurs étreintes passionnées, leurs baisers fougueux ? Peut-être souhaitait-elle ardemment qu’il la prenne dans ses bras, l’embrasse et la possède comme il l’avait fait tant de fois, heureux de l’entendre gémir, de la sentir offerte, de pouvoir s’étourdir de son enivrante féminité ?

A ce seul souvenir, Giovanni sentit le désir monter en lui, violent et impérieux, et un sourire d’anticipation se dessina sur ses lèvres. Mais chaque chose en son temps, songea-t-il. Pour l’instant en tout cas, il n’était pas question qu’elle se rende compte du pouvoir qu’elle avait encore sur lui, et qui l’étonnait lui-même.

Il aurait dû ne garder à la mémoire que la façon odieuse dont elle l’avait trahi, mais à cet instant, son charme dévastateur éclipsait toute autre considération. Avec sa délicieuse féminité, ses grands yeux verts, ses lèvres pulpeuses faites pour les baisers, elle suscitait en lui un désir irrépressible. Comme elle l’avait toujours fait depuis le premier jour…

Pourtant, s’il était venu la trouver aujourd’hui, ce n’était nullement pour satisfaire une pulsion sexuelle. Il avait quelque chose de précis à lui demander, et il comptait bien obtenir son accord. Certes, l’envie de savoir enfin ce qu’elle était devenue avait également joué, il ne pouvait le nier. Tout comme la nostalgie de ce qui avait été si brutalement interrompu, la sensation déplaisante de quelque chose d’inachevé, le sentiment que si la situation avait évolué autrement, ils vivraient peut-être encore ensemble. Mais réécrire le passé ne servait à rien…

Il était un homme qui se tournait vers l’avenir, un homme d’action, se dit-il, agacé contre cet accès de sensiblerie qui ne lui ressemblait pas. Pourquoi remettre en question une rupture qu’il avait lui-même provoquée ? Le couple qu’il avait formé avec Alexa n’existait plus, et seule cette réalité comptait. Ce n’était pas son genre de se lamenter sur ce qui aurait pu être.

D’abord, il devait convaincre Alexa d’accepter sa proposition. Et si, dans un deuxième temps, il pouvait de nouveau lui faire l’amour, il était preneur, plus que preneur même ! Pour être tout à fait honnête, il devait reconnaître qu’il était prêt à tout mettre en œuvre pour atteindre ce but. Et si Alexa n’avait pas changé, si elle se souvenait comme lui de l’ardeur de leurs étreintes, il ne devrait pas avoir trop de mal à la convaincre, il en prenait le pari…

Le soleil pénétrait à présent à flots dans la boutique, jetant sur la chevelure blond vénitien d’Alexa mille reflets dorés. Ses yeux verts avaient la couleur fraîche et tendre des pistaches, sa peau diaphane le ton riche de la vanille, et il se remémora tout à coup ce qu’il lui avait dit lors de leur première rencontre. « Tu ressembles à une glace », lui avait-il murmuré à l’oreille, sans oser ajouter qu’il n’avait qu’une envie, la déguster…

Son sourire se figea soudain.

Le temps avait passé, ils s’étaient séparés, mais d’une certaine façon elle était toujours à lui.

Alexa O’Sullivan. Un nom aussi remarquable que la couleur mi-blond mi-roux de ses cheveux, que les courbes délicates de son corps merveilleux, que le velouté de sa peau. Elle avait l’air aussi innocent que le jour où il l’avait rencontrée, mais il avait appris à ses dépens que ce n’était qu’une apparence. Les innocents ne mentaient pas, ne trichaient pas. Alexa O’Sullivan, si…

Il prit une profonde inspiration, décidé à chasser le passé de son esprit.

— A quelle heure termines-tu ? demanda-t-il soudain.

Alexa hésita un instant. Inutile de rêver, elle ne réussirait pas à se débarrasser de lui s’il ne le voulait pas. Mieux valait accepter de lui parler, en faisant en sorte que ce soit le plus court possible. Un instant, elle songea à lui proposer un déjeuner le lendemain, mais abandonna cette idée. Plus vite il quitterait la ville, mieux elle se porterait. Autant en finir le plus vite possible…

— A 18 heures, répondit-elle.

Giovanni réfléchit rapidement. Devait-il lui donner rendez-vous au restaurant de l’hôtel, où sa chambre pourrait aisément accueillir leurs ébats si la soirée se terminait comme il le désirait ? Non, il préférait une stratégie plus prudente. Inutile de lui dévoiler ses plans si ce n’était pas nécessaire…

— Parfait, fit-il. Je passerai te prendre ici.

— Non ! répliqua-t-elle.

Elle préférait qu’ils se retrouvent dans un endroit public, comme un café, où il y aurait du monde autour d’eux. Elle ne voulait pour rien au monde se retrouver en tête à tête avec lui comme à cet instant.

Il lui jeta un regard surpris.

— Ma patronne n’aime pas que je sois dérangée quand je fais ma caisse, expliqua-t-elle à la hâte.

Il sourit, de ce sourire arrogant qu’elle détestait tant.

— Vu le peu de clients, je doute que ta comptabilité soit très longue à préparer, fit-il observer, narquois. Il va falloir que tu trouves une meilleure excuse, cara mia…

Une excuse ? pensa Alexa, agacée. Elle n’avait aucun besoin de s’excuser auprès de lui ! Elle renonça cependant à le remettre à sa place. Plus elle se montrerait docile, plus vite il repartirait.

— C’est plutôt que j’aurai du mal à me concentrer si tu es là, précisa-t-elle sans se laisser démonter.

— Ah, je comprends mieux… Dans ce cas, où veux-tu que nous nous retrouvions ?

Alexa calcula rapidement qu’il lui faudrait appeler la baby-sitter pour lui demander de garder Paolo au-delà de l’heure prévue. Par bonheur, la jeune étudiante, très disponible, était toujours ravie de se faire de l’argent de poche.

Où fixer rendez-vous à Giovanni ? Elle sortait si peu qu’elle ne connaissait pas les rares bonnes adresses de la petite ville. Elle se remémora soudain un pub où elle avait pris un verre récemment avec Teri, sa patronne. Un pub toujours très fréquenté, où elle ne risquerait pas d’être seule avec lui.

— Retrouve-moi au Billowing Sail, dit-elle. C’est un pub à côté de la mairie, tu le repéreras facilement.

— Un pub ? Je déteste les pubs, fit-il observer.

Eh bien, il détestait les pubs, et elle, l’idée de ce tête-à-tête… Ils étaient à égalité.

— J’ai peur que les pubs ne fassent partie intégrante de la culture anglaise, déclara-t-elle avec ironie.

— Nous n’avons qu’à dîner ensemble, ce sera aussi simple, suggéra-t-il alors.

— Dîner ? répéta-t-elle, stupéfaite.

Il lui aurait proposé un voyage en montgolfière qu’elle n’aurait pas eu l’air plus étonnée, songea Giovanni avec irritation.

— Oui, dîner, confirma-t-il d’un ton brutal. Tu sais, ce repas qu’on prend le soir avant d’aller se coucher. Tu vois ce que je veux dire ?

Elle ne voyait que trop, en effet. Une table à l’écart, des bougies, un repas qui traînerait en longueur. Bref, un cauchemar…

— Non, pas de dîner ! s’exclama-t-elle.

Il fronça les sourcils et passa une main dans ses épaisses boucles brunes.

— Désolé, je ne comprends pas, déclara-t-il d’un ton las. Tu n’as pas l’intention de dîner, ou tu dînes avec quelqu’un d’autre ?

Pendant un quart de seconde, Alexa faillit lui répondre qu’en effet un homme l’attendait chez elle, avec lequel elle partagerait le repas, puis la nuit, mais elle s’abstint. N’importe quel individu aurait abandonné en entendant une telle réponse, mais pas Giovanni. Au contraire, piqué au vif dans son orgueil de mâle, il n’aurait eu de cesse de remporter la bataille pour la reconquérir, même s’il ne s’intéressait plus à elle depuis longtemps. Il était si stupidement jaloux, si obstinément macho que les cinq années écoulées ne changeraient rien à l’affaire. Pour lui, être le premier était une question de principe. Avec les femmes comme avec ses concurrents en affaires…

— Non, je n’ai rien de prévu ce soir, expliqua-t-elle, mais je suis fatiguée, tout simplement. La semaine a été longue, et je suis sûre que ce que tu as à me dire ne prendra guère de temps. Prenons un verre ensemble, cela devrait suffire.

Pendant quelques secondes ils se défièrent du regard. Lequel des deux allait céder ? Giovanni, d’abord tenté de lui imposer ce dîner qu’elle refusait, se rangea bientôt à la raison. Inutile de provoquer un conflit alors qu’il n’avait même pas eu le loisir de lui expliquer ce qu’il voulait d’elle. Mieux valait accepter sa proposition… en se réservant bien sûr le droit de prolonger la soirée, si possible jusque dans sa chambre d’hôtel. Il avait quelques arguments imparables pour la convaincre, auxquels il ne la savait pas insensible…

— Très bien, conclut-il. Je serai là-bas à 18 heures. Ciao, bella !

Une seconde plus tard, il quitta la boutique, son éternel sourire aux lèvres, et Alexa s’affala plus qu’elle ne s’assit dans un fauteuil.

Elle n’avait pas encore tout à fait réalisé que ce qu’elle redoutait le plus au monde depuis cinq ans venait de se produire : Giovanni avait repris contact avec elle…

Le soulagement d’être momentanément débarrassée de sa présence ne dura pas longtemps : dans quelques heures, elle serait de nouveau face à lui, et devrait entendre ce qu’il avait à lui dire.

De nouveau, la peur l’assaillit, une peur viscérale, incontrôlable. Qu’allait-il se passer s’il apprenait la vérité ? Ou, pire, s’il était déjà au courant ?

Des larmes perlèrent à ses yeux et elle baissa la tête, anéantie. Le tintement du carillon la fit sursauter et elle se leva brusquement, un sourire de commande sur les lèvres. Une cliente, au plus mauvais moment !

Mais ce n’était que Teri, sa patronne, une jolie blonde d’une cinquantaine d’années qui était devenue une amie très proche.

— Teri ! s’exclama Alexa. Désolée, je…

— C’était ton mari, n’est-ce pas ? demanda Teri d’un air préoccupé.

Alexa ouvrit de grands yeux.

— Comment as-tu deviné ?

— Je viens de le croiser alors qu’il sortait d’ici. Ce n’est pas tous les jours qu’un beau séducteur italien arpente les rues de notre ville et s’arrête dans notre magasin ! fit observer Teri en souriant. Trois amies m’ont déjà raconté qu’il était encore plus beau que George Clooney et Brad Pitt réunis ! Et à en juger par ta pâleur, sa visite ne t’a pas fait plaisir…

— Non, c’est le moins qu’on puisse dire…, confirma Alexa, la mine sombre.

— C’est la première fois qu’il vient ici ? demanda Teri.

— Oui, heureusement ! Nous sommes séparés, et il habite Naples, ce qui est encore trop près pour moi ! expliqua-t-elle rageusement.

Teri hésita un instant.

— Excuse-moi si je suis indiscrète, Alexa, mais il est bien le père de Paolo ? Ou en tout cas, il lui ressemble comme deux gouttes d’eau.

Alexa se figea. Voilà bien ce qu’elle craignait depuis toujours : Paolo était la copie conforme de son père et toute personne qui les verrait ensemble en arriverait nécessairement à cette conclusion.

— Oui, c’est son père, murmura-t-elle d’une voix à peine audible.

— Et il ne le sait pas ?

Entre les deux femmes, un silence s’instaura et se prolongea de longues minutes.

— Non, avoua enfin Alexa dans un souffle.

Teri grimaça et secoua la tête.

— Alexa…, déclara-t-elle d’un air navré.

La jeune femme baissa les yeux, dévastée devant le regard de reproche de son amie. Comment expliquer à Teri ce qui l’avait poussée à prendre la décision terrible de garder un tel secret ? Comment lui raconter la façon ignoble dont Giovanni l’avait traitée quand il avait décidé qu’elle ne remplissait plus les conditions requises pour être sa femme ? Les accusations dont il l’avait accablée comme si elle avait été la dernière des dernières ? Les insultes qu’il avait proférées à son égard ? Le refus de l’écouter quand elle avait tenté de s’expliquer, de discuter ?

Elle n’avait pas eu d’autre solution que de partir, le cœur brisé…

— S’il savait, il me le prendrait, balbutia-t-elle, la gorge serrée.

Teri poussa un profond soupir.

— Je n’arrive pas à comprendre comment vous avez pu en arriver là, fit-elle observer, désolée. Comment un mariage d’amour peut se terminer sur un tel gâchis ?

Parfois, Alexa ne le comprenait pas non plus.

* * *

Pourtant, tout avait commencé comme un conte de fées. Mieux encore qu’un conte de fées…

Alexa était tombée amoureuse de Naples et de Giovanni pratiquement en même temps. La ville pleine de vie à l’ombre du Vésuve, avec ses habitants bruyants et attachants, ses quartiers populaires et colorés, avec le bleu de la mer Tyrrhénienne en toile de fond, avait tout de suite conquis la jeune étudiante anglaise en mal d’exotisme qu’elle était alors. Et comment aurait-elle pu résister à la beauté sombre de Giovanni, à son affolante virilité, à sa détermination affichée de la posséder ? Immédiatement conquise, elle n’avait même pas essayé de combattre ses sentiments : Giovanni était l’homme de sa vie, elle en était certaine.

Pourtant, elle avait compris dès son arrivée que les Italiens étaient des don juans professionnels, et que pour eux, les jeunes étrangères représentaient une proie de choix. Alexa était méfiante envers les hommes, à la fois par nature, mais aussi parce que sa seule et unique expérience amoureuse l’avait laissée insatisfaite.

Pourtant, sa rencontre avec Giovanni avait été un éblouissement… Oublié le camarade d’université maladroit et inexpérimenté avec lequel elle avait perdu sa virginité, évanouies cette prudence et cette distance qu’elle avait toujours maintenues dans ses rapports avec les hommes. Giovanni était celui qu’elle attendait…

Peu après son installation à Naples, Alexa avait trouvé un emploi dans un grand magasin, où elle s’était fait aussitôt remarquer par son excellente maîtrise de l’italien, qu’elle avait étudié à l’université, en Angleterre. Elle avait été rapidement augmentée, et donnait toute satisfaction à ses supérieurs. Et puis, un jour, alors qu’elle sortait de leurs cartons des sacs à main, Giovanni était arrivé, et pour elle le monde avait changé d’un coup… Soudain, elle avait compris ce que voulait dire le verbe « aimer ». Elle l’avait compris si intensément qu’elle avait eu le sentiment terrifiant et merveilleux d’être entraînée dans un tourbillon qu’elle ne maîtrisait pas, un tourbillon de passion et d’élans qu’elle n’avait ni l’envie ni le pouvoir de maîtriser.

A cet instant, elle ne savait pas que Giovanni était le propriétaire du grand magasin où elle travaillait, comme de beaucoup d’autres en Italie et à l’étranger. Pas plus qu’elle ne savait qu’il était considéré comme le célibataire le plus recherché d’Italie, et qu’il détenait une des plus grandes fortunes du pays.

Si on lui avait expliqué tout ceci alors qu’il venait d’apparaître, elle n’aurait même pas écouté. Paralysée derrière son comptoir, elle le buvait des yeux, fascinée par sa distinction naturelle, ce subtil mélange de virilité et de raffinement qui faisait de lui un être exceptionnel. Tout en lui la ravissait : ses boucles brunes savamment en désordre, ses yeux sombres si romantiques, ses lèvres sensuelles, son corps que l’on devinait athlétique et puissant sous l’élégant costume.

Il s’immobilisa devant son stand et elle crut que son cœur allait s’arrêter de battre.

— Alors, c’est vous qui excitez la curiosité de tout le monde ici ? lança-t-il en dardant sur elle ses fascinants yeux noirs.

Elle se ressaisit et jeta un regard autour d’elle. Les autres vendeuses s’étaient arrêtées elles aussi et observaient, émerveillées, le nouveau venu.

— Il me semble que je pourrais vous retourner le compliment ! répondit-elle avec un aplomb qui l’étonna elle-même.

Giovanni fut surpris, mais le montra à peine. Malgré ce qu’on lui avait dit sur cette étonnante jeune femme, il ne s’attendait ni à une telle repartie, ni à une telle maîtrise de l’italien.

Ils se dévisagèrent un long moment, et Alexa sentit son regard glisser sur elle aussi sûrement qu’une caresse.

— On m’avait dit que vous étiez très belle, mais c’est un euphémisme…, murmura-t-il d’une voix rauque en fixant ses lèvres.

Bouleversée par la sensualité qui émanait de toute sa personne, Alexa se sentit rougir. Ce n’était pas la première fois qu’un bel Italien lui faisait un compliment, et ses paroles ne voulaient rien dire, tenta-t-elle de se convaincre. Luttant contre le trouble qui l’envahissait, elle décida de l’éconduire comme elle l’avait fait pour tant d’autres avant lui.

— Vous cherchez peut-être un sac, monsieur, déclara-t-elle sur le ton poli de la parfaite vendeuse.

Giovanni hésita un instant sur la conduite à tenir. Devait-il lui acheter un sac ? Ainsi, il pourrait bavarder plus longuement avec elle, obtenir sur elle des informations, puis revenir avec un bouquet de fleurs à la main et l’inviter à dîner…

Cependant quelque chose d’infiniment profond dans le vert de ses yeux lui fit penser que ce n’était pas la bonne stratégie. Cette ravissante Anglaise n’était pas de celles avec lesquelles on a un banal flirt, qui se conclut banalement au lit. Non, elle était différente…

— Non, je ne veux pas de sac, répliqua-t-il d’une voix ferme. Je veux vous montrer Naples.

Elle releva la tête, interloquée.

— Merci, mais je connais déjà bien la ville, et j’ai un plan, indiqua-t-elle.

— Et moi une voiture.

— Je préfère marcher. Mais merci quand même, ajouta-t-elle avec un sourire qui décupla encore son charme en allumant des étincelles dans son regard.

— Je n’ai pas l’habitude qu’on me résiste, murmura-t-il comme s’il se parlait à lui-même.

— Je crains que cette fois vous ne soyez déçu…

— Je ne suis jamais déçu quand je me suis fixé un but.

Alexa avait-elle senti que cet homme était dangereux, que si elle accédait à sa demande, sa vie en serait à jamais bouleversée ?

Toujours est-il que malgré sa fascination pour lui, elle continua à refuser obstinément toutes ses propositions. Sans se rendre compte, naïve qu’elle était, que son attitude ne faisait que le piquer au vif plus encore… Mais elle ne rentrait pas dans le jeu de la séduction, dont elle ne connaissait d’ailleurs pas les règles. Elle avait seulement le sentiment diffus qu’en s’approchant de lui, elle risquait de souffrir…

Il revint à la charge une dizaine de fois avant qu’elle accepte enfin de déjeuner avec lui. Entre-temps, elle avait appris qu’il était immensément riche et qu’il changeait de petite amie plus souvent encore que de voiture, et dans son cas, ce n’était pas peu dire…

Ravi comme un adolescent à son premier flirt, Giovanni avait choisi pour ce premier déjeuner — car il espérait bien qu’il y en aurait d’autres — un petit restaurant qui surplombait la ville et dont la pergola couverte de jasmin embaumait.

Tout chez cette jeune femme l’enchantait : sa beauté, son charme, son sourire éblouissant, mais peut-être plus encore sa timidité, et cette façon désarmante qu’elle avait de rougir dès qu’il lui faisait un compliment. Jamais il n’avait vu une telle fraîcheur, une telle naïveté, et cette pureté le comblait. Aussi ne voulait-il pas aller trop vite… Il ne chercha pas à l’embrasser, à la séduire. Il avait compris qu’il risquait de l’effaroucher.

Et sa retenue acheva de conquérir Alexa. Avec lui, elle était en confiance. Ce qui devait arriver arriverait, mais sans précipitation, tout naturellement, et cette pensée la rassurait.

Ils se revirent, de plus en plus souvent. Pour la première fois de sa vie Giovanni s’intéressait vraiment à la femme qu’il courtisait : il l’écoutait, elle le faisait rire. Il passait de délicieux moments…

Il tomba amoureux avec une violence qui le laissa pantois. Rien dans ses nombreuses aventures passées ne l’avait préparé à un tel bouleversement. Il avait toujours ri quand on lui avait parlé de coup de foudre, mais là, il ne riait plus. Il était bel et bien pris dans les filets de cette jeune femme…

— Epouse-moi, lui dit-il un jour.

Alexa crut avoir mal entendu. Mais le visage viril de Giovanni était grave et elle comprit, bouleversée, qu’il ne plaisantait pas.

— Mais…, balbutia-t-elle, affolée et émerveillée tout à la fois.

— Epouse-moi, répéta-t-il dans un souffle en lui effleurant la bouche de ses lèvres.

Le baiser qu’elle lui rendit était une réponse en lui-même. Comment aurait-elle pu lui dire non ? Depuis le premier jour, il occupait toutes ses pensées, il remplissait son existence. Elle n’envisageait pas l’avenir sans lui. Ils seraient heureux jusqu’à la fin des temps, elle le savait.

Elle accepta donc, radieuse, et ils se marièrent sans attendre. La cérémonie qui devait être simple prit tout de suite un tour plus mondain avec l’arrivée de la mère de Giovanni, débarquant de Monaco avec ses chapeaux, ses caniches, ses toilettes extravagantes et son dernier amant. Mais ni Giovanni ni Alexa n’en prirent ombrage, trop occupés qu’ils étaient d’eux-mêmes et de leur bonheur tout neuf.

« C’est un rêve », se dit la jeune femme en sortant de la petite église au bras de son mari. Un rêve si beau qu’elle avait peur qu’il ne se brise…

Elle avait raison.

Le rêve s’effondra, la nuit même de leurs noces, lorsque Giovanni s’aperçut que celle qu’il croyait vierge ne l’était pas. Persuadé qu’elle s’était gardée pour lui, que sa chasteté pendant leurs courtes fiançailles était la manifestation de sa pureté, il resta d’abord interloqué.

— Je ne suis pas le premier ? murmura-t-il alors qu’il venait d’entrer en elle.

Alexa se figea. Elle devait avoir mal compris. Il ne pouvait pas s’interrompre, sans même avoir fini de lui faire l’amour, et pour lui poser cette question !

Mais il la répéta, et elle comprit que, en effet, le rêve s’était brisé. Elle avait à peine eu quelques heures pour être une mariée heureuse…

Elle ne put que hocher la tête en signe d’assentiment, horrifiée. Alors il la pénétra de nouveau, mais cette fois sans la moindre douceur, sans la moindre tendresse. C’était comme s’il voulait lui faire payer ce qu’il venait d’entendre, comme s’il voulait l’humilier, utiliser son corps comme un objet pour mieux la délaisser peu après. Quand il explosa en elle, elle retint ses larmes. Il lui avait fait l’amour pour la punir, et elle se sentait salie, anéantie, souillée…

Après cette nuit atroce, plus rien ne fut comme avant. Le germe de la jalousie avait contaminé Giovanni. Elle eut beau lui expliquer qu’il n’y en avait eu qu’un avant lui, un amant si décevant qu’elle n’avait éprouvé aucun plaisir, rien n’y fit. Il la poursuivait de ses questions, certain qu’elle lui mentait, qu’elle avait collectionné les hommes, et il guettait les moindres de ses faits et gestes, convaincu qu’elle était prête à le tromper à la première occasion.

Et en même temps, chaque nuit, il la possédait, avec tant d’expertise et de sensualité qu’elle s’abandonnait avec ravissement à ses étreintes, tout en sachant que c’était de la folie. Elle éprouvait un plaisir intense, mais dès qu’il s’était retiré d’elle, l’absurdité de la situation la frappait. Ils étaient amants, ils éprouvaient dans les bras l’un de l’autre des sensations d’une extraordinaire intensité, mais ils n’étaient pas un couple. Ils étaient devenus des ennemis…

Cette torture dura trois mois. Quand elle décida enfin de partir, amaigrie, déstabilisée psychologiquement, Alexa était à bout.

Les seules paroles qu’eut Giovanni quand elle lui annonça qu’elle le quittait résonnaient encore atrocement à ses oreilles : « Encore heureux que tu ne sois pas enceinte, on n’aurait jamais su qui est le père… »

* * *

— As-tu l’intention de lui dire qu’il a un fils ? demanda Teri.

Alexa essuya les larmes qui coulaient sur sa joue.

— Je ne peux pas, répondit-elle, au désespoir. C’est trop risqué… Il éprouve pour moi une telle haine qu’il est capable de tout.

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Commentaires récents

Bronze

Sharon Kendrick m'a habituée à mieux. Giovanni est exécrable et a une attitude très négative. Je m'attendais à avoir une Alexa plus combative, qui ne s'en laisserai pas conter. A une ou deux reprise elle tente d'argumenter sur les raisons qui l'ont fait partir. Mais elle tombe dans ses bras dès qu'il l'a frôle, alors qu'elle devrait le détester. :(

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Pas apprécié

J'ai tout simplement detesté le personnage qu'est Giovanni ! Il a un caractère exécrable les 3/4 du temps, oblige Alexa a déménagé et elle, elle ne réagit pas et le suis comme un toutou.

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Dates de sortie

Les Princes du désert, Tome 2 : Le Prince du Kharastan

  • France : 2008-01-17 - Poche (Français)
  • USA : 2007-03-27 - Poche (English)
  • USA : 2011-09-01 (English)

Activité récente

Becky39 l'ajoute dans sa biblio or
2019-06-07T01:12:36+02:00

Titres alternatifs

  • The Sheikh's Unwilling Wife - Anglais
  • The Sheikh's Unwilling Wife (The Desert Princes #2) - Anglais
  • O ultimato do xeque - Portugais
  • Jóia do Deserto - Portugais
  • Jóia do Deserto (Herdeiros do Deserto #2) - Portugais
  • Nozze nel deserto - Italien
  • El ultimátum del jeque - Espagnol
  • El ultimátum del jeque (Principes del Desierto #2) - Espagnol
  • Oase van verleiding - Hollandais
  • Panovačný vládce - Tcheque

Les chiffres

Lecteurs 18
Commentaires 2
Extraits 1
Evaluations 3
Note globale 4.33 / 10

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