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Extrait ajouté par anonyme 2016-05-08T22:18:02+02:00

Celle qui était appuyée sur la chaise, c’est-à-dire la bruyante, la rieuse, était une belle fille de dix-neuf à vingt ans, brune de peau, brune de cheveux, resplendissante, par ses yeux, qui s’allumaient sous des sourcils vigoureusement tracés, et surtout par ses dents, qui éclataient comme des perles sous ses lèvres d’un corail sanglant.

Chacun de ses mouvements semblait le résultat du jeu d’une mime ; elle ne vivait pas, elle bondissait.

L’autre, celle qui écrivait, regardait sa turbulente compagne avec un œil bleu, limpide et pur comme était le ciel ce jour-là. Ses cheveux, d’un blond cendré, roulés avec un goût exquis, tombaient en grappes soyeuses sur ses joues nacrées ; elle promenait sur le papier une main fine, mais dont la maigreur accusait son extrême jeunesse. À chaque éclat de rire de son amie, elle soulevait, comme dépitée, ses blanches épaules d’une forme poétique et suave, mais auxquelles manquait ce luxe de vigueur et de modelé qu’on eût désiré voir à ses bras et à ses mains.

— Montalais ! Montalais ! dit-elle enfin d’une voix douce et caressante comme un chant, vous riez trop fort, vous riez comme un homme ; non seulement vous vous ferez remarquer de messieurs les gardes, mais vous n’entendrez pas la cloche de Madame, lorsque Madame appellera.

La jeune fille qu’on appelait Montalais, ne cessa ni de rire ni de gesticuler à cette admonestation, seulement elle répondit :

— Louise, vous ne dites pas votre façon de penser, ma chère ; vous savez que messieurs les gardes, comme vous les appelez, commencent leur somme, et que le canon ne les réveillerait pas ; vous savez que la cloche de Madame s’entend du pont de Blois, et que par conséquent je l’entendrai quand mon service m’appellera chez Madame. Ce qui vous ennuie, c’est que je ris quand vous écrivez ; ce que vous craignez, c’est que madame de Saint-Remy, votre mère, ne monte ici, comme elle fait quelquefois quand nous rions trop ; qu’elle ne nous surprenne, et qu’elle ne voie cette énorme feuille de papier sur laquelle, depuis un quart d’heure, vous n’avez encore tracé que ces mots : Monsieur Raoul. Or vous avez raison, ma chère Louise, parce que, après ces mots : Monsieur Raoul, on peut en mettre tant d’autres, si significatifs et si incendiaires, que madame de Saint-Remy, votre chère mère, aurait droit de jeter feu et flammes. Hein ! n’est-ce pas cela, dites ?

Et Montalais redoublait ses rires et ses provocations turbulentes.

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Extrait ajouté par anonyme 2015-12-26T10:57:10+01:00

– Eh bien, mon cher Porthos, voyons, dites-moi la méthode de M. Molière.

– Molière? vous l’appelez ainsi, n’est-ce pas? Je tiens à me rappeler son nom.

– Oui, ou Poquelin, si vous l’aimez mieux.

– Non, j’aime mieux Molière. Quand je voudrai me rappeler son nom, je penserai à volière, et, comme j’en ai une à Pierrefonds…

– À merveille, mon ami. Et sa méthode, à ce M. Molière?

– La voici. Au lieu de me démembrer comme font tous ces bélîtres, de me faire courber les reins, de me faire plier les articulations, toutes pratiques déshonorantes et basses…

D’Artagnan fit un signe approbatif de la tête.

– «Monsieur, m’a-t-il dit, un galant homme doit se mesurer lui-même. Faites-moi le plaisir de vous approcher de ce miroir.» Alors je me suis approché du miroir. Je dois avouer que je ne comprenais pas parfaitement ce que ce brave M. Volière voulait de moi.

– Molière.

– Ah! oui, Molière, Molière. Et, comme la peur d’être mesuré me tenait toujours: «Prenez garde, lui ai-je dit, à ce que vous m’allez faire; je suis fort chatouilleux, je vous en préviens.» Mais lui, de sa voix douce car c’est un garçon courtois, mon ami, il faut en convenir, mais lui, de sa voix douce: «Monsieur, dit-il, pour que l’habit aille bien, il faut qu’il soit fait à votre image. Votre image est exactement réfléchie par le miroir. Nous allons prendre mesure sur votre image.»

– En effet, dit d’Artagnan, vous vous voyiez au miroir; mais comment a-t on trouvé un miroir où vous pussiez vous voir tout entier?

– Mon cher, c’est le propre miroir où le roi se regarde.

– Oui; mais le roi a un pied et demi de moins que vous.

– Eh bien, je ne sais pas comment cela se fait c’était sans doute une manière de flatter le roi, mais le miroir était trop grand pour moi. Il est vrai que sa hauteur était faite de trois glaces de Venise superposées et sa largeur des mêmes glaces juxtaposées.

– Oh! mon ami, les admirables mots que vous possédez là! Où diable en avez-vous fait collection?

– À Belle-Île. Aramis les expliquait à l’architecte.

– Ah! très bien! Revenons à la glace, cher ami.

– Alors, ce brave M. Volière…

– Molière.

– Oui, Molière, c’est juste. Vous allez voir, mon cher ami, que voilà maintenant que je vais trop me souvenir de son nom. Ce brave M. Molière se mit donc à tracer avec un peu de blanc d’Espagne des lignes sur le miroir, le tout en suivant le dessin de mes bras et de mes épaules, et cela tout en professant cette maxime que je trouvai admirable: «Il faut qu’un habit ne gêne pas celui qui le porte.»

– En effet, dit d’Artagnan, voilà une belle maxime, qui n’est pas toujours mise en pratique.

– C’est pour cela que je la trouvai d’autant plus étonnante, surtout lorsqu’il la développa.

– Ah! Il développa cette maxime?

– Parbleu!

– Voyons le développement.

«- Attendu, continua-t-il, que l’on peut, dans une circonstance difficile, ou dans une situation gênante, avoir son habit sur l’épaule, et désirer ne pas ôter son habit…»

– C’est vrai, dit d’Artagnan.

«- Ainsi», continua M. Volière…

– Molière!

– Molière, oui. «Ainsi continua M. Molière, vous avez besoin de tirer l’épée, monsieur, et vous avez votre habit sur le dos. Comment faites-vous?

«- Je l’ôte, répondis-je.

«- Eh bien, non, répondit-il à son tour.

«- Comment! non?

«- Je dis qu’il faut que l’habit soit si bien fait, qu’il ne vous gêne aucunement, même pour tirer l’épée.

«- Ah! ah!

«- Mettez-vous en garde», poursuivit-il. J’y tombai avec un si merveilleux aplomb, que deux carreaux de la fenêtre en sautèrent. «Ce n’est rien, ce n’est rien, dit-il, restez comme cela.» Je levai le bras gauche en l’air, l’avant-bras plié gracieusement, la manchette rabattue et le poignet circonflexe, tandis que le bras droit à demi étendu garantissait la ceinture avec le coude, et la poitrine avec le poignet.

– Oui, dit d’Artagnan, la vraie garde, la garde académique.

– Vous avez dit le mot, cher ami. Pendant ce temps, Volière…

– Molière!

– Tenez, décidément, mon cher ami, j’aime mieux l’appeler… Comment avez-vous dit son autre nom?

– Poquelin.

– J’aime mieux l’appeler Poquelin.

– Et comment vous souviendrez-vous mieux de ce nom que de l’autre?

– Vous comprenez… Il s’appelle Poquelin, n’est-ce pas?

– Oui.

– Je me rappellerai madame Coquenard.

– Bon.

– Je changerai Coque en Poque, nard en lin, et au lieu de Coquenard, j’aurai Poquelin.

– C’est merveilleux! s’écria d’Artagnan abasourdi… Allez, mon ami, je vous écoute avec admiration.

– Ce Coquelin esquissa donc mon bras sur le miroir.

– Poquelin. Pardon.

– Comment ai-je donc dit?

– Vous avez dit Coquelin.

– Ah! c’est juste. Ce Poquelin esquissa donc mon bras sur le miroir; mais il y mit le temps; il me regardait beaucoup; le fait est que j’étais très beau. «Cela vous fatigue? demanda-t-il. – Un peu, répondis-je en pliant sur les jarrets; cependant le peux tenir encore une heure. – Non, non, je ne le souffrirai pas! Nous avons ici des garçons complaisants qui se feront un devoir de vous soutenir les bras, comme autrefois on soutenait ceux des prophètes quand ils invoquaient le Seigneur. – Très bien! répondis-je. – Cela ne vous humiliera pas? – Mon ami, lui dis-je, il y a, je le crois, une grande différence entre être soutenu et être mesuré.»

– La distinction est pleine de sens, interrompit d’Artagnan.

– Alors, continua Porthos, il fit un signe; deux garçons s’approchèrent; l’un me soutint le bras gauche, tandis que l’autre, avec infiniment d’adresse, me soutenait le bras droit.

«- Un troisième garçon! dit-il.

«Un troisième garçon s’approcha.

«- Soutenez les reins de monsieur, dit-il.

«Le garçon me soutint les reins.»

– De sorte que vous posiez? demanda d’Artagnan.

– Absolument, et Poquenard me dessinait sur la glace.

– Poquelin, mon ami.

– Poquelin, vous avez raison. Tenez, décidément, j’aime encore mieux l’appeler Volière.

– Oui, et que ce soit fini, n’est-ce pas?

– Pendant ce temps-là, Volière me dessinait sur la glace.

– C’était galant.

– J’aime fort cette méthode: elle est respectueuse et met chacun à sa place.

– Et cela se termina?…

– Sans que personne m’eût touché, mon ami.

– Excepté les trois garçons qui vous soutenaient?

– Sans doute; mais je vous ai déjà exposé, je crois, la différence qu’il y a entre soutenir et mesurer.

– C’est vrai, répondit d’Artagnan, qui se dit ensuite à lui-même: Ma foi! ou je me trompe fort, ou j’ai valu là une bonne aubaine à ce coquin de Molière, et nous en verrons bien certainement la scène tirée au naturel dans quelque comédie.

Porthos souriait.

– Quelle chose vous fait rire? lui demanda d’Artagnan.

– Faut-il vous l’avouer? Eh bien, je ris de ce que j’ai tant de bonheur.

– Oh! cela, c’est vrai; je ne connais pas d’homme plus heureux que vous. Mais quel est le nouveau bonheur qui vous arrive?

– Eh bien, mon cher, félicitez-moi.

– Je ne demande pas mieux.

– Il paraît que je suis le premier à qui l’on ait pris mesure de cette façon-là.

– Vous en êtes sûr?

– À peu près. Certains signes d’intelligence échangés entre Volière et les autres garçons me l’ont bien indiqué.

– Eh bien, mon cher ami, cela ne me surprend pas de la part de Molière.

– Volière, mon ami!

– Oh! non, non, par exemple! je veux bien vous laisser dire Volière à vous; mais je continuerai, moi, à dire Molière. Eh bien, cela, disais-je donc, ne m’étonne point de la part de Molière qui est un garçon ingénieux, et à qui vous avez inspiré cette belle idée.

– Elle lui servira plus tard, j’en suis sûr.

– Comment donc, si elle lui servira! Je le crois bien, qu’elle lui servira, et même beaucoup! Car, voyez-vous, mon ami, Molière est, de tous nos tailleurs connus, celui qui habille le mieux nos barons, nos comtes et nos marquis… à leur mesure.

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Extrait ajouté par Laurien 2017-03-14T06:55:10+01:00

Pendant tout ce long et violent débat des ambitions de la cour contre les amours de coeur, un de nos personnages, le moins à négliger peut-être, était négligé, fort oublié, fort malheureux.

En effet, d'Artagnan, d'Artagnan, car il faut le nommer par son nom pour qu'on se rappelle qu'il a existé, d'Artagnan n'avait absolument rien à faire dans ce monde brillant et léger.

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Extrait ajouté par Laurien 2017-03-14T06:53:49+01:00

Tout respirait l'avenir, le passé n'était plus rien pour personne. Seulement, ce passé venait comme une plaie douloureuse et saignante au coeur de quelques âmes tendres et dévouées.

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Extrait ajouté par bubu563 2017-02-05T21:15:59+01:00

Le roi, plus impatient qu’intimidé, se tourna vers le second masque.

— Si c’est une comédie, fit-il, vous direz à M. Fouquet que je la trouve inconvenante, et j’ordonne qu’elle cesse.

Ce second masque, auquel s’adressait le roi, était un homme de très haute taille et d’une vaste circonférence. Il se tenait droit et immobile comme un bloc de marbre.

— Eh bien ! ajouta le roi en frappant du pied, vous ne me répondez pas ?

— Nous ne vous répondons pas, mon petit monsieur, fit le géant d’une voix de stentor, parce qu’il n’y a rien à vous répondre, sinon que vous êtes le premier fâcheux, et que M. Coquelin de Volière vous a oublié dans le nombre des siens.

— Mais, enfin, que me veut-on ? s’écria Louis en se croisant les bras avec colère.

— Vous le saurez plus tard, répondit le porte-lampe.

— En attendant, où suis-je ?

— Regardez !

Louis regarda effectivement ; mais, à la lueur de la lampe que soulevait l’homme masqué, il n’aperçut que des murs humides, sur lesquels brillait çà et là le sillage argenté des limaces.

— Oh ! oh ! un cachot ? fit le roi.

— Non, un souterrain.

— Qui mène ?…

— Veuillez nous suivre.

— Je ne bougerai pas d’ici, s’écria le roi.

— Si vous faites le mutin, mon jeune ami, répondit le plus robuste des deux hommes, je vous enlèverai, je vous roulerai dans un manteau, et, si vous y étouffez, ma foi ! ce sera tant pis pour vous

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Extrait ajouté par Laurien 2017-01-13T19:51:40+01:00

"Athos, Porthos, au revoir. Aramis, à jamais adieu !"

Des quatre vaillants hommes dont nous avons conté l'histoire, il ne restait plus qu'un seul corps. Dieu avait repris les âmes.

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Extrait ajouté par Aude 2010-07-23T00:25:44+02:00

Elle vit les veux humides du roi, son front pâle, ses lèvres convulsives, et s'écria avec un accent que rien ne pourrait rendre : " Oh ! sire, vous êtes roi, vous pleurez, et je pars ! " Le roi, pour toute réponse, cacha son visage dans son mouchoir. L'officier poussa comme un rugissement qui effraya les deux chevaux. Mlle de Mancini, indignée, quitta le roi et remonta précipitamment dans son carrosse en criant au cocher " Partez, partez vite ! " Le cocher obéit, fouetta ses chevaux, et le lourd carrosse s'ébranla sur ses essieux criards, tandis que le roi de France, seul, abattu, anéanti, n'osait plus regarder ni devant ni derrière lui.

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