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Extrait ajouté par joyau99 2013-12-22T18:51:10+01:00

— Monsieur, s’écria le roi, croyez-vous que c’est excuser votre ami que de surpasser son insolence ?

— Oh ! sire, j’irai bien plus loin que lui, dit d’Artagnan, et ce sera votre faute. Je vous dirai, ce qu’il ne vous a pas dit, lui, l’homme de toutes les délicatesses ; je vous dirai : sire, vous avez sacrifié son fils, et il défendait son fils ; vous l’avez sacrifié lui-même ; il vous parlait au nom de l’honneur, de la religion et de la vertu, vous l’avez repoussé, chassé, emprisonné. Moi, je serai plus dur que lui, sire ; et je vous dirai : sire, choisissez ! Voulez-vous des amis ou des valets ? des soldats ou des danseurs à révérences ? des grands hommes ou des polichinelles ? Voulez-vous qu’on vous serve ou voulez-vous qu’on plie ! voulez-vous qu’on vous aime ou voulez-vous qu’on ait peur de vous ? Si vous préférez la bassesse, l’intrigue, la couardise, oh ! dites-le, sire ; nous partirons, nous autres, qui sommes les seuls restes, je dirai plus, les seuls modèles de la vaillance d’autrefois ; nous qui avons servi et dépassé peut-être en courage, en mérite, des hommes déjà grands dans la postérité. Choisissez, sire, et hâtez-vous. Ce qui vous reste de grands seigneurs, gardez-le ; vous aurez toujours assez de courtisans. Hâtez-vous, et envoyez-moi à la Bastille avec mon ami ; car, si vous n’avez pas su écouter le comte de La Fère, c’est-à-dire la voix la plus douce et la plus noble de l’honneur ; si vous ne savez pas entendre d’Artagnan, c’est-à-dire la plus franche et la plus rude voix de la sincérité, vous êtes un mauvais roi, et demain, vous serez un pauvre roi. Or, les mauvais rois, on les abhorre ; les pauvres rois, on les chasse. Voilà ce que j’avais à vous dire, sire ; vous avez eu tort de me pousser jusque-là.

Le roi se renversa froid et livide sur son fauteuil : il était évident que la foudre tombée à ses pieds ne l’eût pas étonné davantage ; on eût cru que le souffle lui manquait et qu’il allait expirer. Cette rude voix de la sincérité, comme l’appelait d’Artagnan, lui avait traversé le cœur, pareille à une lame.

D’Artagnan avait dit tout ce qu’il avait à dire. Comprenant la colère du roi, il tira son épée, et, s’approchant respectueusement de Louis XIV, il la posa sur la table.

Mais le roi, d’un geste furieux, repoussa l’épée, qui tomba à terre et roula aux pieds de d’Artagnan.

Si maître que le mousquetaire fût de lui, il pâlit à son tour, et frémissant d’indignation :

— Un roi, dit-il, peut disgracier un soldat ; il peut l’exiler, il peut le condamner à mort ; mais, fût-il cent fois roi, il n’a jamais le droit de l’insulter en déshonorant son épée. Sire, un roi de France n’a jamais repoussé avec mépris l’épée d’un homme tel que moi. Cette épée souillée, songez-y, sire, elle n’a plus désormais d’autre fourreau que mon cœur ou le vôtre. Je choisis le mien, sire, remerciez-en Dieu et ma patience !

Puis se précipitant sur son épée :

— Que mon sang retombe sur votre tête, sire ! s’écria-t-il.

Et, d’un geste rapide, appuyant la poignée de l’épée au parquet, il en dirigea la pointe sur sa poitrine.

Le roi s’élança d’un mouvement encore plus rapide que celui de d’Artagnan, jetant le bras droit au cou du mousquetaire, et, de la main gauche, saisissant par le milieu la lame de l’épée, qu’il remit silencieusement au fourreau.

D’Artagnan, roide, pâle et frémissant encore, laissa, sans l’aider, faire le roi jusqu’au bout.

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