Livres
469 814
Membres
437 618

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

Charles se leva pour embrasser son ami, une accolade virile mais puissante, qui témoigna des liens d’amitié entre ces deux bûcherons.

Lorsque Robert démarra son véhicule et quitta le parking de Saint Bonnet, quelques larmes perlaient sur les joues ridées et cuivrées de Charles. Il paya son café, dit adieu au patron des « marmottes » et regagna son véhicule.

Sacré Robert !

Son pote de toujours, ce gaillard l’avait pris sous son aile lorsqu’il était rentré dans la société « Gap‘élag » en 1962. Charles était plus jeune que Robert de trois ans. C’est cet homme qui lui avait appris les coupes d’arbres, traditionnelles et à risques, les élagages acrobatiques. À ce duo s’étaient ajoutés Guy Carreti et Laurent Imbert un an plus tard, André Eyraud deux ans après et Sylvio Carese, tout droit venu de Rome en 1968.

Les six amis devinrent inséparables ; des travailleurs forcenés, ne regardant ni les heures, ni la rigueur des hivers alpins. Le patron de Gap’élag était fier d’eux, ses meilleurs hommes leur avaient-ils dit un jour. Le travail dans le massif des Écrins était méthodique et précis, le conseil général des Hautes-Alpes tenait à ce que les vallées et les forêts soient toujours entretenues. Les sociétés d’élagage de toute la région œuvraient en ce sens sous couvert de l’ONF. Les "six castors" veillaient à l’essor de la vallée, à la beauté de la montagne, à la qualité de la vie de chacun au milieu de ces pics noirs et blancs.

Au volant de son Land, il ne fallut que dix minutes à Charles pour rejoindre la vallée voisine. Il roula vers le hameau de la Chapelle en Valgaudemar. Tout au long de la route, Charles contempla les gens qui travaillaient dans les champs, les enfants qui faisaient du vélo sur les sentiers bordés de mélèzes et de bouleaux. De temps en temps, il jetait un regard à son propre reflet dans le rétroviseur : quelle gueule… Ses yeux étaient plissés, ses paupières supérieures retombaient, sa peau était ridée et martelée par les longues journées d’hiver. Il se voyait vieillir, il se voyait souffrir. La vie l’avait amoché et il en prenait conscience dans ce foutu miroir…

Il arriva au hameau, les vieilles bâtisses de pierres grises et noires, s’intégraient aux maisons plus récentes, enduits crème ou beige, mais toutes avaient des boiseries aux couleurs chaudes et naturelles. Il se dirigea vers le petit cimetière.

Muret en pierres, grilles rouillées, la plupart des demeures funèbres dataient d’après-guerre, années soixante pour la majorité.

Il s’arrêta quelques secondes devant l’une d’elles et s’agenouilla. Il pria, longuement, les yeux fermés. Il ne sut pas qui il priait, ni pourquoi – il ne l’avait jamais su –, mais son esprit parlait à quelqu’un, quelque chose et ça, il en était persuadé…

Charles se redressa et alla cueillir quelques fleurs au bord du chemin, comme l’aurait fait un gamin, fleurs inégales, de toutes couleurs ; il revint poser un bouquet sur la tombe qui lui était chère.

Il soupira longuement et chuchota :

— Je t’aime…

Le Land Rover démarra et s’éloigna au milieu de la vallée du Valgaudemar, encaissée, sombre et chargée de souvenirs. Charles ne remettrait certainement jamais les pieds ici. Il le sentait.

Afficher en entier

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode