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Pour le peu que j’en sais, apprendre à disséquer un cadavre en 14 morceaux tête et pieds compris, n’a de véritable intérêt que pour deux catégories de personnes : Les tueurs en série humains férus de puzzles et les cannibales (parce que ça prend moins de place dans le congélateur). Pour les autres, les novices, les inexpérimentés, il existe des méthodes bien moins fastidieuses et chronophages pour se débarrasser d’un corps. J’avais donc un peu de mal à comprendre pour quelle raison Anthéa avait à tout prix tenu à inclure dans sa longue liste ayant pour titre « comment se débarrasser d’un cadavre », un cas pratique aussi assommant.

- Mamie, tu es vraiment certaine que c’est nécessaire ? Mon tablier va être foutu ! râlai-je en me demandant pourquoi elle ne m’avait pas fourni une tronçonneuse plutôt qu’un énorme couteau de boucher et une hachette ridicule.

- Coupe en biais ou tu vas tomber sur l’os, se contenta-t-elle de répondre en fronçant les sourcils.

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« Notre espoir résidait dans le secret. Non dans le combat, en tout cas pas avant d’avoir évalué les forces en présence. Ariel devait être lui aussi de cet avis parce qu’il me caressa doucement la joue et me demanda, badin :

— Pourquoi ai-je sans cesse l’impression de tomber de Charybde en Scylla quand je suis avec toi ?

Je lui fis un clin d’œil.

— Reconnais au moins que tu ne t’ennuie pas.

— Tu insinues que tu nous crées tous ces ennuis de peur que je manque de distractions ?

Je lui souris.

— Exactement.

— Ah…

— Quoi, ah ?

— J’apprécie tes efforts, mais je préférerais me faire un ciné ou un restau la prochaine fois.

— Pff, tu n’es vraiment qu’un sale ingrat. »

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--Quel est ce garçon dont tu sembles être tombée amoureuse?

--Je ne vois pas du tout en quoi ça te regarde. Tu n'es pas Bruce, Raphael ou mon père.

Je n'ai pas à répondre à tes questions ou à me plier à tes ordres.

Il croisa les bras et me jeta un regard condescendant.

--Tu sais qu'on peut jouer à ça toute la nuit?

--Fais ce que tu veux, moi, je rentre à l'hôtel, fis-je en avançant vers la plage.

--Il n'en est pas question, gronda-t-il en se ruant sur moi.

Il me tenait le corps entre ses bras et ses jambes et me broyait les muscles comme un étau. Ma tête seule restait libre. Instinctivement, je sortis les crocs avec l'intention évidente de lui arracher la lèvre mais à peine en avais-je manifesté l'intention que ma bouche se posait instinctivement sur la sienne et qu'un feu m'embrasait toute entière.

Il sentait bon, sa peau était chaude, le goût de sa bouche m'enivrait et un frisson étrange et délicieux me parcourait le bas ventre. Le contact de ses mains qui glissaient dans mon dos , sa langue à la fois douce et impérieuse dans ma bouche chassaient toute partie cohérente de mon cerveau et une faim insatiable se mit à grandir en moi.

--Leo! Non! s'écria-t-il soudain en interrompant notre baiser et en me repoussant fermement.

J'ouvris les yeux. Il paraissait contrarié et me dévisageait d'un air furieux.

--Je peux savoir à quoi tu joues? claqua-t-il sèchement.

J'eus soudain envie de hurler « je t'aime espèce d'idiot » mais au lieu de ça, je haussai nonchalamment les épaules d'un air faussement indifférent.

--Une jeune fille ne devrait jamais commencer sa vie sexuelle sur une mauvaise expérience, c'est ce que tante Beth dit toujours. Et comme je t'avais sous la main...

Il me décocha un regard indigné.

--Commencer sa vie sexuelle? A douze ans?

Je soupirai, exaspérée.

--Douze années humaines mais au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je ne suis pas humaine. Je suis un vampire et les vampires, tout comme les loups, ont une libido des plus exacerbées. Question de nature, je suppose.

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Pour le peu que j’en sais, apprendre à découper un cadavre en 14 morceaux tête et pieds compris, n’a de véritable intérêt que pour deux catégories de personnes : Les tueurs en série humains férus de puzzles et les cannibales (parce que ça prend moins de place dans le congélateur). Pour les autres, il existe des méthodes bien moins fastidieuses et chronophages pour se débarrasser d’un corps. J’avais donc un peu de mal à comprendre pour quelle raison grand-mère avait tenu à m’imposer un cas pratique aussi assommant.

- Mamie, tu es vraiment certaine que c’est nécessaire ? Mon tablier va être foutu ! râlai-je en me demandant pourquoi elle ne m’a pas fourni une tronçonneuse plutôt qu’un énorme couteau de boucher et une hachette ridicule.

- Coupe en biais ou tu vas tomber sur l’os.

Des os, il y en avait 206 dans le corps humain, alors je n’étais peut-être pas une pro des statistiques, mais quelque chose me disait qu’il allait être difficile de les éviter.

- Non pas comme ça enfin, en biais je t’ai dit ! grogna-t-elle en poussant un sifflement entre ses dents.

Je poussai un profond soupir.

- Franchement mamie, ça irait beaucoup plus vite si tu me laissais utiliser mes crocs.

Grand-mère pinça les lèvres.

- Il est hors de question que je laisse mon arrière-petite-fille se conduire comme une barbare !

Bon sang, les grand-mères et les arrière-grand-mères sont toutes les mêmes : elles vous obligent à manger proprement, à être polies, à ne pas interrompre les conversations des grandes personnes, à découper les macchabés sans se salir…pff…

- Très bien, inutile de t’énerver, soupirai-je en lui tendant un avant-bras. Voilà, c’est fait, t’es contente ?

Une petite veine se mit soudain à battre dangereusement sur sa tempe et je me mis à frissonner. Grand-mère avait beau ressembler à une vieille dame frèle et inoffensive avec sa jolie robe à fleurs, son chignon de cheveux blancs et son petit tablier de cuisine, elle était plus dangereuse qu’un crotale.

- Non je ne le suis pas. Cesse de te comporter comme une enfant et concentre toi un peu ! Je n’ai jamais vu une apprentie aussi empotée ! Bon sang ! Je n’en reviens pas que ta mère ne t’ait même pas appris ça.

Bizarrement, Ma mère avait effectivement préféré me faire étudier le français, les maths, l’anglais, les sciences physiques, les potions et les rites chamaniques plutôt que de m’apprendre à disséquer un cadavre. Que voulez-vous que je vous dise ? les familles ont parfois de grosses divergences en matière d’éducation.

Je haussai les épaules.

- Elle ne l’a pas fait parce que c’est un truc de sorcière et que je n’en suis pas une.

La magie des sorcières de guerre Vikaris comme grand-mère et maman, était une magie primaire. Elle était le souffle du vent dans les arbres, l’eau qui coulait entre les pierres des torrents, le feu dans l’âtre, le pouls de la terre sous nos pieds…mes dons à moi, étaient d’un tout autre ordre. Alors oui, bien sûr, je pouvais concocter quelques potions mais je n’avais pas le pouvoir de maîtriser les éléments comme elles, je ne pouvais pas provoquer de tornades, de tremblements de terre ni même incendier une ville en un claquement de doigt.

- Sottises que tout cela ! Enseigner à sa fille les différentes manières de se débarrasser d’un corps n’est jamais inutile. En particulier quand elle a un père comme le tien, remarqua-t-elle d’un ton perfide.

Si j’avais hérité de la peau pâle, des longs et épais cheveux noirs et des magnifiques yeux émeraude de ma mère, ma vitesse, ma force colossale, mes crocs rétractiles et ma soif de sang me venaient directement de mon père, Michael, un vampire ancien et très puissant qui régnait sur les Nosferatu du vieux continent. Pour être franche, je ne le connaissais pas vraiment. Maman m’avait élevée seule, je n’avais rencontré mon père qu’une seule fois et nous n’avions eu que peu de contacts depuis. Alors bien sûr, je connaissais en gros l’histoire de mes parents : Je savais que mon père et ma mère avaient tous deux trahi leurs clans en s’entichant l’un de l’autre, que les Vikaris avaient condamné ma mère à mort quand elles avaient découvert que leur future souveraine attendait un enfant, je savais aussi que maman avait dû fuir et qu’il nous avait fallu nous cacher durant des années afin d’ échapper aux tueuses lancées à nos trousses ..bref, je connaissais les grandes lignes du passé mais mon père lui, restait un vrai mystère à mes yeux…

Je lui souris d’un air moqueur.

- Qu’est-ce que tu sous-entends par-là ? Qu’à cause de mon patrimoine génétique, je finirai forcément par devenir une tueuse en série ?

- Leonora, Tu es la progéniture de deux des prédateurs les plus dangereux de ce monde. Avec toi, La question n’est pas de savoir « si » mais « quand ».

Elle ne croyait pas si bien dire, malheureusement…

Je lui jetai un regard moqueur.

- Tu es devenue voyante, toi maintenant ?

Elle haussa les sourcils.

- Nul besoin de posséder un don de divination pour savoir à quel point tu peux être dangereuse.

Là elle marquait un point. Je possédais d’incroyables pouvoirs. Des pouvoirs qui n’appartenaient ni à la lignée de mon père ni à celle de ma mère mais qui n’en étaient pas moins mortels. Des pouvoirs dont personne, pas même moi, ne soupçonnait l’étendue.

- Pour être honnête, je déteste faire du mal aux gens.

Ella arqua un sourcil.

- Mais ça t’est pourtant déjà arrivé, non ?

Oui et à de multiples occasions ces derniers temps. Mais le fait est que je détestais ça.

- Je n’ai jamais dit que j’étais une sainte, remarquai-je en faisant maladroitement tomber des fragments d’os sur le sol, je dis simplement que je refuse de devenir un monstre.

Grand-mère fit sèchement claquer sa langue sous son palais.

- C’est ce que tu crois ? Tu crois que nous sommes « des monstres » ?

J’ouvris la bouche puis la refermai prudemment. Les Vikaris étaient des machines à tuer. Des êtres dénués de sentiments ou de compassion et probablement le clan de sorcières le plus puissant et le plus flippant du monde. Il y avait des tas de choses chez elles qui me faisaient frémir d’horreur mais est-ce que ça en faisait des monstres pour autant ? Franchement, il y a encore quelques temps, j’aurais répondu oui sans hésiter mais …

- Pourquoi ? C’est important ? Je veux dire, peu importe ce que je pense, je suis là, avec toi, non ?

Grand-mère avait insisté durant des mois auprès de maman pour qu’elle me laisse venir en France. Officiellement, pour me former et m’aider à améliorer mon mental et mes performances. Officieusement parce que grand-mère espérait convaincre ainsi maman de revenir vivre parmi elles. Cela faisait déjà deux ou trois ans que les Vikaris avaient, sous la pression de la déesse Akhmaleone, pardonné à maman sa trahison et qu’elles lui avaient demandé de devenir leur souveraine. Ma mère avait accepté la couronne, mais elle refusait toujours de quitter les états unis pour revenir vivre ici.

Elle me dévisagea de son regard d’aigle.

- Mais tu finiras un jour par repartir…

Je haussai les épaules.

- Je n’appartiens pas à ton monde. Je n’ai pas ma place ici. Tu le sais, je le sais, et les autres le savent aussi. D’ailleurs, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, elles ne m’ont pas vraiment accueillie à bras ouverts.

C’était le moins qu’on puisse dire. Les Vikaris me détestaient et me traitaient au mieux comme une intruse, au pire comme une erreur de la nature. Une abomination.

- Bah ça s’arrangera avec le temps, tu ne devrais pas trop te formaliser. Elles finiront tôt ou tard par t’accepter.

Tu parles, elles préfèreraient encore griller en enfer plutôt que d’accepter la fille d’un vampire au sein de leur clan. Et pour tout dire, je ne leur jetais pas la pierre. Elles avaient combattu les Nosferatu et les démons pendant des siècles et la haine qu’elles ressentaient pour eux était si profondément gravée dans leur cœur que rien ne pouvait, désormais, l’en extirper.

Je poussai un soupir et collai l’un des pieds du corps que j’étais en train de découper sous le nez de grand-mère.

- J’en fais quoi ?

- Cesse de poser des questions stupides et pose le avec le reste.

Je lançai le bout de barbaque sur la bâche que mamie avait installée sur le sol avant de la questionner à nouveau :

- Et pour le torse ?

- Découpe-le de haut en bas. Là, juste au milieu des côtes, répondit-elle en pointant son doigt sur le macchabée avant de le laisser glisser verticalement le long de sa poitrine.

- Comme ça ? demandai-je en incisant maladroitement l’endroit qu’elle venait de m’indiquer.

Grand-mère fronça les sourcils.

- Oh fais un peu attention, voyons ! Regarde-moi ce travail !

- Je savais que vous perdriez votre temps avec cette fille, gardienne ! ricana soudain une voix dans mon dos.

Je pivotai et croisai le regard condescendant d’une sorcière blonde à la peau pâle d’une quarantaine d’années. Atyma. Cette petite femme antipathique était l’enseignante chargée de tester « la force de caractère » des jeunes sorcières, en d’autres termes : Atyma torturait ses élèves pour éprouver leur volonté et endurcir leurs cœurs.

- Je me demandais justement à qui appartenait cette voix de crécelle, remarquai-je d’un ton narquois. Qu’est-ce que tu viens faire ici ? Tu t’ennuies ? Laisse-moi deviner : Tu n’as plus aucun élève à torturer, à éviscérer ou à écorcher vif ?

Atyma plongea ses yeux globuleux dans les miens et ses lèvres s’ourlèrent en une horrible grimace.

- Si j’étais l’un de tes professeurs, je t’enseignerais le sens du mot « respect ».

- Eh oui, la vie est mal faite, répliquai-je d’un ton goguenard.

Grand-mère et maman avaient prudemment et exceptionnellement décidé de m’exempter des cours d’Atyma. Pas parce qu’elles redoutaient la souffrance que cette azimutée du ciboulot risquait m’infliger mais parce qu’elles craignaient que je lui arrache la tête. (Leurs craintes n’étaient, je devais bien le reconnaitre, pas totalement infondées…)

- Tu peux faire la maligne et plaisanter autant que tu veux, tu es faible… si tu avais été l’une des nôtres, tu aurais déjà échoué aux tests et nous t’aurions tuée depuis longtemps…

Posséder et surtout maitriser le pouvoir des éléments requerrait une grande discipline. Les Vikaris ne pouvaient s’offrir le luxe de se laisser submerger par la magie. Pas si elles ne voulaient pas provoquer des cataclysmes et causer la mort de milliers de gens. Elles avaient donc mis au point une sorte de système destiné à éliminer les apprenties les plus faibles et les plus fragiles avant qu’elles ne causent des problèmes. Si les jeunes sorcières réussissaient les tests et les nombreuses épreuves imposées au cours de leur formation par leurs professeurs, elles survivaient. Dans le cas contraire, elles disparaissaient purement et simplement. C’était aussi simple que ça.

Je me penchai légèrement vers elle et grimaçai.

- Oh mais c’est quoi ça ? On dirait un filet de bave…si c’est pas mignon…

- Ne me cherche pas bâtarde ou ça va mal finir !

Grand-mère avança légèrement. Ses yeux étaient devenus rouges, la magie crépitait autour d’elle comme une nuée d’insectes et un vent chaud s’était levé dans la pièce. Atyma se mit à pousser un râle et à haleter. Puis elle se tint le cou en se débattant comme si des mains invisibles étaient en train de l’étrangler.

- Cette « bâtarde », comme tu dis, est mon arrière-petite-fille, Atyma, tu ferais mieux de ne pas l’oublier.

D’après maman, Il existe trois règles si on veut survivre chez les Vikaris : La première est de ne jamais contrarier grand-mère, la deuxième de ne jamais contrarier grand-mère, la troisième de ne jamais contrarier grand-mère…

- Gard…gardienne, pitié, murmura Atyma en un souffle court.

- Tu as compris ?

- Ou…oui, pardon…pardon…

Moins d’une seconde plus tard, les yeux de grand-mère reprenaient une couleur normale et Atyma respirait normalement.

Je lui souris d’un air taquin.

- Un petit verre d’eau Atyma ? Histoire de te remettre de tes émotions.

Elle jeta un regard furax vers moi puis me murmura en se dirigeant vers la porte :

- Anthéa ne sera pas toujours là pour te protéger, bâtarde et ce jour-là, oui, ce jour-là, je te ferai verser des larmes de sang.

Puis, elle avança encore d’un pas avant de buter sur le balai qui venait de tomber juste devant des pieds et s’affala de tout son long.

Je m’esclaffai aussitôt. Elle me fusilla de nouveau du regard avant de se relever et de quitter la pièce avec le peu de dignité qu'il lui restait.

- Atyma a vraiment mauvais caractère, hein, grand-mère ? fis-je en me tournant vers elle d’un air hilare.

Mais Grand-mère ne riait pas. Elle ne souriait pas non plus. Elle plissait les yeux en scrutant chaque coin de la pièce d’un air méfiant comme si elle cherchait à déceler une présence invisible.

- Leonora ?

- Oui grand-mère ?

- Qui a fait tomber le balai ?

Je lui jetai un regard innocent.

- Hein ?

Elle me fixa d’un air menaçant.

- Leo…

Je restai le regard rivé sur mes chaussures sans répondre. Du reste à quoi bon ? Elle connaissait déjà la réponse.

- Sors ! Sors et emmène cette…cette « chose » avec toi !!! hurla-t-elle en s’étranglant à moitié de colère.

La « chose » comme grand-mère disait, était visiblement mécontente parce que je vis soudain une chaise voler toute seule avant de s’écraser violemment contre le mur.

- Grand-mère, il voulait juste plaisanter…

- Plaisanter ? Tu as oublié ce que je t’ai dit ?

Je me mordis les lèvres.

- Oui, oui, « personne ne doit savoir ».

Elle haussa les sourcils et répliqua d’un air pincé :

- Exactement. Alors ?

Je haussai les épaules et soupirai avant de me diriger vers la porte :

- D’accord, d’accord mais ce n’est pas ma faute ! Je ne lui avais rien demandé !

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— Je meurs de faim, c’est quoi ? demanda-t-il avant que je ne pose le plateau devant lui.

— Blanc de poulet et haricots verts.

— Tu veux ma mort ou quoi ?

Ariel n’avait pas peur des nosferatus, des loups géants, des démons, des,Vikaris, des assassins, du noir, d’être blessé, d’être torturé, de mourir, bref, il n’avait pas peur de grand-chose à l’exception des légumes verts. Il avait dû subir un traumatisme dans sa petite enfance, sa mère avait dû le forcer à avaler des épinards, des choux de Bruxelles ou un truc du genre parce qu’il fuyait en courant dès qu’il apercevait l’un d’entre eux.

— Devine…

— Il est hors de question que j’avale ça, lâcha-t-il d’un air buté.

Je levai les yeux au ciel.

— Tu es en convalescence. Tu as besoin de protéines, de vitamines C, de fibres, d’oligoéléments… Tu n’es plus un enfant, fais un effort.

— Leo, dit-il d’un ton de menace en me voyant planter la fourchette dans le tas de haricots verts.

— Tais-toi et ouvre la bouche, ordonnai-je en l’approchant de ses lèvres.

Il repoussa le plateau, ferma les yeux et plia ses jambes en tailleur.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— C’est une technique de méditation que j’utilise depuis l’enfance. Elle me permet de canaliser mes émotions et de ne pas tuer les gens.

— Cool. Et ça marche ?

Il me jeta un regard froid.

— Tu es toujours vivante, non ?

— Tu n’es pas aussi drôle que tu l’imagines.

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— Rassure-moi : tu n’es pas amoureuse de lui ?

Je pouffai. J’avais eu le coeur brisé par William, un loup-garou Alpha, plusieurs mois plus tôt. Il m’arrivait même de pleurer encore de temps en temps, le soir en pensant à lui comme une idiote, alors aimer un autre garçon ? Et Ariel en plus ? C’était complètement ridicule.

— Non.

Grand-mère afficha un air dubitatif.

— Alors pourquoi passez-vous votre temps collés l’un à l’autre ?

Je comprenais que ça pouvait paraître étrange. Et pour tout dire, je ne savais pas d’où venait ce besoin viscéral que j’avais de le toucher ni pourquoi j’avais du mal à respirer dès qu’on restait éloignés trop longtemps l’un de l’autre. Tout ce que je savais, c’était qu’il tenait suffisamment à moi pour avoir accepté de me suivre ici, chez les Vikaris, dans l’« antichambre de l’enfer », sans hésiter. Et que je préférais mourir que d’être séparée de lui.

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— Monseigneur, j’espère qu’au vu des circonstances vous ne nous en voudrez pas si nous nous retirons relativement tôt. Je pense qu’un peu de repos lui serait grandement bénéfique.

[...]

— On m’a dit que tu avais protégé ma fille, Ombre. Je t’en suis reconnaissant. Mais je tiens à te rappeler que j’ai fait mettre à ta disposition une chambre des plus confortables, chambre que je souhaite désormais te voir occuper.

Alors ça, pas question.

Ariel se courba légèrement en signe de respect pour répondre.

— J’aimerais accéder à votre requête, monseigneur, mais je ne le puis. Pas sans enfreindre les ordres et la confiance de la Reine des Vikaris.

[...]

— Tu prétends que la Reine t’a ordonné de dormir dans la même chambre que sa fille ?

— Non. Sa Majesté m’a seulement ordonné de ne jamais la quitter des yeux où qu’elle se trouve.

Il dévisagea Ariel et dut sentir qu’il disait la vérité parce que la colère qui luisait dans ses beaux iris argentés disparut soudain pour faire place à de la défiance.

— Je suppose qu’elle t’a averti de ce qu’il se passerait si tu oubliais quel rang est le sien ?

Un petit rictus se forma sur les lèvres d’Ariel.

— Oh, ça, croyez-moi, monseigneur, je suis parfaitement au fait de ce qu’il m’arriverait, si j’outrepassais les « limites » de ma mission.

Pour la première fois de cette sinistre soirée, mon père s’esclaffa, amusé.

— Cette maudite sorcière est terrifiante, hein ?

— Il serait difficile de prétendre le contraire, monseigneur.

Quelque chose passa entre eux. Quelque chose que je ne pouvais pas comprendre mais qui concernait ma mère à coup sûr. Un peu comme quand deux mecs parlent de l’horrible mégère qui leur a mené ou qui leur mène la vie dure.

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— Je dois appeler maman.

— Pour quoi faire ? questionna-t-il d’une voix bizarre et haut perchée.

— Tu plaisantes ? Elle doit être folle furieuse et inquiète et c’est de son clan qu’il s’agit, après tout, je dois l’avertir que… et elle me dira quoi faire.

Il grimaça tandis qu’une lueur d’angoisse s’allumait dans ses yeux.

— C’est d’accord, appelle-la. Mais évite de lui dire que tu t’es enfuie à cause de moi… enfin je veux dire n’insiste pas trop sur… enfin, tu comprends ?

Je m’étais souvent demandé ce qui pouvait effrayer les Ombres, ces puissants sorciers assassins au coeur dur comme la pierre. Et il me semblait que j’avais au moins trouvé la réponse pour l’un d’entre eux : ma mère.

— Elle te fout les jetons, hein ? le taquinai-je d’un ton moqueur.

— Tu n’as pas idée, reconnut-il.

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« — Détendez-vous, elle ne va pas vous manger, lui fis-je remarquer, amusée.

Le rouquin regarda grand-mère de biais et grimaça.

— Vous savez, de nombreuses histoires circulent sur le clan de votre grand-mère. L’une d’elles raconte que les Vikaris ont un jour trouvé un sanglier-garou espion sur leur territoire, qu’elles lui ont lancé un sortilège pour l’empêcher de reprendre forme humaine, qu’elles l’ont ensuite fait bouillir comme s’il s’agissait d’un vulgaire animal et qu’elles l’ont ensuite mangé avec une sauce grand veneur.

Je m’esclaffai.

— Vous ne croyez tout de même pas cette histoire ? Je veux dire, elle est…

— Parfaitement exacte, termina grand-mère, à un détail près : il ne s’agissait pas d’une sauce grand veneur mais d’une sauce aux champignons.

J’écarquillai les yeux tandis que le brun musclé accélérait le pas et que le rouquin me lançait un regard qui signifiait : « Voyez, qu’est-ce que je disais ? »

— Au temps pour moi, dis-je au muteur avant de me tourner vers grand-mère. Tu sais, mamie, je pensais à un truc : les chamans organisent des espèces de séminaires super chouettes pour apprendre à gérer ses pulsions violentes, ça te plairait si je te réservais une place pour assister à l’un d’eux ? Je te paie l’avion, le séjour et tout et tout pour ton anniversaire, t’en dis quoi ?

Elle me décocha un regard noir.

— Bon d’accord, pas la peine de t’énerver, je t’offrirais un sac ou un foulard et pis c’est tout.

— Pas de sac, un cabas pour pouvoir y ranger ma laine et mes aiguilles à tricoter, répondit-elle avant de se remettre à marcher.

Le domaine du château était immense, il s’étendait sur deux centaines d’hectares et le pavillon de chasse se trouvait à l’extrémité de ce gigantesque terrain entièrement boisé.

— Mais tu en as déjà plusieurs, lui fis-je remarquer.

—On n’a jamais assez de cabas, rétorqua grand-mère.

Le rouquin haussa les sourcils en me murmurant :

— Elle tricote ? Je veux dire, elle tricote vraiment ?

— Oh, elle égare parfois ses aiguilles dans l’œil ou la tête de quelqu’un mais elle tricote vraiment, ouais, répliquai-je. »

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« — Tu n’es ni une rivale ni une chef de clan ennemi. À ses yeux, tu n’es qu’une enfant de seize ans. Une toute petite fille…

— Et ?

Il me fixa.

— C’est ce que tu es. Mais pas seulement. Sers-t’en.

— Ça veut dire quoi ?

Il ne put s’empêcher de sourire.

—Ça veut dire que tu es un mélange déconcertant de naïveté et de maturité, de douceur et de cruauté, de sensibilité et de froideur. On ne sait jamais sur quel pied danser avec toi, c’est assez déstabilisant…

Je lui décochai un regard noir.

— En gros, tu me dis que je suis atteinte de graves troubles de la personnalité ? »

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