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— Aliette, vous semblez avoir quelque chose à nous dire, parlez donc, mon cœur.

Tous deux restèrent suspendus à mes lèvres. Vous savez combien c’est difficile de se concentrer avec deux hommes aussi… charismatiques qu’eux en face de vous ? Du coup, je restai muette comme une carpe.

— Eh bien, vous avez avalé Paris et sa banlieue ? ronchonna Sytry, d’un ton cinglant.

Oh, qu’il m’énerve ! J’aurais dû le baffer un peu plus fort, tiens !

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Je frissonnai. Si un tel psychopathe devenait roi, je m’enfuirais avec Lawrence en Amérique. Au pire, je me planquerais dans la soute d’un paquebot, qu’importe la destination !

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Je n'étais pas une collabo, ni même une résistante. Seulement, les SS toléraient ma profession qui semblait très utile en cette période d'occupation. Et pour cause...

En arrivant à Paname, les Allemands s’étaient rendu compte qu’une menace plus dangereuse qu’eux sévissait déjà.

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Ce n’étaient pas ces types-là qui allaient nous arrêter, Lawrence et moi. Ils nous prenaient pour qui ? Des débutants ? OK, j’avoue : un professionnel de l’affûtage du râtelier et une demi-portion, ça vous va ? Mais une demi-portion chasseuse de vampires, ça compte !

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A cette époque, la pénurie de vivres ne concernait pas que la population humaine. Le couvre-feu empêchait certains vampires isolés, la nuit venue, de se nourrir correctement, si bien qu'une guerre éclatait à chaque fois qu'ils trouvaient une proie. Et ils ne se contentaient pas de topinambours ou de rutabagas, ça va de soi. Le butin, ce soir-là, c'était bibi !

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— L’entre-deux ? C’est la nouvelle insulte à la mode ?

Celle-là, c’était la première fois que je l’entendais. Pas très original et complètement stupide, ça ne voulait strictement rien dire.

— Non, c’est ce qu’il est…, grogna-t-il, l’air courroucé.

— Un entre-deux ? répétai-je.

— Il n'est pas de chez nous.

— Pas de...

— N'insistez pas !

Et voilà que je l'avais mis de mauvais poil !

— Vous pensez que j’ai mis trop d’huile ? me demanda-t-il soudain.

— Pardon ?

Euh…, j’étais pompette à ce point pour ne pas comprendre ce qu’il me disait ?

— Mon torse est-il trop huilé ?

Sytry me fit un large sourire libidineux et baissa son regard. Je suivis ses yeux et vis que ma main était en train de palper inconsciemment ses muscles. Ma menotte y prenait même beaucoup de plaisir.

Je bondis et la retirai comme si j’avais été brûlée par de l’acide.

— Nom d’une bistouflette cornue !

— Ah, non ! Vous ne l’avez pas encore touchée ! s’exclama-t-il, les mains en l’air.

— Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire ! Vous déformez mes propos !

—Je n’ai rien déformé du tout, c’est vous qui parlez de choses cornues.

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— Certains traits sont difficiles à oublier. Tout comme les tiens, joli coeur.

— Pourquoi voulez-vous tous m’affubler de surnoms idiots ? Joli coeur ! Que c’est stupide !

— Je ne trouve pas. En fait, c’est parce que tu as une jolie bouche en forme de coeur. On a envie de la croquer. Enfin… de la dessiner, je m’entends…

Je lui flanquai une tape sur le torse qui me déséquilibra. Je m’accrochai bien vite à sa chemise. Il me rattrapa au même moment à la vitesse de l’éclair. Lorsque je me repositionnai sur lui, tortillant mon arrière-train, je sentis que quelque chose clochait sous mes cuisses. Il y avait, comme qui dirait, anguille sous roche…

L’ambassadeur gloussa.

Je cessai aussitôt de me trémousser et relevai un sourcil perplexe. D’abord interdite, je me mis soudain à éclater de rire.

— Sytry ?

— Quoi ? fit-il, une moue innocente sur les lèvres.

— Je ne te croyais pas aussi sensible..., le taquinais-je. Tu n’aurais pas un portemanteau dans le pantalon, par hasard ?

Son sourire s’élargit, dévoilant de belles canines aiguisées.

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Chapitre 1

Ma montre affichait dix heures du soir, mon père et mon frère étaient sacrément en retard. Je bouillonnais de rage. Comment avaient-ils osé m’abandonner dans cette ruelle inquiétante ? Je frissonnai, boutonnai mon manteau jusqu’au cou – il n’était pas de trop en ce mois d’avril – et vérifiai pour la énième fois mon armement. Quelle chance d’avoir des laissez-passer ! J’allais pouvoir vadrouiller librement dans les rues, sans avoir peur de me faire arrêter pour non-respect du couvre-feu. Les Parisiens l’ignoraient sûrement, mais c’était une bénédiction pour eux, parce qu’à la nuit tombée, ils risquaient de se faire tuer – et pas forcément par ceux que l’on pensait. Et non ! Je n'étais pas une collabo, ni même une résistante. Seulement, les SS toléraient ma profession qui semblait très utile en cette période d'occupation. Et pour cause...

En arrivant à Paname, les Allemands s’étaient rendu compte qu’une menace plus dangereuse qu’eux sévissait déjà. Alors, en accord avec leurs autorités, ils laissèrent ma famille, les Renoir, continuer leurs petites affaires. Je vais vous dire : cela aurait été plus simple si j’avais dû zigouiller des rongeurs et encore… j'en avais horreur. Bon, je ne vais pas vous mentir plus longtemps, je déteste toutes les bestioles, qu’importe l’espèce animale. Sauf que la plus terrible de toutes, celle que je traquais chaque nuit, demeurait mon pire cauchemar. Mais voilà, l’honneur de la famille restait ma priorité. Si bien que même si j’avais le trouillomètre à zéro, je devais quand même braver mes peurs en affrontant mon ennemi juré : le vampire.

Pour bien vous expliquer ma situation, mes phobies avaient débuté le jour de la mort de ma mère et elles ne m’avaient pas quittée depuis. Il s’agissait pour moi de quelque chose d’extrêmement handicapant. Le moindre bruit suspect me faisait sauter au plafond. Quelle honte pour une soi-disant professionnelle !

Même si mon père pensait que ma dernière mission avait été une grande réussite, il ignorait l’entière vérité. Émile Renoir, brillant chasseur de vampires, reconnu pour avoir plus de trophées à son palmarès que de dents dans ses mâchoires, avait été si fier de moi, ce soir-là, que je n’avais pas osé

le contredire. C’était tout de même un comble, lorsque j'y repensais : j’avais eu deux vampires pour le prix d’un ! Hélas, je n’avais pas levé le petit doigt pour les massacrer. Je m’étais contentée de les regarder s’entre-tuer, les quilles flageolantes, prête à m’évanouir sur les pavés. Ces diables m'avaient fauché les pieux que j'avais mis dans ma trousse. Quel toupet, tout de même ! Quand je vous dis que les bonnes manières se perdent...

À cette époque, la pénurie de vivres ne concernait pas que la population humaine. Le couvre-feu empêchait certains vampires isolés, la nuit venue, de se nourrir correctement, si bien qu’une guerre

éclatait à chaque fois qu’ils trouvaient une proie. Et ils ne se contentaient pas de topinambours ou de rutabagas, ça va de soi. Le butin, ce soir-là, c’était bibi !

Cette histoire m'avait valu, par la suite et malgré moi, un début de réputation. Aliette Renoir, la digne héritière du plus célèbre chasseur de vampires de l’hexagone, était devenue en un seul coup de chance, la terreur de toutes les créatures à quenottes.

Je soupirai et cachai mon visage à l’aide de mon chapeau-feutre. Je n’avais pas du tout envie de me faire remarquer à cet instant. Je priais pour que mon père et mon frère, Vincent, arrivent vites.

D’ordinaire, c’était toujours moi qui jouais la cible à sangsue. La famille me surveillait et guettait tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un individu doté de crocs et qui mordrait à l’hameçon.

Mais ce soir-là, ni Vincent, ni papa n’étaient arrivés. Je ne me sentais pas en sécurité dans ce coin du huitième arrondissement, juste derrière Saint-Lazare. En plus, assise sur un banc éclairé par la lueur froide d’un lampadaire, je n’y voyais quasiment rien. Et au loin, les bruits d’une fusillade ne faisaient qu’augmenter mon envie de déguerpir d'ici.

Je serrai plus fort le pieu que je tenais fermement dans ma poche, jusqu’à ce que mes jointures deviennent blanches. Je tremblais jusqu’aux extrémités. Au moins, j'avais une arme adéquate au cas où…

Des gens approchaient. J’eus si peur, que mon coeur était prêt à partir au galop. Je voulus calmer cet idiot en inspirant profondément, mais il avait décidé de faire la sourde oreille et de battre au même rythme que les chaussures qui claquaient sur le trottoir. Quatre souliers, donc deux personnes… À

mesure qu’elles avançaient, j'enfonçai ma tête dans mes épaules. Les passants arrivèrent devant moi et s’arrêtèrent pour m’observer. Un gloussement féminin s’échappa de l’un d’entre eux, puis ils continuèrent leur route. Apparemment, je ne les intéressais pas plus que ça.

Je relevai immédiatement les yeux et examinai les silhouettes. J’aperçus une femme aux formes généreuses, habillée comme une danseuse des cabarets, avec une robe moulante, une fourrure et un boa. Même à cette distance, j’étais sûre qu’il s’agissait d’une humaine. Son accompagnateur, un homme grand en costume clair, avait des cheveux mi-longs rassemblés en fine queue de cheval derrière la nuque… Une coupe pas très à la mode pour ce siècle, me fis-je remarquer en levant un sourcil circonspect.

Ce dernier tourna son visage vers moi et esquissa un sourire narquois, laissant dépasser une canine scintillante à la lumière du réverbère. Oh, oh, oh… mince ! Un vampire ! Si j'avais pu disparaître, je l’aurais sans doute fait. Cependant, c’était mon métier, je devais sauver cette innocente, non ? Et les

Renoir ne sont pas réputés pour être des lâches.

Prenant mon courage à deux mains, je bondis de mon assise et secouai mon pieu devant moi – sans grande conviction, il fallait le dire.

— Hé ! Toi ! hurlai-je. Tu ferais mieux de lâcher cette demoiselle avant que je ne t’enfonce ce machin-là dans la carcasse !

Comme un écolier prit en flagrant délit d’espionnage dans un internat de jeunes filles, le vampire détala. J'émis un couinement jouissif. Pour une fois que ce n'était pas moi la peureuse ! Bien décidée

à le traquer, je m’engageai alors dans une course-poursuite. Même si j'étais d’une faible constitution, petite et maigrichonne, j'étais plutôt rapide.

Vous ai-je déjà dit que j'ai été championne d'athlétisme à l’école ? Non ? Eh bien, je peux vous assurer que mon vampire, lui, ne faisait pas le fier ; il avait beau cavaler, il ne parviendrait pas à me semer.

Visiblement, la sangsue ne connaissait pas le quartier, car elle se retrouva dans une impasse. J'arrivai

à vive allure, brandissant mon arme de pointe au-dessus de ma tête et en hurlant comme une guerrière farouche, histoire de l’intimider.

Soudain, mes satanées bottines dérapèrent et mon corps devint incontrôlable. Je fis un soleil et me cognai la caboche sur le trottoir. Au même moment, une souffrance terrible m’empêcha de sombrer dans l’inconscience. Mon arme s’était retournée contre moi et le morceau de bois, que je tenais en l’air une minute plus tôt, s’était enfoncé dans mon ventre. Mon sang coulait abondamment, plus qu’il ne devait.

Je savais désormais que c’était la fin. Le vampire, probablement attiré par ma blessure, m’achèverait sans vergogne. Je n'avais plus qu’à lui fournir les couverts... Je l’entendis s’approcher de moi, s’agenouiller et écarter ma main qui s’accrochait encore au piquet. Je tournai mon regard vers lui. Ma vision était floue et du sang tiède dégoulinait sur mon front. Je battis des cils à plusieurs reprises et j’étais bien incapable de délier ma langue pour lui dire d’aller voir ailleurs si j’y étais.

Le vampire tira d’un coup sec l’arme et la jeta à terre, m'arrachant en même temps un hurlement terrible.

Mais, il est toqué celui-là, ou quoi ? Ça fait mal, nom d’un chien !

Je me sentis subitement partir, mes paupières se fermèrent malgré moi. J'avais tellement sommeil.

Avant de m’endormir, j'entendis les dernières paroles de la créature, mais n’en compris pas un mot.

— Damn it!{1}

Pardon ? Il voulait dire quoi, là ?

Je n'eus pas le temps d'en débattre davantage, car à l'instant même où je fermai les yeux, une main glaciale me prit le poignet et des crocs pointus s’y enfoncèrent. Puis, plus rien. Un immense vide et un rêve étrange.

Chapitre 2

Le souffle court, je me réveillai pour reprendre ma respiration. Une apnée terrible m’avait tirée du sommeil. À chaque fois que je faisais un cauchemar, c’était la même galère. Quasi inconsciemment, je me redressai et me cognai le melon comme si le plafond était trop bas. Encore dans les vapes, je tentai lentement de refaire surface. Que s’était-il passé ? Je réfléchis un instant à la situation, puis me souvins d’être tombée et de m'être bien amochée. Un doigt dans le trou de mon chemisier me rappela que mon pieu avait atterri à cet endroit-là. Et flûte ! Cette toilette était toute neuve ! Une blouse blanche difficile à dénicher, surtout en ces temps de disette. Elle provenait tout droit d’Angleterre et j'avais vraiment raffolé de son encolure en dentelle. Je ne pourrai sûrement pas la remplacer.

Agacée, je soulevai le morceau d’étoffe et palpai mon flanc droit. Rien, ma peau semblait lisse et dépourvue de cicatrice. Bon, j’avais encore eu la berlue, ou quoi ?

Ma chérie évite les boules de gomme avant de t’endormir, c’est pas recommandé.

C’est alors que je décidai d’ouvrir les yeux.

Mon environnement, pourtant plongé dans le noir intégral, me parut clair comme de l’eau de roche.

Le fameux plafond était constitué de planches en bois et une drôle d'odeur d’herbe humide s’en dégageait, me chatouillant les narines. Intriguée, je me regardai et constatai que j'étais étendue sur une jolie couchette, bordée de satin rouge doux et capitonné. Par contre, quelque chose clochait. Je me trouvais dans un... Un cercueil ? Oh… mon Dieu ! Je commençai à me débattre et à frapper comme une furie sur le couvercle. On m’avait enterrée vivante ! Ma famille devait penser que j'avais avalé

mon acte de naissance, alors que ce n’était vraisemblablement pas le cas. L’affolement s’empara de ma poitrine, je hurlai pour qu’on me sorte de ce trou.

— Au secours ! Sortez-moi de là, je ne suis pas morte !

Mais, personne ne pouvait m'entendre, sous plusieurs couches de terre. J'eus soudainement l’impression que des lombrics m’attaquaient de partout. Prise de panique, je me frottai énergiquement les bras et les cheveux en tremblant, pour chasser ces agresseurs invisibles. Je les sentais déjà

fourmiller sur tout mon corps.

Mes cris se mêlèrent à des sanglots de frayeur. J'avais vraiment la pétoche, là ! Je gigotai dans tous les sens, afin de m'échapper de cette prison affreuse et me retournai plusieurs fois dans la boîte à

domino, avant de m’apercevoir que je n’étais pas seule à l’intérieur. Lorsque mes mirettes se posèrent sur le macchabée desséché sur lequel j'étais allongée depuis le début, mes hurlements doublèrent d’intensité.

— Non ! AAAAHHH !

Des bruits métalliques s’activèrent à l’extérieur et avant même que je m'en rende compte, quelqu’un m’avait saisie sous le bras et me hissait hors du cercueil. Ma tête se retrouva enfouie dans des fougères gorgées d’eau de pluie. Je soulevai mon rideau de chevelure blonde, afin de découvrir, sans surprise, l'endroit où j'avais atterri. Des stèles gravées d’épitaphes, des croix ciselées, des bouquets de fleurs fanées… J'étais bien entendu, dans un cimetière. Pas le genre de troquet que je préférais...

Je constatai, par la même occasion, que mes habits étaient tout sales de terreau, j'en avais partout.

Je commençai à dépoussiérer ma jupe marron, lorsque je me souvins qu’une présence se tenait derrière moi et que, par conséquent, il ou elle devait avoir une vue imprenable sur mon arrière-train.

— Je te félicite, grogna une voix grave masculine aux consonances étrangères. Tes cris stridents m’ont tiré de mon rêve, juste au moment où j’embrassais une charmante créature. Je suis vraiment de très, très mauvais poil…

Soudain, je me retournai et sursautai en reconnaissant le vampire que j'avais pourchassé. Je tombai sur mon séant et rampai à reculons, en me protégeant du mieux que je pus avec mes bras. Ma tête heurta le tronc d’un arbre et je m’immobilisai, les yeux braqués sur mon ennemi.

— Ne m’approchez pas !

Bien sûr, celui-ci fit tout le contraire de ce que je lui avais ordonné. À mesure qu’il avançait, je tremblais de plus en plus et mes dents claquaient. Je geignais comme si un bourreau m’avait enduit les pieds de miel, pour les donner en pâture à une biquette. Les paupières serrées, je tournai la tête à

l’opposé et mis mes index en croix pour faire fuir le vampire – c’était bien connu, tous les chasseurs savaient que les sangsues avaient peur des symboles religieux. Toutefois, ce monstre semblait insensible, peut-être que je m’y prenais mal. Oui, ça devait être ça ! J’aurais mieux fait d’écouter les conseils de mon père, plutôt que de me crêper le chignon avec lui.

— Ne me faites pas de mal, je vous en supplie, lui conjurai-je.

— Ce n’est pas mon intention.

Je cessai brusquement de frissonner. Que… venait-il… de dire ? Un vampire qui ne désirait pas me sucer le sang ?

Mes yeux abasourdis fixèrent mon interlocuteur. C’est alors que je le détaillai pour la première fois.

Il dégageait un charme fou. Au cours de ma petite carrière de chasseuse, j'avais vu toute sorte de vampires, des beaux, des moches, des hideux, mais l’apparence de celui-ci était tout à fait à mon goût, il était... franchement sexy ! V’là un mot que j’avais appris dans les films américains au cinéma.

Avant la guerre, je raffolais de ce genre de spectacle. Mais maintenant, ils ne diffusaient que des actualités destinées à la propagande nazie. Bref, tout un programme… Mais revenons à nos moutons…, ou à notre buveur de sang en l’occurrence.

Ce vampire – apparemment trentenaire – devait facilement mesurer un mètre quatre-vingt-dix. Vêtu d’un ensemble élégant, une chemise blanche parfaitement repassée, une veste et un pantalon crème, son corps était tout en muscles absolument… affolants. Seules quelques longues mèches châtain foncé

rebelles sur les tempes dérogeaient à sa tenue à la propreté irréprochable. Même ses chaussures

Richelieu étaient impeccablement cirées, un petit détail curieux qui me poussa à inspecter ma propre apparence et à m’interroger.

— Vous… vous, bredouillai-je. Comment cela se fait-il que vos vêtements ne soient pas tachés ?

Le vampire parut tout d’abord étonné par ma question hors de propos. Puis, sa bouche sensuelle s’étira, ses iris noirs pétillèrent d’amusement et il éclata de rire.

— Celle-là, c’est la meilleure ! Je te sors de ta tombe, et toi, la première chose que tu me demandes, c’est pourquoi mes habits sont plus propres que les tiens.

— Vous avez dormi dans le cimetière, non ?

— Certes, j’y ai bien somnolé, mais je ne raffole pas de ces cercueils en sapin, il n’y a pas assez de place. Je préfère largement le lit confortable de ma chambre d’hôtel. Mais aujourd’hui, il fallait que je te veille. J’ai dormi là, indiqua-t-il en me montrant un mausolée.

— Une chambre d’hôtel ? Moi qui pensais que les vampires se reposaient dans des cimetières. Mais pourquoi me veiller ? Attendez…, je suis morte ?

Il hésita, balançant la tête de droite à gauche.

— Hum… Disons que ce n’est pas tout à fait ça, gloussa-t-il. Tu étais très mal en point, hier soir, je n’ai pas eu le choix. Soit je te transformais, soit tu mourrais. Et comme je n’aime pas avoir du sang sur les mains… Non, je rectifie, j’avoue que j’adore le sang sur les mains... Je déteste voir les gens mourir, c’est tout.

Il fallut un certain temps à ma cervelle pour percuter. Ce démon avait fait de moi une… sangsue ? Je bondis et me redressai aussitôt, les poings en avant.

— Espèce d’ordure ! Vous n’aviez pas le droit ! Savez-vous au moins qui je suis ?

Le vampire soupira, s’assit sur une plaque mortuaire et sortit un petit étui métallique, dans lequel se trouvaient des cigarettes. Il plaça l’une d’entre elles au coin de sa bouche et rangea la boîte.

— Non, je ne sais pas qui tu es, m’indiqua-t-il en frottant son allumette sur la pierre. Mais je présume que tu vas me le dire.

— Exactement ! piaillai-je. Je suis Aliette Renoir !

— Et… ?

— Tu ne connais pas Émile Renoir ?

— Hum… Non, affirma-t-il en dessinant des ronds de fumée dans le ciel. Qui est-ce ? De la famille ?

— C’est mon père, grimaçai-je, outrée par son ignorance. Il est réputé pour être le plus grand chasseur de vampires français.

— Désolé, je suis Américain. En Amérique, les vampires ne sont pas chassés.

— Pas encore…

— Cela n’arrivera pas.

— Mais tu ne te rends pas compte ! Comment vais-je annoncer à mon père que je suis devenue un vampire ?

Il m'observa avec un brin d’amusement dans ses iris sombres. C’est bizarre, mais… j'avais soudainement envie de lui faire avaler son râtelier.

— Ah ça ! C’est sûr que ça risque d’être un sacré problème, rit-il. Remarque, tu galopes vite. Je n’aurais jamais cru qu’un jour une humaine pourrait me courser comme tu l’as fait hier. Une vraie gazelle !

— Mon père ne me ferait jamais ça…, pleurnichai-je.

— Ça, je n’en suis pas certain… Trêve de plaisanteries, as-tu soif ?

Je reculai.

— Oh non, non, non ! Il est hors de question que je boive le sang de qui que ce soit !

Bon, je devais bien avouer que j'avais la gorge sèche, mais rien que l'idée de m’humecter les amygdales à l’hémoglobine, j’en avais l’estomac tout retourné.

— Là, tu n’as pas le choix, ma chère. Il faut que tu te nourrisses, sinon, autant que tu retournes de suite dans cette tombe.

— Et il n’y a pas… d’autres solutions ?

Le vampire médita un instant, tenant son menton entre les doigts. Il se trouvait peut-être en plein milieu d’un dilemme. Il m'examina à plusieurs reprises de haut en bas et secoua la tête vigoureusement, comme s’il éloignait une idée incongrue de ses pensées.

— Non, tu dois boire le sang des humains ! rejeta-t-il. Allez, viens.

— Je refuse, je préfère mourir.

Je décidai de m’asseoir par terre et de ne pas bouger de là. Cette fripouille était en train de m'embobiner, je sentais bien qu'il ne me disait pas tout.

— Damn it! jura-t-il. Tant pis pour toi, tu n’as qu’à mourir, idiote !

Il m’abandonna sur place et commença à s’éloigner. Je survolai du regard le cimetière. Une chouette,

à l’allure menaçante, hulula sur la cime des hêtres. Des craquements étranges surgirent de je ne sais où, comme si les morts s’apprêtaient à sortir de leurs sépulcres. Nom de nom ! J'écarquillai les yeux d'effroi et rattrapai la sangsue en moins de deux.

— Bon, d’accord, je t’accompagne, capitulai-je, anxieuse. Mais tu m’as menti, il existe une autre solution pour s’alimenter, n’est-ce pas ?

— Je ne vois pas de quoi tu parles, nia-t-il, tête baissée.

— Oh que si, mais tu ne veux pas me le dire !

Il stoppa net sa marche et me fixa dans les prunelles, ce qui n’était pas une chose facile étant donnée ma petite taille.

— Oui, il en existe une autre, mais ce n’est pas très recommandé.

— Mais pourquoi ? Oh, s’il te plaît, dis-le-moi ! insistai-je, en lui faisant une moue boudeuse irrésistible.

L'Américain dut sentir que s’il ne me l’avouait pas de suite, je l’embêterais jusqu’à la fin de ses jours. Il leva les yeux au ciel, excédé.

— Tu peux te nourrir sur un autre vampire. Mais ce n’est pas…

— Oh, mais c’est magnifique ! m'exclamai-je en sautillant et en tapant dans mes mains. Je n’ai qu’à te mordre et le tour est joué !

— Ce n’est pas si simple. Et puis…, de toute façon, si je suis ta vache à lait, il faut que je m’abreuve beaucoup plus de mon côté. Non, il vaut mieux que tu utilises la bonne vieille méthode.

— Allez, je t’en prie ! C’est juste pour une fois, le temps que je m’habitue à ma nouvelle situation.

Il pouvait bien faire ça pour moi, après tout, c'était à cause de cette canaille si j'étais dans cet état.

— Entendu ! gronda-t-il. Mais rentrons à l’hôtel, nous ferons ça là-bas.

— Pourquoi ? Faisons ça ici !

Soudain, le vampire m’attrapa par le col et me souleva jusqu’à sa hauteur, c'est-à-dire, beaucoup trop haut pour moi. Je recommençai à claquer du bec, tandis que mes jambes tricotaient dans le vide.

— Tu fais ce que je te dis et tu te la fermes, OK ? Pour information, je suis désormais ton maître.

Donc, tu me dois un minimum de respect et d’obéissance ! Compris ?

— B… Bien, Monsieur, marmonnai-je.

Voyant que je tremblais comme une feuille, il radoucit son humeur et me reposa sur le sol.

— Allez, viens, bougonna-t-il en me prenant la main.

Nous sortîmes du boulevard des allongés et nous nous engageâmes sur une grande avenue.

— Au fait, moi, c’est Aliette, me présentai-je.

Ce n'était pas que j'avais envie de discuter le bout de gras, ni d'être copain comme cochon avec ce type, mais je me sentais anxieuse à l'idée de planter mes quenottes dans le cou sexy de cet

Amerloque.

— Tu me l'as déjà dit, râla-t-il. Je m’appelle Lawrence.

— Lawrence ?

— Oui ?

— Pourquoi m’avoir mise dans un cercueil occupé ? C’était nécessaire pour la transformation ?

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Mémé Germaine, n'écoute pas les élucubrations de ta petite fille, elle a grillé toutes les ampoules de sa cervelle!

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Quoi que, en y repensant bien, Lawrence m’avais dévêtue, sans le vouloir… il avait glissé ses mains dans le peignoir, avait caressé ma peau nue et j’avais senti son… Nom de nom ! Il avait eu une de ces…

— Nom de famille ?

— Trique !

Oh ! J’avais pensé tout haut ?

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